est un genre fossile de grands thérapsides carnivores ayant vécu durant le Permien supérieur dans ce qui sont aujourd'hui la Russie européenne et l'Afrique australe. Les premiers fossiles connus de ce gorgonopsien furent découverts lors d'une longue série de fouilles menées de 1899 à 1914 dans la Dvina septentrionale, en Russie. Parmi ceux-ci figurent deux squelettes quasi complets incarnant les premiers spécimens décrits de ce genre, étant également le premier gorgonopsien à avoir été identifié en Russie. Plusieurs autres matériels fossiles y ont été découverts, et les diverses trouvailles ont conduit à une confusion quant au nombre exact d'espèces valides, avant que seulement deux d'entre elles soient actuellement reconnues, à savoir I. alexandri et I. latifrons. Une troisième espèce, I. uralensis, fut érigée en 1974, mais les restes fossiles de ce taxon sont très minces. Des recherches plus récentes menées en Afrique australe ont découvert des spécimens identifiés comme appartenant à ce genre, étant classés dans l'espèce I. africana. Le genre est nommé en l'honneur d'Alexandre Inostrantsev, professeur de Vladimir Amalitsky, le paléontologue ayant découvert et décrit le taxon.

Possédant un crâne mesurant environ de long selon les espèces, le tout pour une longueur corporelle atteignant , Inostrancevia est le plus grand gorgonopsien connu, n'étant rivalisé en taille que par l'imposant Rubidgea. Il possède un crâne large et allongé équipé de grandes fosses temporales de forme ovale. Il possède également une dentition très avancée, possédant de grandes canines dont les plus longues peuvent atteindre et qui peuvent avoir servi à cisailler la peau des proies. Comme la plupart des autres gorgonopsiens, Inostrancevia avait un angle d'ouverture de la mâchoire particulièrement grand, ce qui lui aurait permis d'infliger des morsures fatales. Les gorgonopsiens en général auraient été des prédateurs relativement rapides, tuant leurs proies en leur infligeant des morsures tranchantes avec l'aide de leurs « dents de sabre ». Le squelette est de construction robuste, mais des nouvelles études sont nécessaires pour une meilleure description anatomique et comprendre son fonctionnement paléobiologique.

Les gorgonopsiens forment un groupe majeur de « proto mammifères » carnivores qui ont disparu lors de la fin du Permien. Les premières classifications plaçaient Inostrancevia comme proche des taxons africains avant 1948, année où Friedrich von Huene érige une famille distincte, Inostranceviidae. Bien que ce modèle fut majoritairement suivi dans la littérature scientifique du et du début du , les analyses phylogénétiques publiées depuis 2018 le considèrent comme appartenant à un regroupement de gorgonopsiens russes dérivés, désormais classés aux côtés des genres Suchogorgon, Sauroctonus et Pravoslavlevia, ce dernier et Inostrancevia formant d'ailleurs la sous-famille des Inostranceviinae. Les archives fossiles russes et africaines montrent qu’Inostrancevia vivait dans des écosystèmes fluviaux contenant de nombreux tétrapodes, où il s'avère avoir été le principal prédateur. Ces faunes étaient principalement occupée par les dicynodontes et les paréiasaures, qui auraient très probablement constitué ses proies principales. Dans le territoire russe, Inostrancevia aurait été l'unique grand gorgonopsien présent, tandis qu'il aurait été brièvement contemporain avec les rubidgeinés en Tanzanie. Lorsque les rubidgeinés disparaissent du territoire sud-africain, Inostrancevia aurait occupé à son tour le rôle de superprédateur avant de disparaitre à son tour lors de l'extinction Permien-Trias.

Historique des recherches Découvertes russes Durant les années 1890, le paléontologue russe Vladimir Amalitsky découvre des sédiments d'eaux douces datant du Permien supérieur au sein de la Dvina septentrionale, dans l'oblast d'Arkhangelsk, au nord de la Russie européenne. Le site consiste en un ruisseau avec des grès et des expositions en forme de lentille dans un escarpement de berge, contenant de nombreux squelettes fossiles particulièrement bien conservés. La trouvaille de ce type de faune datant de cette période, auparavant connue uniquement d'Afrique du Sud et d'Inde, est considérée comme l'une des plus grandes découvertes paléontologiques de la fin du et du début du . Après la reconnaissance préliminaire du lieu, Amalitsky effectue des recherches systématiques avec sa compagne . Les premières excavations démarrent en 1899, et nombre des trouvailles sont envoyées à Varsovie, en Pologne, afin d'y être préparées. Les exhumations des fossiles durent jusqu'en 1914, année où les recherches s'arrêtent en raison du début de la Première Guerre mondiale. Lorsque cet événement débute, Amalitsky tente de sauver sa collection de fossiles résidant à Varsovie afin de le transférer dans l'oblast de Nijni Novgorod. Cependant, l'arrivée de la révolution d'Octobre en 1917 et la politique changeante au sein du pays conduisit indirectement à sa mort en décembre de la même année. Par la suite, sa collection de fossiles fut transférée à Leningrad et est devenu une partie intégrante du département géologique de l'université de la ville. Durant la Seconde Guerre Mondiale, une partie des fossiles de la collection fut transférée à l'Institut paléontologique de l'Académie des sciences de Russie, à Moscou.

vignette|gauche|redresse=1.4|alt=|PIN 2005/1578, le squelette lectotype d’I. alexandri.

Parmi tous les fossiles qu'Amalitsky a décrits avant son décès figurent deux squelettes remarquablement complets de grands gorgonopsiens, aujourd'hui catalogués PIN 1758 et PIN 2005/1578, duquel il les attribue à un nouveau genre et espèce qu'il nomme Inostranzevia alexandri.. Le spécimen PIN 2005/1578 est depuis reconnu comme son lectotype. Le taxon représente le premier gorgonopsien à avoir été identifié en Russie., les fossiles préservant également les premiers restes postcrâniens quasi complets connus identifiés chez ce groupe de thérapsides. Bien que l'animal n'ait été qu'officiellement décrit qu'en 1922 à titre posthume, l'utilisation de ce nom au sein de la littérature scientifique remonte dès au début du , notamment dans les travaux de Friedrich von Huene et d'Edwin Ray Lankester. Les problèmes taxonomiques quant à la date originelle du nommage du genre sont le sujet d'une étude qui devrait être publiée ultérieurement.. Bien que l'étymologie du genre et de l'espèce type ne sont pas fournis dans les premières descriptions connues concernant le taxon, il est en fait nommé en l'honneur du géologue réputé ., qui n'est autre que l'un des professeurs d'Amalitsky lui-même.. L'article d'Amalitsky décrit généralement toutes les découvertes fossiles effectuées dans la Dvina septentrionale, et non pas uniquement Inostranzevia, l'article mentionnant que d'autres recherches sur ce gorgonopsien étaient en cours au moment de la publication.

En 1927, un des collègues d'Amalitsky, Pavel Pravoslavlev, rédige deux travaux, dont un ouvrage, qui sont les premières descriptions approfondies des fossiles aujourd'hui attribués à ce taxon. Dans ces travaux, Pravoslavlev change la typographie du nom « Inostranzevia » en « Inostrancevia ». Bien que le nom original ait été quelquefois utilisé au sein de la littérature scientifique récente., la nouvelle typographie est depuis entrée dans l'usage universel et doit être maintenu selon la règle de l'article 33.3.1 de la CINZ. Parmi les nombreuses espèces d’Inostrancevia érigées et décrites de sa part, seul I. latifrons s'avère être valide. L'holotype de cette espèce, catalogué PIN 2005/1857, consiste en un grand crâne auquel manque la mâchoire inférieure, découvert dans la même localité que celui des premiers spécimens connus d’I. alexandri. Un autre crâne a également été découvert dans la même localité que l'holotype, tandis qu'un squelette incomplet fut quant à lui découvert dans le village de , situé dans l'oblast de Vladimir. L'épithète spécifique latifrons vient du latin « large » et « front », en référence à la taille et à la constitution crânienne plus robuste qu’I. alexandri. En 1974, le paléontologue Leonid Petrovitch Tatarinov effectue une large révision des thériodontes connus alors en URSS. Dans son ouvrage, il révise la validité des taxons érigés par Pravoslavlev et décrit une troisième espèce d’Inostrancevia, I. uralensis, sur la base d'une partie de la boîte crânienne. Le spécimen holotype, catalogué PIN 2896/1, consiste en un basioccipital gauche découvert dans la localité de Blumental-3, situé dans l'oblast d'Orenbourg. L'épithète spécifique uralensis fait référence au fleuve Oural, où fut trouvé le spécimen holotype du taxon. Cependant, en raison de la faible préservation des fossiles de cette espèce, Tatarinov fait valoir qu'il est possible qu’I. uralensis appartienne à un nouveau genre de grands gorgonopsiens.

Découvertes africaines vignette|droite|redresse=0.7|alt=|Crânes fossiles d’I. africana, dont PPM2018-7Z (A-B) et l'holotype NMQR 4000 (C-D).

En 2010, le musée national de Bloemfontein envoie une expédition dans la ferme de Nooitgedacht 68, située près de la ville de Bethulie, au sein du bassin du Karoo, en Afrique du Sud. C'est au cours de cette même expédition que Nthaopa Ntheri découvre un squelette partiel d'un grand gorgonopsien qui inclut un crâne presque complet, catalogué NMQR 4000. Au cours d'une seconde expédition lancée l'année suivante, découvre un autre squelette partiel similaire à celui du spécimen découvert précédemment, catalogué NMQR 3707. L'existence de ces deux spécimens est mentionnée dès 2014 dans le chapitre d'un ouvrage répertoriant les découvertes effectuées à Nooitgedacht., mais ce n'est qu'en 2023 que le paléontologue américain Christian F. Kammerer et ses collègues effectuent la première description officielle concernant ces derniers. Leurs descriptions confirment à leur grande surprise que ces spécimens appartiennent à Inostrancevia, une grande première étant donné que le genre ne fut historiquement signalé qu'en Russie. Les spécimens possédant néanmoins quelques différences permettant de les distinguer des lignées russes, ils sont alors classés dans l'espèce nouvellement érigée I. africana, le spécimen NMQR 4000 étant désigné holotype, tandis que NMQR 3707 est léguée en tant que paratype. Néanmoins, l'article décrivant officiellement cet animal se porte principalement sur l'importance stratigraphique des découvertes et n'est qu'une brève introduction à l'anatomie du nouveau matériel fossile, étant le sujet pour une future étude..

En 2018, des travaux de terrains menées dans le fossé de , au nord du Mozambique, découvrent un crâne partiel provenant d'un imposant gorgonopsien qui est par la suite catalogué PPM2018-7Z. En 2025, ce spécimen est identifié par Zanildo Macungo et ses collègues comme provenant d'un I. africana sur la base des diagnostics fournis par Kammerer et ses collègues deux ans auparavant.. Bien plus tôt, en , une équipe de paléontologues découvrit un prémaxillaire gauche isolé, catalogué NMT RB380, dans le bassin de Ruhuhu, au sud de la Tanzanie. L'os fossile est par la suite scanné et identifié comme provenant d'une espèce non précisée d’Inostrancevia au sein d'une étude rédigée par les paléontologues américains Anna J. Brant et , publiée en 2024.. Néanmoins, dans leur article décrivant le crâne découvert en Mozambique, Macungo et ses collègues reclassent le spécimen tanzanien chez I. africana.

Synonymes et espèces anciennement attribuées