thumb|Sourire peut indiquer un sens de l'humour et une émotion d'amusement, comme chez le Falstaff d'Eduard von Grützner (1921).|droite
L'humour, au sens large, est une forme d'esprit .
L'humour est une manière d'utiliser le langage et un moyen d'expression. L'humour peut être employé dans différents buts et peut, par exemple, se révéler pédagogique ou militant. Protéiforme, il se retrouve dans un nombre abondant de discours et de situations. Sa forme, plus que sa définition, est diversement appréciée d'une culture à l'autre, d'une région à une autre, d'un point de vue à un autre, à tel point que ce qui est considéré par certains comme de l'humour peut être considéré par d'autres comme une méchante moquerie, une insulte ou un blasphème. Toutefois, rire est bon pour la santé.
L'humour permet aux humains de prendre du recul sur ce qu'ils vivent, comme le remarque Joseph Klatzmann dans son ouvrage L'Humour juifL'Humour juif de Joseph Klatzmann, PUF, . en souhaitant « rire pour ne pas pleurer ». Beaumarchais écrivit Figaro dans Le Barbier de Séville, , . En ligne : sur Wikisource.. Plus pessimiste, Nietzsche affirme « L'homme souffre si profondément qu'il a dû inventer le rire », se rapprochant du cynisme. De même, pour Fred Kassak, grand maître du roman noir humoristique, "Entretien avec Fred Kassak", in: Emmanuel Legeard, Entretiens inactuels, Mallard, 2017.
Étymologie Le mot humour provient de l'anglais humour, lui-même emprunté du français «humeur».. L'humeur, du latin (liquide), désignait initialement les fluides corporels (sang, bile…) pensés comme influençant sur le comportement. L'humour a ainsi longtemps été associé à la théorie des humeurs avant d'être relié à l'histoire de la subjectivité à l'âge moderne et contemporain..
Vers 1760, les Anglais utilisent le terme humour dans le sens « tempérament enjoué, gaîté, aptitude à voir ou à faire voir le comique des choses » pour se vanter de posséder un certain état d'esprit, actuellement nommé humour britannique. À la même époque, le sens du mot français « humeur » suit une évolution semblable. Les « humeurs » et l'« humour » lubrifient la vie.
Le mot « humour » est attesté pour la première fois en français au , entré en France grâce aux liens qu'entretenaient les penseurs des Lumières avec les philosophes britanniques. « La plus perdue de toutes les journées est celle où l'on n'a pas ri. », selon Nicolas de ChamfortMaximes et pensées, Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort, éd. Larousse, 1928, chapitre I (« Maximes générales »), page 24.. estiment que la première occurrence du terme humour dans la langue française se trouve dans une lettre adressée par Voltaire à Pierre-Joseph Thoulier d'Olivet, dit l'abbé d'Olivet, le . Voltaire écrit ceci :
À la fin du , quand les auteurs français s'interrogeaient encore sur le sens exact de l'humour anglais, Félix Fénéon définissait ainsi celui de Mark Twain :
Définition Dans son sens strict, l'humour est une nuance du registre comique qui vise « à attirer l'attention, avec détachement, sur les aspects plaisants ou insolites de la réalité ».. Toutefois, dans le langage courant, le sens du terme s'est élargi pour désigner le comique, c'est-à-dire l'ensemble des procédés visant à susciter le rire ou le sourireBernard Gendrel, Patrick Moran, Atelier de théorie littéraire : Humour : panorama de la notion, site Fabula la recherche en littérature, 24 mai 2007. Consulté le 8 janvier 2009.Paul Aron, Denis Saint-Jacques, Alain Viala dir., Dictionnaire du littéraire, notice « Humour », PUF, , 2002 ; rééd., PUF, , 2004..
L'humour est indissociable du comique, c'est-à-dire de « ce qui est propre à faire rire » ; le comique est, parmi les registres littéraires, ce qui permet l'humour. En sorte, l'humour utilise nécessairement une forme de comique, mais toute manifestation comique n'est pas forcément humoristique.
Auparavant, il était question de trait d'esprit dans le domaine littéraire. Le trait d'esprit se définissait plus comme une forme d'ironie acide et pince-sans-rire, constaté chez des auteurs du siècle des Lumières comme Voltaire, Diderot ou Crébillon fils. Sigmund Freud a étudié le trait d'esprit () dans Le mot d'esprit et sa relation à l'inconscient (1905). L'humour pratiqué par les Britanniques se révélait cependant plus proche d'une forme de regard absurde et détaché sur les événements, sans forcément conduire à la malveillance vers laquelle tendait souvent l'esprit français.
Pour Paul Reboux (1877-1963), l'humour consiste tout simplement à « traiter à la légère les choses graves, et gravement les choses légères ».
Ainsi, l'humour reste-t-il une notion floue, à la croisée d'autres concepts proches tels que le comique, le trait d'esprit, l'ironie ou le burlesque. Il est d'autant plus difficile à saisir qu'on le retrouve presque partout : ainsi, Dominique Noguez a suggéré qu'il est . Pour Henri Bergson, le rire est avant tout proprement humain : un objet ou un animal font rire uniquement quand ils ont une expression ou une attitude humaine.
Avoir le sens de l'humour, ou simplement avoir de l'humour, c'est mettre les difficultés de la vie à distance, les atténuer par un mot d'esprit. Cette forme d'indifférence a été décrite par Joseph Addison en distinguant le vrai du faux humour : .
, ou une victime s'il le blesse. ..
. Cette dernière .
Typologie L'humour a des implications sociales et psychologiques. Il contribue à définir sa place dans un groupe en mettant en œuvre des mécanismes comme l’affiliation pour rassurer ou la confrontation pour dominer.
On en distingue quatre types : L'humour consensuel : peu élaboré, prévisible, convenu mais ne choquant personne, c'est le domaine des « blagues à Papa » ou « bon enfant ». Cet humour, décevant sur le plan intellectuel, a le génie d'apaiser les tensions interpersonnelles, de rassurer en envoyant un signal d'adhésion inoffensive au groupe. Il joue un rôle de ciment social n'excluant personne. On parle d'humour affiliatif. L'humour valorisant. Les personnes qui adoptent cette dimension de l'humour ont tendance à aborder la vie et ses déconvenues avec humour. Elles l'utilisent généralement l'humour comme mécanisme de régulation émotionnelle ou d'adaptation, face au stress. L'humour moqueur ou ironique (au détriment de tiers) : il cherche à conforter un groupe en raillant un autre. Au contraire du premier, il ne vise pas à l'intégration dans le groupe, mais à en devenir un leader. On peut en distinguer deux sous-types : si la cible est impersonnelle, institutionnelle ou autocratique, il peut jouer un rôle de contrepouvoir et contribuer à fédérer un groupe ou à dénoncer des situations jugées absurdes ; si, à l'inverse, il s’attaque à un bouc émissaire, un groupe de personnes, une minorité (blagues racistes, sexistes), il cherche à mobiliser l'auditoire contre d'autres (tribalisme verbal). Ce type d'humour normatif vise à définir ce qui serait conforme ou ne le serait pas. . Il est utilisé par des personnes qui cherchent à divertir leurs auditeurs sans tenir compte des conséquences de leurs blagues. Ils œuvrent à fracturer et déstabiliser la société en créant des frontières artificielles entre les gens. Il peut trahir une agressivité, une insatisfaction relationnelle plutôt qu'un esprit de responsabilité ou d'épanouissement professionnel. L'autodérision (humour autodestructeur). Les personnes qui adoptent ce style d'humour ont tendance à amuser les autres au détriment d'eux même et à rire avec eux lorsqu'ils sont raillés. On présume que ces personnes tentent d'utiliser ce style d'humour comme moyen de se faire accepter socialement, ce qui est souvent infructueux. Ces personnes ont généralement une image négative d'elles-même. Elles utilisent cet humour pour surmonter ce sentiment d'infériorité en se distanciant de leur propre souffrance. On peur regrouper ces 4 groupes en deux familles :
l'humour affiliatif (strico sensu ou autoaffiliatif) ; l'humour hostile (dirigé contre autrui ou contre soi-même).
Registre humoristique Les apparitions les plus connues de l'humour se font dans les histoires amusantes, qualifiées de « drôles », désignées fréquemment sous le vocable de blagues. Il se manifeste cependant de manières très diverses et n'est pas toujours explicite (c'est le cas de l'ironie, de la pointe, de la remarque pince-sans-rire) ; des gestes même peuvent être comiques. Si l'humour est toujours volontaire, un individu peut être comique sans le vouloir.
Ayant pour but de souligner le caractère comique, ridicule, absurde ou insolite de certains aspects de la réalité, l'humour peut se présent sous de nombreuses formes (voir ). le registre comique : ensemble d'éléments propres à distraire et à amuser un public : comique de gestes : utilisation du corps, des mouvements, expressions physiques (grimaces, mimiques, coups de bâton, chutes, habits et accessoires extravagants…) ; comique de situation : événement inattendu, coincidences, quiproquos, confusion (le mari trompé rencontre l'amant, déguisement trompeur) ; comique de répétition : répétition d'une action, d'un geste, d'une phrase ou d'un motif ; comique de mots ou de langage : jeu sur les mots, les sonorités, la prononciation, les polysémies, les jargons, la manière de parler ; comique de caractère : traits de personnalité exagérés, des défauts comiques, des stéréotypes (grande avarice, obsession particulière) ; comique de mœurs : moquerie des comportements, des coutumes, des conventions sociales ou des caractéristiques spécifiques d'une époque, d'une culture ou d'un groupe de personnes ; le registre satirique : c'est une critique moqueuse, plus ou moins virulente d'une personne ou d'un événement (voir : droit à la satire) ; la parodie : imitation moqueuse qui peut prendre une forme burlesque ou héroï-comique ; l'ironie / le sarcasme : figure de style où l'on dit le contraire de ce qu'on veut faire entendre (Exemple : « « Tu fais encore un petit peu plus de bazar ? » dit par une mère qui souhaite que son enfant range sa chambre. ») ; la caricature : dessin ou un texte qui exagère certains traits, dans des genres comique ou satirique ; l'exagération : amplification volontaire des événements, des faits, dans le but de faire rire.
Humour absurde L'humour absurde s'appuie sur des situations illogiques ou contradictoires, de façon à faire ressortir l'incohérence de certains aspects de la vie sociale. Dans plusieurs traditions culturelles, notamment en Espagne, il est utilisé comme moyen de commenter la réalité en dévoilant, par l'exagération ou le non-sens, les discordances de certaines facettes de la réalité collective.
Humour noir L'humour noir est une forme d'humour qui s'appuie sur des éléments tristes ou désagréables et les tourne en dérision et « rire jaune » un rire forcé et amer. De fait, l'humour n'est pas nécessairement lié à la joie et au bonheur
Humour pince-sans-rire L'humour pince-sans-rire est une forme particulière d'humour, caractérisée notamment par l'air sérieux de la personne qui en fait preuve.
L'autodérision L'autodérision, soit le fait de se moquer de soi-même, joue un rôle important dans la cohésion sociale. Dans certaines cultures, rire de soi est une pratique valorisée qui permet d'exprimer des tensions internes et de renforcer un sentiment d'identité collective.
Humour d'observation L'humour d'observation est une forme d'humour se basant sur la caricature de situations du quotidien. C'est la forme d'humour la plus répandue dans le domaine du , particulièrement dans le .
Humour en photographie thumb|right|upright|Photographie comique représentant deux garçons sur une plage. L'un d'eux est enterré dans le sable tandis que l'autre, debout, se penche tout en tenant la tête du premier (il ne s'agit pas d'un montage). Les photographes français René Maltête et Robert Doisneau ont beaucoup donné dans le genre.
Le magazine Life a publié pendant plusieurs années des photographies humoristiques de ses lecteurs.