L'influence sociale, aussi appelée , est un processus psychologique et social par lequel une personne ou un groupe modifie les opinions, comportements ou attitudes d'une autre personne ou d'un autre groupe, volontairement ou involontairement. Elle repose sur des interactions et peut se manifester sous Différentes formes, comme la conformité, la soumission, ou l’obéissance, ce phénomène est central dans les relations humaines et contribue à l’apprentissage, à la transmission des normes, au contexte social et à la cohésion sociale, mais peut aussi engendrer des pressions ou manipulations, et dont le résultat est d'imposer des normes dominantes en matière d'attitude et de comportement. .
Cette influence entraîne la modification des comportements, attitudes, croyances, opinions ou sentiments d'un individu ou d'un groupe à la suite du contact avec un autre individu ou groupe. Pour noter un tel effet d’influence, une quelconque relation doit exister entre ces entités.. On distingue plusieurs types d’influences sociales, dites typologies d'influence, telles que le conformisme, l'innovation et la soumission à l'autorité. Il existe également d’autres phénomènes qui peuvent s’expliquer en termes d’influence sociale comme la résistance qui s'oppose aux phénomènes précédents.
L'influence sociale couvre un champ très vaste. Les phénomènes étudiés peuvent être observés au quotidien.
Normes sociales
Une norme sociale est définie comme étant une règle implicite ou explicite qui prescrit le comportement adéquat à adopter en société dans des situations bien déterminées. Ces normes sont donc une source d'influence importante de par le fait qu'elles prescrivent aux gens la façon dont ils devraient se comporter afin de ne pas être catégorisés comme « hors norme ». La crainte d'être catégorisé comme tel engendre une forme d'influence puissante que l'on retrouve par exemple dans le conformisme.
Les normes sociales sont influencées par la culture et peuvent donc varier drastiquement d’un pays à l’autre ainsi que toucher des sujets très divers comme la nudité ou la manière de se saluer. Par exemple en France la nudité est fortement associée à la notion de pudeur, par contre, être dénudé est tout à fait normal pour un membre d'une tribu de Papouasie, qui lui, risquerait d’être mal vu s’il venait à porter des vêtements..
Les normes régulent également beaucoup de domaines différents de la vie quotidienne comme les repas, les loisirs, l’espace personnel, le temps, les interactions Elles varient non seulement culturellement mais peuvent également être différentes selon le statut social ou encore le genre.
Le rôle social comprend un ensemble de normes attendues sur la façon de se comporter.
Ces comportements sont suffisamment ancrés dans les mentalités qu’ils en sont devenus presque inconscients. Dans des grandes situations moins habituelles, l'automatisme disparaît et l'attention se reporte sur les comportements des autres afin de les calquer et d’agir selon la norme attendue.
Historique
Dans la mythologie grecque, c'est sous la pression de la population incitée par un certain Phoinodamas que le roi de Troie Laomédon doit sacrifier sa propre fille HésioneLycophron, Alexandra, Étude de l'extrait 951-957, 951-957.Scholie de Tzétzès à propos de Lycophron, 956. Voir ..
Typologies d'influence Deutsch et Gerard C’est à la suite des expériences de Muzafer Sherif et Solomon Asch notamment, qu’en 1955, Morton Deutsch et Harold Benjamin Gerard entament leurs travaux. Sachant que les processus psychologiques individuels sont sujets à l’influence sociale, selon eux, dans ces expériences, les sujets n’agissaient pas en tant que membres d’un groupe. Le but de leur travail était donc de mettre en avant qu’il existe deux types d’influences sociales et que celles-ci sont opérationnelles dans ces expériences.
Ils ont d'une part identifié l'influence informationnelle, définie comme « l’influence d’accepter l’information obtenue de quelqu’un d’autre comme preuve de la réalité ». En effet, l’individu, soucieux de fournir une réponse correcte, cherche à rassembler les informations pertinentes qui lui permettront de résoudre la tâche à laquelle il est confronté ; pour y parvenir, l'individu se base notamment sur l'avis d'autrui.
D'autre part ils ont identifié l'influence normative, définie comme « l’influence de se conformer aux attentes positives de quelqu’un d’autre (individu ou groupe) ». En effet, l'individu qui souhaite rester membre d'un groupe doit adhérer aux normes de celui-ci, la majorité étant plus favorable à un comportement de conformité qu’à un comportement de déviance. De plus, le groupe peut décider de punir un membre qui n’adhère pas aux normes. Celui-ci ressentirait alors la pression à se plier à ces normes en vue d’éviter la punition. Plusieurs études ont en effet mis en avant que ceux qui s’écartaient des normes se voyaient rejetés du groupe. Ceci reflète l’importance qu’accorde l’individu à son image sociale.
Pour vérifier les hypothèses qu'ils avaient posées, ils ont repris la situation expérimentale que Asch avait développée en y apportant quelques modifications. Les principaux résultats de leur expérience ont mis en avant que lorsqu’une situation de groupe était créée, même si celle-ci était triviale et artificielle, l’influence sociale normative augmente, produisant plus d’erreurs dans le jugement des individus. Ils ont également noté un effet moindre de ce type d’influence lorsque les individus donnaient leurs réponses de manière anonyme. En effet, contrairement à une situation de groupe, l'anonymat les protège de la pression immédiate de se conformer (en observant par exemple certaines expressions de stupéfaction visibles chez les autres membres du groupe). Un autre résultat met en avant que plus le sujet est incertain par rapport à la justesse de son jugement, plus il sera sensible à l’influence sociale dans la construction de celui-ci.
Pour illustrer ces deux types d’influence, Luc Lamarche partage une de ses expériences personnelles : lorsqu’il assistait à un congrès scientifique à Paris, il fut surpris qu’à la fin de sa conférence, les personnes présentes aient commencé à taper sur les tables. Lorsqu’il s’aperçut qu’il en fut de même pour celui qui le suivait, il comprit que ce comportement indiquait une appréciation (influence informationnelle). De plus, ne voulant pas être le seul à applaudir à la fin de la conférence suivante, il tapa sur la table. Il se conforma dès lors au comportement des autres (influence normative).
Kelman En 1958, identifie trois processus d'influence distincts. La compliance : un individu change de comportement dans le but d'obtenir une récompense et afin d'éviter une punition de la part d'un individu ou d'un groupe. Toutefois, ses croyances restent inchangées. Par exemple, accepter de fumer car son ami le fait, pour éviter d’être rejeté par ce dernier tout en continuant de croire que ce n’est pas bon pour la santé. De ce fait, l’individu s’est soumis à la volonté de son ami sans pour autant modifier ses croyances. L'identification : un individu change de comportement car il s'identifie à l'individu ou au groupe qui constitue la source d'influence. Il faut noter que l’identification est le processus d’influence le plus fort. En effet, l’individu modifie ses croyances en fonction de son modèle de référence (un individu ou un groupe). Cela signifie que lorsqu’il change de modèle, il modifie également ses croyances. Par exemple, l’individu s’habille de la même façon que les autres membres du groupe auquel il s’identifie. L'intériorisation : un individu change de comportement car celui-ci est congruent avec son système de valeurs. Par exemple, adhérer aux idées d’une personne ou d’un groupe en opérant chez soi un changement interne.
Phénomènes observés en influence sociale Conformisme
L'influence de la majorité sur l'individu est nommée conformisme. Il est défini plus précisément comme .. Jacques-Philippe Leyens met en avant que la majorité influente peut être quantitative ou qualitative. La majorité influente est quantitative lorsque c’est le nombre important de ses membres qui lui donne du poids ; elle est qualitative lorsque c’est le niveau de compétence, le prestige ou l’autorité qui repose légitimement dans cette majorité.
thumb|alt=Représentation schématique de l'expérience de Solomon Asch où des segments sont comparés par les sujets|Représentation schématique de l'expérience de Solomon Asch.
C’est en 1951 que Solomon Asch entreprend ses recherches sur le conformisme.
Son expérience la plus connue met en jeu un groupe allant jusqu’à une dizaine de personnes, où le sujet d’expérience est seul et le reste du groupe est complice de l’équipe de recherche. La tâche proposée au groupe est de comparer un segment témoin à trois autres, parmi lesquels un seul a la même longueur que le segment témoin., l’expérience effectuée sur des individus témoins avait permis de déterminer que la tâche était non ambigüe puisque les réponses étaient systématiquement bonnes.
Dans chaque groupe, chaque personne doit alors dire à haute voix quels segments il pense être identiques, le sujet du test étant placé en avant-dernier. Chaque test contient une série de 18 questions sur la longueur des segments, les complices de l'expérimentateur répondant faussement à 12 reprises. 123 sujets ont été testés, qui répondent faux comme le reste du groupe dans 36,8 % des cas.
L'origine du phénomène de conformisme pourrait se trouver dans le fait que l'unanimité d'un groupe d'individus plaide en faveur de l'exactitude de l'opinion exprimée. De plus, les individus craignent généralement la désapprobation sociale : ils ont peur des conséquences de leur désobéissance, notamment de se faire rejeter..
On peut également expliquer le conformisme en regard des typologies développées, d’une part, par Kelman et, d’autre part, par Deutsch et Gerard. Le processus d’influence en jeu dans cette expérience est la soumission, ce qui correspond à la compliance définie par Kelman. En effet, ce n’est pas parce que l’individu se conforme à la majorité qu’il accepte la réponse de celle-ci comme juste. Le conformisme s'explique également par deux types d'influence suivants la théorie de Deutsch et Gerard : une influence informationnelle (le groupe a raison contre l'individu) et une influence normative (il est plus coûteux de subir la désapprobation du groupe que de se conformer)..
De multiples paramètres peuvent influencer le conformisme d’un sujet, notamment la taille du groupe, l'unanimité du groupe, la difficulté de la tâche, l'ambiguïté du stimulus, l'attrait pour le groupe, la confiance en soi du sujet, le besoin d'affiliation, la culture..
Innovation
L’innovation est définie comme l’influence qu’a un individu ou une minorité de personnes sur une majorité. Contrairement au conformisme, c’est la minorité qui réussit à imposer son point de vue. Ceci engendre des comportements nouveaux ou modifie ceux qui étaient déjà en place. Afin de se faire entendre, la minorité doit passer outre à la « déviance » qui lui est prêtée pour son refus de se conformer aux normes et de suivre la majorité.. Le film Douze hommes en colère de Sidney Lumet est un bel exemple de ce phénomène. En effet, on y retrouve 12 jurés devant décider du sort d'un accusé. Face à une majorité sûre de la culpabilité du prévenu, un homme en doute. Il expose ses arguments avec fermeté et finit par faire changer d'avis les autres jurés un par un.
Plusieurs éléments sont favorables à l’émergence d’une innovation : la constance : elle se veut aussi bien « interne » (ou intra-individuelle : la personne semble convaincue de ce qu'elle affirme) que « sociale » (ou inter-individuelle : le groupe minoritaire adopte une position ferme et valide). Une minorité unie, cohérente et constante est beaucoup plus efficace face à la majorité ;