, né le à Yokosuka, est un homme d'État japonais, Premier ministre du Japon du au .

En 2001, il devient président du Parti libéral-démocrate (PLD) et, dans la foulée, Premier ministre.

Il axe sa politique sur des réformes visant à réduire la dette du pays et conduisant à la privatisation d'organismes publics comme le service postal. Il met à mal les relations diplomatiques du Japon avec la république populaire de Chine et la Corée du Sud en raison de ses visites au sanctuaire Yasukuni, controversées mais conformes à son affiliation à la mouvance Nippon Kaigi.

Après avoir remporté les élections législatives de 2003 avec le Kōmeitō, il mène en 2005 le PLD à une des plus larges majorités parlementaires de l'histoire moderne du Japon. Ayant promis dès 2001 qu'il ne briguerait pas plus de deux mandats à la tête du PLD, il abandonne le pouvoir à Shinzō Abe en 2006.

Origines familiales

vignette|gauche|300px|Trois générations de Koizumi, vers 1951, avec de g. à d. : Jun'ichirō, Matajirō, Masaya, frère cadet de Jun'ichirō, et Jun'ya.

Jun'ichirō Koizumi est le fils aîné d'une famille de six enfants (deux fils et quatre filles). Il est issu d'une dynastie politique présente sur la scène politique nationale japonaise depuis deux générations, et membre de la Diète presque sans interruption depuis 1908.

Son grand-père maternel, Matajirō Koizumi (1865-1951), fut ainsi ministre des Postes et télécommunications dans le gouvernement d'Osachi Hamaguchi de 1929 à 1931 (il avait dès cette époque envisagé de privatiser la poste japonaise) et député à la Chambre des représentants de 1908 à 1946 (d'abord comme l'un des représentants du district électoral rural de Kanagawa, à savoir toute la préfecture sauf la ville de Yokohama, de 1908 à 1920, puis pour l'ancien de Kanagawa, soit Yokosuka, de 1920 à 1946 Table des matières du détail des élections législatives japonaises de 1904 à 1948 sur le site www.senkyo.janjan.jp). Il fut un membre influent des partis démocratiques et libéraux modérés qui se sont succédé durant la première moitié du , par opposition au conservateur et plus nettement impérialiste , à savoir le , le Rikken Kokumintō (« Parti national-constitutionnel », 1910-1913), le Rikken Dōshikai (« Association des amis de la Constitution », 1913-1916), le Kenseikai (« Parti Constitutionnel », 1916-1927) puis du Rikken Minseitō (« Parti démocrate-constitutionnel », 1927-1940), avant d'adhérer, durant la Seconde Guerre mondiale, au nouveau parti unique nationaliste et militariste du prince Fumimaro Konoe, le . Il est connu également pour avoir été un ferme partisan de l'instauration du suffrage universel masculin au Japon, finalement obtenu par la loi du Duus Peter, « The growth of party respectability », inKornicki Francis, Meiji Japan: Political, Economic and Social History, 1868-1912, éd. Routledge, 1998, , [0-41-515618-1].. Il fut surnommé eu égard un dragon tatoué dans son dos et son appartenance à un groupe yakuza qui fusionnera plus tard avec l'Inagawa-kai..

Le père de Jun'ichirō Koizumi, (1904-1969), né Samejima « Obituaries: Yoshie Koizumi / Toshiki Yashiro », Japan Times, 31/10/2001 lien qui ne marche pas, était un fils de pêcheur et jeune militant du Rikken Minseitō qui prit le nom de Koizumi lorsqu'il épousa Yoshie Koizumi, fille de Matajirō (ce dernier était au départ opposé à cette union, poussant le couple à s'enfuir, avant de finalement les reconnaître et d'adopter Jun'ya pour l'aider à lancer sa carrière politique R. Lloyd Parry, « The enigma remains as Mr Koizumi sets off for victory ride », The Times, 10/09/2005 lien qui ne marche pas). Il fut donc lui aussi député à la Chambre des représentants tout d'abord pour le électoral de sa préfecture natale, à savoir Kagoshima, de 1937 à 1946 avant de reprendre, après une période de « traversée du désert » à la suite de la purge de 1945, l'ancienne circonscription de son beau-père, le de Kanagawa, de 1952 à son décès en 1969. Il fut successivement membre du Rikken Minseitō de 1930 à 1940 puis du Taisei Yokusankai de 1940 à 1945, et après la guerre il rejoignit les formations conservatrices libérales du Parti réformateur de 1952 à 1954, du Parti démocrate de 1954 à 1955 et finalement du PLD à partir de 1955. Il se fit remarquer pendant la guerre pour avoir fait installer dans sa circonscription de Kagoshima un aérodrome servant de point de décollage à des kamikazes. Plus tard, pendant la guerre froide, il fut ministre d'État (c'est-à-dire membre du Cabinet) et directeur de l'Agence de défense du Japon dans le premier gouvernement d'Eisaku Satō de 1964 à 1965.

Débuts en politique Jun'ichirō Koizumi suit sa scolarité dans sa ville natale de Yokosuka, et termine ses années de lycée en . Il entre ensuite, en , à l'université Keiō pour en sortir diplômé en économie en 1967. Il poursuit par la suite ses études à l'étranger, à l'université de Londres (University College London) au Royaume-Uni. Toutefois, le décès de son père en 1969 met un terme à ses études et le fait rentrer très jeune dans le jeu politique : il se présente ainsi aux législatives de dans la circonscription familiale du second district de Kanagawa, mais il échoue de peu (à près, il arrive en cinquième position alors que cette circonscription n'élit que quatre députés, avec votes en sa faveur soit 16,55 % des suffrages exprimés) Résultats des élections législatives de 1969 dans le deuxième district de Kanagawa sur le site www.senkyo.janjan.jp.

Après cet échec, il entre au service de l'un des poids lourds du PLD et de la Chambre des représentants, Takeo Fukuda, en tant que secrétaire parlementaire. Il fut ainsi l'un des principaux collaborateurs de Fukuda lorsque celui-ci devient Premier ministre de 1976 à 1978, et est un membre de la faction interne au PLD fondée par lui en 1979. Son lien avec la famille Fukuda est tel que Takeo fut son témoin à son mariage, et que son fils, Yasuo (lui aussi futur Premier ministre, devenu l'ami de Koizumi lorsque tous deux étaient secrétaires de Takeo Fukuda) fut considéré comme « l'éminence grise » de Koizumi lors de son passage à la tête du Cabinet du Japon de 2001 à 2006.

Il est finalement élu dans le électoral de Kanagawa (à savoir les villes de Kawasaki, Yokosuka, Kamakura, Zushi et Miura, et le bourg d'Hayama, à l'est de la préfecture et de part et d'autre de Yokohama) lors des élections législatives de 1972, en quatrième position sur quatre sièges à pourvoir et six candidats (avec , soit 16,8 % des suffrages exprimés). Il est sans cesse réélu dans cette circonscription jusqu'à sa disparition en 1996 (à la suite de la réforme électorale de 1994). Il est depuis lors élu dans le de cette même préfecture, à savoir les villes de Yokosuka et de Miura au sud-est, connues pour abriter des ports de pêche (Miura est le pour la pêche au thon du Japon) et la base navale américano-japonaise de Yokosuka.

Il se marie en 1978 avec une étudiante de 15 ans sa cadette, petite-fille du fondateur d'un important groupe pharmaceutique à Kamakura, Kayoko Miyamoto. Il a avec elle trois fils, mais le couple divorce en 1982 alors que Kayoko est encore enceinte du troisième. Koizumi promet de ne jamais se remarier et obtient la garde de ses deux fils aînés, Kōtarō (né le , aujourd'hui acteur) et Shinjirō (né le , il a succédé à son père à la Chambre des représentants en 2009). Les relations avec son ex-femme et son troisième enfant (qui porte d'ailleurs le nom de jeune fille de sa mère : Yoshinaga Miyamoto) sont quasi inexistantes. Jun'ichirō Koizumi n'a ainsi jamais vu son dernier fils, et son ex-épouse n'a plus été en contact avec ses deux fils aînés depuis le divorce « Kayoko Miyamoto, Yoshinaga Miyamoto and Junichiro Koizumi », Japan Children's rights network.

Ascension vignette|gauche|Koizumi arrive au G8 en juin 2004. Premières responsabilités Jun'ichirō Koizumi accède assez rapidement, à partir de la fin des années 1970, à des postes de responsabilité, tout particulièrement dans le domaine de la politique financière. Il obtient ainsi sa première fonction gouvernementale, sans toutefois être encore membre du Cabinet, de novembre 1979 à juillet 1980, en étant nommé vice-ministre parlementaire auprès du ministre des Finances, Noboru Takeshita, dans le second ministère de Masayoshi Ōhira. C'est dès cette époque qu'il commence à militer pour une privatisation du système de l'épargne postaleD'après son ouvrage : 小泉純一郎の暴論・青論―政界のイチローが語る、痛快本音エッセイ (« Jun'ichirō Koizumi parle de ce qu'il compte réellement faire dans le monde politique »), 1997, cité dans : S. Watanabe, « Legal Analysis of Controversy on Privatization of Japan’s Postal Services System : What Is the Purpose and Effect to Privatize Public Corporations? », p. 2 lien qui ne marche pas, reprenant ainsi le projet autrefois défendu par son grand-père. Ce dispositif, qui fait de la poste japonaise l'une des plus grandes banque d'épargne et d'assurance-vie, est vu par ses partisans comme le pilier du doken kokka, ou « État construction », version japonaise de l'État-providence (par le biais de la stabilité et de la sécurité que peut représenter un service public pour les épargnants, le fonds d'épargne ainsi collecté permet de financer la construction d'infrastructures tels qu'autouroutes, aéroports, ponts, entre autres). Mais pour ses détracteurs, pour la plupart défenseurs du libéralisme économique, dont Koizumi, il est le symbole de la bureaucratie japonaise tout en étant une source de corruption et en renforçant la dette publique G. McCormack, « KOIZUMI’S COUP », New Left Review, , septembre-octobre 2005.

Après la chute de ce gouvernement en 1980, il prend la présidence du comité des Finances au sein du PLD jusqu'en 1983, date à laquelle il accède à la fonction importante de secrétaire-général adjoint du parti. En 1986, de janvier à juillet, il devient de manière éphémère président de la très puissante commission des Finances de la Chambre des représentants, et en 1987 il est désigné comme premier vice-président du comité des Affaires de la Diète du PLD (ce qui correspond au groupe politique du parti au parlement japonais).

Premières expériences gouvernementales Mais c'est en 1988 qu'il accède véritablement au-devant de la scène politique en étant nommé, le , ministre de la Santé et des Affaires sociales, également chargé du problème des retraites, dans le Cabinet du Japon dirigé par Noboru Takeshita. Il est reconduit au même poste le dans le gouvernement suivant présidé par Sōsuke Uno. Dans un Japon connaissant déjà un fort vieillissement de sa population, il propose d'élever l'âge minimum de début de versement des retraites d'État de 60 à 65 ans mais ne peut aller au bout de sa réforme du fait d'une forte opposition à ce projet à la Diète T. Sugiyama, T. Shinohara, « ‘Another Yamaguchi’ Who Grappled with Pension Reform at the Risk of his Life », Nikkei Business, 08/12/2008. Cet échec est alors essentiellement dû au décalage existant entre l'âge effectif du départ à la retraite et l'âge légal auquel le retraité commence à toucher sa pension : du fait de la pratique de l'emploi d'une vie mis en place par la plupart des grandes entreprises japonaises, pendant longtemps le retrait de la vie active pour les hommes se faisaient autour de 55 ans, pour ne commencer à toucher sa retraite d'État qu'à 60 ans. Même si le gouvernement a mis en place à partir des années 1970 des mesures visant à inciter les employeurs à conserver leurs employés au-delà de 55 ans et donc à réduire cet écart, à la fin des années 1980 l'âge moyen de retraite effective atteignait difficilement les 60 ans, si bien qu'augmenter l'âge du premier versement des pensions à 65 ans fut perçu comme ne pouvant que recréer un déséquilibre T. Shinkawa, « The Politics of Pension retrenchment in Japan », The Japanese Journal of Social Security Policy, vol. 2, , 12/2003, p. 27.