Florence Aubenas , née le à Ixelles (région bruxelloise, Belgique)., est une journaliste et écrivaine française.
Elle effectue la plus grande partie de sa carrière au sein du quotidien Libération comme grand reporter, jusqu'à son départ en 2006 pour l'hebdomadaire Le Nouvel Observateur puis Le Monde à partir de 2012.
En 2005, à l’occasion d'un reportage en Irak, elle est retenue en otage pendant cinq mois.
Biographie Florence Aubenas est la fille de Jacqueline Aubenas, journaliste, cofondatrice de la revue féministe Les Cahiers du Grif., critique de cinéma et chargée de cours à l'INSAS en Belgique et l'Université libre de Bruxelles, et de Benoît Aubenas, diplomate européen. Elle est la sœur de Sylvie Aubenas et d'Olivier Aubenas.
Carrière D'abord étudiante à l'École européenne de Bruxelles I, à Uccle, Florence Aubenas effectue deux années de classes préparatoires littéraires au lycée Fénelon, puis sort diplômée du Centre de formation des journalistes (promotion 1984).. Elle est ensuite journaliste pour Le Matin de Paris et Le Nouvel Économiste, avant d'entrer en 1986 à Libération. Elle y est d'abord secrétaire de rédaction puis grand reporter.. Elle couvre de nombreux événements au Rwanda, au Kosovo, en Algérie, en Afghanistan et en Irak, ainsi que plusieurs grands procès en France. Elle se fait ainsi connaître pour sa couverture du procès d'Outreau, et est l'une des premières à exprimer ses doutes quant à la culpabilité des prévenus, finalement innocentés. En , alléguant un désaccord avec le nouvel actionnaire principal Édouard de Rothschild, elle invoque la clause de cession pour quitter Libération et rejoindre le Nouvel Observateur. Elle gagne en 2010 un procès contre Libération qui refusait l'application de cette clause. gauche|vignette|Florence Aubenas, le 08 avril 2010 à Paris lors d'une manifestation de soutien à Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier. De février à , Florence Aubenas prend un congé sans solde, s'installe dans une chambre d'étudiant à Caen et s'inscrit à Pôle emploi pour chercher du travail en cachant son métier de journaliste – elle dit n'avoir qu'un baccalauréat littéraire. Elle mène une enquête sur la France des travailleurs précaires qui survivent avec un salaire inférieur au SMIC. Ce type d'expérience en immersion avait déjà été tenté par Madeleine Riffaud (Les linges de la nuit, 1974), Günter Wallraff en Allemagne, qui s'était fait passer pour un Turc (Tête de turc) dans les années 1980, par Elsa Fayner en France dans les années 2000Elsa Fayner, Et pourtant je me suis levée tôt… Une immersion dans le quotidien des travailleurs précaires, Paris, éditions du Panama, 2008. ou Barbara Ehrenreich aux États-Unis. Après avoir enchaîné les petits boulots, elle travaille comme femme de ménage sur les ferries du quai de Ouistreham. Cette expérience est relatée dans le livre Le Quai de Ouistreham, publié en , qui devient un succès de librairie ( vendus au « Pour une critique de l’édition dominante », Acrimed, .) et fait l'objet d'une adaptation cinématographique par Emmanuel Carrère avec le film Ouistreham sorti en 2021.
Florence Aubenas travaille ensuite pour Le Monde à partir d'. Elle couvre le conflit syrien du côté des rebelles de l'armée syrienne libre pendant plusieurs semaines, dans le gouvernorat d'Alep. Sur la présence de groupes extrémistes islamistes salafistes, Florence Aubenas répond : Frédéric Pichon, chercheur et spécialiste de la Syrie à qui on a reproché une certaine proximité vis-à-vis du régime Assad« Contre la banalisation des massacres du régime syrien », Un œil sur la Syrie-Le Monde, 9 octobre 2014., analyse son attitude, jugée trop en retrait, comme révélatrice de l'aveuglement des médias vis-à-vis de la révolte syrienne.
En 2021, Florence Aubenas a écrit plusieurs enquêtes sur le milieu rural, notamment sur l'agriculteur bio et militant Jérôme Laronze, à qui elle a consacré une série d'été en six reportages.
Enlèvement
Le , Florence Aubenas est enlevée à Bagdad en compagnie de son fixeur, Hussein Hanoun al-Saadi, à l'université de Bagdad lors d'un reportage sur les réfugiés de Falloujah. Cet enlèvement survient à peine plus de deux semaines après la libération des journalistes Christian Chesnot et Georges Malbrunot.
Vidéo du 2005 Une cassette déposée à l'agence Reuters de Bagdad et diffusée le par Sky-Italia fait apparaître Florence Aubenas s'exprimant en anglais pendant 26 secondes. Elle semble très éprouvée par les conditions de sa détention. et se déclare en mauvaise santé, y compris psychologique. À la fin de la cassette, elle demande l'aide du député Didier Julia. Il n'est pas fait mention d'Hussein Hanoun. Les témoignages de Christian Chesnot et Georges Malbrunot, journalistes précédemment enlevés en Irak, incitent cependant à la réserve quant à l'interprétation de cette vidéo. Les ravisseurs semblent en effet employer un projecteur de lumière verte afin d'accentuer la fatigue des traits de leur victime. La vidéo, non datée, ne s'accompagne d'aucune revendication et ne porte le nom d'aucune organisation.
Cinq autres « preuves de vie », des vidéos attestant que l'otage est toujours vivante, sont transmises aux services secrets français, puis à sa famille.
Soutiens D'emblée, des comités de soutien se constituent. Le , pour marquer les cent jours de leur captivité, de détresse sont allumés dans de France, tandis que des médias, élus et organisations expriment leur solidarité avec les deux otages. Le quotidien généraliste belge Le Soir organise le concours « Liberté de la presse », visant à sensibiliser à cette dernière et à plaider pour sa libération.. L'initiative inclut des contributions artistiques, avec des graphistes créant des œuvres inspirées par le thème de la liberté d'expression. Des lâchers de ballons sont organisés, et le portrait géant de Florence Aubenas est exposé sur la façade de la Mairie de Paris jusqu'à sa libération.
Au mois de juin, de nombreuses manifestations de soutien sont organisées en France et en Europe. Environ 200 vols de montgolfières ont lieu dans plusieurs pays, notamment en France, en Belgique, en Italie et au Luxembourg. L’un des temps forts est l’envol, depuis la cour d’honneur du château de Versailles, d’une montgolfière arborant les portraits des deux otages, événement symbolique marquant l’élan de solidarité en leur faveurOtages. Pour Florence et Hussein une mobilisation intacte, 6 juin 2005, La Dépêche du Midi..
Parallèlement aux actions dans les airs, des manifestations ont eu lieu en mer. À Marseille, le , environ mettent le cap sur le phare du Planier, surnommé pour l’occasion « phare de la liberté », tandis que Jacques Amalric, alors journaliste et éditorialiste à Libération, lance à la mer une bouteille contenant de solidarité écrits par des célébrités et anonymes visant à sensibiliser le public et à manifester l’appui de la société civile à leur libérationJacques Amalric jette une bouteille dans la mer de Marseille en soutien à Florence Aubenas et Hussein Hanoun al-Saadi, 5 juin 2005, Pure People.. Ce type d’initiative se multiplie tout au long de la période de captivité, traduisant une forte mobilisation populaire.
Sur le plan politique, Philippe Douste-Blazy, alors récemment nommé ministre des Affaires étrangères, déclare que la libération de Florence Aubenas et Hussein Hanoun constitue la première priorité de son action diplomatique« Douste-Blazy : “La libération des otages est une priorité” », Le Figaro, 6 juin 2005.. Le gouvernement français salue également la prise de position du cheikh Ben Beyyah, figure religieuse influente résidant en Arabie saoudite, qui a publiquement appelé à la libération des deux otages« Un dignitaire musulman appelle à la libération de Florence Aubenas », Le Monde, 6 juin 2005..
Cette mobilisation se traduit encore par une pétition lancée par un comité de soutien qui recueille plus de , illustrant l’ampleur de la solidarité exprimée tant par les citoyens que par les institutions.
Libération Un communiqué du ministère des Affaires étrangères au matin du annonce la libération de Florence Aubenas et Hussein Hanoun la veille dans l'après-midi, et le retour de Florence Aubenas en France dans la soirée.. Ils sont libérés dans la ville de Bagdad et remis aux agents de la DGSE, selon les plans de l'ambassade de France après plus de cinq mois de captivité (). Tandis que Hussein Hanoun reste à Bagdad auprès de sa famille, Florence Aubenas fait escale à Chypre, où elle rencontre Philippe Douste-Blazy, ministre des Affaires étrangères, puis arrive en France à l'aéroport militaire de Villacoublay où elle est accueillie par le chef d'État Jacques Chirac. Peu après, elle est transférée en hélicoptère vers une base de la DGSE près d'Orléans afin de fournir des détails sur son enlèvement. Le soir même, une fête géante est organisée en l'honneur des ex-otages place de la République à Paris, avec notamment pour invité le DJ Laurent Garnier« Place de la République, la foule fête un retour attendu », Le Monde, 13 juin 2005..
Lors d'une conférence de presse, le , Florence Aubenas raconte ses conditions de détention. Elle rapporte que ses ravisseurs, qui se revendiquaient « moudjahidine » opposés à la présence américaine en Irak, ne l'autorisaient à parler que pour leur répondre, lui interdisaient de faire plus de vingt-quatre pas par jour et de communiquer avec ses codétenus, dont Hussein Hanoun. Elle reçoit les noms de code « Leïla » et « numéro 6 ». Elle déclare ne pas se souvenir de la présence de journalistes roumains, même si ceux-ci avaient affirmé se trouver prisonniers dans la même cave.
Le contact entre les autorités françaises et les ravisseurs semble avoir été établi via Khaled Jasim (membre irakien de l'équipe de Didier Julia) le Voir Libération du 13 juin, entretien dans le bureau de Pierre Vimont au quai d'Orsay ; Khaled Jasim (à Amman) est alors représenté par Karim Guellaty., et poursuivi par l'intermédiaire de Karim Guellaty le . Officiellement, et pour ne pas encourager d'autres enlèvements, la France n'a pas versé de rançon ; un article du Time avance néanmoins que les ravisseurs auraient réclamé quelque de dollars et que dix millions auraient été versésarticle du Time, ; la France aurait versé de dollars ( d'euros) pour la libération de Florence Aubenas. Le gouvernement français maintient son démenti sur le versement d'une quelconque rançon quoi qu'ait pu affirmer le chef de la police criminelle irakienne qui a défendu la thèse de la vénalité des ravisseurs (reportage France 3, 19/20 du 13 février 2006).. Dans Un président ne devrait pas dire ça..., livre d'entretiens publié en 2016, François Hollande affirme que la France a bel et bien payé une rançon..
Autres activités Le , Florence Aubenas a été élue à la tête de l’Observatoire international des prisons - section française (OIP-SF)« Florence Aubenas a été élue à la tête de l’Observatoire international des prisons », Le Nouvel Obs, 13 juillet 2009., poste qu'elle occupe jusqu'en .
Elle est aussi présidente du comité de soutien aux otages français Didier François et Édouard Elias, retenus en Syrie du au .., ainsi que Nicolas Hénin et Pierre Torres enlevés le et libérés également le 19 avril.
Le , Florence Aubenas donne son nom au groupe scolaire de Boulleret, village du Cher.
Distinctions Prix Prix Jean Amila-Meckert 2010, remis le lors du Salon du livre d'expression populaire et de critique sociale d'Arras Prix Joseph-Kessel. 2010, remis le au festival Étonnants voyageurs à Saint-Malo Globe de Cristal 2011., catégorie « littérature et essai » Prix d'Académie 2015 pour son ouvrage En FranceLes lauréats, Académie Française. Prix Jean-Lacouture 2023 pour son ouvrage Ici et ailleurs, paru chez L'Olivier.
Décoration (le « Arrêté du 10 février 2016 portant nomination et promotion dans l'ordre des Arts et des Lettres. » ; officier en 2011).
Titre honorifique