Le est une hymne du temps pascal, notamment du dimanche de Pâques, attribuée en général à un cordelier, le frère Jean Tisserand. Toutefois, ses caractéristiques suggèrent la possibilité d'une hybridation entre le chant ecclésiastique et le folklore.

Texte latin françaisO filii et filiæ,Rex cælestis, Rex gloriæ,Morte surrexit hodie.

Et Maria Magdalene,Et Jacobi et Salome,Venerunt corpus ungere.

A Magdalena moniti,Ad ostium monumentiDuo currunt Discipuli.

Sed Joannes ApostolusCucurrit Petro citius,Ad sepulcrum venit prius.

In albis sedens Angelus,Respondit mulieribus,Quia surrexit Dominus.

Discipulis astantibus,In medio stetit Christus,Dicens : Pax vobis omnibus.

Postquam audivit Didymus,Quia surrexerat Jesus,Remansit fide dubius.

Vide, Thoma, vide latus ;Vide pedes, vide manus,Noli esse incredulus.

Quando Thomas Christi latus,Pedes vidit atque manus,Dixit : Tu es Deus meus.

Beati qui non viderunt,Et firmiter crediderunt :Vitam æternam habebunt.

In hoc festo sanctissimo,Sit laus et jubilatio :Benedicamus Domino.

De quibus nos humillimas,Devotas atque debitasDeo dicamus gratias.1. Ô fils et filles, réjouissez-vous,le Roi du ciel, le Roi de gloireest ressuscité aujourd'hui.

2. Marie-Madeleine,Marie, mère de Jacques, et Salomé,sont venues pour embaumer son sacré corps.

3. Deux Apôtres avertispar Marie-Madeleine,courent à l'envi vers le tombeau.

4. Mais l'apôtre saint Jeandevance Pierre,et arrive le premier au sépulcre.

5. Un ange vêtu de blanc,assis à l'entrée du tombeau, s'adresse aux femmes,et leur dit que le Seigneur est ressuscité.

6. Les disciples étant assemblés,Jésus vint au milieu d'eux, et leur dit :La paix soit avec vous tous.

7. Thomas entend dire que Jésus est ressuscité ;mais sa foi encore chancelantele laisse dans le doute.

8. Thomas, voyez mon côté, lui dit Jésus,voyez mes pieds, voyez mes mains,et ne restez pas incrédule.

9. Après que Thomas a vu le côté de Jésus,et qu'il a considéré ses pieds et ses mains,il s'écrie : Vous êtes mon Dieu.

10. Heureux ceux qui, sans avoir vu,ont cru d'une ferme foi ;ils possèderont la vie éternelle.

11. Que l'on n'entende que des louanges et des cantiques de joiedans cette sainte fête :bénissons le Seigneur.

12. Rendons à Dieu, avec le dévouement et la reconnaissancequi lui sont dus, de très-humble actions de grâcespour tous ses bien faits. Il n'existe pas de texte officiel selon le rite romain. De nombreuses variantes existent, comme celle ci-dessus, destinée à l'origine aux diocèses de Toulouse, ou d'autres comme celle de Paris, insérée, en 1815, dans un recueil à la base du bréviaire romain.

Historique Origine Si au , John Mason Neale considérait que son origine remonterait au , le manuscrit le plus ancien de ce texte n'est publié qu'au début du . L'auteur supposé est un franciscain, Jean Tisserand, mais un manuscrit du Vatican contenant une œuvre similaire d'un compositeur mort vers 1514 laisse supposer que la composition du texte date plutôt de la fin du . Cependant, faute d'indice définitif, l'origine et la datation exactes restent encore incertaines.

L'origine de la mélodie est sans doute un contrafactum d'une séquence du : Annus novus in gaudio. Jacques Viret remarque la ressemblance entre l'hymne et le Kyrie IX en grégorien, dit Cum jubilo. Une deuxième version de la mélodie est écrite par Melchior Vulpius en 1609..

Jacques Viret note également l'origine particulière, fusion entre le grégorien ecclésiastique et la ronde folklorique, qui peut expliquer la popularité de cet hymne. C'est également l'avis d'Ernest Renan qui souligne une caractéristique archaïque de l'hymne O filii et de la séquence Victimæ paschali laudes, qui sont toutes deux très différentes de la composition ecclésiastique récitative de la psalmodie. Il s'agit au contraire de chants légers qui seraient les échos de chansons anciennes. Cette interprétation manque toutefois de sources pour l'étayer.

Premières publications Le texte imprimé le plus ancien est un manuscrit conservé à la bibliothèque nationale de France (manuscrit Rés. B8991). Il s'agit de quelques strophes de l'hymne dans les Heures de Notre-Dame à l'usage de Paris sorties en 1573, chez Jean Le Blanc.

La mélodie se retrouve dans le recueil publié en 1623 par Pierre Ballard, Airs sur les hymnes sacrés, odes et Noëls pour chanter au Catéchisme. L'hymne à quatre voix y figure en tant que pièce , dans laquelle la mélodie est portée par une voix soprano seule. Il faut remarquer que l'usage n'était pas destiné à la liturgie, mais au catéchisme. Ce livre de chant est édité à l'origine par un jésuite, Michel Coyssard, comme une anthologie issue des éditions de Lyon, de Tournon et d'Anvers.

L'utilisation de l'hymne est promue par quelques publications, dont l’Office de la semaine sainte selon le bréviaire et missel de Paris. Ce livre de chant est édité en 1674. L'hymne y est intitulé Au Salut, Cantique de Rejoüissance. Cette version devient la référence pour cet hymne, retranscrite ci-dessus. Elle est ensuite imprimée dans un processionnal sorti à Nantes en 1678.

Hormis en France, les origines anciennes du chant se trouvent en Allemagne, plus précisément chez les jésuites. Un texte en allemand est imprimé en 1671. Puis, le Symphonia Sirenum Selectarum, est édité en 1695 à Cologne et contient cet hymne.

Évolution En 1738, le Calendrier historique avec le journal des cérémonies en parle dans la partie qui contient les renseignements relatifs aux fêtes mobilesTitre complet : Maupoint, Calendrier historique avec le journal des cérémonies et usages qui s'observent à la Cour, à Paris et à la campagne : on pouvait alors aller l’entendre à Pâques au collège des jésuites, lors des vêpres solennelles, « après lesquelles il est chanté en musique. Ce cantique joyeux est pareillement chanté en plusieurs Églises par de belles voix de religieuses »Amédée Gastoué, L'O filii, ses origines, son auteur. La Tribune de Saint-Gervais : bulletin mensuel de la Schola cantorum, 1907..

Paraphrase et usage Hymne liturgique réservé au temps pascal, le O filii et filiæ a inspiré plusieurs organistes. Le cérémonial de Clément VIII recommande sa composition en orgue en faveur de l'offertoireDenise Launay, La Musique religieuse en France du concile de Trente à 1804, p. 76, Société française de musicologie, Paris, 1993. À partir du , les organistes français préfèrent paraphraser la mélodie de ce chant, tels Nicolas Lebègue et Pierre Dandrieu.

L'hymne est encore en usage aujourd'hui. Cependant le texte n'est pas trouvable dans le rite romain officiel. Ce chant populaire demeure une liturgie locale et réservée au temps pascal.

Mise en musique Renaissance Johannes Prioris (~1460 - ~1514) : motet Alleluia. O filii O filiæ et Et Maria Magdalene, Bibliothèque apostolique vaticane, manuscrit Cappella Sistina 42

Musique baroque Volckmar Leisring (1560 - 16...) : œuvre pour Pâques à huit voix en double chœurNotice BnF Antoine Boesset (1587 - 1643) : motet à cinq voix avec orgue, dans le Recueil DeslauriersNotice BnF Jean Veillot (15... - 1662) : motet pour six solistes, chœur à cinq voix et instrumentsNotice BnF Guillaume-Gabriel Nivers (1632 - 1714) : motet pour soprano et basse continue (1689)Notice BnF Marc-Antoine Charpentier (1643 - 1704) : motet du temps pascal pour deux hautes-contre, basse, deux flûtes et cordes, H312 (Pâques 1671)Notice BnF motet du temps pascal pour huit solistes, chœur à cinq voix et cordes, H339Notice BnF motet du temps pascal pour voix seule, chœur à quatre voix et instruments, H356Notice BnF Michel-Richard Delalande (1657 - 1726) : motet réservé à Pâques et pour six solistes, chœur à quatre voix et instruments, S52 (1698)Notice BnF petit motet pour soprano solo et basse continue, S89 (1712)Notice BnF André Campra (1660 - 1744) : motet pour six solistes, chœur à cinq voix et instrumentsNotice BnF Charles-Hubert Gervais (1671 - 1744) : motet pour cinq solistes, chœur à cinq voix et instruments, ChG72Notice BnF Esprit-Joseph-Antoine Blanchard (1696 - 1770) : motet pour trois solistes, grand chœur à cinq ou six voix et symphonie (instruments) pour le Samedi SaintNotice BnF

Musique classique François Giroust (1737 - 1799) : motet pour deux sopranos, chœur à deux voix de femmes et orgueNotice BnF motet pour quatre solistes, chœur à quatre voix et orchestre (1782)Notice BnF Luigi Cherubini (1760 - 1842) : motet pour quatre solistes, chœur à quatre voix et orchestre (1828)Notice BnF Fromental Halévy (1799 - 1862) : O filii et filiæ, souvenir du Salut de Pâques attachée à l'opéra Le Lazzarone Franz Liszt (1811 - 1886) : oratorio Christus, (1872)Notice BnF

Œuvres instrumentales pour orgue thumb|upright=0.8|Hymne française, le répertoire des œuvres d'orgue demeure très riche en France, grâce à plusieurs grands organistes tel Pierre Dandrieu. Nicolas Lebègue (vers 1631 - 1702) : offertoire pour orgue, dans le Livre d'orgue, tome 3Notice BnF Pierre Dandrieu (1664 - 1733) : œuvre pour orgue ou clavecin Jean-François Dandrieu (vers 1682 - 1738) : offertoire pour clavecin ou orgue, dans le recueil Noël, O filii, chanson de saint Jacques et carillonsNotice BnF Michel Corrette (1707 - 1795) : variations pour orgue ou clavecin (1782) Jean-Jacques Beauvarlet-Charpentier (1734 - 1794) : œuvre pour clavecin ou piano-forte (1784)Notice BnF Josse-François-Joseph Benaut (vers 1743 - 1794) : variations pour orgue Alexandre-Pierre-François Boëly (1785 - 1858) : Thème O filii et filiæ et trois variations pour orgue, dans l’Offertoire pour le jour de Pâques, op. 38, (posthume, 1860)Notice BnF Édouard Batiste (1820 - 1876) : offertoire d'orgue, op. 26 Jacques-Nicolas Lemmens (1823 - 1881) : sonate dans le recueil Trois sonates pour orgue, (1881) Alexandre Guilmant (1837 - 1911) : offertoire sur O filii, op. 49, Notice BnF Aloÿs Claussmann (1850 - 1926) : offertoire d'orgue pour le jour de Pâques (1900)Notice BnF Healey Willan (1880 - 1968) : prélude pour orgue, dans le recueil 30 Hymn Preludes for Organ Lynnwood Farnam (1885 - 1930) : toccata sur O filii pour orgue (1932) Frederick Candlyn (1892 - 1964) : prélude en faveur de Pâques sur O filii et filiæ pour orgue André Fleury (1903 - 1995) : variations pour orgueNotice BnF Jean Langlais (1907 - 1991) : fugue sur O filii pour orgue, dans la Folkloric suite, op. 77, (1952)Notice BnF Jeanne Demessieux (1921 - 1968) : variations O Filii dans le recueil Twelve Choral Preludes on Gregorian Chant Themes for Organ, (1950) Pierre Cochereau (1924 - 1984) : improvisation pour orgue, dans le recueil Improvisations sur des thèmes de Pâques (1981)Notice BnF John Rutter (1945 - ) : variation sur le thème de Pâques pour orgue en duo (1983)Notice BnF Naji Hakim (1955 - ) : variations sur une hymne pascale (2012)Éditions Schott Music

Œuvres contemporaines Sinéad O'Connor (1966 - 2023) : interprétation dans son disque (2003)

Variantes selon les pays Irlande Il existe des variations irlandaises publiées au . D'après deux manuscrits, celles du et du étaient intitulés Is truag in ces i mbiam (Triste sort que le sort de l'homme). L'autre était une adaptation du , issue du texte latin, et qui employait la même mélodie « Two Religious Poems in Irish, O CUIV B. Celtica 1988, vol. 20, pp. 73-84.

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