La République slovaque est un État satellite de l'Allemagne nazie créé le à la suite du démantèlement de la Tchécoslovaquie. Dans l'historiographie, ce régime formellement indépendant est désigné sous le nom d'État slovaque (en ).

Vers l'indépendance

Autonomie sous pression allemande thumb|left|Jozef Tiso.

Dans ce contexte, les représentants slovaques au parlement de Prague obtiennent l'autonomie pour la Slovaquie.

Ainsi, Jozef Tiso, prêtre catholique dirigeant d'un parti nationaliste, le Parti du peuple slovaque, devient le Premier ministre du gouvernement autonome slovaque, proclamé le , le premier jour de la démobilisation de l'armée tchécoslovaque.

Ce nouveau statut est validé par l'adoption par le parlement de Prague de la réforme constitutionnelle le .

Premier arbitrage de Vienne

Le , la Hongrie annexe une bande le long de sa frontière avec la Tchécoslovaquie : les territoires annexés, en vertu du premier arbitrage de Vienne, sont pour leur plus grande part située en Slovaquie, notamment dans la plaine danubienne où vivait une importante communauté hongroise.

Dans le même temps, les Polonais occupent puis annexent la riche région industrielle de Teschen (Český Těšín), peuplée en grande partie par des Polonais.

Indépendance

En , l'action des agents allemands et des séparatistes slovaques aboutit à une crise intérieure et une déclaration d'indépendance de la Slovaquie que le gouvernement tchécoslovaque de Prague tente d'empêcher par une intervention armée le .

Le lendemain, Jozef Tiso, président du gouvernement autonome slovaque, est destitué par le gouvernement de Prague et remplacé par Karol Sidor. La crise trouve son dénouement le , lorsque le parlement slovaque proclame l'indépendance de la Slovaquie, sur proposition de Jozef Tiso, le premier ministre destitué quelques jours plus tôt.

Le , lors de l'occupation de Prague par les troupes allemandes, l'indépendance est proclamée.

Indépendance de façade Juste avant l'invasion de la Tchécoslovaquie, le , et l'intégration de la Bohême et de la Moravie au , Hitler invite Tiso à Berlin et le presse de proclamer l'indépendance de la Slovaquie, faute de quoi Hitler le menace de soutenir un partage de la Slovaquie entre la Pologne et la Hongrie. Tiso convoque alors la Diète du Pays slovaque (Slovenský snem), qui approuve l'indépendance le , faisant du nouvel État le premier État client du , et de Tiso son chef du gouvernement.

Occupation étrangère

Le , les troupes allemandes occupent la partie Ouest de la Slovaquie afin de contrôler l'axe de communication reliant la capitale Bratislava et le bassin industriel de la région du Váh, stratégique en raison de la présence de ses usines d'armement. Parallèlement à cette occupation, Hermann Göring souhaite contrôler, et construire, les bases aériennes de l'armée tchécoslovaque, fournissant ainsi à la Wehrmacht des moyens pour mener une action offensive en Galicie, alors polonaise, et en Ukraine.

Les troupes hongroises occupent le la Ruthénie subcarpatique, soit de territoire dans la partie orientale du paysLa Ruthénie subcarpatique est un territoire peuplé par habitants, majoritairement des Ukrainiens, qui avaient eux aussi proclamé une République d'Ukraine carpatique présidée par Augustin Vološin (Августин Волошин) depuis le .. Peu après, la Hongrie reconnaît la nouvelle république, mais un litige territorial portant sur la nouvelle frontière dégénère vite en conflit armé. À l'issue de cette guerre slovaquo-hongroise (également connue sous le nom de Petite Guerre), la Hongrie annexe finalement la lisière orientale de la Slovaquie.

Alliance germano-slovaque précoce Dès le premier jour de son indépendance, la nouvelle république se trouve placée dans la sphère d'influence allemande.

Ainsi, le , un « traité de protection », signé à Munich, subordonne formellement au Reich la politique slovaque dans les domaines économique, militaire et diplomatique. Ainsi, bien que bénéficiant, contrairement au Protectorat de Bohême-Moravie, d'une véritable autonomie, la République slovaque reste pendant toute son existence très dépendante de l'Allemagne nazie. Ce traité permet également à l'Allemagne de légaliser a posteriori la présence de la Wehrmacht dans la partie occidentale de la république. Cependant, ces volontés de contrôle se heurtent aux velléités d'indépendance du gouvernement slovaque, hostile à une stricte tutelle du sur le pays nouvellement indépendant

De plus, la politique de rapprochement germano-soviétique du printemps et de l'été 1939, parachevée par la signature du pacte germano-soviétique du , renforce indirectement les liens entre les Slovaques et le ; en effet, comme ses voisins polonais, roumains et hongrois, le gouvernement slovaque craint davantage l'expansionnisme soviétique que les visées politiques et économiques allemandes.

La victoire allemande à l'Ouest renforce les ambitions allemandes dans le pays : la nomination d'un nouveau premier ministre plus germanophile est imposée à Jozef Tiso, tandis que la représentation allemande présente à Bratislava est renforcée par des experts économiques et politiques et confiée à Manfred von Killinger, diplomate membre de la SA.

Enfin, le , la république adhère au pacte tripartite, resserrant davantage ses liens avec le .

Régime de Tiso

Le , à la suite de la promulgation d'une nouvelle constitution, Jozef Tiso devient le président de la République. Vojtech Tuka le remplace alors à la tête du gouvernement. Le parlement, appelé Diète de la République slovaque, est théoriquement élu pour cinq ans, mais aucune élection n'aura jamais lieu. Un Conseil d'État tient lieu de chambre haute. L'exécutif consiste en un gouvernement de huit ministres.

Constitution Michel Laran définit la République slovaque comme un , dans l'article Tchécoslovaquie publié en 2000 dans lEncyclopædia Universalis. Les communistes le qualifient de « clérical-fasciste ». De fait, le nationalisme slovaque de cette époque est très fortement teinté de catholicisme. Ses deux grandes figures, Andrej Hlinka - mort en 1938 - et Tiso sont des prêtres catholiques. Seul, le Parti populaire slovaque (rebaptisé Parti populaire slovaque de Hlinka, du nom de son fondateur) est autorisé, à l'exception de petits partis représentant les minorités allemande Zipser et hongroise. Le gouvernement décrète un certain nombre de lois antisémites, excluant les Juifs de la vie publique dans un premier temps et les livrant à l'Allemagne dans un deuxième temps.

Liens avec l'Église

Le nouveau régime est dès le départ marqué par la proximité avec l'Église catholique, conférant au Vatican une certaine influence dans les décisions de Tiso et son gouvernement.

Population

85 % des de la nouvelle république sont Slovaques, les 15 % restant étant constitué de Hongrois, de Juifs, d'Allemands et de Roms. 50 % de la population vivent de l'agriculture. La capitale, Bratislava compte plus de .

Cette première république slovaque promeut l'enseignement et la culture slovaques : une académie des sciences slovaque est fondée en 1942, de nombreuses universités et lycées sont créés, la littérature et la culture slovaque se développent en lieu et place du cosmopolitisme et du panslavisme de l'État tchécoslovaque fondé sur le droit du sol.

Vie politique

Le Parti populaire slovaque est divisé en deux tendances : celle de Monseigneur Tiso est surtout constitués de conservateurs qui ont pour idéal un état autoritaire et religieux, l’autre est beaucoup plus ouvertement fasciste et inspirée par les nazis allemands. Ils ont pour idéal un État slovaque fondé sur le droit du sang. Ils sont plus antisémites que l'entourage de Tiso et chasseraient volontiers tous les Tchèques du pays. Leur principale organisation est la « Garde de Hlinka » (Hlinkova garda). Leurs représentants au gouvernement sont le Premier ministre Vojtech Tuka et le ministre de l'intérieur Alexander Mach. C'est essentiellement par antibolchévisme que ces deux tendances ont pu faire alliance.

En , à la faveur de la défaite française, le impose un remaniement ministériel et la nomination du très germanophile Vojtech Tuka au poste de premier ministre

Dans un pays relativement prospère à cette époque où le reste de l'Europe est à feu et à sang, la population soutient plutôt la tendance Tiso. Les Allemands ont commencé par soutenir Tuka, mais finalement, ils se satisfont de Tiso qui garantit aux Allemands le calme à leur frontière.

Alignement sur la politique allemande Slovaquie, acteur de la Seconde Guerre mondiale (1939-1945)

Le « Traité de protection » germano-slovaque conduit la Slovaquie à rejoindre les forces de l'Axe et à entrer en guerre contre la Pologne.

Ensuite, Josef Tiso adhère pour son pays au Pacte tripartite le , renforçant le contrôle allemand, à la fois sur le pays et sur la région. Cette adhésion est renforcée par l'autorisation de transit sur le territoire slovaque d'unités de la Wehrmacht destinées à être déployées en Roumanie, alors engagée dans une escalade diplomatique avec la Hongrie.

La Slovaquie déclare aussi la guerre à l'Union soviétique le , dans l'espoir de recouvrer une partie des territoires cédés à la Hongrie en 1938 et 1939. La République participe au conflit en envoyant deux divisions sur le Front de l'Est, employées dans la sécurisation des arrières du groupe d'armées Sud : ces unités obligent les généraux allemands à veiller constamment qu'elles ne soient pas engagées à proximité d'unités hongroises, tant l'animosité est grande entre les Slovaques et les Hongrois.

Dans le cadre de sa participation à l'opération Barbarossa, la Slovaquie adhère également, le , au renouvellement pour cinq ans du Pacte anti-Komintern, élaboré et signé par l’Allemagne nazie et l’empire du Japon cinq ans plus tôt, dans un contexte marqué par une forte rivalité avec la Hongrie ; en effet, le gouvernement slovaque escompte de son alignement inconditionnel sur la politique allemande un traitement de faveur lors du règlement du conflit.

Disposant d'un budget ordinaire de trois milliards de couronnes, la Slovaquie consent à d'énormes sacrifices financiers pour faire face aux exigence du conflit avec l'URSS : en effet, en 1942, le budget militaire est porté à de couronnes ; cette situation génère à la fois un déficit du budget de l’État et une forte inflation, déficit et inflation que le gouvernement combat en mettant en place une fiscalité particulière à destination des Juifs de Slovaquie.

Le , lorsque la Roumanie déclare la guerre à l'Allemagne, les armées soviétiques et roumaines avancent vers l'ouest de mille kilomètres, et attaquent la Hongrie.

Persécution des Juifs de Slovaquie

Peu après l'indépendance, la République slovaque met en œuvre un certain nombre de mesure à l'encontre des quelque recensés le sur son territoire.

Les premières mesures antisémites, mises en place par l'ordonnance du , un mois après l'indépendance fournissent des éléments de définition juridique et comprennent deux volets principaux : l'expropriation des qui possèdent une entreprise et la révocation des fonctionnaires juifs. des responsables du régime ayant lié « question juive » et question sociale, l'ordonnance stipule la nécessaire déclaration des actifs détenus par les Juifs, prélude à la nationalisation et à la distribution des biens agricoles. Rapidement, la déportation des Juifs de Slovaquie vers le Gouvernement général est envisagée.

En , un envoyé d'Eichmann, Dieter Wisliceny, travaille à faire passer dans le droit slovaque, les mesures antisémites du droit allemand, : est ainsi mis en place, à Bratislava, un service économique central, destiné à collecter les informations économiques sur la minorité juive : (sur ) entreprises juives sont ainsi aryanisées, jusqu'en 1942.