Adolphe Léon Willette, né le à Châlons-sur-Marne et mort le à Paris, est un peintre, illustrateur, affichiste, lithographe et caricaturiste français.
Biographie vignette|Adolphe Willette par Nadar vers 1880. Adolphe Willette est le fils du colonel Henri-Léon Willette, aide de camp du maréchal BazaineLéon Deshairs, « Chronique Willette », Art & Décoration, mars 1926, ., et de Marie Claire Élisabeth Junck. Il est l'époux d'Éva Fleury dont il divorce sans enfant, puis de Charlotte Duchâteau dont il a quatre enfants..
En 1867, il est élève de l'institut Boniface, 18 rue de Condé à Paris, puis, son père étant muté à Dijon, en 1868, du lycée de cette ville. En 1875, l'implication de son père dans l'évasion de Bazaine de l'île Sainte-Marguerite lui vaut d’être radié du lycée.. Il intègre alors l'École des beaux-arts de Paris, où il sera l'élève d'Alexandre Cabanel, maître dont il tiendra, analyse Claude Roger, . Il y fait la connaissance d'Antonio de La Gandara dès 1875. Il réalise ses premiers dessins de presse, notamment pour La Jeune Garde et La France illustrée, sous le pseudonyme de Nox en 1877Adolphe Léon Willette, Feu Pierrot, Paris, Henri Floury, 1919, . puis débute au Salon en 1881 avec une Tentation de Saint Antoine qui y est remarquée, affirmant qui se confirmera dans son envoi de 1886, la Veuve de Pierrot.
En 1882, il s'installe à Montmartre et loue avec son frère, le docteur Willette, un atelier au 20, rue Véron.. Il illustre Victor Hugo, peint des fresques et des vitraux, dessine des cartes postales, des affiches publicitairesCinq de ses œuvres sont reprises dans Les Maîtres de l'affiche., des couvertures de livres et, en échange d'un repas, des menus de brasserie. Ses représentations de Pierrot et Colombine lui valent une certaine popularité. En 1883, il réalise un dessin, intitulé Ah ! que c'est beau le soleil !, pour illustrer Le Rêve d'un Viveur, pièce de Jean-Louis Dubut de Laforest. Ce dessin est publié dans l'édition en volume de la pièce..
vignette|Portait de 1920 réalisé par Joseph Quesnel, musée Quesnel-Morinière de Coutances. Avec Rodolphe Salis et Émile Goudeau, il participe à la création du cabaret parisien le Chat noir au boulevard Rochechouart, où il expose d'abord une toile refusée au Salon : Une Paire d'amis (Femme et chat noir), puis qu'il décore ensuite de panneaux, notamment celui du Parce Domine (1884)., et d'un vitrail, Le Veau d'or ou Te Deum laudamus (1885), alors perçu par John Grand-Carteret comme .. Au Chat noir, il retrouve Antonio de La Gandara et fréquente également Henri Rivière, Maurice Donnay, Maurice Rollinat, Henri de Toulouse-Lautrec, Paul Signac, Camille Pissarro, Vincent van Gogh, Louis Anquetin ou Georges Seurat.
thumb|Pierrot et une femme sur une colonne, huile sur toile, Palm Beach, Collection Weisman et Michel, 1885.En 1885, il quitte Le Chat noir afin de dessiner pour une série de journaux anarchistes et fonde son propre magazine Le Pierrot trois ans plus tard. Désormais, il enrichit de commentaires politiques le format de bandes dessinées muettes qu'il avait établi dans Le Chat noir d'après le modèle des pages illustrées de Kaspar Braun.
En 1888, à Paris, a lieu sa première exposition de peintures et de dessins au 34 rue de Provence : Jules Chéret lui fait une affiche. Il décore de nombreux cabarets et restaurants de la butte Montmartre, dont l'auberge du Clou, la Cigale, le hall du bal Tabarin et la Taverne de Paris. En 1889, il imagine l'architecture du Moulin Rouge, entièrement rouge et surmonté d'un immense moulinEmeline Férard, Cinq choses que vous ne saviez pas sur le Moulin Rouge, Geo, 6 octobre 2022..
vignette|Willette, en pierrot noir, estampe par Marcellin Desboutin, parue dans L'Artiste en mai 1896.Polémiste ardent, Willette collabore tour à tour à de nombreux périodiques illustrés comme Le Chat noir, puis Le Courrier français (une relation qui, à compter de sa brouille avec Rodolphe Salis, durera 23 ans), Le Triboulet, Le Rire, sans oublier, dès 1901, L'Assiette au Beurre dont il compose la lettre de présentation. Il fonde plusieurs publications comme Le Pierrot (1888-1891 ?), La Vache enragée (1896-1897), Le Pied de nez (1901), Les Humoristes (avec Steinlen en 1901).
gauche|vignette|Adolphe Willette, dessin de Jean-François Raffaëlli pour la Revue illustrée, . gauche|vignette|Adolphe Willette, candidat antisémite. Affiche pour les élections législatives du . En 1889, en pleine affaire Boulanger, et sans écarter ici l'hypothèse d'une « blague », dans le style du Chat noir, d'un goût exécrableOutre Michel Dixmier, Didier Pasamonik et Laurent Bihl, Jacques Benoist suggèrent que cette affiche témoigne non pas d'un engagement politique réel de Willette mais d'une forme de provocation — Voir . Point de vue que ne partage pas le musée d'Art et d'Histoire du judaïsme qui expose et analyse d'autres dessins antisémites de Willette, lire en ligne., Willette se présente comme unique « candidat antisémite » aux élections législatives du , dans la du de Paris. Une affiche est produite, laquelle fut récupérée en 1942-1943 sous l'Occupation.. À l'issue du premier tour du scrutin, Willette n'a obtenu que 19 voix sur votants (0,17 %), en cinquième position derrière le socialiste possibiliste F. Dandreux (2,36 %), le radical Paul Strauss (25,16 %), l'opportuniste Georges Berger (26 %) et le député sortant boulangiste Louis Andrieux (44,37 %)Le Rappel, , .. Il obtient encore une voix au second tour.
En 1891, il prend la défense du Montmartrois et communard Jean-Baptiste Clément condamné pour ses activités syndicalistes et militantes à deux ans de prison et cinq ans d'interdiction de séjour.
Un dessin qui parait dans Le Courrier français montre une jolie et aguichante jeune fille qui chante avec insouciance. Elle marche enchaînée et encadrée par deux antipathiques gendarmes. L'un d'eux s'est emparé du panier de cerises qu'elle avait au bras. Une légende accompagne le dessin, en forme de nouveau couplet de la célèbre chanson de Jean-Baptiste Clément, Le Temps des cerisesTristan Rémy, Le temps des cerises (Jean Baptiste Clément), Paris, Les Éditeurs Français Réunis, 1968, . Le dessin est reproduit en page 1 de couverture. :
::Quand il reviendra, le temps des cerises Pandore idiot, magistrats moqueurs Seront tous en fête ! Gendarmes auront la folie en tête À l'ombre seront poëtes chanteurs Quand il reviendra le temps des cerises Siffleront bien haut les chassepots vengeurs !vignette|gauche| « Démolir la Bastille… et aboutir à Fourmies… », dessin, Almanach du Père Peinard, 1891.
Durant l'affaire Dreyfus, à partir de 1894, il se range du côté des antidreyfusards avec d'autres artistes proches comme Caran d'Ache ou Forain. Par ailleurs, il collabore au journal La Libre Parole illustrée (1893-1897) dirigé par le nationaliste antisémite Édouard Drumont« Adolphe Willette, un dessinateur engagé à contresens », La Dionyversité, 4 mai 2014.vignette|Une partie de la troupe de pierrots et colombines que Willette, costumé en pierrot noir, conduisait à la promenade de la Vache enragée, 1896, Le Petit Journal, 13 mars 1896, page 1, .. vignette|Plaque en l'Église Saint-Germain-l'Auxerrois de Paris En 1896, il participe à l'organisation du premier cortège carnavalesque montmartrois de la Promenade de la Vache enragée. Il y défile costumé en pierrot noir, à la tête d'une joyeuse troupe de pierrots et colombines. Il est responsable de la deuxième édition de la fête qui a lieu l'année suivante ; ce sera la dernière édition de ce défilé de son vivant.
Il est membre de la goguette du CornetDans le numéro de mars 1906 de la revue , compte rendu de l'hommage rendu à Willette au dîner du Cornet du 13 mars 1906 à l'occasion de sa nomination au grade de chevalier de la Légion d'honneur.. Nommé chevalier de la Légion d'honneur en 1906, il est ensuite élevé au rang d'officier de ce même ordre en 1912.
En 1907, il lance une pétition pour le respect du droit d'auteur et la rédaction d'une loi sur la propriété artistique (cette loi sera votée en 1912). En 1909 est fondée la première société pour le droit d'auteur des artistes et il en devient le premier présidentLe droit d'auteur pour les artistes : la Société est fondée, Le Journal, 26 mai 1909..
Dans l'hôtel de ville de Paris, il décore la salle des commissions — dite salon Willette — qui est inaugurée en 1909Raymond Escholier, Les décorations d'A. Willette à l'hôtel de ville de Paris, L'Art décoratif, volume 22, juillet-décembre 1909.. Il s'agit de vastes panneaux décoratifs représentant des scènes de la vie parisienneAndré Flament, Les grandes heures de Paris : l'Hôtel de Ville et la place de Grève, Éditions Calmann-Lévy, 1966., décrits comme des peintures ensoleillées qui clament la joie de vivreThéophile Alexandre Steinlen, Adolphe Willette, Les Heures du jour, numéro 158, janvier 1911..
En 1911, le musée des Arts décoratifs lui consacre une grande rétrospectiveAndré Roussard, Dictionnaire des peintres à Montmartre : peintres, sculpteurs, graveurs, dessinateurs, illustrateurs, plasticiens aux & siècles, Éditions André Roussard, 1999.. et Guillaume Apollinaire en rend compte :
En 1914, l'architecte Pierre Regnault, fondateur de l'Union des catholiques des beaux-arts, invite ses membres à une messe en mémoire des membres défunts. Willette répond à l'invitation et suggère de dire cette messe .. Cette première messe fut célébrée le dans ladite église avec lecture de la prière de WilletteJacques Benoist, « Adolphe Léon Willette dit Pierrot », étude pour la revue Catholicisme, octobre 1998. Elle deviendra annuelle à partir de 1926, après la mort de Willette. Une dalle en pierre scellée dans le mur de l'église y commémore l'événement..
À partir de 1915, il parraine un groupe de jeunes artistes de Coutances qui, se proposant de et de , fondent Le Pou qui grimpe. En 1919, il publie ses souvenirs, sous le titre Feu Pierrot chez Henri Floury.
En 1920, avec Forain, Guérin, Neumont et Poulbot, il fait partie des fondateurs de la République de Montmartre.. Il en sera le premier président jusqu'au . En 1923, il pose la première pierre du dispensaire Les Petits PoulbotsFrançois Robichon, Poulbot : le père des gosses, Éditions Hoëbeke, 1994. ouvert par Poulbot pour venir en aide aux enfants nécessiteux de Montmartre.
Adolphe Willette meurt d'une congestion pulmonaire en son domicile, le petit hôtel du 28, rue Lacroix dans le de Paris, le ., . Il est inhumé au cimetière du Montparnasse (division 2)Philippe Landru, WILLETTE Adolphe-Léon (1857-1926) : Montparnasse - division, Cimetières de France et d'ailleurs, 30 septembre 2013., où l'oraison funèbre est prononcée par Jean-Louis Forain. vignette|alt=|Monsieur Isaac et son œuvre, dessin antisémite de Willette, 1891.
Décorations (1912)Base de données Léonore, cote LH//2758/1.
sans cadre|50x50px Chevalier de l'ordre royal de l'Étoile polaire (Suède)Qui êtes-vous? Annuaire des contemporains, notices biographiques, Volume 3, Éditions Piero, 1924.
Postérité En 1927, le nouveau square inauguré au pied du Sacré-Cœur est baptisé en son honneur « square Willette ». Il porte ce nom jusqu'en 2004.. Le , à la suite d'une délibérationRelevé de conclusions du conseil de quartier Montmartre du 25 mars 2003. du Conseil de Paris souhaitant à la fois qu'Adolphe Willette, connu pour son engagement antisémite des années 1889-1895, ne soit plus ainsi glorifié, et honorer la mémoire d'une femme engagée et liée à l'histoire des combats de la Commune de Paris, ce square est rebaptisé square Louise-Michel, du nom de la communarde montmartroise Louise Michel...
Une rue porte le nom d'Adolphe Willette à Châlons-en-Champagne, ville où il est né, ainsi qu'à Dijon.. Une allée porte son nom à Coutances en hommage au soutien apporté à l'ancien groupe culturel coutançais Le Pou qui grimpe.
Œuvre