Haïfa (en hébreu : , , ; en arabe : , ; en yiddish : חאַיפֿאַ) est une ville côtière en Israël située sur les bords de la mer Méditerranée. Elle constitue la troisième agglomération la plus peuplée d'Israël après Tel-Aviv et Jérusalem. L'origine de son nom reste inconnue, bien que le mot hébreu hof (côte), voire plus récemment la contraction des mots hof yafe (belle côte) aient été proposés Zev Vilensky, Legends of Galilee, Jordan and Sinai, 1978 ..
Haïfa et son agglomération ont une population totale de l’ordre du demi-million d’habitants fin 2008. Elle est connue pour son important port en eau profonde ainsi que son importante industrie chimique. Elle accueille l'université du Technion.
En comparaison des autres grandes villes israéliennes, Haïfa se caractérise par son important trilinguisme entre hébreu, arabe et anglais, son pourcentage élevé de cadres et diplômés de l'enseignement supérieur.
En Israël, elle est régulièrement décrite par l'aphorisme suivant : « Tel Aviv danse, Jérusalem prie, Haïfa travaille ».
Géographie vignette|gauche|Rue Ha’Atzmaouth (rue de l’Indépendance), la voie principale de la Ville-Basse, le centre commercial et pendulaire de la métropole. Située au nord du pays et dans le district qui porte son nom, Haïfa est la troisième ville du pays et compte une population de ... À l’instar d’Acre et Jérusalem, à côté de la population juive, elle abrite une communauté musulmane considérable (Arabes israéliens), plus de personnes de confessions diverses (musulmans, chrétiens de diverses églises catholiques ou orientales). Logée en contrebas ainsi que sur les hauteurs du mont Carmel, elle est une des villes portuaires les plus importantes du pays et abrite en son sein l’université de Haïfa, et le célèbre centre polytechnique d'éducation et recherches Technion (Institut israélien de technologie).
Climat Haïfa a un climat méditerranéen, codé « Csa » selon la classification de Köppen.
Histoire vignette|gauche|290px|Pèlerinage d'arabes chrétiens galiléens au Mont Carmel, à Haïfa, en 1898.
Antiquité
Haïfa est l'un des plus anciens ports de la côte du Levant, bien que son nom ne soit pas clairement mentionné dans les textes les plus anciens. Il se peut qu'il soit une contraction de HofYafé qui signifie la « belle côte ».
Le site archéologique de Tel Siqmonah est situé le long de la mer à l'ouest de la ville, occupé dès le Bronze Ancien. Lors des fouilles, les archéologues ont trouvé un bâtiment contenant des tessons de poteries et des jarres locales, des statuettes de divinités égyptiennes et des poteries venant de Chypre.
Le nom de cette cité est mentionné dans des sources talmudiques plus d'une centaine de fois. Il s’agit alors d’une bourgade située aux environs de Shikmona, la principale ville juive de la région.
Le lien avec le prophète Élie est encore visible dans la grotte portant son nom. À l'origine, c'était un lieu où on vénérait Baal-Adonis, confondu par la suite avec la grotte où Elie s'était réfugié alors qu'Achab le poursuivait.
L'ancien site maritime, le port de Tell Abu Hawam, se trouvait à l'embouchure de la rivière Kishon.
Moyen Âge
Conquise et intégrée à l’Empire byzantin, elle fut ensuite successivement placée sous la domination des Perses et de l’empire arabe. En 1100, les croisés font le siège de la ville avant de l’intégrer dans la principauté de Galilée. Ce furent les mamelouks qui reprirent les lieux en 1265 avant qu’elle ne soit progressivement désertée et abandonnée jusqu’au . À l'époque, on l'appelle CaifaAntoine Augustin Bruzen de la Martinière, Le grand dictionnaire géographique, historique et critique ; volume 3, 1768, page 26. ou CaïffeJean Daniel Kieffer, Thomas Xavier Bianchi, Dictionnaire turc-français, Imprimerie royale, 1835, page 443. en français.
Période ottomane
En 1761, le souverain bédouin Daher El-Omar reconstruisit la cité en la ceinturant d’une muraille. Toutefois, la nouvelle cité fut déplacée de son lieu d’origine et située dans un lieu étroit entre la mer et les hauteurs du mont Carmel. À l’exception de courtes périodes marquées par les tutelles de Bonaparte (1799) et de Méhémet Ali (1831), vice-roi d’Égypte, la tutelle ottomane perdurera jusqu’au démembrement de l’Empire en 1918 (conséquences de la Première Guerre mondiale sur la géographie du Moyen-Orient). En 1834, Joseph-François Michaud écrit dans sa Correspondance d'Orient qu'« il n'y a rien au monde de plus triste, de plus misérable, de plus dégoûtant que la petite bourgade de Caïpha, qu'on appelle Caïpha la neuve. Quand on a vu un amas informe de cabanes de pierres, une population couverte de lambeaux, et qu'on aperçoit ensuite les fortifications de la ville, on se demande à quoi elles peuvent servir, ce que ce pauvre pays peut avoir à défendre, ce que des ennemis viendraient y chercher »Joseph-François Michaud, Correspondance d'Orient 1830-31, Volume 4, Paris : Ducollet, 1834, p. 116 (lire en ligne).. thumb|gauche|290px|Arrêt d'autobus et Arabes puisant de l'eau à un puits en 1934. En 1868, l’arrivée des membres de la (Société des Templiers) bénéficia beaucoup au développement de la ville. Ces immigrants allemands bâtirent leurs maisons dans ce qui est maintenant connu comme la « colonie allemande », un quartier central de la ville. Les templiers contribuèrent grandement à l’industrie et au commerce de Haïfa, et jouèrent un rôle important dans sa modernisation.
En 1886, la ville compte selon Pierre Auguste Raboisson (, et ) Pierre Auguste Raboisson, En Orient ; récits et notes d'un voyage en Palestine et en Syrie par l'Égypte et le Sinaï, 2 partie, Paris : Librairie catholique de l'œuvre de Saint-Paul, 1886, p. 243 (lire en ligne)..
Période mandataire
Placée sous tutelle du mandat britannique en Palestine, elle devient un port industriel important avec l'ouverture de l'oléoduc de Mossoul à Haïfa, en service de 1935 à 1948. La composition démographique de sa population évolue pendant cette période : de dont 84 % de musulmans, 12 % de chrétiens, et 4 % de juifs en 1914, les vagues successives de l’immigration juive en Palestine la font passer à en 1947 ; la proportion de musulmans descend à 38 % pour 47 % de juifs et de chrétiensIlan Pappé, The Making of the Arab Israeli Conflict 1947-1951, I. B. Tauris, 1992, 72.Benny Morris, « Revisiting the Palestinian exodus of 1948 », dans The War for Palestine: Rewriting the History of 1948, Cambridge, 2001, pp. 37-59., citant Zadok Eshel, The Carmeli Brigade in the War of Independence, 147..
Le port d’Haïfa devient le terminus du pipeline acheminant le pétrole irakien vers la Méditerranée, achevé en pour sa branche sud. Une raffinerie de pétrole est construite par la Consolidated Refineries Ltd (détenue par la Shell et l’Anglo-Iranian) en 1938-1939, d’une capacité d’un million de tonnes/an (passée à 4 Mt/an en 1944)André Nouschi, « Israël et le pétrole », Cahiers de la Méditerranée, 1984, 29-30, 18-19..
Lors des manifestations de 1933, après le massacre de 20 Palestiniens à Jaffa par la police britannique, des émeutes éclatent à Haïfa les 27 et 28 octobre, faisant 4 morts chez les Palestiniens« General Strike and Demonstrations in Palestine », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question.J. W. Murison and H. H. Trusted, Report of the Commission appointed by His Excellency the High Commissioner for Palestine by Notification No. 1561 published in the Palestine Gazette dated 16 November 1933. The Palestine Gazette, No. 420, 7 February 1934, pages 87–105..
Les terroristes juifs commettent plusieurs attentats à la bombe à Haïfa à la fin de la grande révolte arabe (1936-1939)« Notorious massacres of Palestinians between 1937 & 1948 », Middle East Monitor, coll. « Fact Sheets », mai 2013. en réaction aux nombreux massacres de civils juifs : 6 mars 1938 : une bombe sur le marché tue 18 Arabes et en blesse 38 ; 6 juillet 1938 : deux voitures piégées tuent 21 Arabes et en blessent 52, sur un marché également ; 25 juillet 1938 : une voiture piégée tue 35 Arabes et en blesse 70, sur un marché également ; 26 juillet 1938 : une grenade jetée dans un marché tue 47 Arabes ; 27 mars 1938 : deux bombes tuent 27 Arabes et en blessent 39 ; 19 juin 1938 : une grenade jetée dans un marché tue 9 Arabes et en blesse 4 ; 20 juin 1938 : une bombe placée dans un casier à légumes tue 78 Arabes et en blesse 24 au marché aux légumes.
Le 27 septembre 1944, lors de la révolte juive en Palestine mandataire, le groupe d'extrême-droite juif Irgoun attaque le fort de police de type Tegart, sans réussir à y pénétrer malgré une fusillade nourrieBell, Bowyer J.: Terror out of Zion (1976), .
Guerre de 1948 et nettoyage ethnique
Dans le plan de partage de la Palestine voté par l’assemblée générale des Nations unies le 29 novembre 1947, Haïfa est attribué à l’État juifSami Hadawi, « Palestine - Index to villages & settlements », Palestine Arab Refugee Office, 1949..
Malgré les tensions nationalistes, les ouvriers arabes et juifs du secteur portuaire (port, raffinerie de l’Iraq Petroleum Company, industries) avaient développé une certaine conscience de classe commune et travaillaient ensemble, s’entraidaient et luttaient.. Haïfa devient rapidement l’un des principaux foyers du socialisme en Israël. Mais après le vote du plan de partition de la Palestine le , les milices paramilitaires juives lancent l’opération (« ciseaux »), conduite par la brigade Carmeli. Dès le mois de décembre, l’artillerie placée dans les quartiers juifs de la ville, situés en hauteur, a pilonné au mortier les quartiers arabes situés en contrebas. Une campagne de terreur est organisée par la Haganah et le groupe terroriste d’extrême-droite, l’Irgoun : des barils plein d’explosifs sont jetés dans les rues en pente ; ou des rues sont incendiées, en faisant couler un mélange d’hydrocarbures dans les rues, puis en y mettant le feu. Les Arabes qui tentaient d’éteindre l’incendie étaient mitraillés. Des voitures piégées sont amenées à réparer dans les garages arabes, et explosent lors de la réparation. L’unité Hashahar est responsable de plusieurs de ces opérations. C’est dans ce contexte que survient le massacre de la raffinerie de pétrole de Haïfa : l’Irgoun jette des grenades dans un groupe de journaliers arabes attendant l’embauche devant la raffinerie (attentat approuvé par la Haganah), ce qui cause 6 morts et 42 blessés ; immédiatement, les Arabes lynchent les Juifs présents sur le port, faisant 39 autres morts et 49 blessés. Cette première vague de terreur, bien que non-décidée par la direction du Yichouv, a été approuvée par elle a posteriori. Elle pousse environ 15 000 à Arabes de Haïfa vers une fuite, qu’ils pensent temporaire : ils vont pour la plupart dans leurs résidences secondaires au Liban ou en Égypte, pour revenir une fois les tensions apaisées. La fuite de la partie la plus aisée de la population laisse les 55 à Arabes des classes populaires quasiment sans cadres. Le , la Haganah expulse le quartier arabe de Wadi Rushmiyah et en fait sauter les maisons, le jour du massacre de Bilad el Cheïkh. À la mi-janvier, le Palmach attaque le quartier d’Hawassa, constitué de taudis et habité par les derniers migrants arabes, l’expulse et le détruit.