André-Marie Mbida, né le à Endinding (Cameroun) et mort le à Paris (France), était un homme d’État camerounais, nationaliste pragmatiqueInternational Crisis Group, Cameroon: État Fragile ? Rapport Afrique de Crisis Group , 25 mai 2010, , premier camerounais natif à être élu député à l'Assemblée nationale française, Premier ministre du Cameroun, deuxième Premier ministre africain natif dans le continent noir, premier chef d'État du Cameroun autonome français du au et premier prisonnier politique du Cameroun indépendant, du au .
Enfance et études Issu de l'aristocratie traditionnelle, il est le fils du chef traditionnel Simon Monbele Ongo Nanga, chef de Ngo Lougou et Edingding, dans la région de Nyong et Sanaga, qui mena une rébellion contre les occupants allemands, et de Ngono Véronique. André-Marie Mbida, après avoir fréquenté l’école primaire d’Éfok (département de la Lekié), poursuivit ses études au petit séminaire d’Akono de 1929 à 1935, où il fréquenta les futurs présidents Fulbert Youlou et Barthélemy Boganda, élèves comme lui. Il exercera par la suite comme professeur de mathématiques et de latin, puis au grand séminaire de Mvolyé de 1935 à 1943. Dans cet établissement, il s’initie à l’étude de la philosophie et de la théologie. Il songe un temps à rentrer dans les ordres, mais, après son départ du séminaire, il devient directeur de l’école rurale de Balessing en 1943. Après avoir complété sa formation par des études juridiques, il exerce la fonction d’agent du trésor à Yaoundé en 1945, durant une année, puis devient agent d’affaires à Ebolowa et Yaoundé, jusqu’en 1954. Comme agent d'affaires, ses revenus mensuels varient entre Francs et Francs CFA voire un millionH. Mono Ndjana, « André-Marie Mbida », op. cit., .
Famille Le il épouse Marguerite Embolo, fille de Fabien Assiguena chef de tribu Ìtón et propriétaire de plantations (il était l’un des plus grands producteurs de cacao du département de la Lekié) et de Marie Mbono, ancienne infirmière accoucheuse, une Mvog-Betsi de la tribu des Kóló de Yaoundé Mbankolo qui par ailleurs était la petite-fille du grand chef Omgba Bissogo (l'un des fondateurs de l'actuelle capitale Yaoundé avec son demi-frère, le chef Essono Ela). Avec son épouse Marguerite, il a six enfants, quatre fils et deux filles, dont l’actuel président du Parti des démocrates camerounais, Louis-Tobie Mbida, et Simon Pierre Omgba Mbida, diplomate camerounais. Alphonse Massi Mbida est chef d'entreprise en Île-de-France ; Paul Etoga Mbida, étudiant en mathématiques et en physique, meurt à Paris le .
Carrière politique Ascension Il se voue à la cause des travailleurs et paysans du Cameroun et combat dans sa région d’origine pour la promotion culturelle dans le mouvement traditionnel nommé Anacsama. Catholique fervent, des liens très étroits continuent à l’unir à la hiérarchie catholique. Il milite au Bloc démocratique camerounais (BDC), le parti fondé par Louis-Paul Aujoulat et affilié au MRP. En 1952, il est élu à l’Assemblée territoriale, puis est désigné conseiller de l’Union française le .
L’année suivante, il démissionne du BDC et fonde le Cococam (Comité de coordination du Cameroun). Les raisons de cette rupture sont diversement interprétées, selon que l’on est partisan d’André-Marie Mbida ou de Louis-Paul Aujoulat. Selon Ateba Yene, André-Marie Mbida aurait été juste le porte-parole du Cococam. Ses fondateurs seraient Manga Mado, Ngoa Constantin,Ombgwa Onésime, maître Yene Joseph et Ateba Yené.
Selon une note anonyme datée du , la rupture entre Mbida et le BDC serait venue du fait que son président, Louis-Paul Aujoulat, était convaincu qu’il [Mbida] informait ses adversaires politiques. Aujoulat le lui aurait alors signifié et par réaction Mbida aurait décidé de le quitter et de créer son propre mouvement. Toutefois, Tsala Mekongo, l’ancien compagnon politique de Mbida, pense que cette séparation est due à la jalousie des autres membres du BDC qui s’inquiétaient de l’influence de plus en plus grandissante d’André-Marie Mbida dans le parti. Abel Eyinga pense plutôt que c'est l'opposition de Louis-Paul Aujoulat et du comité directeur du BDC à la candidature victorieuse d'André-Marie Mbida à l'Assemblée de l'Union française le qui est à l'origine de cette rupture. On peut lire dans son ouvrage « Élu malgré tout Mbida tire les conséquences de l'attitude du laïc missionnaire en rompant définitivement avec lui, avec l'organisation des "aujoulatistes" aussi: le BDC »Abel Eyinga, Introduction, op. cit., .
À la suite des sanglants évènements de , réprimés par l’administrateur colonial Roland Pré, marqués par la dissolution des mouvements nationalistes camerounais et par l’emprisonnement massif de militants nationalistes, il participe à la campagne pour l’amnistie des prisonniers politiques. Il s’appuie aussi sur un petit bulletin ronéotypé, NKU, Le Tam-Tam. Toutefois, il retire, après son élection, toute référence à l'émancipation totale du Cameroun et offre son aide à Pierre Messmer pour « tout remettre en ordre et à regagner à l'administration française au Cameroun la confiance et l'estime des peuples que nous représentons ».
André-Marie Mbida se présente aux élections législatives du dans la troisième circonscription du territoire. Comme les socialistes, il se fait le défenseur des petits, proposant, bien sûr, sur le plan économique le relèvement du prix des produits d’exportation essentiels, cacao et café, et la suppression des intermédiaires qui défavorisent les petits planteurs. Il défend encore les fonctionnaires et les chefs autochtones ou coutumiers qu’il propose de rémunérer et demande une évolution des institutions.
Il réclame une épuration des cadres dans l’Union française, il revendique « un acheminement progressif du Cameroun vers son autonomie, et plus tard vers son indépendance ». Mais il défend aussi des valeurs catholiques. Il préconise ainsi la lutte « contre le laïcisme en général », écrivant : « Je défendrai toujours l’enseignement privé et soutiendrai toujours que l’administration du territoire prenne à sa charge le traitement du personnel de cet enseignement ». Il entend encore encourager la monogamie, proposant une « opposition formelle au divorce de mariages religieux ». Durant cette campagne électorale on peut lire dans l'un des tracts « Voter Matin Abega, André Fouda, Charles Awono-Onana, Benoît Bindzi, Marc Etende, Philippe Mbarga - c'est voter Aujoulat - c'est voter Roland Pré - c'est voter le BDC - L'intégration du Cameroun à la France, le retour à l'indigénat, l'augmentation des impôts. Martin Abega et André Fouda sont les candidats de l'administration. Électeurs, Électrices, soyez attentifs, évitez toute cette liste. Voter seulement la liste André-Marie Mbida - la liste du coq vigilant et courageux »Okala, « André-Marie Mbida (1917-1958) », . Durant cette campagne électorale Mbida traita Aujoulat de « nuisible intrus». En effet on peut lire dans sa profession de foi aux électeurs « Chers Électeurs et Électrices, si vous l'approuvez, si vous estimez que la troisième circonscription mérite d'être représentée à l'Assemblée nationale par un natif et non par un très nuisible intrus, votez tous, le , pour André-Marie Mbida »Daniel Abwa André-Marie Mbida, premier premier ministre camerounais (1917-1980): autopsie d’une carrière politique, .
Ayant obtenu contre pour Charles Assalé et pour le docteur Louis-Paul Aujoulat qui détenait le siège depuis la Libération et avait participé à plusieurs ministères de 1949 à 1955, il devient le premier Camerounais natif à être élu député à l’Assemblée nationale française par le collège de statut personnel.
Le , Mbida est nommé à la Commission de la justice et de la législation et à la Commission des territoires d’outre-mer de l’Assemblée nationale. Il appartient aussi à la commission chargée de l’étude de la réforme du titre VIII de la Constitution française, portant sur l’Union française, et est désigné pour siéger au Conseil supérieur du travail et au Comité directeur du Fonds d’investissement et de développement économique et social (FIDES) qui finance le développement en Afrique. Il voit cette délégation renouvelée le . Son élection étant validée le , il s’apparente immédiatement au groupe socialiste SFIO, où siège déjà un autre élu camerounais Jules Ninine, et travaille aux côtés de Gaston Defferre, de Gérard Jaquet et de Pierre Messmer qui rédigent la loi-cadre sur l’autonomie de l’Afrique noire. NKU, le Tam-Tam de justifie son apparentement en expliquant qu’il ne peut être isolé et que la politique du groupe SFIO « paraît le moindre mal parmi toutes celles que se proposent les groupes métropolitains ». Il intervient peu à l’Assemblée, participant surtout à deux grands débats, celui qui concerne la loi-cadre en et celui du statut du Cameroun en .
Le , l’Assemblée législative du Cameroun (Alcam) remplace l’Assemblée territoriale du Cameroun (Atcam) et des élections législatives sont prévues. Les candidats peuvent se présenter en leur nom propre. Mbida et son équipe (Cococam et membres affiliés) prennent part à cette élection législative. À l'Alcam, ceux-ci créent le groupe parlementaire nommé les Démocrates camerounais (DC), lequel deviendra plus tard le Parti des démocrates camerounais. Ce groupe est composé de et Mbida est son leader. Mbida met alors en place l'autonomie interne du Cameroun sous tutelle française. Le , le Cameroun devint un État autonomeArticle 19-4 du Décret no 57-501 du 16 avril 1957 portant statut du Cameroun, Cf. J.-P. Guiffo Moppo, ibid, . Pierre Messmer décide de le nommer Premier ministre, après avoir toutefois hésité avec Ahidjo. Le , par pour, contre et 4 abstentionsEnoh Meyomesse, Quotidien Mutation, 14 mai 2008, il est officiellement désigné premier Premier ministre, premier chef de gouvernement et chef de l'État de facto du Cameroun autonome de langue française. Cette désignation était très symbolique parce qu’il était le deuxième Premier ministre africain natif dans le continent noir et le premier chef de l'État de fait du Cameroun.
Il intervient notamment pour faire incarcérer le chef de Baham, Pierre Kandem Ninyim, dont les sympathies allaient à l'UPC. Cette décision, fortement réprouvée par la population locale, contribue à déclencher l'insurrection de la région Bamiléké. Il se montre partisan de méthodes plus dures dans la répression de l'UPC. Dans une lettre au ministre de la France d'outre mer Gérard Jaquet, il exige des « mesures militaires pour réprimer, à temps et totalement, la rébellion. » Dans un discours d'une très grande violence, énumère les mesures qui seront prises contre les Bassa, dont certains ont rejoint les maquis upécistes, si les rebelles ne déposent par les armes : interdiction de circuler après 19 heures, regroupement des populations près des axes routiers, interdiction des cultures éloignées de plus de trois kilomètres des routes, etc. Mbida et Messmer vont si loin qu'ils effraient les membres de leur propre gouvernement, qui ne veulent pas s'associer à des mesures extrêmement répressives.
Daniel Doustin, l'un des principaux responsables de l'administration française, suggère, grâce à une astucieuse propagande, de « déguiser » Mbida en « leader d'un parti nationaliste » pour détourner la population de l'UPC.
Faits marquants et actes de bravoure De passage à Paris en , il présente le Cameroun comme un État-pilote en Afrique, justifie la tutelle conservée par la France en attendant l’indépendance complète et une place à l’ONU, et annonce que cette évolution renforce l’amitié franco-camerounaise.