André Marie Hubert Grandclément, dit « Bernard », né le à Rochefort et abattu le à Saugnacq-et-Muret, est un résistant français de la Seconde Guerre mondiale.
Courtier en assurances à Bordeaux, il fonde en 1941 un réseau de résistance dans le Bordelais. Ayant rejoint en 1942 l'Organisation civile et militaire (OCM), il en devient le responsable en Aquitaine (région B), et grâce à l'aide du service de renseignement britannique Special Operations Executive (SOE), développe fortement son réseau dans la région, armant et formant plusieurs milliers d'agents.
Arrêté en , il négocie une coopération avec le chef régional de la Gestapo, Friedrich Dohse, sur la base de leur anticommunisme commun. Il livre notamment des caches d'armes, contre la libération de nombreux prisonniers du réseau. Mais tous ses camarades ne sont pas convaincus par la pertinence de cet accord avec les Allemands, et les tensions entre partisans et opposants de l'accord désorganisent la Résistance dans le Bordelais. Au bout d'un an, soupçonné d'imprudences graves, voire de trahison, André Grandclément accepte finalement d'être envoyé à Londres, mais est en fait conduit auprès d'autres résistants pour être jugé. Considéré par eux comme coupable, il est ensuite exécuté par les hommes de Roger Landes, chef du réseau Actor du SOE de Bordeaux. Sa femme, Lucette Grandclément, et son garde du corps sont exécutés en même temps.
L'affaire Grandclément a considérablement affaibli la résistance intérieure française dans la région bordelaise jusqu'à la Libération, spécifiquement les réseaux de l'OCM et du SOE, envenimant également les relations des résistants bordelais, des échanges locaux entre les mouvements jusqu'à leurs relations avec leur hiérarchie au niveau national. Les actes d'André Grandclément et leurs conséquences ont fait l'objet de nombreuses analyses par les historiens, et sont encore sujets à des interprétations très variées.
Biographie Entre-deux-guerres Fils de l’amiral Raoul Gaston GrandclémentPar son père, André Grandclément est le cousin d'Yves La Prairie, qu'il ne rencontre qu'après la mort de l'amiral. Celui-ci sera l'une de ses recrues pour son réseau, avant de partir pour rejoindre la France libre (). et d’Amélie de Barolet, André suit dans sa jeunesse les affectations de son père. Élève chez les jésuites au collège Franklin dans le arrondissement de Paris, il y noue une amitié avec Marc O'Neill, futur officier. À la fin de l'adolescence, il interrompt les cours de Franklin pour l'université de Beyrouth où son père vient de prendre le commandement de la division navale de Syrie, puis pour le lycée de Tunis. Il passe ses bacs à Paris, dort au collège Massillon et étudie au lycée Saint-Louis. Au moment d'entrer en classe préparatoire à l'école navale, il rencontre sa future première femme Geneviève Toussaint, surnommée « Myssett », se fâche avec son père et renonce à poursuivre ses études. En , il entre dans l'armée, d'abord comme simple soldat dans un corps de tirailleurs sénégalais. Rapidement, il suit les cours d'élève-officier. Le , il épouse Geneviève religieusement à l’église Notre-Dame-de-France de Bizerte. Ils auront cinq enfants, dont trois mourront en bas âge ; seules survivront deux filles, GhislaineNée – en 1930 ? – à Sfax. et FrancineNée en 1934 à Nuits-Saint-Georges..
En poste à Sfax, il annonce à son père, en , son désir de quitter l'armée. En 1931, André et Mysset s'installent à Toulon. L’année suivante, ils sont à Saint-Maixent-l'École. André n'a pas quitté l'armée, mais entre, pour deux ans, dans l'école d'officier. En même temps, il fait son droit à Poitiers. En 1934, il fait une grave chute de cheval, tombe malade (les lettres évoquent une tuberculose avec hémoptysie). Il quitte Saint-Maixent pour l'hôpital militaire de Clamart. Il est en congé maladie. En 1935, grâce à un cousin agent d'assurances, Paul Pierson, il entre à la Mutuelle Vie et s'installe avec Myssett à Bordeaux, 13, rue Basse. En 1937, la commission de réforme renouvelle sa pension à titre définitif, au taux de 100 %. Il travaille pour l’Union Vie à Annecy. En 1938, le couple déménage : Grandclément installe son bureau au 44 rue Ferrère. Bientôt, les discordes se multiplient et le couple décide de se séparer. André s'installe au 34 cours de Verdun, où il dirige une affaire d'assurances.
Seconde Guerre mondiale La drôle de guerre À la déclaration de guerre, bien que réformé à 100 %, il obtient d’être déclaré « bon pour le service ». À la fin de l'année 1939, il rencontre Lucette Tartas qui a eu un fils, Christian, né vers 1930 de son premier mari, Philippe Rigou.
En , il rejoint son unité, le d'infanterie coloniale. En mai, il s'illustre dans les Ardennes, lors de la bataille de Stonne, et il est cité à l'ordre de la division pour son action« Réformé à 100 %, a repris volontairement du service à l’occasion de la guerre, s’est révélé un excellent chef de section, faisant preuve de volonté, de sang-froid et d’initiative dans tous les combats auxquels a pris part l’unité, s’est particulièrement distingué le alors que sa section était complètement débordée par un ennemi très supérieur en nombre, a réussi à maintenir tout le monde à son poste et à redresser une situation un moment compromise.» .. Le , il est toutefois hospitalisé à Toulouse. À l’armistice, il est démobilisé et rejoint Bordeaux. Il est pendant quelque temps proche de la position collaborationniste de Pétain : anticommuniste, il se tourne vers le régime de Vichy, professe des opinions royalistes et s’attache à la personne du colonel de La Rocque, fondateur des Croix-de-Feu, puis du P.S.F. (Parti social français). Il en devient même l'officier d'ordonnance officieux.
La Résistance
thumb|L'organisation des différentes régions de la Résistance.
Fin août, désormais colonel en retraite - son unité étant démobilisée -, il retourne à Bordeaux et reprend ses activités dans les assurances. Mais la politique servile de Vichy à l’égard des Allemands finit par l’écœurer. Il tourne définitivement le dos à la Révolution nationale et entre dans la Résistance en 1941, comme le fait de son côté La Rocque, et comme lui conseille également son amiral de père. Au printemps 1942, Alain Boyau lui propose, au nom du général Jouffrault (oncle d'André) et de Marc O'Neill (son ami d'enfance), d'entrer à l'Organisation civile et militaire (OCM), un réseau de résistance. Il rencontre alors à Paris le colonel Touny, chef de l'OCM, qui le nomme responsable de la région B (le territoire occupé allant de Poitiers à Bayonne) en remplacement du commandant Léo Paillère. Entré en résistance sous le nom de guerre de « Bernard », il est chargé, pour ses débuts, de prendre contact avec tous les petits groupes épars dans la région et de les rassembler au sein d'une organisation qu'il a baptisé « France vivra ».
Il accomplit sa tâche, avec l'aide du commandant Rollot qui commande en second (à partir de mai), en regroupant sous ses ordres la majeure partie de la résistance non-communiste de la région. Son réseau comprend un état-major, cinq groupes de combat, une équipe s'occupant des parachutages. Des camps d'entrainement au maniement des armes existent à Bordeaux, Arcachon, Facture ; des maquis sont organisés en Corrèze et dans les Landes ; une filière d'évasion et une liaison radio avec Londres complètent le dispositif. En octobre, il engage comme secrétaire une cousine de Lucette, Arlette Caussé, pour la faire échapper au STO. Le , il épouse Lucette Tartas.
Claude de Baissac, chef du réseau Scientist du SOE depuis , et parachuté en France près de Châteauroux est informé par France Antelme de l'existence à Bordeaux de la très forte organisation de résistance (plusieurs centaines de personnes) dirigée par Grandclément, désireuse de recevoir armes et matériel. Le contact est établi et l'entente vite réalisée : Grandclément apporte ses groupes et ses contacts de l’OCM, et Claude de Baissac apporte les moyens du SOE, c'est-à-dire les armes qu'il fait venir d'Angleterre par parachutage. Les liens entre les deux réseaux sont alors assez forts, leurs agents ayant souvent une double appartenance. Jusqu'à soixante terrains de parachutage sont homologués par Londres. En avril, l'appartement de Grandclément, cours de Verdun, devient un véritable salon où se retrouvent, pour parler de résistance entre amis, Claude de Baissac et sa sœur Lise, Roger Landes, Jean Renaud-Dandicolle et Charles Hayes (tous agents du SOE), et Jouffrault père et filsCelui-ci est l'adjoint du colonel Delahaye, commandant l'OCM pour les départements de Vendée, Deux-Sèvres et Vienne ., Charles Corbin, Roland Chazeau et André MaleyranParfois orthographié Malheyran. (les principaux chefs du réseau de Grandclément). Mi-1943, le nombre de parachutages d'armes est estimé à 150, et les troupes équipées à potentiels.
Arrestation
Fin , le démantèlement du réseau Prosper-PHYSICIAN (réseau SOE parisien) par le travail conjoint de la police française et des services allemands permet, du fait des fautes répétées des agents SOE concernant le cloisonnement, d'étendre les arrestations aux réseaux de résistance affiliés. En juillet, un des adjoints de Grandclément, Christian Fossard, est arrêté par le commissaire Poinsot, qui remonte une filière de réfractaires au STO. La police française le livre à Friedrich Dohse, le chef de la Gestapo à Bordeaux. Fossard parle et livre notamment l'adresse de Grandclément, son chef, qui tient un fichier de ses subordonnés. À la fin du mois, les Allemands découvrent le fichier des membres du réseau, ce qui provoque une centaine d'arrestations, dont celle du général Jouffrault. Rollot passe en Espagne, remplacé par le colonel Thinières, qui doit lui aussi se mettre au vert à l'arrestation de sa femme.
Grandclément, qui a fui à Paris, échappe au coup de filet. Mais la chute du réseau Prosper a entraîné par répercussion également un grand nombre d'arrestation dans le réseau Scientist, et obligé notamment Claude de Baissac à retourner en Angleterre et à laisser la direction de son réseau à « Bernard » (Grandclément) et « Aristide » (Roger Landes). Parmi les personnes arrêtées se trouve Arlette Caussé, tout comme Lucette Grandclément et Frédéric Jouffrault le ; Corbin est également appréhendé mais relâché peu après. Grandclément, introduit par de Baissac dans le réseau SOE, est poursuivi de tous côtés ; il souhaite se livrer en apprenant l'arrestation de sa femme, mais Touny l'en dissuade. Le , identifié par Jacques Desoubrie au Café de Madrid à Paris, il est finalement arrêté, puis transféré à Bordeaux le 23. Dohse l'interroge et lui montre ce qu'il sait : les noms des agents du SOE et de l'OCM, les lieux de rendez-vous, l'emplacement des dépôts d'armes...