Le Revizor (en ) est une comédie en cinq actes de Nicolas Gogol créée et publiée en 1836. Insatisfait, l'auteur a continué à travailler sa pièce de théâtre et en a livré une seconde mouture en 1841.
Gogol écrit cette pièce à l'humour corrosif sur une idée qu'Alexandre Pouchkine lui avait donnée en . Il compose une satire sur le pouvoir russe et s'attaque ouvertement aux abus de l'administration et à la corruption.
Argument vignette|Un timbre dépeignant les personnages du Revizor, diffusé en Russie pour célébrer le 200ème anniversaire de la naissance de Nicolas Gogol, en 2009. Le bourgmestre et toute l'administration d'une petite ville de la province russe sont en émoi, dans l'attente du « Revizor », inspecteur envoyé incognito par le gouvernement. Dans la panique que provoque cette arrivée, les fonctionnaires et autres officiels de la ville, qui ont bien des choses à se faire pardonner, débordent alors d'activité et prennent toutes sortes d'initiatives pour dissimuler leurs méfaits.
Comment recevoir cet inspecteur au mieux ? Et d'ailleurs, comment l'identifier ? Deux habitants croient le reconnaître en la personne d'un jeune voyageur exigeant récemment arrivé à l'auberge. Au lieu de l'ardoise qu'il attend, celui-ci va être couvert d'honneurs et de flatteries. Même après avoir réalisé qu'il s'agit d'un quiproquo, le jeune homme se jouera de la méprise des fonctionnaires qui, abusés et terrorisés, se prêteront à toutes les bassesses pour complaire à celui qu'ils imaginent être le « revizor », allant jusqu'à croire habile de devancer ses attentes quand il n'en formule même pas.
Genèse Gogol s’est presque fait un point d’honneur à n’avoir rien inventé de ses sujets. Aussi il demande souvent à ses proches de lui fournir des sujets, Les Soirées du hameau à sa mère, Les Âmes mortes à Pouchkine et, comme Gogol lui-même le reconnaît dans sa Confession d’un auteur,
Réception En Russie La pièce est créée le au théâtre Alexandra, à Saint-Pétersbourg, en présence de l'empereur Nicolas , ce qui donne à la soirée une touche de mondanité aristocratique. Gogol, très nerveux, assiste au spectacle en coulisse. Mais la pièce est peut-être mal jouée., comme l'écrit Gogol lui-même dans une lettre à Pouchkine.. De fait, la pièce suscite d'abord des réactions contrastées du public : les uns la considèrent comme une simple farce, les autres s'indignent de la satire sociale.. C'est finalement une remarque de l'empereur, qui avait beaucoup ri., qui sauve la pièce :
Mais ce succès de scandale ne manque pas d'affecter Gogol et le laisse désabusé :
Dans la même lettre, il annonce qu'il va partir à l'étranger, ce qu'il fait en . Ses retours en Russie ne seront qu'épisodiques.. Claude De Grève. relève toutefois que le succès initial en demi-teinte de la pièce n'est pas simplement dû à des gens qui se seraient sentis moqués ou vilipendés par la satire, mais aussi, plus simplement, parce que Le Revizor choquait les habitudes esthétiques du public, plus habitué aux codes du vaudeville et du mélodrame. Le succès s'accroît rapidement.
Le , Gogol refuse d'assister à la première de sa pièce au théâtre Maly, à Moscou, représentation qui souleva les mêmes réactions ambiguës..
Dans une lettre à Prokopovitch qu'il écrit en de Paris, Gogol fait part de sa lassitude :
Le à Moscou, Gogol assiste à une représentation du Revizor. Il est salué et applaudi par le public, mais il se dérobe et s'enfuit sous une fausse excuse..
En France Contrairement à celui de Tchekhov, le théâtre de Gogol ne connaît pas en France le succès qui est le sien en Russie, où il fait partie du répertoire classique.
La première parisienne du Revizor eut lieu le , en pleine guerre de Crimée. Dans le contexte de la guerre de communication, la pièce fut d’ailleurs rebaptisée Les Russes peints par eux-mêmes. Elle fut interrompue après seulement quatre représentations, sous les huées et les sifflets du public.. Au-delà des circonstances particulières de la première, Maurice de Grève y voit deux raisons principales. D'une part, la langue de Gogol est très difficilement traduisible ; d'autre part, la pièce présenterait une réalité sociologique trop éloignée de la réalité française.. Gogol serait en quelque sorte trop local, « trop russe ». La liberté de ton et le langage familier (le sabir franco-russe de Khlestakov, par exemple), voire grossier, de Gogol choquèrent d'ailleurs le public à l'époque.
Dès l'origine, le statut réel de la pièce de Gogol est sujette à débat. Certains ont par exemple conclu de l'absence d'intrigue amoureuse l'absence de toute intrigue. Dans Le Roman russe, Eugène-Melchior de Vogüé indique que :
Personnages
Les personnages de la pièce sont assez nombreuxLa liste complète est donnée par .. Gogol rajoute a cette liste une (une sorte de didascalie) dans laquelle, il précise les caractéristiques physiques et psychologiques des principaux personnages, ainsi que quelques indications scéniques. Le tout est déjà présent dans la version de 1836, et repris à l'identique dans la version de 1842.
Anton Antonovitch Skvoznik-Dmoukhanovski : bourgmestre (aussi appelé le « gouverneur » selon la traduction) Anna Andréïevna, son épouse, Maria Antonovna, sa fille Louka Loukitch Khlopov, inspecteur des collèges Ammos Fiodorovitch Liapkine-Tiapkine, juge, Artemi Filipovitch Lafraise, curateur des œuvres de charité Ivan Kouzmitch Chpékine, directeur des postes, Piotr Ivanovitch Dobtchinski et Piotr Ivanovitch Bobtchinski, propriétaires terriens Ivan Alexandrovitch Khlestakov, fonctionnaire de Pétersbourg, le « revizor » Ossip, son valet Christian Ivanovich Giebner, médecin du district Fiodor Andréïevitch Lioulioukov, Ivan Lazarévitch Korobkine, fonctionnaire à la retraite, notable de la ville Stéphanie Ilitch Oukhovertov, commissaire de police Svistounov, Pougovitsyne, Dierjimorda, gendarmes Abdouline, marchand Févronia Pétrovna Pochliopkina, femme de serrurier La femme du sous-officier Micha, valet du gouverneur Le garçon de taverne Invités, invitées, marchands, bourgeois, solliciteurs.
Dans sa note préliminaire, Gogol insiste et précise soigneusement les conditions dans lesquelles doit se jouer la dernière scène :
Déroulement de la pièce Épigraphe Proverbe :
Acte I La pièce s'ouvre par la lecture du bourgmestre aux responsables de l'administration locale d'une lettre dans laquelle on lui annonce une nouvelle désagréable et qui surprend tout le monde : la venue d'un revizor chargé d'une mission secrète, qui plus est. Le bourgmestre tente de « resserrer les boulons », en espérant dissimuler l'impéritie et les abus de l'administration : un tribunal transformé en poulailler et en entrepôt privé, les pots-de-vin que s'octroie un responsable. Tout semble aller un peu à vau-l'eau, jusqu'à un professeur d'histoire trop passionné :
Dans la deuxième scène, le bourgmestre avoue à Chpékine, le directeur des postes, qu'il soupçonne la possibilité que quelqu'un les ait dénoncés et suggère à celui-ci d'ouvrir le courrier des administrés. Le directeur des postes lui répond, bonhomme : Le directeur des postes précise qu'il n'a entendu parler d'aucun fonctionnaire de Pétersbourg et, pris d'enthousiasme, propose de lire au bourgmestre une lettre qu'il trouve particulièrement touchante.
Mais, déjà (scène 3), on annonce la présence à l'auberge depuis deux semaines d'un jeune homme du nom d'Ivan Alexandrovitch Khlestakov, qui vient de Pétersbourg et prétend se rendre dans la province de Saratov, mais que tous prennent immédiatement pour le revizor. Toute la notabilité locale cherche alors à se faire (bien) voir par le supposé inspecteur et se précipite in corpore au devant du visiteur, ce qui offre l'occasion d'apprendre que les rues sont un vrai capharnaüm, que la corruption règne à tous les étages, qu'un des gendarmes est saoul comme une barrique () et , que l'un des notables est un voleur connu, que les monuments municipaux sont immédiatement transformés en dépotoir, que les constructions publiques donnent lieu à des détournements de fonds massifs...
Acte II Le deuxième acte (qui compte 10 scènes) commence à l'auberge, par un monologueUne partie du comique de la scène vient du russe très approximatif du valet, qui écorche sa langue, prend un mot pour un autre, etc. d'Ossip, le valet du mystérieux voyageur, vautré sur le lit de son maître, qui récrimine contre lui : loin d'être le revizor que tous redoutent, Khlestakov n'est qu'un insignifiant « registrateur de collègeLe et dernier des tchins de la table des rangs en vigueur dans l'administration impériale russe. Cf. aussi : . », parti de Pétersbourg il y a deux mois, escroc à la petite semaine, grand amateur de cartes, vivant d'expédients et de filouteries d'auberge, brûlant la chandelle par les deux bouts dès qu'il en a les moyens. Arrive Khlestakov, qui entame aussitôt une querelle avec son domestique. Les deux hommes ont le ventre creux ; l'aubergiste, mécontent de n'être pas payé, refuse de leur servir le repas et a déjà menacé de se plaindre au bourgmestre dès le matin. Un long monologue apprend au spectateur que Khlestakov se dirige vers Saratov, où son père, très fâché, attend des explications sur son manque d'avancement. Après quelques péripétie, les hôtes parviennent à se faire servir un repas modeste. Protestation de Khlestakov... À la scène huit survient le bourgmestre, ce qui provoque un quiproquo. Khlestakov croit que le bourgmestre vient l'arrêter, ou du moins le forcer à payer, tandis que le bourgmestre croit que le visiteur dissimule sa véritable identité pour mieux le prendre en défaut. Il pense que la surprise du voyageur est une feinte, et s'offre de lui prêter quatre cents roubles pour régler ses problèmes financiers : , et pour finir l'invite chez lui :
Acte III Le troisième acte se déroule chez le bourgmestre. On assiste d'abord à la querelle entre son épouse et sa fille, qui sont en opposition permanente, puis à l'arrivée de Dobtchinski, avant celle d'Anton Antonovitch Skvoznik-Dmoukhanovski et de ses hôtes prestigieux. Le bourgmestre a fait préparer la meilleure chambre pour son invité et tente de lui tirer les vers du nez. Khlestakov lui fait une description quelque peu enjolivée de sa position à Pétersbourg. À l'entendre, il est un personnage central dans l'administration impériale, il reçoit des comtes, a l'oreille de l'empereur. C'est un ami de Pouchkine et il connaît toutes les sommités du monde journalistique. Il donne des bals pour les diplomates étrangers, brasse des millions, etc. Alors qu'il s'enquiert s'il existe quelque cercle de jeu dans la région, le bourgmestre, lui-même joueur invétéré, lui rétorque horrifié :
Après avoir réussi à se débarrasser de son redoutable invité en le saoulant, le bourgmestre interroge Ossip, le valet, pour tenter de vérifier les dires du jeune homme. Mais celui-ci, pris au dépourvu, lui donne précisément les réponses vagues qui viennent confirmer les allégations de Khlestakov. L'acte s'achève sur un mystérieux conciliabule entre la femme et la fille du bourgmestre, tandis que ce dernier fait placer devant la maison des gendarmes en faction pour empêcher quiconque d'arriver chez lui. Il veut protéger la tranquillité de son hôte, mais surtout pour interdire l'arrivée intempestive d'administrés qui viendraient réclamer ou protester.
Acte IV