vignette|Combat supposé entre le Roi Arthur et un Chapalu - mosaïque de la cathédrale d'Otrante Le Chapalu, Capalu ou Capalus est un chat monstrueux dont parlent des manuscrits médiévaux français rattachés à la légende arthurienne. Peut-être issu de croyances celtiques, il est connu de la poésie arthurienne galloise sous le nom de Cath Paluc, Cath Palug, Cath Paluc, Cath Balug ou Cath Balwg.
Le Livre noir de Carmarthen en fait le fils de la truie mythique Henwen, et parle de ses ravages sur Anglesey. Selon La Bataille Loquifer, le Chapalu est le fruit du viol de la fée Brunehaut par le luiton Gringalet et, maudit par sa naissance, cherche à redevenir humain. Quelques textes ainsi qu'une mosaïque attestent d'un combat du roi Arthur contre lui.
« Roi des luitons » dans une continuation tardive d’Ogier le Danois, il est une bête féroce qui attaque les voyageurs, finalement vaincue par Arthur dans L’Estoire de Merlin du cycle Vulgate. Plus tard, le folklore populaire lie cette histoire au lac du Bourget ainsi qu'au mont du Chat, bien que le toponyme soit antérieur à cette version de la légende. Guillaume Apollinaire a repris la figure du Chapalu dans L'Enchanteur pourrissant.
Étymologie Pour Philippe Walter, le nom français est à décomposer en et ou , soit « poilu », une théorie citée dans les ouvrages grand public. Jean-Paul Lelu met en avant la parenté entre les noms de Cath Paluc, Capalu, et Chapalu pour suggérer que « ca » est un préfixe dépréciatif, « palu » signifiant « marais ». En gallois, bien que « Palug » signifie « sauveur », le mot est à rapprocher de « blesseur, griffant ». Pour Claude Sterckx, il est « hors de doute que le Chat Palug (Cath Palug) gallois et le Chapalu français sont une même créature ». Le nom gallois aurait donné, par déformation, la forme françaiseCUER MA et Chantal Connochie-Bourgne, Façonner son personnage au Moyen Âge: actes du du CUER MA, 9, 10 et 11 mars 2006, Publications de l'Université de Provence, 2007, , Vox romanica, volume 62, Francke, 2003, Keith Val Sinclair, Tristan de Nanteuil: thematic infrastructure and literary creation, volume 195 de Beihefte zur Zeitschrift für romanische Philologie, Niemeyer, 1983, , . Jean Markale (dont les travaux sont souvent contestésVoir la section des critiques dans son article.) signale un grand nombre d'étymologies « plus ou moins fantaisistes » pour cette créature, la plus logique et fréquemment citée est celle d'un « chat des paluds », soit « des marais ». Les études plus anciennes avaient évoquées le sens de « lion », de « dieu-tigre » ou de « dieu-chat » pour le préfixe « ca ». Joseph Loth mentionne la variante « Balug », composée de « Bal », qui évoque un dieu celtiqueJoseph Loth, la Revue celtique, XVIII, ., cité par Kerstin Hård af SegerstadKerstin Hård af Segerstad, « Sur les dieux des Sarrasins dans les chansons de geste du », 1926, .
Origine et caractéristiques Tous les textes au sujet du Chapalu le mettent en lien étroit avec l'élément liquide, particularité déjà remarquée par Émile Freymond lors de ses recherches en 1899M. A. Desbois et Alfred Firmin Loisy, Revue d'histoire et de littérature religieuses, Volume 6, É. Nourry, 1901, . Axel Wallensköld, commentant les recherches de Freymond en 1900, évoque même une « personnification mythique de la mer »Axel Wallensköld, « Bibliographie », dans Revue des langues romanes, volume 43, Université Paul-Valéry, 1900, . Le titre de « roi des lûtons », dont l'origine aquatique est attestée par certains récits, renvoie une fois de plus à cet élément.
Il est présenté comme un monstre de nature démoniaque. La littérature hagiographique médiévale tend en effet à « démoniser » les croyances païennes, un aspect particulièrement sensible dans L’Estoire de Merlin. À partir d'analyses toponymiques et folkloriques, Jean-Paul Lelu arrive à la conclusion que le Chapalu est un gardien des passages aquatiques vers l'Autre Monde celtique, comparable au dragon tarasque à tête de lion, qui partage probablement la même origine. Claude Lecouteux cite trois théories, dont celle des traditions celtiques. Le chat est une créature chtonienne, voire une personnification de la mort dans les croyances celtes. En Irlande, le « chat de mer » est un félin chimérique monstrueux, tandis que les Shetland sont anciennement nommées Cat Inis, soit « île du Chat ». Leur localisation septentrionale et leur climat correspondent assez bien à l'idée d'un Autre Monde, autant d'indices qui renvoient à une origine celtique insulaire. Cette origine celtique est invoquée depuis longtemps, en témoigne l'étude de Kerstin Hård af Segerstad, en 1926, qui cite M. G. ParisRomania XXIX, , d'après la citation de Kerstin Hård af Segerstad, lequel y voit un monstre mythologique celte « redoutable, qui remonte probablement à une époque antérieure à la domestication du chat en Occident ». Lui-même évoque une analogie avec le Chêne-Lapalud, près d'AngersRolland, Flore populaire, t. X, , et rattache cette créature à la mythologie gauloise.
Une dernière théorie est celle d'une ancienne divinité aquatique à laquelle les pêcheurs devaient rendre un culte en rejetant une partie de leurs prises.
Apparence thumb|Le Chapalu est généralement décrit comme un petit chat noir qui devient monstrueux. Dans L’Estoire de Merlin et les Triades galloises, le Chapalu est d'abord un petit chat noir venu de l'eau, qui devient gigantesque et monstrueux. Selon La Bataille Loquifer, il a un corps de cheval et une tête de chat, c'est un « diable aux yeux rouges ». Certains manuscrits ajoutent à cette description des pieds de dragon et une queue de lionSydney Aufrère et Michel Mazoyer, Clémence et châtiment: actes du colloque organisé par les Cahiers Kubaba, Université de Paris I, et l'Institut catholique de Paris, 7-8 décembre 2006, collection Kubaba: Série Actes, Éditions L'Harmattan, 2009, , , précisant qu'il serait un prince victime d'un enchantement, changé en bête. Un poème en moyen haut-allemand, Manuel und Amande, en parle comme d'un poisson à l'aspect de chat.
Les théories d'une inspiration du lynx et du chat sauvage sont citées, mais la constance d'un « animal amphibie à fourrure » dans les descriptions rend plausible une déformation de la loutre ou d'un autre mustélidé.
Manuscrits Les sources concernant le Chapalu proviennent de manuscrits médiévaux, en particulier des et . Jean Bichon affirme que le combat du roi Arthur contre ce monstre est mal représenté dans la littérature romanesque, mais Francis Dubost soutient l'inverse. Ce combat est, quoi qu'il en soit, suffisamment connu pour être représenté sur une mosaïque de la cathédrale d'Otrante, datée de 1163 ou 1165. Celle-ci montre Arthur chevauchant un animal à cornes (probablement un bouc), et comporte deux vignettes superposées : en haut le combat du roi, et en bas la résolution du combat où le monstre « pardé » (tacheté) malmène un homme à terre Helmut Nickel, « About Palug's cat and the mosaic of Otranto » dans Arthurian Interpretations, vol. 3, No. 2, été 1989, . Une certaine diabolisation d'Arthur est perceptible dans cette représentation.
Sources françaises Le Chapalu a été étudié entre autres par Laurence Harf-Lancner, Philippe Walter, Gaël Milin et Goulven Péron.
La Bataille Loquifer Il apparaît dans La Bataille Loquifer, chanson du cycle carolingienBien que rattachée au cycle carolingien (ou matière de France), cette chanson est proche, par le merveilleux qui s'en dégage, du cycle arthurien. originellement composée en 1170. Il est engendré au cours du viol commis par le luiton (lutin) Gringalet sur la fée Brunehaut, d'où son apparence à tête de chat et corps de chevalIl existe entre les chevaux et les lutins des liens très étroits, voir l'article lutin., qui doit , et traduire la colère de la fée. Le nom de « Gringalet » renvoie à la monture de Gauvain, ce qui explique peut-être l'apparence en partie équine du Chapalu dans ce récitPhilip E. Bennett, Carnaval héroïque et écriture cyclique dans la geste de Guillaume d'Orange, volume 34 de Essais sur le Moyen Âge, Champion, 2006, , .
Sa mère le condamne à rester un monstre et à demeurer en Avalon tant qu'il n'aura pas mordu le plus vaillant des chevaliers au talon, pour boire son sangLa Bataille Loquifer, laisse LXXXII, vers 3813 à 3820, cité par . Il se met au service de la fée Morgue. Arrive le chevalier Rainouart, qui rencontre sur l'île le roi Arthur et de nombreux autres chevaliers. Désireux d'éprouver sa valeur, Arthur organise un combat singulier entre Rainouart et le monstre félin, en présence de Morgue et de lui-mêmeJeanne Wathelet-Willem, Madeleine Tyssens et Henning Krauss, Les Épopées romanes, volumes 1 à 2, hiver 2001, , . Le Chapalu parvient à s'abreuver du sang du chevalier, ce qui le change instantanément en beau jeune homme. Il jure fidélité à Rainouart. Une fête est organisée pour célébrer l'évènementSociété Rencesvals, Essor et fortune de la Chanson de geste dans l'Europe et l'Orient latin: actes du Congrès International de la Société Rencesvals pour l'étude des épopées romanes, Padoue-Venise, 29 août-4 septembre 1982, volume 2, Mucchi, 1984, .
La transformation du Chapalu lève la malédiction qui pesait sur Avalon, et Rainouart quitte alors MorganeAvalon est différente ici de la description celtique classique, dans le sens où les chevaliers peuvent la quitter sans être retenus., qui est amoureuse de lui, pour retrouver son fils. Elle persuade le Chapalu de le suivre en mer et de provoquer un naufrage pour tuer le chevalier. Rainouart s'en sort grâce à l'aide de sirènes.
Dans ce récit, le Chapalu est rapproché des lycanthropes et de la fée Mélusine, qui tous deux souffrent d'une apparence monstrueuse et cherchent à retrouver leur humanité. Le combat n'est pas résolu par les armes, mais parce que Rainouart est le seul qui puisse libérer le Chapalu, même au prix de sa vie. Dominé par son adversaire, il permet, par son sacrifice, une seconde naissance du monstreKaren Pratt et Penny Eley, Shifts and transpositions in medieval narrative: a festschrift for Dr Elspeth Kennedy, Boydell & Brewer, 1994, , . Rainouart fait figure de champion d'Arthur destiné à réparer le tort de la naissance du Chapalu, à cause d'un lutin violeur, en lui rendant forme humaine.
Li Romanz des Franceis et Galeran de Bretagne
thumb|upright=1.3|Arthur, à califourchon sur un bouc, affronte le Chapalu (mosaïque de la cathédrale d'Otrante).
Plusieurs sources racontent qu'Arthur est tué dans un marécage par le Chapalu, en particulier Li Romanz des Franceis, un pamphlet de la fin du écrit par le Normand André de Coutance peu de temps avant que cette région, rattachée à l'Angleterre, ne devienne française. Le nationalisme est alors palpable dans tout le Nord-Ouest du territoire français. André de Coutance cherche à provoquer les Anglais, pour qui le roi Arthur est le héros national et le conquérant légendaire d'une partie du territoire français, en disant qu'il a été vaincu par le ChapaluGaston Paris, Mélanges de littérature française Du Moyen Âge publies par Mario Roques, Ayer Publishing, 1971, , :
Le poème précise que le félin gagne ensuite l'Angleterre, et s'empare de la couronne du pays pour en devenir le souverain. Ce récit propagé par les Capétiens est destiné à ridiculiser Arthur et ainsi nuire à leurs adversaires politiques, c'est une invention et selon Philippe Walter, « l’auteur qui rapporte cette tradition s’empresse d’en souligner l’absurdité » en concluant « Où donc ont-ils (les Français) trouvé une telle fable ? Tout cela n’est que mensonge, Dieu le sait bien. ».
Galeran de Bretagne, un roman du début du , reprend cette histoire de défaite face au Chapalu.
L’Estoire de Merlin et ses suites vignette|Le folklore populaire a lié la dent du Chat et le mont du chat à la créature légendaire.