L'Organisation de résistance de l'Armée, l'O.R.A., est créée le à la suite de l'invasion allemande de la zone libre en novembre 1942, en tant qu'organisation apolitique regroupant d'anciens militaires français déterminés à résister de façon active contre l'occupant de la France mais rejetant initialement de Gaulle par fidélité envers Pétain dont ils espèrent qu'il appellera au combat contre l'Allemagne.

Fondée par le général Frère (président du tribunal qui condamne de Gaulle à mort par contumace en et qui est arrêté par les Allemands en 1943, déporté et mort au Struthof le ), elle est ensuite dirigée par le général Verneau (qui sera arrêté le , et mourra en déportation à Buchenwald le ), puis par le général Revers, avec pour adjoint le général Brisac.

L’ORA se développe rapidement en zone Sud, grâce aux cadres et à l’armement camouflé par l’Armée d’armistice quand celui-ci n'a pas été remis aux Allemands. Elle reconnaît, à l'origine, le général Giraud comme son chef nominalOlivier Wieviorka, Histoire de la Résistance 1940-1945, Perrin, 2013, p. 199-200.. Elle fusionne en avec l’Armée secrète (AS) et les FTP pour former les FFI, tout en conservant son autonomie.

Histoire Les prémices de résistance de l’Armée : juillet 1940 Au lendemain de la défaite et de la signature de l’armistice, un certain nombre d’officiers de l’Armée française, réduite à un corps de 100 000 hommes en métropole, considèrent que tout n’est pas perdu. Les forces de l’empire colonial français sont intactes et la reconquête de la France avec l’appui des alliés reste possible.

Dès , certains services pensent à préparer la revanche.

C’est ainsi que le colonel Rivet, chef du Bureau réunit ses collaborateurs et leur dit : « La mission continue sur l’Allemagne et l’Italie ». L’état-major, avant que les commissions d’armistice ne se missent en place, s’efforçait d’expédier en Afrique du Nord le plus possible d’armes et de matériel, et effectuait des études sur l’hypothèse d’un débarquement allié en France.

Le général Colson envoie une lettre personnelle manuscrite aux commandants des régions militaires les invitant à camoufler du matériel. Plus discrètement le commandant Émile Mollard crée un service clandestin de camouflage de matériel (CDM).

Le colonel du Vigier met sur pied les unités de réservistes destinés à être mobilisés sur place, et les groupes d'autodéfense (GAD) chargés de surveiller les mouvements des troupes allemandes en zone occupée.

Après le départ du colonel du Vigier pour l'Algérie, au début de 1942, les Groupes d'Autodéfense sont dirigés par le capitaine Pierre du Passage, avec le capitaine Pierre Lejeune et le commandant Guy Grout de Beaufort. Ces deux derniers rejoignent le général Giraud à Alger en , laissant le capitaine Pierre du Passage seul responsable des Groupes d'Autodéfense.

Au début de 1943, Pierre du Passage intègrera les Groupes d'Autodéfense à l'ORA.

Enfin le général Verneau envisage pour la première fois la tactique de la guérilla, en cas de rupture de l’armistice et d’invasion de la zone sud par les troupes d'occupation allemande, avec repli de l’Armée de l’armistice dans les zones montagneuses.

En 1940, le général Frère, futur chef de l'ORA, a présidé le tribunal militaire de Clermont-Ferrand, qui a condamné De Gaulle à mort. L'ORA se considère surtout comme « l'avant-garde de l'armée d'Afrique », aux ordres de son commandant en chef, le général Giraud. D'autre part, la plupart des informations reçues par De Gaulle dressent un tableau « nettement anti-gaulliste » de l'organisation, soupçonné de ne plus bénéficier des faveurs des anglais et des américains.

L’Organisation de résistance de l’Armée : novembre 1942 Au lendemain de ce deuxième désastre qu'est pour l’Armée, l’invasion de la zone non occupée avec remise de ses armes, un groupe d’officiers animés par les généraux Verneau, Grandsard et Olleris, décide de créer une organisation militaire clandestine qui devient l’« Organisation de résistance de l’Armée » avec l’aval du général Frère.

Le général Giraud, avant de s’embarquer clandestinement pour l’Afrique du Nord, désigne Frère comme son représentant en France métropolitaine.

L’année 1943 est consacrée à la mise en place de l’Organisation de résistance de l’Armée dans les six régions définies par le mouvement Combat en zone sud. Cette tâche revient au colonel Pfister pour le sud-ouest et au colonel Zeller pour le sud-est.

En zone nord l’implantation de l’ORA est plus difficile. Le général Verneau dirige cette opération. Les implantations les plus importantes sont la Bretagne commandée par le colonel Masnou, l’Indre et l’Indre-et-Loire avec la brigade du colonel Chomel, la région du Cher où le colonel Bertrand regroupe les anciens de son régiment dissous le RI, la Bourgogne sous les ordres du colonel Prat. À l’est, la région D, comprenant la Franche-Comté, le Jura et les Vosges, est dirigée par le colonel Maurin.

Dès , l’ORA entre en rapport avec les autres mouvements de résistance, y compris le parti communiste, afin de coordonner les actions immédiates et futures. La reconnaissance en par l’ORA de la légitimité du CFLN à Alger et de l’autorité du général de Gaulle facilite ces négociations.

Suivant ses effectifs, l’ORA crée ses propres maquis ou groupes mobilisables ou fournit aux autres mouvements les officiers nécessaires à leur encadrement.

Cette mise en place ne se fait pas sans casse. En , des arrestations massives frappent plus de 50 officiers. En juin, les services de l’Abwehr arrêtent les généraux Olleris, Gilliot et Frère. Ce dernier meurt au camp du Struthof. En juillet, c'est le tour du général Grandsard, puis le , du général Verneau qui lui non plus ne reviendra pas de déportationIl meurt de froid lors d'un appel prolongé. op. cit. Nord (1966) .. Il est remplacé à la tête de l’ORA par le général Revers.

Une organisation est mise en place qui s'appelle d'abord « S.R. Villars » puis « Réseau Eleuthère ». Ce dernier va couvrir, avant la fin 1943, l'ensemble du territoire nationalop. cit. Nord (1966) ..

Lutte ouverte - 6 juin 1944 Le débarquement Le , le haut commandement allié diffuse les messages donnant l’ordre d’appliquer tous les plans de destructions prévus et de déclencher la guérilla sur l’ensemble du territoire français.

La Normandie La zone de débarquement, c'est-à-dire le Calvados et les quelques kilomètres carrés de la Manche, n’est pas propice aux maquis en raison de la forte concentration des forces allemandes et des bombardements intenses alliés.

C’est le plan Tortue, mis au point par le capitaine Grenier installé à La Ferté-Macé, qui sera appliqué par les équipes du colonel Perret. Elles retarderont de 48 heures l’arrivée sur le front de la Panzer division stationnée dans la région du Mans, retard qui contribuera au succès de l’opération Overlord. Un rapport du capitaine Fayard fait état de la destruction de huit ponts routiers, d’une centaine de véhicules, de sabotages de voies ferrées et de rupture de câbles téléphoniques dans les jours qui ont suivi le débarquement.

La Bretagne En Bretagne, la Résistance, bien que non avertie de l’opération, apporte une aide précieuse aux parachutistes français du 4th SAS. Ceux-ci, dans le cadre des opérations Dingson et Samwest, doivent selon les plans alliés fixer les troupes allemandes stationnées en Bretagne, en y effectuant des sabotages et des escarmouches, afin de créer un deuxième front ou du moins d'en créer l'illusion, vu le faible nombre d'hommes disponibles.

Quatre « sticks » de parachutistes issus de la France libre, précurseurs des armées alliées, parachutés dans la nuit du 5 au avant toutes les autres forces alliées, sont pris en charge par la Résistance qui dispose de plusieurs milliers d'hommes des FTP, de l'Armée secrète et de l'ORA.

Ils sont suivis par le largage de près de 400 autres SAS, qui avec les groupes de résistants effectuent de nombreuses actions de sabotages et embuscades. L’énorme supériorité allemande les contraint à évacuer leurs deux bases de commandement, Duault (Côtes-du-Nord), puis Saint-Marcel (Morbihan).

C’est au maquis de Saint-Marcel que le commandant Pierre-Louis Bourgoin est parachuté avec le reste de ses hommes ainsi que plusieurs tonnes de matériel, dont des Jeeps. Cette base comptera jusqu’à armés, l’ORA lui fournissant quatre bataillons. Ceux-ci participeront à sa défense et à son évacuation particulièrement difficile le . Dispersées, les forces de la Résistance et les hommes de Bourgouin rallieront différents maquis, et poursuivront la lutte par une action généralisée à partir du jusqu’à la libération de la Bretagne. Trois bataillons ORA participeront d'ailleurs au siège de Lorient.

La Libération Le sud de la Loire Au sud de la Loire, l’ORA, qui s’est développée là où stationnaient les unités de l’Armée d'armistice avant sa dissolution, effectue une série de sabotages (dynamitage de ponts, obstructions des routes, destructions de dépôts de carburants) afin de retarder la montée des renforts allemands vers le front de Normandie et de braquages destinés à financer la Résistance (le plus fructueux de toute la Libération, celui du train transportant vers Bordeaux occupée les fonds de la Banque de France jusque-là protégés à Périgueux, mené à Neuvic le en coordination avec l'Armée SecrèteGuy Penaud, Les milliards du train de Neuvic, Fanlac, 2001.Jean-Jacques Gillot et Jacques Lagrange : Le Partage des milliards de la Résistance (Pilote 24 édition, Périgueux, 2004)., rapportera 2,280 milliards de francs de l'époqueJean-Marc Binot et Bernard Boyer, L'Argent de la Résistance (Larousse, 2010).). Après le et le Débarquement de Provence, la réception de nombreux parachutages d’armes permet le déclenchement de la guérilla généralisée et notamment la constitution de deux unités importantes : la brigade Charles Martel, commandée par le colonel Chomel, forte de 2 300 hommes dans l’Indre, et le RI reconstitué par le colonel Bertrand, disposant de 11 compagnies dans le Cher.

D’autre part dans le sud-ouest, après la libération de Toulouse, le , sous l’impulsion de Chevance-Bertin, les FFI des régions libérées (dont le Corps franc Pommiès) sont regroupés pour former une grande unité de combat : le Groupement mobile du Sud-Ouest composé de deux divisions : la division légère de Toulouse commandée par le colonel Redon de l’ORA, la division légère d’Auvergne commandée par le colonel Roger Fayard, lui aussi de l'ORA.

L’ensemble de ces forces participe à une importante opération qui aboutira à la reddition d’une colonne allemande forte de 20 000 hommes commandés par le général Elster. Partie de Bordeaux le , cette colonne, hétéroclite mais fortement armée, est harcelée dans la Vienne par les maquis de Georges Guingouin, puis dans l’Indre par la brigade Charles Martel du colonel Chomel. Ce dernier ayant établi une liaison radio avec les Américains grâce à une équipe Jedburgh obtient un appui de bombardements aériens obligeant Elster à ne faire mouvement que la nuit. Dans le Cher, la colonne se heurte au RI renforcé par deux escadrons de Jeeps fournis par les SAS de Bourgouin, désormais colonel.

Les divisions Fayard et Redon se déploient sur une ligne Saincoins et le Bec de l’Allier. L’ensemble de ce dispositif FFI, bien qu'inférieur en nombre et armes, empêche Elster (dont les troupes s’échelonnent entre Cher et Loire) de franchir la Loire à Decize.

D’autre part une autre colonne allemande, forte de 5 000 hommes et commandée par le général Bauer, remonte vers Autun. Elle est attaquée par les FTP de Saône-et-Loire, puis par le corps franc Pommiès transporté par train (prouesse de Résistance-Fer) et par des éléments de la DB (le Dragon du colonel Demetz) chargés de s’emparer d’Autun. Le général Bauer se rend sans condition le au colonel Demetz qu’entourent les chefs FFI.