Annie Pétain, née Alphonsine Berthe Eugénie Hardon le à Courquetaine (Seine-et-Marne), morte le à Paris (), est l'épouse de Philippe Pétain de 1920 à 1951, date du décès de ce dernier. De toutes les femmes que Pétain a connues dans sa vie sentimentale, Annie Pétain est la seule qu'il a épousée.
Surnoms Détestant son prénom d'usage, Eugénie, elle se fait surnommer « Ninie »Louis-Dominique Girard, Mazinghem – Ou la vie secrète de Philippe Pétain, 1856-1951, éd. Girard, 1971, 503, . par ses amis et « Annie » par ses interlocuteurs« Vente du vendredi 7 novembre 2008 - Autographes – Lot », sur le site galileoauction.com, consulté le 5 juin 2009..
Biographie Enfance vignette|Acte de naissance. Alphonsine Berthe Eugénie Hardon naît le à Courquetaine, en Seine-et-Marne. Elle est la fille d'Alphonse Hardon (Paris, ), ingénieur des Arts et Manufactures, chevalier de la Légion d'honneur., maire de Courquetaine et conseiller général de la Seine-et-Marne pour le canton de Tournan-en-Brie, et de Berthe Marest. En 1902, elle est adoptée par sa marraine Eugénie Steinmetz, veuve Stohrer, épouse Hardon« Tombes et sépultures dans les cimetières et autres lieux – Pétain, Annie (1877 - 30 janvier 1962) - Cimetière du Montparnasse, (Paris) », tombes-sepultures.com.. Elle rencontre Philippe Pétain pour la première fois en 1881, à Menton. Il a alors vingt-cinq ans, elle quatre. The Making of a Soldier, 1856–1914, , sur le site potomacbooksinc.com, consulté le 17 novembre 2009..
Un premier mariage arrangé et un fils En 1901, à 24 ans, elle retrouve Philippe Pétain, alors commandant, qui la demande en mariage. Mais sa famille refuse de donner la main de leur fille à ce prétendant agnostique.
Le , elle accepte d'épouser François Dehérain (1877-1962), un interne des hôpitaux, ancien président des Bâtiments Demaintrois à Montreuil, dans le Pas-de-Calais, fils de Pierre-Paul Dehérain. Le couple a un fils, Pierre, connu sous son nom d'artiste Pierre de Hérain. Le , après plusieurs semaines de séparation, le divorce est prononcé entre les deux époux. Abandonnant la médecine, ce mari eut une carrière artistique (il fut artiste peintre, sculpteur et graveur) sous le nom de François de HérainWho's who in France : Qui était qui : dictionnaire biographique des Français disparus ayant marqué le , 2005 : sub verbo HERAIN Jean... François se remaria en 1918 avec Jenny Philippoteaux, fille d’Auguste Philippoteaux, maire de Sedan.
Le second mariage
Elle devient ensuite la maîtresse de Philippe PétainFrançois Brigneau, Philippe Pétain, 1, de Mes derniers cahiers, Publications FB, 1991, 80, ., avant que celui-ci ne parte pour la guerre. C'est avec elle que Pétain se trouvait lorsque son aide-de-camp Serrigny le cherchait pour lui annoncer sa nouvelle nomination sur le front de Verdun le . Cependant, son autre grand amour qui dure plus de vingt ans est Jacqueline de Coniac (1878-1952), dite Mella, veuve du commandant Hubert de Castex, tué à la tête d'un bataillon de chasseurs alpins de la division bleue le lors de la victoire de la Malmaison. Jacqueline de Coniac est présentée peu après la guerre au maréchal, qui demande sa main durant l'été 1920. Mais Annie refuse de céder sa place : au cours d'une scène que raconte Pétain à Serrigny, elle braque un revolver sur le général et le menace : .
Il accepte finalement d'épouser civilement Annie à la mairie du de Paris, le , lors d'une cérémonie très discrèteHenri Amouroux, Pétain avant Vichy – La Guerre et l'amour, éd. Fayard, Paris, 1967, 312.. Le général Fayolle est le témoin du marié. Ce mariage est diversement apprécié par la famille et certains amis de Pétain. La nullité du mariage religieux de 1903 d'Annie Hardon est ensuite reconnue, par décision du tribunal de l’officialité de Paris le , puis de l'officialité de Versailles le suivantDominique Rossignol, Histoire de la propagande en France de 1940 à 1944 : l'utopie Pétain, Presses universitaires de France, 1991, 351 .Arnaud Chaffanjon, Les Grands maîtres et les grands chanceliers de la Légion d'honneur : de Napoléon à François Mitterrand, Éditions Christian, 1983, 271 , .Pierre Bourget, Un certain Philippe Pétain, éd. Casterman, 1966, 317, .. Une vingtaine d'années après, le couple se marie religieusement, le , pendant l'Occupation, la situation matrimoniale du maréchal entraînant des dissensions au sein de l'Église françaiseJean-Louis Clément, Les évêques au temps de Vichy – Loyalisme sans inféodation – Les relations entre l'Église et l'État de 1940 à 1944, éd. Beauchesne, Paris, 1999, 279 , . pour laquelle Pétain fait figure d'homme providentielJacques Duquesne, Les Catholiques français sous l'Occupation, Éditions du Seuil, coll. « Points histoire », Paris, 1996 , . et qui ne cesse de faire des déclarations en faveur du régime, déclarations dont la propagande officielle ne manque pas de se servir. Pétain étant désireux d'échapper au devoir de la confession, ce mariage est fait par procuration.. Cette dernière cérémonie est également tenue secrète mais le pape Pie XII en est informé car il s'est inquiété de la situation matrimoniale du chef de l'État français W. D. Halls, Politics, Society and Christianity in Vichy France, éd. Berg, Oxford/ Providence (USA), 1995, 419, .. Selon l'historien W. D. Halls, les péripéties conjugales du maréchal montrent que celui-ci n'était pas très croyant.
La femme fidèle Elle accompagne son mari à Sigmaringen lorsqu'il est emmené en Allemagne, le . Celui-ci ayant décidé, dès son départ de Vichy, de cesser ses fonctions, et donc de ne plus prendre de décision pour protester contre cette mesure d'exil, elle assure un rôle d'intermédiaire, à l'occasion d'un différend entre le maréchal et la Commission gouvernementale de Sigmaringen, concernant l'utilisation du drapeau français en territoire allemand, sans son consentement. .
Lors du retour en France de Pétain, le , le commissaire de la République de Dijon, venu en Suisse notifier le mandat d'amener dressé contre le maréchal, l'interroge sur l'endroit où elle désire se rendre. Elle indique : . , répond le représentant de l'État. Lors du voyage en train vers Paris, à l'occasion d'un arrêt à Pontarlier, des manifestations d'hostilité ont lieu, elle demande l'intervention du service d'ordre : . Arrivés au fort de Montrouge« Fort de Montrouge – Plan de demi-ensemble du maréchal Pétain montant dans un fourgon pénitentiaire pour se rendre au Palais de justice, avril-juillet 1945 », Archives nationales, sur le site archivesdefrance.culture.gouv.fr, consulté le 21 novembre 2009., ils sont installés dans la même pièce.
Annie Pétain assiste au procès de son mari (-). Jacques Isorni, un des avocats du maréchal, fait un discours qui émeut l'assistanceNathalie Roze, « Maître Isorni… », sur le site histoire-en-questions.fr. (le procureur général Mornet va même jusqu'à l'étreindre et le maréchal l’embrasser). Annie Pétain confie alors à l'avocat : .
Pendant la peine à perpétuité et l'incarcération de son mari au fort du Portalet puis à L'Île-d'Yeu (en Vendée), elle reste proche de lui, bénéficie d’un droit de visite quotidien et lui envoie, lorsqu'elle est en déplacement, un courrier régulier, lui témoignant de son soutien fidèle : (lettre de Paris, le )« Lot 336 : Annie Pétain (1877-1962). L.A.S. Annie, Paris 12 mai 1948 », sur le site alde.auction.fr.. Le directeur de la prison la surnomme ou Paris Match, du 27 avril au 2 mai 2011, ..
Pour l'historien Jean-Yves Le Naour, est .. Après avoir rappelé que les nostalgiques du pétainisme ont voulu faire d'elle , il confirme en citant deux témoignages. Pour Joseph Simon, qui dirige l'équipe des gardiens du maréchal, elle a . Il écrit même dans son journal intime en : . Même le curé de Port-Joinville juge que .
Pétain meurt en 1951 et elle revient à Paris. En 1957, elle demande en vain au président de la République René Coty de transférer les cendres du défunt à l'ossuaire de Douaumont. Jacques Isorni fait par la suite en son nom la même requête à Charles de Gaulle, avec le même résultat.
Mort thumb|La tombe de la famille Hardon au cimetière du Montparnasse (division 29). thumb|Inscription « La maréchale Pétain née Eugénie Hardon » sur la tombe de la famille Hardon.
Le , Annie Pétain meurt à l'âge de 84 ans à Paris (Lieu de décès indiqué dans L’Intermédiaire des chercheurs et curieux (ICC), année 2002, colonne 846.). Elle est inhumée en bordure de la division du cimetière du Montparnasse, après des obsèques célébrées en l'église Saint-Pierre-du-Gros-Caillou, en présence notamment du maréchal Juin, du général Weygand, du général Héring, de l'amiral Decoux, et de l'amiral Auphan« Pétain, Henri Philippe », sur voila.fr.Rivarol, 8 février 1962..
Filmographie « Eugénie Pétain » est incarnée par l’actrice Antoinette Moya dans le film Pétain, réalisé par Jean Marbœuf en 1993.
Notes et références Notes
Références
Annexes
Sources primaires imprimées Jacques Isorni, Correspondance de l'île d'Yeu (lettres de Jacques Isorni et de la Maréchale Pétain présentées et annotées par Jacques Isorni), Paris, Flammarion, 1966.
Bibliographie . . Hervé Bentégeat, Et surtout pas un mot à la Maréchale... : Pétain et ses femmes, Albin Michel, 2014. Marie-José Chavenon, Eugénie H., Madame la Maréchale Pétain, Gérard Louis éditeur, 2015 . Pierre Brana et Joëlle Dusseau, Collaboratrices, 1940-1945, Perrin, 2024.
Articles connexes Église catholique en France pendant la Seconde Guerre mondiale – Adhésion à la révolution nationale et vénération du maréchal
Liens externes
« La maladie du maréchal Pétain », Les Actualités françaises, , sur le site de l'INA.
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