(en grec byzantin : ) (1156-1204) est un empereur byzantin de 1185 à 1195 et de 1203 à 1204, fils d'Andronic Doukas Ange et d'Euphrosyne Kastamonitissa. Il est un arrière-petit-fils d'. Sa jeunesse est mal connue et c'est par hasard qu'il est mis en 1185 sur le devant de la scène quand, à la suite d'une prophétie, il est suspecté de trahison par . Parvenant à s'enfuir, Isaac Ange provoque un vaste mouvement populaire en sa faveur et contre le régime de plus en plus violent d'Andronic qui est renversé et mis en pièces, tandis qu' devient empereur sans l'avoir vraiment voulu, ce qui le fragilise d'entrée.

Issu d'une famille puissante et apparentée aux Comnènes, il dispose d'une certaine légitimité à détenir le pouvoir impérial et s'appuie sur différents groupes de l'aristocratie byzantine pour consolider son autorité. Néanmoins, il est d'emblée confronté aux défis d'ampleur auxquels fait alors face l'Empire byzantin. En effet, les révoltes et sécessions se multiplient sur différents fronts, en plus des menaces extérieures comme celle des Normands qu'il repousse difficilement dès son accession au trône. Contraint de renflouer les caisses de l'Empire, il augmente les impôts et provoque une grave rébellion des Bulgares et des Valaques qui aboutit à la création du deuxième empire bulgare, tandis qu'il ne peut faire revenir Chypre dans le giron impérial. Surtout, son règne voit l'irruption de la troisième croisade menée par qui traverse les terres de l'Empire non sans de sérieux accrochages qui confirment les relations difficiles entre les Byzantins et les Croisés occidentaux.

Dans l'ensemble, le règne d' confirme donc le délitement progressif de l'appareil d'État byzantin, confronté à des périls en tous genres. La révolte d'Alexis Branas, difficilement matée par l'intervention de mercenaires occidentaux, symbolise le rôle de plus en plus contestataire de l'armée. Si peut s'appuyer sur une capitale qui lui reste fidèle, sa difficulté à assurer son autorité en-dehors de Constantinople finit par lui être fatale. À l'occasion d'une nouvelle campagne contre les Bulgares en 1195, il est renversé par son frère, qui devient empereur sous le nom d'. Aveuglé, est emprisonné, tandis que son fils, le futur parvient à s'enfuir et obtient l'appui de la république de Venise qui lui permet, à l'occasion de la quatrième croisade, de renverser son oncle et de prendre le pouvoir tout en rétablissant sur le trône à l'été 1203. Affaibli et aveugle, est incapable d'exercer un pouvoir effectif et est renversé avec son fils lors des graves troubles qui agitent Constantinople en . Emprisonné par le nouveau souverain, , il meurt en prison. Souvent rendu responsable des graves troubles que connaît l'Empire à la fin du , il jouit d'une piètre réputation auprès des chroniqueurs de l'époque autant que des historiens modernes, avec un degré de sévérité variable selon les auteurs, qui soulignent parfois son volontarisme et l'ampleur de défis qui dépassent son seul règne.

Sources vignette|gauche|« Nicétas Choniatès travaillant à sa Chronique », miniature byzantine du .|alt=Miniature représentant Nicétas écrivant un manuscrit Plusieurs sources permettent d'appréhender le règne d', notamment les écrits des frères Choniatès. Michel Choniatès, lettré et ecclésiaste, est un partisan du régime d'Isaac, et plusieurs de ses textes lui sont favorables, notamment un panégyrique. Il le dépeint comme le bourreau du tyran , ce qui lui confère une forme de légitimité divine et apporte des éclairages intéressants sur la vie quotidienne dans l'Hellade. D'autres intellectuels contemporains d'Isaac vont dans le même sens et célèbrent ses accomplissements comme Grégoire AntiochosCelui-ci consacre notamment à Isaac un discours vantant ses mérites lors de l'expédition contre les Normands à Dyrrachium en 1185-1186, le qualifiant d'ange de la paix en Orient et en Occident ()., Eustathe de Thessalonique ou Jean Syropoulos. En revanche, Nicétas Choniatès, grand historien de son époque, est bien plus critique. Dans son Histoire, il blâme plus particulièrement la famille des Ange. Isaac est décrit comme négligent, préférant les plaisirs de ses palais à la rudesse des campagnes militaires. Il estime que sous et son frère , Constantinople et ses alentours deviennent la nouvelle Sybaris, un lieu connu pour sa richesse qui confine à la débauche luxueuse. De tous les empereurs qu'il décrit, c'est probablement qu'il connaît le mieux et sur lequel il a l'avis le plus personnel. S'il s'attarde sur ses échecs, il est souvent évasif à propos de ses réussites.

Les sources occidentales sont unanimement critiques envers , qui, à l'image d'autres souverains byzantins, est décrit comme sournois et prompt à la trahison, prêt à s'allier aux Musulmans, en particulier dans le contexte des Croisades qui favorisent les tensions entre les deux pôles de la chrétienté. Leurs récits ne sont donc pas toujours très fiables, à l'image de leur description des traités prétendument conclus avec SaladinVoir à ce sujet . Quelques sources orientales comme Bar Hebraeus ou Abu Shama apportent des éclairages sur les relations byzantino-arabes. Parmi les quelques écrits d'Isaac qui ont survécu figurent principalement des lettres et des décrets impériaux.

Accession au trône vignette|redresse=1.3|alt=Carte représentant en rouge l'aire dominée par l'Empire byzantin|L'Empire byzantin en 1180. thumb|L'Empire byzantin en 1180. Sous , toute la côte méridionale de l'Anatolie, Chypre et une partie des Balkans ont été perdus. vignette|Le meurtre d'Étienne Hagiochristophoritès par Isaac Ange dans le manuscrit Passages d'outremer.|alt=Dessin représentant la charge à cheval d'Isaac Ange tuant Étienne Hagiochristophoritès, une foule observant la scène ; en arrière-plan, des bâtiments. vignette|alt=Miniature montrant Andronic torturé par la foule|L'humiliation d' Comnène. Miniature de Loyset Liédet, Histoire d'outremer, Bruges, , BnF, Fr.68. Isaac Ange appartient à une famille de l'aristocratie byzantine, représentée notamment par son père Andronic Doukas Ange, tandis que sa mère est issue d'une lignée de bureaucrates, les Kastamonitis. Ses jeunes années sont mal connues, si ce n'est qu'il a probablement reçu une éducation militaire et qu'il gravite déjà à proximité du centre du pouvoir impérial. Il aurait d'ailleurs été chargé par de libérer le futur empereur Andronic Comnène. Selon Magnus de Reichersberg, il passe aussi quelque temps chez les musulmans, auprès de Saladin. Il a vraisemblablement une bonne culture lettrée même s'il compose peu d'écrits. Souvent décrit comme incompétent et porté sur les plaisirs de la vie, cette vision en partie partiale est principalement rapportée par Nicétas Choniatès ou les auteurs occidentaux. Néanmoins, il semble avoir eu un goût certain pour le luxe, notamment pour ses vêtements ou ses palais. Physiquement, il est roux, de taille moyenne, plutôt robuste.

Sous le règne tumultueux d', qui mène une politique répressive à grande échelle, Théodore, le frère d'Isaac, se révolte à Nicée mais échoue et la ville est reprise par les forces impériales. Isaac Ange se trouve alors dans la cité mais ne semble pas jouer un rôle actif dans la révolte puisqu'il est épargné par la répression et rejoint Constantinople où il se trouve en 1185. À cette date, une prophétie aurait signifié à Andronic qu'il serait renversé par un homme dont le nom comporterait l'initiale « IS »À propos du récit des origines de l'insurrection d'Isaac Ange, voir . Isaac Ange n'est pas soupçonné immédiatement mais bientôt, c'est lui qui est visé par les autorités impériales. Il est difficile de savoir si l'empereur croit véritablement en cette prophétie mais il préfère faire exécuter Isaac Ange et, le , il envoie son homme lige, Étienne Hagiochristophoritès, l'éliminerSur ce personnage, voir . Accompagné de quelques soldats, il se rend au domicile d'Isaac Ange. Ce dernier, surpris, parvient à s'échapper en tuant Hagiochristophoritès et prend la direction de la basilique Sainte-Sophie par la Mésé. Bientôt, la population apprend la nouvelle et se réunit en masse, commençant à ouvrir les prisons. Le climat est alors explosif et la contestation grandit contre Andronic dont les exactions sont de moins en moins admises. Le lendemain, plusieurs membres de la famille d'Isaac l'ont rejoint et un véritable parti se forme autour de lui, alors même qu'il est plus inquiet d'être exécuté que déterminé à prendre le pouvoir.

Bientôt, la ville entre en soulèvement alors qu'Andronic est à l'extérieur des murailles. Ses partisans sont vite débordés et Isaac Ange est couronné par le patriarche . Rapidement, les soldats se détournent d'Andronic qui est isolé à l'intérieur du Grand Palais qu'il a finalement rejoint. Il tente de s'enfuir mais est intercepté par les partisans d', devenu le nouvel empereur. Il subit alors un supplice atroce qui témoigne de la détestation dont il fait l'objet, sans que soit connu le degré d'implication directe d'Isaac Ange dans le scénario de cette exécution. En revanche, il ordonne l'aveuglement des deux fils d'Andronic, Jean et Manuel. C'est donc plutôt par surprise et sans plan préconçu que devient le souverain de l'Empire byzantin, qui connaît alors plusieurs crises. Pour Anthony Kaldellis, cet épisode est un exemple du poids politique décisif de la foule constantinopolitaine quand elle décide de s'opposer à un régime et de soutenir un prétendant, même malgré lui.. Néanmoins, Isaac bénéficie d'une forte popularité d'entrée, étant le successeur d'un régime devenu honni. C'est notamment le cas en Bithynie, région très hostile à Andronic. En outre, s'il appartient à la famille des Ange, il est aussi rattaché à la dynastie régnante des Comnène et bénéficie donc d'une certaine légitimité familiale puisqu'il est l'arrière-petit-fils d', même s'il est loin d'être le mieux placé dans l'ordre dynastique. Cette autorité fragile et ce contexte d'accession au pouvoir impérial par hasard minent d'emblée le règne d' et l'exposent à des contestations récurrentes.

Administration intérieure Sur le plan intérieur, se montre incapable d'empêcher la désintégration de l'Empire et d'enrayer le désir d'autonomie de l'aristocratie féodale, de plus en plus puissante. Arrivé au pouvoir dans des conditions particulières qui affaiblissent sa légitimité, il doit lutter sans cesse contre des oppositions de natures variées, qui témoignent plus largement de la faillite du système de gouvernement établi par les Comnènes et dont les historiens se disputent encore sur les éléments d'analyse.

L'entourage et le gouvernement de l'Empire vignette|gauche|Sceau de Basile Vatatzès avec une représentation de la Vierge Théotokos.|alt=Photographie représentant les deux faces d'un sceau, sur l'une d'elle une représentation de la Vierge Marie.