Le Tour de France 1908, du Tour de France, s'est déroulé du au sur 14 étapes pour . Il s'agit du quatrième Tour de France consécutif à utiliser un système de points (et non au temps) pour calculer le classement général. Comme ses prédécesseurs, les étapes et le général sont dominés par les Français, cependant, deux Italiens et un Luxembourgeois terminent dans le top dix.
Après sa victoire de 1907, Lucien Petit-Breton est le grand favori. Remportant 5 des 14 étapes et le classement général, il confirme sa victoire de 1907 et devient le premier double vainqueur du Tour de l'histoire. Si les coureurs indépendants forment encore la majorité du peloton, les équipes déjà établies depuis la première édition se livrent désormais une lutte farouche. Déjà lors de l'édition 1907, la rivalité Peugeot-Alcyon était de mise. Face à la marque de cycles sochalienne, « Alcyon », moins puissant qu'auparavant, mais aussi « Labor », qui manque encore d'expérience, proposent une opposition trop faible. L'équipe « Peugeot » place finalement quatre de ses coureurs aux quatre premières places du classement général. Pour la deuxième fois, le podium final à Paris n'est pas complètement français : le Luxembourgeois François Faber, se classe deuxième du classement général, après avoir remporté quatre étapes.
Changements par rapport au Tour précédent thumb|Le départ du Tour de France 1908 Cette édition du Tour de France suit quasiment le même parcours que le Tour de France 1907. Il suit les frontières de la France dans le sens des aiguilles d'une montre. La seule modification est le lieu du départ qui se fait sur le Pont de la Jatte. L'arrivée finale se juge au Parc des Princes.
Les règles sont également les mêmes : le système de points est encore utilisé à la place du système de temps pour déterminer le gagnant. Avant le départ, les dirigeants du Tour de France déclarent que toutes les mesures sont prises pour empêcher les incidents regrettables comme en 1905, et que les récalcitrants ont 90 % de chance de se faire prendre et de passer du temps en prison. Pour la première fois, certains pneus sont démontables, ce qui signifie que les 36 cyclistes en disposant peuvent réparer leur vélo plus facilement et un pneu à plat leur coûte donc moins de temps.
Pour préserver le caractère individuel de la course, l'organisateur du Tour Henri Desgrange décide que tous les cyclistes doivent rouler sur des cadres fournis par l'organisation du Tour. Les cyclistes ne sont pas autorisés à changer de vélo, la séparation entre deux catégories différentes mises en place les années précédentes disparaît et tous les cyclistes sont classés dans la même catégorie.
Participants Avant le départ de la course, 162 cyclistes sont inscrits et reçoivent des dossards. 48 cyclistes ne sont pas au départ et ce sont 114 cyclistes qui s'élancent lors de la première étape. Les cyclistes sont inscrits individuellement et non en équipe; néanmoins, certains partagent le même sponsor et courent comme s'ils étaient en équipe.
Le favori est Lucien Petit-Breton, vainqueur de l'édition précédente. Il est sponsorisé par Peugeot, qui parraine également plusieurs prétendants à la victoire finale. Dans les cinq précédentes éditions du Tour de France, les cyclistes sponsorisés par Peugeot ont remporté un total de 20 étapes. De plus, Petit-Breton est un réparateur de bicyclette qualifié, ce qui est important, car les règles obligent les cyclistes à réparer leur bicyclette sans aide. La plus forte opposition est attendue des cyclistes sponsorisés par Alcyon, emmenés par Georges Passerieu et Gustave Garrigou.
Les cyclistes parrainés par Labor commencent la course avec des maillots jaunes. À l'époque, le maillot jaune pour identifier le leader de la course n'est pas encore utilisé.
Une légende urbaine raconte que l'athlète française Marie Marvingt souhaite participer au Tour de France 1908, mais se voit refuser l'autorisation au motif que la course est ouverte uniquement aux hommes. Elle aurait décidé malgré tout de courir le Tour, de manière non officielle, en prenant volontairement du retard sur les participants et serait parvenu à le finir David Lam (20 octobre 2002). "Marie Marvingt "La Fiancée du Danger" (1875-1963).
Déroulement de la course thumb|left|Georges Passerieu, vainqueur de la première étape.
À un moment donné, la voiture d'Henri Desgrange est tombée en panne et l'organisateur du tour a dû terminer l'étape dans une calèche tirée par des chevaux.
Dans la première étape, de Paris à Roubaix, les pavés causent de nombreux accidents et crevaisons. Elle est remportée par Georges Passerieu, tandis que Lucien Petit-Breton prend la deuxième place. La deuxième étape, de Roubaix à Metz, passe par l'Alsace-Lorraine, qui fait alors partie de l'Allemagne. Comme les années précédentes, des clous sont jetés sur la route. Cette étape est remportée par Lucien Petit-Breton devant Georges Passerieu. Ayant remporté une étape et terminé deuxième dans l'autre, Petit-Breton et Passerieu ont tous deux 3 points. Selon certaines sources, ils sont tous les deux leaders ex aequo après cette étape, alors que d'autres sources présentent Passerieu comme leader unique.
Lors de la troisième étape, dont le départ est donné par le comte Zeppelin, après une nouvelle chute d'un membre de l'équipe Labor (Jean-Novo), le patron de Labor envoie un télégramme au directeur de l'équipe : .
Le reste du Tour est dominé par l'équipe Peugeot, qui gagne l'ensemble des étapes. Lors de cette troisième étape, Passerieu termine en position, Petit-Breton finit deuxième, ce qui se traduit dès lors par un important écart au classement général. L'étape est gagnée par François Faber.
La quatrième étape avec l'arrivée à Lyon se déroule sous une tempête de neige. Faber remporte sa deuxième étape consécutive, mais ayant terminé de la deuxième étape, il ne constitue pas encore une menace pour le classement général. Lors de la sixième étape, la Côte de Laffrey et le Col Bayard sont au programme. C'est André Pottier, le frère cadet de René Pottier, le vainqueur du Tour 1906, qui atteint les deux sommets en premier. Il ne garde pas son avance et est dépassé par Faber. Ce dernier perd la tête après s'être s'arrêté pour réparer sa bicyclette. Giovanni Gerbi récupère alors la première place. Cependant, trois kilomètres avant l'arrivée, la roue arrière de Gerbi se casse. Gerbi ne pouvant pas réparer son vélo rapidement, il marche jusqu'à l'arrivée en portant son vélo sur son dos et termine finalement à la septième place, tandis que l'étape est remportée par Jean-Baptiste Dortignacq.
La septième étape traverse la Crau, dans des conditions étouffantes. Petit-Breton apparaît comme le coureur le plus adapté à ces conditions et s'impose assez facilement. La neuvième étape, remportée par Petit-Breton, voit Faber prendre la deuxième place du classement général avec 57 points, alors que Petit-Breton occupe toujours la tête avec 18 points. Il est à ce moment quasiment assuré de la victoire finale, car les étapes restantes proposent un parcours totalement plat, qui conviennent au leader.
Il écrase la course lors de la onzième étape, lâchant tous les autres cyclistes un par un. Dans les autres étapes, les autres coureurs tentent de le battre en s'échappant à tour de rôle, mais Petit-Breton les reprend à chaque fois. Dans la treizième étape, 415 kilomètres entre Brest et Caen est remportée par Georges Passerieu après une course de plus de 16 heures. Le dernier coureur de l'étape, Louis Di Maria, termine à plus de 23 heures du vainqueur (39 h 30 contre 16 h 23). François Faber ne pouvant plus menacer Petit-Breton, ce dernier remporte cette édition facilement. Son plus mauvais classement fut une place obtenue lors de la dixième étape, à une seconde du vainqueur. À toutes les autres étapes, il se classe parmi les quatre premiers, remportant cinq étapes au total.
Après la dernière étape, un tour chronométré de 666 mètres est organisé au vélodrome du Parc des Princes à Paris. Il est remporté par Henri Cornet en 51,2 secondes. Il n'est pas considéré comme une étape officielle et n'a aucune influence sur le classement général.
Résultats Les étapes thumb|François Faber, vainqueur de quatre étapes du Tour de France 1908.
| || || Paris - Pont de la Jatte – Roubaix || || align=center|272 || Georges Passerieu || Georges Passerieu |- | || || Roubaix – Metz (ALL) || || align=center|398 || Lucien Petit-Breton || Georges Passerieu Lucien Petit-Breton |- | || || Metz (ALL) – Belfort || || align=center|259 || François Faber || Lucien Petit-Breton |- | || || Belfort – Lyon || || align=center|309 || François Faber || Lucien Petit-Breton |- | || || Lyon – Grenoble || || align=center|311 || Georges Passerieu || Lucien Petit-Breton |- | || || Grenoble – Nice || || align=center|345 || Jean-Baptiste Dortignacq || Lucien Petit-Breton |- | || || Nice – Nîmes || || align=center|345 || Lucien Petit-Breton || Lucien Petit-Breton |- | || || Nîmes – Toulouse || || align=center|303 || François Faber || Lucien Petit-Breton |- | || || Toulouse – Bayonne || || align=center|299 || Lucien Petit-Breton || Lucien Petit-Breton |- | || || Bayonne – Bordeaux || || align=center|269 || Georges Paulmier || Lucien Petit-Breton |- | || || Bordeaux – Nantes || || align=center|391 || Lucien Petit-Breton || Lucien Petit-Breton |- | || || Nantes – Brest || || align=center|321 || François Faber || Lucien Petit-Breton |- | || || Brest – Caen || || align=center|415 || Georges Passerieu || Lucien Petit-Breton |- | || || Caen – Paris - Parc des Princes || || align=center|251 || Lucien Petit-Breton || Lucien Petit-Breton
Note : en 1908, il n'y a aucune distinction entre les étapes de plaine ou de montagne ; les icônes indiquent simplement la présence ou non d'ascensions durant l'étape.
Classement général thumb|Lucien Petit-Breton, de son vrai nom Lucien Mazan, vainqueur de son deuxième Tour de France. Le classement général est calculé aux points : à chaque étape, le vainqueur reçoit un point, le suivant deux points, etc. Après la huitième étape, alors que seulement 39 cyclistes sont encore en course, les points donnés lors des huit premières étapes sont redistribués parmi les cyclistes restants, en fonction de leurs positions dans ces étapes. Sur les 114 cyclistes au départ, 36 ont terminé. L'équipe Peugeot domine la course, non seulement leurs cyclistes ont remporté les 14 étapes, mais ils se sont également classés aux quatre premières places du classement général. Même si les cyclistes participent à la course en tant que coureurs individuels, officiellement non reliés aux sponsors, la plupart en a un.
Classement général final (places 11 à 36)RangCoureurSponsorPoints 11 Paul Duboc Alcyon–Dunlop 163 12 Clemente Canepari Alcyon–Dunlop 183 13 François Beaugendre Peugeot–Wolber 195 14 Paul Chauvet Peugeot–Wolber 209 15 Eugène Forestier Peugeot–Wolber 231 16 Achille Germain Alcyon–Dunlop 236 17 André Pottier Peugeot–Wolber 237 18 Ernest Paul Alcyon–Dunlop 243 19 Peugeot–Wolber 243 20 Giovanni Gerbi Peugeot–Wolber 246 21 Aloïs Catteau Alcyon–Dunlop 272 22 Marceau Narcy Alcyon–Dunlop 307 23 Martin Soulié Alcyon–Dunlop 315 24 Ferdinand Payan Champeyrache 317 25 Noël Combelles Alcyon–Dunlop 335 26 F. Gonzales Peugeot–Wolber 376 27 Alcyon–Dunlop 374 28 Édouard Wattelier Nil–Supra 388 29 Peerless 397 30 Robert Lecointe Alcyon–Dunlop 406 31 Nil–Supra 438 32 Éloi Guichard Terrot 445 33 Léon Rabot Alcyon–Dunlop 453 34 Jean Darche Biguet 469 35 Louis Di Maria – 499 36 Labor 512
Si le gagnant avait été déterminé par le système de temps utilisé en 1903 et 1904, Petit-Breton aurait aussi été le vainqueur, avec Passerieu à la deuxième place, devançant Garrigou et Faber.
Autres classements Le deuxième François Faber remporte le classement des « pneus démontables ».
L'Auto nomme Gustave Garrigou meilleur grimpeur. Ce titre qui n'est pas officiel est le précurseur du Grand Prix de la montagne.
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