Le temple du Saint-Esprit est une paroisse protestante, situé à Besançon, Franche-Comté. La paroisse est membre de l'Église protestante unie de France.

Le bâtiment et ses dépendances furent construits à partir du et affectés à l'accueil des malades et nécessiteux, jusqu'à la veille de la Révolution. Ils furent acquis en 1842 par la communauté réformée locale, réapparue en 1792 après plus de deux cents ans d'interdiction.

L’architecture et la décoration, mêlant le gothique d'origine au style troubadour du en passant par le néo-roman, particuliers dans leur exécution et raffinement, sont classés aux Monuments historiques dès 1932. Toujours ouverts aux offices et à la visite, les lieux symbolisent, à l'instar de la synagogue du quai Veil-Picard, la présence ancienne et encore vivace de cette minorité confessionnelle.

Contexte La Réforme à Besançon

L'histoire du Temple est intimement liée à celle des protestantsPierre Chauve (coordination) et Jean-Marc Debard (rédaction), La vie religieuse à Besançon, du à 2010, pages 90 et 91.Anne Raulin (direction) et Ingar Düring (rédaction), Quand Besançon se donne à lire : essais en anthropologie urbaine, page 59.Jean-Claude Meux, histoire du cimetière des Champs Bruley, sur le site officiel de l'Église Protestante Unie de Besançon (consulté le ).. La Réforme est apparue à Besançon de manière informelle dans les années 1530, lorsque de célèbres prêcheurs viennent favoriser les nouvelles idées alors en vogue auprès de la population pourtant fervente catholique, page 91.Pierre Chauve (coordination) et Jean-Marc Debard (rédaction), La vie religieuse à Besançon, du à 2010, pages 86 à 90.Anne Raulin (direction) et Ingar Düring (rédaction), Quand Besançon se donne à lire : essais en anthropologie urbaine, pages 55 à 57.. Montbéliard et la Suisse voisines basculent définitivement, pendant que son expansion dans la capitale comtoise donne lieu à des incidents jusqu'au milieu du . En 1575, une grande bataille oppose Huguenots et Catholiques, ces derniers battant les qui sont tués et chassés. Pendant presque deux siècles, toute forme de dissidence fut sévèrement réprimée et les auteurs protestants contraints à l'exil ou à la conversion. Cette situation dure jusqu'à la Révolution française, qui met un terme aux persécutions religieuses, autorisant ainsi le retour d'une communauté luthérienne. L’institutionnalisation et l'importante immigration suisse permettent d'établir une congrégation solide, qui s'organise avec un carré d'inhumation et dans des bâtiments certes provisoires mais servant l'office et les œuvres socialesAnne Raulin (direction) et Ingar Düring (rédaction), Quand Besançon se donne à lire : essais en anthropologie urbaine, page 58.. Elle n'en est toutefois pas moins marginalisée jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale, malgré l'acquisition d'un véritable temple et l'affiliation à une structure officiellePierre Chauve (coordination) et Jean-Marc Debard (rédaction), La vie religieuse à Besançon, du à 2010, page 90.. Aujourd'hui estimée à environ à pour les LuthériensPierre Chauve (coordination) et Jean-Marc Debard (rédaction), La vie religieuse à Besançon, du à 2010, page 91.Anne Raulin (direction) et Ingar Düring (rédaction), Quand Besançon se donne à lire : essais en anthropologie urbaine, pages 60 et 61. et à plusieurs centaines pour les autres branches (pentecôtistes-mennonites, évangélistes, baptistes, adventistes, indépendants/libres, Mormons et Témoins de Jéhovah), les Protestants forment aujourd'hui un groupe hétéroclite et vivace au sein de la ville. L'ouverture du site, au sacré comme au profane, en est aujourd'hui encore la meilleure démonstration.

Les temples protestants

Les Réformés, bien que demeurant chrétiens, ont adopté une nouvelle liturgie divergente et parfois en opposition avec le catholicisme, sur nombre d'aspects relevant tant de la croyance que de la pratique (voir la rubrique détaillée à ce sujet pour plus de précisions). Cette scission s'est ainsi naturellement prolongée dans les offices et les lieux de culte, les Temples ayant désormais une organisation et un cadre particulier, pages 131 à 154 (lire en ligne).. Dans le Royaume de France lors de la Réforme, les premiers prêches étaient généralement clandestins et ainsi confinés dans des demeures ou locaux de particuliers. Toutefois, devant l’accroissement du nombre de fidèles dans certaines villes, le besoin de véritables bâtiments conformes au nouveau dogme est rapidement apparu nécessaire. Avec la tension devenue guerres de Religion, le problème fut souvent radicalement tranché : dans les Communes et Territoires où ils étaient devenus majoritaires, les luthériens utilisaient dès lors les églises pour leur propre culte, comme ce fut le cas à la Rochelle ou Montbéliard ; autrement, ils étaient interdits, chassés, ou réprimés. Par la suite avec la Révolution et leur normalisation définitive, ceux-ci se sont souvent vu attribués d'anciens couvents désaffectés, des bâtiments civils ou militaires, ou pour les plus dynamiques et fortunés la possibilité de construire. Lorsque la communauté dispose d'un édifice, elle se démarque des standards traditionnels catholiques en particulier gothiques par un plan centré de type basilical, rectangulaire, ou amphithéâtral, une sobriété dans l'aspect extérieur, ainsi qu'une modernité et un minimalisme à l'intérieur. Tout espace ou élément jugé superflu est éliminé : le jubé, les nefs, le maître autel, les chapelles et autels latéraux, le ciborium, le tabernacle, le baldaquin, le déambulatoire, les reliquaires, ou les démarcations visibles comme les statues et évocations d'idoles ; seule la chaire occupe une place déterminante et centrale, avec d'autres différences comme l'importance accordée aux vitraux et à la lumière naturelle, aux multiples portes, et aux galeries.

Histoire Les premiers lieux de culte La chapelle du Refuge (1796-1804)

Le un arrêté du comité de salut public est émis et confirmé par la loi du , attribuant à l'ensemble des horlogers suisses étant arrivés à Besançon avant le des indemnités et la nationalité française, en plus du libre exercice de leur culteLa vie religieuse à Besançon, du à 2010, page 92.. La majorité d'entre eux sont réformés, et dans ce cadre est enregistrée la remise provisoire de la chapelle aux artistes de l'horlogerie protestants appartenant au clergé catholique, dont un inventaire précis est fait le . Celui-ci détaille : Le pasteur Ebray adresse une lettre au Préfet de Bry le , écrivant que : L'administration répond au pasteur que le prêt est bien provisoire mais que cela n'empêche pas le devoir de restauration du lieu, ce que la communauté fait en confiant les travaux à l'architecte C-A Colombot. Mais le , se référant à l'arrêté du conseil du , le comité des Hospices (l'hôpital Saint-Jacques de Besançon) demande à reprendre la chapelle en précisant vouloir trouver un arrangement afin d'obtenir un nouveau local pour les Réformés.

L'église des Capucins (1804-1842) Le , la communauté protestante investit à titre provisoire l'église des Capucins (dans l'actuelle faculté de médecine et pharmacie) en respectant la mesure suivante : avec une ordonnance supplémentaire du préfet : Des travaux de serrurerie sont engagés aux Capucins en par, les citoyens Suisses, et une chaire à prêcher est commandée au sculpteur Lapret. Après l'invasion des Autrichiens le , diverses églises sont occupées notamment celle des Capucins, afin d'y faire un entrepôt de fourrage pour la cavalerie. Le temple est donc remis au commissaire des Guerres Thiébaud par le maire de la ville, le baron Daclin, qui offre en échange la salle d'agriculture le temps de la privation du lieu de culte. Les protestants réinvestissent le lieu le , mais dès 1817 il est envisagé par les instances catholiques de reprendre le couvent. Après que les autorités parisiennes qualifient le projet local de il est finalement abandonné. La communauté passe commande d'un orgue de neuf jeux aux frères Callinet de Rouffach le ; d'un prix de , il est destiné à la tribune du temple, et inauguré le jour de Pâques lors du par Ch. Rialpo.

Divers projets (1826) Le couvent des Capucins est en questionnement à partir de , l'armée désirant se l'approprier pour y faire un arsenalLa vie religieuse à Besançon, du à 2010, page 93.. Le préfet du Doubs et comte de Milo écrit au maire en lui faisant part que suggérant au maire de ne Ce bâtiment du était devenu bien national lors de la Révolution et revendu en 1793 à Monsieur Fachard. Le propriétaire indique au maire dans une lettre datée du : L'architecte Pierre Marnotte, auteur de la prestigieuse synagogue de Besançon, évoque dans ses mémoires la possible construction d'un temple neuf :

Transfert au temple actuel (1839-1842) L'État finit par approprier le temple des Capucins à l'armée, en . Alphonse Delacroix est alors chargé d'obtenir et de restaurer l'ancien hospice du Saint-Esprit pour qu'il soit conforme à l'accueil du culte protestant. Il explique : Le conseil municipal décide le de suivre les recommandations de Delacroix, convaincu par celui-ci et l'architecte Jean-Agathe Micaud.

L'édifice des origines à la Révolution L'hôpital du Saint-Esprit a été fondé à Besançon au début du par l'Ordre Hospitalier du Saint-EspritBrochure éditée par la ville de Besançon, service de l'action culturelle et des communications, pour les journées du patrimoine de 2003., probablement entre 1207 et 1220 par Jean de MontferrandQuand Besançon se donne à lire : essais en anthropologie urbaine, page 57.. La chapelle date quant à elle du , et le portail a été ajouté en 1841Le Temple du Saint-Esprit de Besançon sur Besac.com (consulté le 23 novembre 2011).. La présence de l'Ordre Hospitalier dans le bâtiment est notamment visible de par une pierre tombale gravée, qui fut érigée à la mort du recteur Pierre de Navarret en 1414Quand Besançon se donne à lire : essais en anthropologie urbaine, page 58.. L'hôpital accueille durant tout le Moyen Âge les malades, femmes enceintes, vieillard, voyageurs et orphelins. Cependant, l'hospice limite son aide aux orphelins, aux femmes enceintes ainsi qu'aux voyageurs à partir du après des accords avec la municipalité de Besançon. L'Ordre Hospitalier du Saint-Esprit est supprimé en 1777 par le Cardinal de Choiseul, et tous les biens de cette congrégation devinrent propriété de la ville dont l'édificeLe Temple du Saint-Esprit de Besançon sur Racinescomtoises.net (consulté le 23 novembre 2011)..

En 1792, le bâtiment prend le nom d'hospice des enfants de la patrie avant d'être transféré en 1797 à l'hôpital Saint-Jacques récemment construit, ce dernier devant être l'hôpital central de la ville. En 1796, des soldats et officiers qui résident dans la ville parviennent à obliger la commune à leur fournir un lieu de culte, et la chapelle Notre-Dame-du-Foyer est officiellement affectée aux Protestants jusqu'à 1804. À cette occasion un premier pasteur apparaît dans la ville en 1803, Jean Ebray, et la communauté est réellement mise en place. Mais l'église déménage dans l'ancien couvent des Capucins le , l'hôpital Saint-Jacques réclamant la chapelleHistorique du Temple du Saint-Esprit de Besançon sur Huguenotsinfo.free.fr (consulté le 23 novembre 2011).. Puis elle est obligée une nouvelle fois de partir ailleurs à cause de la construction de l'arsenal, célèbre un dernier culte le , et s'installe dans l'ancienne église du Saint-Esprit, que les fidèles acquièrent la même année après restauration par la ville. Entre-temps, en 1824, est officiellement créée l'organisation de l'Église réformée de Besançon, page 168..

De la consécration à nos jours