Frédéric Ritter, dit « Fritz », de son nom complet Frédéric Jean-Baptiste Félix Ritter, né le à Guebwiller (Haut-Rhin) et mort le à Pau (Basses-Pyrénées), ancien élève du Prytanée de la Flèche et de l'École polytechnique, est un ingénieur français qui a fait carrière dans le corps des Ponts et Chaussées, participant notamment à la construction des lignes de chemin de fer de l'Ouest et du Midi.
Membre de la Société des antiquaires de l'Ouest et de la Société météorologique de France, il assure de 1870 à 1875 le secrétariat de la Société de statistiques, sciences, lettres et arts des Deux-Sèvres.
Passionné par la vie et l'œuvre de François Viète (1540-1603), il consacre à ce mathématicien de la Renaissance la plus grande part de ses loisirs et est aujourd'hui encore son biographe le plus complet. Quoique nombre de ses notices aient été publiées, tant en France qu'en ItalieNotamment dans le « Bullettino di Bibliografia e Storia delle Scienze Matematiche » du prince Baldassare Boncompagni., l'essentiel de ses travaux, dont une traduction presque intégrale des œuvres de ce mathématicien, reste inédit, mais consultable à l'Institut de France.
Biographie Origines familiales thumb|280px|Serment de fidélité à Louis Philippe (1843)La famille Ritter descend légendairement d'un chevalier ayant accompagné Saint Louis dans les croisades. Le dernier des Ritter de cette branche aînée laisse place vers le à une branche cadette du Halsbourg (sud Tyrol). Le premier des Ritter historiques est Anton Ritter (1703-1781). Marié à Barbara Thum ou Barbe Thumm, fille d'un architecte de Andelsbuch ou Andelstadt ; près de Bregenz dans le Vorarlberg, il a deux fils : Jacob, qui part faire souche à Venise et Gabriel-Ignace, (Andelsbuch 1732- Guebwiller 1813).
Architecte du prince évêque Léger (Casimir) de Rathsamhausen, Gabriel-Ignace édifie l'église Saint-Léger de Guebwiller, des maisons de Chanoines et la maison Ritter, et sculpte différents pièces de mobilier religieux. De son second mariage avec Madeleine Simon, lui vient Jean-baptiste, Xavier, Ritter, (né en 1785 à Guebwiller, mort dans la même ville en 1877).
Ce dernier s'engage comme canonnier dans les armées de Napoléon . Capitaine, il suit l'empereur de Friedland à la retraite de Russie (qu'il passe à Dantzig). En 1813, bloqué dans Wurzbourg, il est capturé et fait prisonnier des alliés mais s'évade de sa prison. Après les guerres napoléoniennes, Jean-Baptiste devient directeur de l'artillerie de Strasbourg puis maire de Guebwiller.
Il se marie à Marie Frédérique Anastasie Rudler, fille de François-Xavier Antoine Rudler (1761-1814) et nièce du baron d'Empire François Joseph RudlerNouveau dictionnaire de biographie alsacienne sur le site des sociétés d'histoire et d'Archéologie d'Alsace . Il est à noter que François Joseph Rudler est un temps nommé dans les Charentes. et de Marie-Anne, Joséphine, Heimann. Jean Baptiste Ritter demeure rue Bracken à Guebwiller. Frédérique Rudler donne naissance à trois fils dont Frédéric (1819), né hors mariage mais légitimé par anticipation et devant notaire le , et Charles (1825), futur polytechnicien, météorologue, et hydrographe, nommé en Corse, à Dijon (1852) puis à Constantinople (1856), décoré de la Légion d'honneur et d'ordres ottomans. Lié à Auguste Comte, et au Positivisme, Charles Ritter est l'un des premiers à avoir perçu l'existence des rayons ultra-violets.
Vie professionnelle Des débuts prometteurs Le , Frédéric Ritter entre en tant qu'élève gratuit au Prytanée de La Flèche. Il en sort pour l'École Polytechnique le . À cette époque, il a les cheveux et les sourcils châtain foncé, le front découvert, le nez grand, les yeux bleus et mesure 1,66 mVoir le dossier de Frédéric, élève et ingénieur des Ponts et Chaussées, disponible au CARAN (archives nationales à Paris) sous la cote F14/2313/1.. Ritter sort de Polytechnique le (sur une promotion de 120 élèves) et il est affecté aux Ponts et Chaussées ( sur 30). Nommé en mission dans le Haut-Rhin, le , il occupe pendant quelques mois un poste à Lorient (du au ) en tant qu'élève ingénieur ; il est muté à Fontenay-le-Comte (1842) et le , il devient aspirant ingénieur. C'est à cette date qu'il rencontre Benjamin Fillon. Le , il jure fidélité au roi des Français (Louis Philippe) et à la constitution. Sa nomination est alors officiellement confirmée.
Une double vie thumb|200px|Benjamin Fillon.Eau-forte par Charles Meryon. Après que Fillon lui a fait découvrir l'importance des œuvres du mathématicien des Parthenay, Ritter met sa vie au service de l'histoire des mathématiques. Sa « rencontre » avec le mathématicien François Viète va dès lors perturber sa carrière administrative. Bien qu'à l'image du mathématicien du , Ritter ne consacre à l'histoire des sciences que ses loisirs, ses notations par les inspecteurs généraux des ponts et chaussées dénotent dès lors son goût pour les sciences et ses préoccupations extérieures au service. Il est néanmoins reconnu pour ses capacités et promu ingénieur le . Enfin, il est nommé le à Mont-de-Marsan auprès du service hydraulique des Landes.
En 1854, Ritter se marie (le à 9 h 30 du matin). Son supérieur (Lepeuple) lui a fait rencontrer la veuve d'un de ses collègues (Jacques, Victor Charles Sans) disparu à Pau le ; il l'épouse avec la bénédiction de ses supérieurs (nécessaire à l'époque). Cécile, Jeanne, Catherine, Marie Camy est originaire de Pau ; elle est née le de Jean-Baptiste Camy, négociant, et de Marie Pauline Ostende Ste-Marie. Elle lui apporte de rente ayant hérité de sa mère et . Cécile Camy lui donne 4 enfants, 3 garçons et une fille, nés en 1855 (Raymond), 1859 (Henri), 1863 (Maurice) et 1868 (Marie). Le , Frédéric Ritter est affecté au service unique de la dune. Il commence à publier quelques notices avec Benjamin FillonBenjamin Fillon, Frédéric Ritter, Notice dans la Revue des provinces de l'Ouest, Volume 2 . 1849, publié en 1854..
Le , il a l'occasion de sauver deux ouvriers ensevelis au fond d'un puits. Cet acte de bravoure où il se distingue particulièrement pour son « courage, son sang froid et son activité », selon une lettre du préfet des Landes au ministre de l'Intérieur lui vaut une citation particulière avec son confrère Henri Crouzet (ingénieur à Dax). Une médaille d'honneur lui est remise en 1857 pour son dévouement exceptionnel. Le , Frédéric Ritter est affecté à l'étude et à la construction des voies ferrées des Pyrénées et à l'ouverture de ses ateliers, sis à Mont de Marsan. Se dessine alors le projet d'un phare à établir à l'embouchure de l'Ardour et du bassin d'Arcachon. Mais son ingénieur en chef lui reproche ses défauts de zèle et, en février de l'année suivante, un de ses inspecteurs l'explique .
Ses chefs et ses inspecteurs ne cessent, du moins dans cette première partie de sa carrière, de louer ses capacités mais de se plaindre de ce qu'il se mêle un peu trop de tout. Ils notent qu'il a la tête ailleurs, qu'il est discipliné mais parfois condescendant, qu'il n'a pas d'autres occupations rétribuées, mais qu'il recherche la popularité (entre-temps il est élu à la municipalité de Mont de Marsan). Certains devinent son goût pour les sciences, dont il ne fait pas mystère, mais ils semblent ignorer le vrai Ritter, celui qui est en train de bâtir une œuvre en neuf volumes et publie dans le journal du prince Baldassare Boncompagni, et dont le travail est encouragé par Michel Chasles. Ils mettent sur le compte de sa lenteur, ou d'un manque de rectitude de jugement, les retards que prennent sous sa direction les travaux de boisement des dunes. Ils ne savent pas qu'il consacre ses nuits et tout son temps libre à retracer l'histoire des balbutiements de l'algèbre littérale. Certains croient qu'il cherche à se faire remarquer et le jugent inapte à accomplir de grands travaux, diriger des équipes Cet ostracisme retarde sa carrière. Mais le , avec l'appui de son oncle, le maréchal Pierre Joseph François Bosquet, il est enfin promu ingénieur ordinaire .
Le , Ritter reçoit une nouvelle affection, la conservation et l'assèchement des marais d'Orx. Mais il conserve le contrôle des travaux du tronçon vendéen des chemins de fer de Mont de Marsan à Tarbes (le ). Le , il est élevé au rang de chevalier de la Légion d'honneurMinistère des travaux publics, Annales des ponts et chaussees. 2. partie: Partie administrative, 180 et 573 .. Le de la même année, le ministère des travaux publics lui confie également la gestion des travaux de la nouvelle ligne au départ des Pyrénées. Le , il est commis à la construction du phare de Contis dans les Landes.
Une certaine reconnaissance thumb|200px|Le Phare de Contis (reconstruit) Après cette date, son mérite en tant qu'ingénieur est mieux reconnu. En dépit des difficultés liées au terrain, l'édification de ce phare démontre ses capacitésL'almanach du Landais 2009, éditions CPE, . et les critiques de ses supérieurs prennent fin. Vers 1857, il semble cependant épuisé par les fatigues de son service. Ses chefs le recommandent au poste d'ingénieur en chef. Il est alors chargé de la navigation du nord de la Vendée, 120 kilomètres de routes "impériales", de routes départementales, du service hydraulique, de l'assainissement des marais () des Landes sur 63 communes. En 1860, son travail historique est reconnu dans les annales mathématiques des candidats à Polytechnique dirigée par Orly TerquemOrly Terquem, Nouvelles annales de mathématiques, . Mais, en 1862, quand il se porte candidat au poste d'ingénieur en chef de Pau, le préfet des Basses Pyrénées le récuse, ne craignant plus de froisser le maréchal Bosquet, mort l'année précédente à Mont-de-MarsanLettre personnelle du préfet des basses Pyrénées au Secrétaire Général du Ministère des Travaux Publics, Monsieur de Boureville, le 15 janvier 1862.
En 1868, Frédéric Ritter publie à Rome sa traduction de l'art Analytique de Viète, dont la préface est datée de Mont de MarsanFrédéric Ritter Introduction à l'art analytique, 24 pages extraites du Bullettino di bibliografia e di storia delle scienze matematiche e fisiche de Baldassare Boncompagni ou .. Dans cet ouvrage, il donne une traduction des notae prioresDa. B. Boncopagni Bullettino di bibliografia e di storia delle science matematiche Volume 1 Rome 1868 et une biographie résumée du maître des requêtes d'Henri IV. Ses supérieurs le jugent désormais d'un caractère doux, conciliant, mais ferme. Ils le voient comme . En 1874, il est nommé à Niort, les relations deviennent plus faciles avec son entourage professionnel. Il demeure encore une énigme pour ses chefs qui notent un manque de circonspection dans ses paroles. Ses inspecteurs lui reprochent alors d'avoir une culture plus étendue que bien digérée... Mais, après avoir remplacé les ingénieurs en chef Ambé et DeglaudeMinistère des travaux publics, Annales des ponts et chaussées: mémoires et documents, numéro 37,Partie 2 451 , il est enfin nommé à son tour ingénieur en chef seconde classe le .
Fin de carrière À partir de 1876, alors qu'il est nommé ingénieur en chef de (le ), Ritter travaille à Montpellier à la construction des lignes de chemin de fer Montpellier-Ganges (), Mazamet-Bédarieux (), Lunel-Le Vigan, Nîmes-Sommières aux Mazes, Estrechoux-Castenet le vieux... Ses émoluments deviennent confortables (ils se montent désormais à , et il est décrit comme jouissant d'une position très aisée). Le seul reproche qu'on lui adresse désormais est de ne pas savoir déléguer, et de vouloir trop en faire par lui-même.
En 1881, il refuse de prendre sa retraite :