Cet article se limite à la partie de la morphologie du hongrois qui s’occupe des pronoms, traitant, dans la vision de la grammaire traditionnelle, de leur classification, de leur formation et de leur utilisation pronominale et adjectivale, ainsi que des morphèmes qui expriment les traits grammaticaux qui les caractérisent : la personne, le nombre et le cas.
Classification des pronoms
La plupart des grammaires du hongrois prennent en compte neuf espèces de pronoms : personnels, réfléchis, de réciprocité, possessifs, démonstratifs, interrogatifs, relatifs, indéfinis et générauxSection d’après Bokor 2007, ..
En fonction des types de mots qu’ils peuvent remplacer, les pronoms se divisent en substantivaux, adjectivaux et numéraux.
La classe des pronoms substantivaux comprend les pronoms personnels, les pronoms réfléchis, le pronom de réciprocité, les pronoms possessifs, une partie des pronoms démonstratifs, deux pronoms interrogatifs, les pronoms relatifs, les pronoms indéfinis et les pronoms généraux.
La catégorie des pronoms adjectivaux est constituée d’une partie des pronoms démonstratifs et d’une partie des interrogatifs.
Parmi les pronoms numéraux sont rangés certains pronoms démonstratifs et certains relatifs.
Les grammaires du hongrois considèrent comme des pronoms ce que les grammaires du français comptent parmi les adjectifs pronominaux, bien qu’en hongrois aussi il y ait des mots qui ne peuvent être que pronoms (par exemple, les personnels, les réfléchis, celui de réciprocité et les possessifs), d’autres qui peuvent être pronoms ou adjectifs (la plupart des démonstratifs et des interrogatifs, une partie des relatifs, des indéfinis et des généraux), d’autres encore qui ne peuvent être qu’adjectifs pronominaux.
Les pronoms personnels
Les formes de nominatif et d’accusatif des pronoms personnels sontSection d’après Szende et Kassai 2001, . :
+ Nominatif én « je, moi » te « tu, toi » ő « il, lui / elle » mi « nous » ti « vous » ők « ils, eux / elles » Accusatif engem téged őt minket / bennünket titeket / benneteket őket
Il y a des pronoms pour deux degrés différents de politesse : maga (pluriel maguk), de la racine mag, moins poli, et ön (pluriel önök), plus poli, les deux étant grammaticalement de la .
La personne du verbe étant exprimée par le suffixe personnel, le pronom personnel au nominatif est utilisé à côté du verbe seulement si l'on met la personne en relief : Beszéltem az igazgatóval. « J’ai parlé au directeur. » – Én beszéltem az igazgatóval. « C’est moi qui ai parlé au directeur. »
Seuls les pronoms personnels de la forment l’accusatif comme les noms, les autres ayant des formes irrégulières.
Les autres cas des pronoms de politesse se forment comme ceux des noms (voir La déclinaison), ces pronoms ayant tous les cas propres aux noms. Par contre, les mêmes cas des autres pronoms ne se forment pas à partir du nominatif + un suffixe casuel, mais on utilise les suffixes casuels mêmes, auxquels on ajoute les suffixes possessifs pour l’objet possédéPour l’expression de la possession en général, voir Expression de la possession.. Ces formes sont dépourvues des cas translatif-factitif, terminatif, formatif et essif-formel.
Cas Suffixe én « je, moi » te « tu, toi » ő « il, lui / elle » mi « nous » ti « vous » ők « ils, eux / elles » Exemple en phrase datif -nak/-nek nekem neked neki nekünk nektek nekik Add nekem a kocsidatLes exemples ne reflètent pas toutes les situations où l’on utilise une certaine forme. Celle-ci dépend du régime du verbe concret dont le pronom est le complément. « Prête-moi ta voiture » instrumental -val/-vel velem veled vele velünk veletek velük Veled megyek « J’y vais avec toi » causal-final -ért értem érted érte értünk értetek értük Értetek teszek mindent « C’est pour vous que je fais tout » inessif -ban/-ben bennem benned benne bennünk bennetek bennük Bízom bennetek « J’ai confiance en vous » superessif rajtamForme provenant d’un mot non attesté, mais reconstitué, *rog « proximité » (cf. D. Mátai 1999). rajtad rajta rajtunk rajtatok rajtuk Rajtad a sor « C’est ton tour » adessif -nál/-nél nálam nálad nála nálunk nálatok náluk Nálad van a kulcs « La clé est sur toi » sublatif -ra/-re rám rád rá ránk rátok rájuk Rátok várok « C’est vous que j’attends » délatif -ról/-ről rólam rólad róla rólunk rólatok róluk Róluk van szó « C’est d’eux/elles qu’il s’agit » illatif -ba/-be belémBel- provient du mot bél « entrailles ; partie interne », dont provient aussi le suffixe utilisé pour les noms (cf. D. Mátai 1999). beléd belé belénk belétek beléjük Szerelmes beléd « Il/Elle est amoureux(euse) de toi » élatif -ból/-ből belőlemBelől est à l’origine un adverbe provenant de bél (cf. D. Mátai 1999). belőled belőle belőlünk belőletek belőlük Levágott egy ágat és furulyát csinált belőle « Il a coupé une branche et en a fait une flûte » allatif -hoz/-hez/-höz hozzám hozzád hozzá hozzánk hozzátok hozzájuk Hozzátok jöttem « C’est chez vous que je suis venu(e) » ablatif -tól/-től tőlem tőled tőle tőlünk tőletek tőlük Nem várok tőlük semmit « Je n’attends rien d’eux/elles »
La forme du nominatif de chaque pronom personnel peut constituer des mots composés avec les formes casuelles du tableau ci-dessus, de la même personne, pour accentuer celle-ci : Tehozzád jöttem « C’est chez toi que je suis venu(e) », Őtőle jövök « C’est de chez lui/elle que je viens » Dans cette situation, la forme du nominatif de la du pluriel se réduit à ő : Őtőlük jövök « C’est de chez eux/elles que je viens »
Les pronoms personnels sont aussi utilisés pour accentuer la personne du possesseur : az én házam « ma maison à moi », a te házad « ta maison à toi », etc.
Les pronoms réfléchis
De la racine mag, dont on forme le pronom de politesse maga (pl. maguk), on forme aussi les pronoms réfléchis, utilisés en fait surtout pour accentuer la personneSection d’après Szende et Kassai 2001, .. On peut les utiliser avec ou sans les pronoms personnels. Leurs formes du nominatif sont :
(én) magam « moi-même » (te) magad « toi-même » (ő) maga « lui/elle-même » (mi) magunk « nous-mêmes » (ti) magatok « vous-mêmes » (ők) maguk « eux/elles-mêmes »
Exemple en proposition : (Ti) magatok vagytok a hibásak « C’est vous-mêmes les coupables »
Avec le mot saját ou le préfixe ön-, ces pronoms acquièrent une force supplémentaire : Saját magad mondtad ezt. « C’est toi-même qui as dit ça. », Nincs tisztában önmagával. « Il/Elle n’est pas au clair avec lui/elle-même. »
Ces pronoms peuvent prendre les mêmes cas que les pronoms personnels, mais se déclinent comme les noms, avec la particularité qu’à l’accusatif, les formes de et du singulier peuvent, dans certaines situations, être identiques au nominatif.
En tant que pronoms réfléchis au sens où on les entend dans les grammaires du français, on utilise les formes d’accusatif et de datif de ces pronoms : Nézi magát a tükörben « Il/Elle se regarde dans la glace », Nadrágot varrt magának « Il/Elle s’est cousu un pantalon », Ismerem magam(at) « Je me connais », Megismerted magad(at) a fényképen? « Tu t’es reconnu(e) sur la photo ? »
Il y a aussi un pronom appelé « de réciprocité », egymás, de la du singulier, qui correspond à « l’un l’autre, les uns les autres ». Il peut être utilisé avec les mêmes suffixes casuels que le pronom maga : Látták egymást « Ils/Elles se sont vu(e)s l’un(e) l’autre », Írnak egymásnak « Ils/Elles s’écrivent [l’un(e) à l’autre] », Elváltak egymástól « Ils/Elles se sont séparé(e)s [l’un(e) de l’autre] ».
Les pronoms possessifs
Ces pronoms sont toujours précédés de l’article défini Section d’après Szende et Kassai 2001, .. Leurs formes :
Possesseur(s) Objet(s) possédé(s) Un possesseur Un objet possédé az enyém « le/la mien(nne) » a tied ou tiéd « le/la tien(ne) » az övé « le/la sien(ne) » Plusieurs objets possédés az enyéim ou az enyémek « les mien(ne)s » a tieid ou tiéid « les tien(ne)s » az övéi « les sien(ne)s » Plusieurs possesseurs Un objet possédé a mienk ou miénk « le/la nôtre » a tietek ou tiétek « le/la vôtre » az övék « le/la leur » Plusieurs objets possédés a mieink ou miéink « les nôtres » a tieitek ou tiéitek « les vôtres » az övéik « les leurs »
On considère également comme des pronoms possessifs les pronoms personnels de politesse munis du suffixe -é du possesseur, le même qui est appliqué aux noms :
Possesseur(s) Objet(s) possédé(s) maga ön Un possesseur Un objet possédé a magáé « le/la vôtre » az öné « le/la vôtre » Plusieurs objets possédés a magáéi « les vôtres » az önéi « les vôtres » Plusieurs possesseurs Un objet possédé a maguké « le/la vôtre » az önöké « le/la vôtre » Plusieurs objets possédés a magukéi « les vôtres » az önökéi « les vôtres »
Pour exprimer une possession exclusive, à la place des pronoms possessifs, on peut utiliser le mot saját avec les suffixes pour l’objet possédé, ou maga avec ces suffixes, plus celui pour le possesseur, -é : Töltöttem pezsgőt Péter poharába, de a sajátomba/magaméba nem « J’ai versé du champagne dans le verre de Péter, mais pas dans le mien ».
Les pronoms possessifs se déclinent comme les noms (Ne csak Péter poharába tölts pezsgőt, az enyémbe is! « Ne verse pas de champagne seulement dans le verre de Péter, mais dans le mien aussi ! ») et on peut les construire avec des postpositions : A kocsimmal a tiétek mögé állok « Je gare ma voiture derrière la vôtre ».
Les pronoms démonstratifs
Leurs formesSection d’après Szende et Kassai 2001, . :
Proximité Éloignement Singulier Pluriel Singulier Pluriel ez « celui/celle-ci, ceci, ce(t)/cette …-ci » ezek « ceux/celles-ci, ces …-ci » az « celui/celle-là, cela, ce(t)/cette …-là » azok « ceux/celles-là, ces …-là » emez « celui/celle-ci, ceci, ce(t)/cette …-ci » emezek « ceux/celles-ci, ces …-ci » amaz « celui/celle-là, cela, ce(t)/cette …-là » amazok « ceux/celles-là, ces …-là » ugyanez « la même chose, le/la même » ugyanezek « les mêmes » ugyanaz « la même chose, le/la même » ugyanazok « les mêmes » mindez « tout ceci, tout ça, tout(e) ce(t)/cette …-ci » mindezek « tous ceux/toutes celles-ci, tous/toutes ces …-ci » mindaz « tout cela, tout ça, tout(e) ce(t)/cette …-là » mindazok « tous ceux/toutes celles-là, tous/toutes ces …-là » ilyen « tel(le), comme celui/celle-ci, comme ceci, comme ça » ilyenek « tel(le)s, comme ceux/celles-ci » olyan « tel(le), comme celui/celle-là, comme cela, comme ça » olyanok « tel(le)s, comme ceux/celles-là » ugyanilyen « pareil(le) à celui/celle-ci, pareil(le) à ceci » ugyanilyenek « pareil(le)s à ceux/celles-ci, pareil(le)s à cela » ugyanolyan « pareil(le) à celui/celle-là » ugyanolyanok « pareil(le)s à ceux/celles-là » efféle « comme ceci, de cette sorte-ci » effélék « comme ceci, de cette sorte-ci » afféle « comme cela, de cette sorte-là » affélék « comme cela, de cette sorte-là » ekkora « grand(e) comme ceci » ekkorák « grand(e)s comme ceci » akkora « grand(e) comme cela » akkorák « grand(e)s comme cela » ugyanekkora « aussi grand(e) que ceci » ugyanekkorák « aussi grand(e)s que ceci » ugyanakkora « aussi grand(e) que cela » ugyanakkorák « aussi grand(e)s que cela » ennyi « autant » – annyi « autant » – ugyanennyi « toujours autant » – ugyanannyi « toujours autant » –
Remarques :
Du point de vue phonologique, les formes de proximité et d’éloignement diffèrent par le degré d’antériorité des voyelles qu’elles contiennent, sans tenir compte de celles des mots avec lesquels sont formés les pronoms composés. Aussi les formes de proximité contiennent-elles des voyelles antérieures et celles d’éloignement, des voyelles postérieures. Très souvent, le pronom démonstratif d’éloignement est utilisé dans une proposition principale comme antécédent d’une proposition subordonnée, mais, dans ce cas, il n’exprime plus l’éloignement : Azt mondta, hogy esik az eső « Il/Elle a dit qu’il pleuvait » (littéralement « Cela il/elle a dit qu’il pleut ».