Les apparitions mariales de Međugorje auraient lieu à Međugorje ou Medjugorje (prononciation /ˈmɛdʑu.ɡɔːrje/ selon l'API ou /méh’-djou-gor-yéh/), une paroisse catholique de la municipalité de Čitluk en Bosnie-Herzégovine. La Vierge Marie y apparaîtrait quotidiennement à six Croates d'Herzégovine depuis le , selon trois des voyants.
La Conférence des évêques de Yougoslavie rend un jugement de « non constat de supernaturalitate » en 1991. Le pape François autorise en 2019 l'organisation de pèlerinages par souci pastoral. Le , le Dicastère pour la Doctrine de la foi prononce un « nihil obstat » et émet un avis positif sur l'expérience spirituelle vécue par les pèlerins de Međugorje, sans toutefois se prononcer sur la réalité des apparitions. Les messages attribués à la Vierge sont désormais soumis au contrôle du Saint-Siège avant publication.
Histoire des apparitions L'histoire des apparitions débute en 1981. À l'époque, la Yougoslavie est sous régime communiste athée, et Međugorje est la réunion de quelques hameaux qui vivent essentiellement du tabac, de la vigne et de l'élevage. La paroisse de Međugorje est à la charge pastorale des franciscains, historiquement influents dans cette région (l'Herzégovine).
Selon le Dictionnaire des « apparitions » de la Vierge Marie (ouvrage collectif réalisé sous la direction de René Laurentin et Patrick SbalchieroListe des collaborateurs : Dom Thomas Acklin o.s.b., psychanalyste - Sylvie Barnay, historienne, maître de conférence à l'université de Metz - Dom Bernard Billet o.s.b., théologien et historien - Michel de Boucaud, psychiatre, professeur à l'université de Bordeaux-I - Gino Caneggianini, cinéaste et producteur - Christian Cannuyer, professeur à l'université catholique de Lille - Michel Corteville, prêtre, théologien - René Humetz, ancien juge d'instruction - Françoise Jeanlin, professeur à l'Institut orthodoxe Saint-Serge - Henri Joyeux, chirurgien, professeur de cancérologie digestive à la faculté de médecine de Montpellier - René Laurentin, théologien et journaliste, ancien expert de Vatican II - Philippe Loron, neurologue à La Salpêtrière - Michel Magdelaine, curé de Notre-Dame-de-Lourdes à Bastia - Roland Maisonneuve, théologien, essayiste - Christian Parmentier, journaliste - Émile Poulat, sociologue, directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales - François Rossier, marianiste, théologien, université de Dayton - Patrick Sbalchiero, historien et journaliste - Bernard Sesé, professeur émérite à l'université Paris-X Nanterre - R. P. Alain Toméi, canoniste, official du diocèse d'Ajaccio.), le mercredi dans l'après midi, deux jeunes filles âgées de 15 et 16 ans, Ivanka Ivanković et Mirjana Dragićević habitant Sarajevo, en vacances dans la maison familiale, vont se promener sur la colline du Podbrodo, à plus d'un kilomètre de l'église paroissiale de Medjugorje. Elles s'y détendent en écoutant de la musique et en fumant des cigarettes. De retour à l'entrée du village, elles perçoivent à leur droite sur la colline, à 200 mètres environ, une silhouette lumineuse. Ivanka Ivanković dit reconnaître la Gospa, « Notre-Dame » en croate. Mirjana Dragićević, quant à elle, doute de l'identité de la silhouette aperçue. Prises de crainte, elles s'enfuient.
Elles y retournent cependant le jour-même vers 18 heures 30, accompagnées de Milka Pavlović, 14 ans, qui vient ramener des moutons parqués dans une lande à 400 mètres du village. Les trois adolescentes longent la colline sans rien voir de particulier, mais à l'entrée du village, Ivanka Ivanković se dit à nouveau témoin du phénomène. Elles sont rejointes par Vicka Ivanković, 16 ans, retenue le matin par un examen de rattrapage à l'école de Mostar, qu'une sieste a fait rater la première promenade. Elle « voit » elle aussi, à 100 mètres de distance. Elle rencontre Ivan Dragićević (16 ans) et Ivan Ivanković (20 ans). Ils « voient » eux aussi. Le premier saisi de crainte se sauve, tandis que le second, perplexe, ne reviendra pas sur les lieux. Les quatre filles, Ivanka, Mirjana, Milka et Vicka observent la silhouette lointaine, une femme qui semble porter au bras droit un enfant et paraît leur faire signe d'approcher, ce qu'elles ne feront pas.
Le lendemain, le jeudi , Ivanka, Mirjana, Vicka, Jacov Čolo (10 ans) et Marija Pavlović, 16 ans, sœur de Milka, mais sans cette dernière, reviennent sur les lieux. Ils escaladent très rapidement la colline malgré les pierres et les ajoncs. Ivan Dragićević, venu par un autre chemin, les rejoint.
Or, d'autres sources provenant principalement des dix-sept interrogatoires des visionnaires enregistrés les 27, 28, 29 et contredisent certains points. Ainsi, Ivan Ivanković a lui-même déclaré le qu'il n'avait jamais vu la Vierge : . De même, Ivan Dragićević ne dit pas dans ses premières déclarations qu'il a vu la Vierge portant un enfant mais simplement : .. Il n'était pas non plus présent le deuxième jour : . et .
Après avoir entendu le récit, et d'abord suspicieux, , curé de la paroisse, croira relativement vite à l'authenticité de ces apparitions. Dans le contexte politique de l'époque, cette histoire n'est pas prise à la légère par le pouvoir communiste. Le père Jozo est arrêté et condamné à trois ans de prison. Il est relâché un an et demi après. Très vite, des pèlerins commencent à affluer du monde entier. Des scientifiques et des théologiens (comme le père René Laurentin, spécialiste en mariologie) s'intéressent au phénomène et finalement le pouvoir relâche la pression.
Lieux successifs des apparitions thumb | Église Saint-Jacques de Međugorje. Du 24 au , les apparitions ont lieu sur le mont Crnica... Par la suite, le lieu des apparitions sera variable : tantôt à l’église, tantôt dans une pièce attenante à la sacristie et, à partir de , au presbytère, l’évêque de Mostar ayant interdit toute apparition dans les lieux attenants à l’église. Les lieux des apparitions vont ensuite se diversifier, les voyants affirmant avoir désormais des apparitions individuelles (quotidiennes pour certains, mensuelles ou annuelles pour d’autres). Ces apparitions se produiraient aux endroits où se trouvent les voyants., y compris à l'étranger.
Contenu des messages René Laurentin fournit une compilation des messages qu’aurait livrés la Gospa entre 1981 et 1984.. Il reste toutefois difficile de se faire une idée précise de leur teneur exacte, les messages semblant avoir fait l’objet de réécritures postérieures à leur enregistrement.. En outre, dès l’été 1981 les voyants prétendent avoir des apparitions personnalisées avec des messages différents, ce qui empêche toute comparaison.. Certains commentateurs notent toutefois que le contenu des révélations antérieures à 1984 révélerait des aberrations et des erreurs doctrinales qui mettent en doute leur véracité..
Joachim Bouflet note qu’à plusieurs reprises, la Vierge aurait pris parti en faveur des franciscains de Međugorje dans la querelle qui les oppose à l’évêque de Mostar.., ordinaire du lieu, fait qui ne s’est jamais produit dans une apparition reconnue par l’Église, mais qui a été constaté dans des apparitions non reconnues. Par exemple, le , Vicka écrit que la Vierge lui a répondu : ..
Selon Joachim Bouflet, le message original de Međugorje aurait insisté sur la réconciliation, ce qui revêt une signification particulière compte tenu du fait que les apparitions initiales ont eu lieu à proximité d'un endroit où, au cours de la Seconde Guerre mondiale, plusieurs centaines de personnes ont été massacrées par les oustachis. Les franciscains proches des voyants auraient escamoté cet aspect du message de nature à remettre en cause la conduite d’une partie des membres de leur ordre au cours de la Seconde Guerre mondiale..
Les messages connus depuis 1984 sont axés régulièrement sur les « cinq pierres » de Međugorje qui constitueraient, pour ceux qui les appliquent, un chemin de paix : la prière du chapelet ; la lecture de la Bible ; le jeûne hebdomadaire le mercredi et le vendredi ; la confession mensuelle ; la communion quotidienne.
Les voyants Vicka Ivanković-Mijatović (née le à Bijakovići) Mirjana Dragićević-Soldo (née le à Sarajevo) Marija Pavlović-Lunetti (née le à Bijakovići) Ivan Dragićević (né le à Bijakovici) Ivanka Ivanković-Elez (née le à Bijakovići) Jakov Čolo (né le à Sarajevo) Le , la sous-commission médicale de la Conférence des évêques de l'ex-Yougoslavie statue ainsi : .
Position de l'Église catholique Déclarations officielles 200px|thumb|right|Église de Međugorje et les stations du Rosaire. Un peu plus de six mois après le début des apparitions supposées, dès le , Pavao Žanić, évêque du diocèse de Mostar, dont dépend Međugorje, crée une commission d'enquête constituée de deux prêtres séculiers et de deux prêtres franciscains. Le , tout en laissant la commission qu'il a créée libre de poursuivre ses recherches, Pavao Žanić exprime dans un premier rapport ses « soupçons » et ses « doutes » sur le caractère surnaturel des faits. Il fait valoir notamment que des prophéties faites par l’apparition ne se sont pas réalisées, que des promesses de guérison n’ont pas été suivies d'effet et que dans un différend ancien et grave entre lui et des Franciscains sanctionnés, l’apparition a encouragé ceux-ci à la désobéissance. Sans doute sur les conseils de la Congrégation pour la doctrine de la foi, Pavao Žanić élargit en cette commission, en y ajoutant des théologiens de différentes facultés de théologie de Yougoslavie et des experts médicaux.
Ainsi selon René Laurentin, le , Pavao Žanić « annonce un jugement négatif sur les apparitions pour le mois de mai, se rend à Rome pour proposer ce jugement à la Congrégation de la foi. Mais le cardinal Ratzinger, l'invite à dissoudre sa Commission et le dessaisit du jugement qui sera transféré à la Conférence épiscopale yougoslave. ». Ce que confirme aussi l'historienne Sylvie Barnay : « Pour la première fois [dans l'histoire des jugements de l'Église sur des apparitions], l'évêque du lieu, seul juge de la décision, a en effet été dessaisi du dossier alors qu'il s'apprêtait à émettre un jugement négatif. »
Cette version contredit le récit de René Laurentin en 1986, dans son livre Dernières nouvelles de Medjugorje - La prolongation des apparitions : . Cela concorde avec le communiqué conjoint du cardinal Kuharić et de l'évêque Žanić en date du . Ce dernier rend dans un premier temps un avis négatif après avoir étudié les faits, puis, comme le prévoient les Normes de 1978 lorsque le phénomène dépasse le cadre du diocèse, l'évêque a fait appel à une commission pour l'aider à étudier davantage les faits. L'évêque étant d'accord, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi a été informée de la transmission de l'étude du phénomène à une commission élargie. Elle a également félicité l'évêque pour son travail accompli..
Le à Zadar, la Conférence des évêques de l'ex-Yougoslavie déclare que ..
Le , Ratko Perić, qui a succédé à Pavao Žanić comme évêque de Mostar, se fondant sur les enquêtes précédentes et sur la connaissance personnelle qu’il a des voyants et du dossier, prend publiquement une position encore plus négative : Constat de non supernaturalitate ; c’est-à-dire qu'il est établi selon lui que les faits ne sont pas d’origine surnaturelle.
Le cardinal Tarcisio Bertone, rappelant sa lettre envoyée en 1998 en tant que secrétaire de la Congrégation pour la doctrine de la foi à Gilbert Aubry, écrivait récemment : Puis il ajoute : .
Commission d'enquête internationale sur Medjugorje