L'épitaphe de Seikilos ou la chanson de Tralles est un fragment d'inscription lapidaire grecque, partiellement accompagné d'une notation musicale, gravée sur une stèle de marbre placée sur la tombe qu'a fait ériger un certain Seikilos pour son épouse ou son père, dans l'ancienne Tralles (à une trentaine de kilomètre d'Éphèse), en Asie Mineure.

La « Chanson de Seikilos », datée du av. J.-C., est, à ce jour, le plus ancien exemple de composition musicale complète, réunissant sur le même objet un texte et sa notation musicale, qui soit parvenu jusqu'à nous.

Histoire et découverte Datée du ou du , vraisemblablement contemporaine de Ptolémée, cette épitaphe sous forme de chanson figure sur une colonne ornant la tombe dédiée par Seikilos à « Euter. » (le mot est incomplet) . Elle a été découverte dans la province turque d'Aydın à 30 km d'Éphèse, à l'occasion de la construction du chemin de fer ottoman Egert Pöhlmann et Martin Litchfield West, Documents of Ancient Greek Music. The Extant Melodies and Fragments, Oxford, Oxford University Press, 2001, 226 p. pp. 90-91.

La colonne rejoint alors la collection privée du directeur général des Chemins de fer Orientaux, Edward Purser (1821-1906), et sert d'élément décoratif comme piédestal pour les fleurs de madame Purser. L'extraction de l'objet a occasionné des dégâts à sa base et la destruction de la dernière ligne du texte. C'est l'archéologue William Mitchell RamsayWilliam Mitchell Ramsay, « Inscriptions inédites de l'Asie Mineure », in Bulletin de correspondance hellénique. volume 7, 1883, pp. 277-278, article en ligne qui en donne le premier la transcription exacte en 1883.

La colonne devient ensuite propriété du beau-fils de Purser, installé à Izmir, chez lequel elle demeure jusqu'au terme de la guerre gréco-turque en 1922 ; c'est alors le consul des Pays-Bas qui la recueille pour la protéger des troubles survenus après la victoire turque. Elle poursuit, avec le beau-fils de celui-ci, un périple qui la conduit à Istanbul, Stockholm puis La Haye, avant qu'elle ne soit acquise en 1966 par le Département d'Antiquités du Musée National du Danemark à Copenhague, où elle fait l'objet d'une communication scientifique qui remet en mémoire son existence l'année suivante Jorgen Raasted, « Seikilos Gravskrift, Foredrag til Dansk Selskab for Musikforskning » (L'épitaphe de Seikilos, conférence donnée à la Société danoise de recherche musicale), 06/12/1967. Inédit. C'est là qu'elle est exposée depuis, sous la cote .

Texte thumb|gauche|La mélodie chantée avec la prononciation du grec koinè (la langue commune). thumb|gauche|Texte sur la stèle déployée. La stèle présente d'abord un distique élégiaque, écrit dans le trope ionien et en dipodies ïambiquesLa traduction de Théodore Reinach, ci-après se trouve sur . :

L'inscription déploie ensuite une deuxième partie, dont les mots sont accompagnées d'une notation musicale : thumb|center|400px|Épitaphe reconstituée.

Dédicace thumb|Euterpe, la muse de la musique. Détail du « Sarcophage des Muses », Musée du Louvre.|431x431px Les deux derniers mots (ΣΕΙΚΙΛΟΣ ΕΥΘΤΕΡ.) constituent la dédicace, et le dernier nom pourrait être une abréviation, à moins que la fin en soit manquante.

Sur cette base, la personne à laquelle le monument est dédié est sujette à débat, selon la reconstitution proposée : (Seíkilos Eutér(pei), « De Seikilos à Euterpe ») suggère une dédicace de Seikilos à son épouseDon Michael Randel, « Seikilos epitaph », in The Harvard Dictionary of Music, éd. Harvard University Press, 2003, p. 767.

Mais une autre reconstruction possible propose (Seikilos Euter[pou], « Seikilos [fils] d'Euterpos »), suggérant la dédicace à son père dans ce qui pourrait être une lignée de musiciens John J.Pilch, Flights of the Soul. Visions, Heavenly Journeys, and Peak Experiences in the Biblical World, éd. Eerdmans, 2011, 256 p.

p. 79.

Une autre traduction suggère encore « Seikilos [fils de la muse] Euterpe », muse qui, dans la mythologie grecque, préside à la musique.

Mélodie thumb|center|600x600px|La mélodie de l'épitaphe de Seikilos, écrite en notation moderne. La mélodie, écrite en mode phrygien et en ton iastien (ou ionien), emploie les degrés de la gamme diatonique centrés sur le degré sol en guise de tonique et se déploie sur un intervalle d'une octave juste. La chanson est mélancolique, et souvent classée comme skolion (ou « chanson à boire ») M. Owen Lee, Athena Sings : Wagner and the Greeks, University of Toronto Press, 2003, 80 p.

p. 50 bien que ce point soit débattu, notamment par le contexte dans lequel est figuré le texte qui fait pencher certains chercheurs vers une simple épigramme, forme que l'on retrouve régulièrement sur les stèles funéraires et les tablettes votivesThomas J. Mathiesen, Apollo's Lyre : Greek Music and Music Theory in Antiquity and the Middle Ages, éd. University of Nebraska Press, 1999, p.148.

Concernant la longueur des notes, dans la notation grecque, une brève dure un temps et une longue - marquée par un trait horizontal (disèmè) placé au-dessus de la note - deux. Le compositeur de l'épitaphe de Seilikos modifie le rythme naturel en allongeant certaines syllabes jusqu'à trois temps en utilisant un trisèmè composé du trait horizontal augmenté d'un trait vertical.

On ne connaît pas le tempo de la chanson, puisqu'il n'est jamais donné par les notations antiques, et qu'il est laissé à la libre interprétation de l'exécutant.thumb|La colonne, exposée au Musée national du Danemark.|centré Reprises La mélodie a été utilisée par Miklos Rozsa, compositeur et historien de la musique, pour certaines parties des musiques du film Quo Vadis, sorti en 1951, notamment dans deux scènes où Peter Ustinov compose et interprète la chanson sous les traits de l'empereur Néron. Outre l'interprétation par Peter Ustinov à deux reprises (, ), on en trouve une version instrumentale orchestrée dans la bande originale du film ( à ) ; cf. .

Le thème musical sert de base à la chanson We've Just Begun to Dream (1983) (Gary Paben/Steve Skorija/Jack Eskew), thème officiel du parc à thème Disney Epcot.

Elle a aussi été reprise dans plusieurs jeux vidéos :

Civilization V : thème d'Alexandre le Grand; Civilization VI : thème de la civilisation grecque avec deux traitements différents, Gorgô et Périclès et ; Assassin's Creed Odyssey : version chantée en chœur; Minecraft.

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie

Ouvrages James Peter Burkholder & Claude V. Palisca (Eds.), Norton Anthology of Western Music. Volume I : Ancient to Baroque. New York, W.W. Norton, 2010, Egert Pöhlmann et Martin Litchfield West, Documents of Ancient Greek Music. The Extant Melodies and Fragments, Oxford, Oxford University Press, 2001. Thomas J. Mathiesen, Apollo's Lyre. Greek Music and Music Theory in Antiquity and the Middle Ages, Lincoln (NE), University of Nebraska Press, 1999. John G. Landels, Music in Ancient Greece and Rome, London & New York, Routledge, 1999.

Articles

Discographie Ensemble Kérylos/Annie Bélis, D'Euripide aux premiers chrétiens, Ensemble Kérylos, 2016 San Antonio Vocal Arts Ensemble, Ancient Echoes - Music from the time of Jesus and Jerusalem's Second Temple, World Library Publications, 2005

Atrium Musica de Madrid/Gregorio Paniagua, Musique de la Grèce Antique, Harmonia Mundi, 2007

Articles connexes

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