Pierre Jean JouveLe nom de Pierre Jean Jouve doit être orthographié sans trait d'union entre les prénoms. « Pierre » est son premier prénom, et son prénom d'usage par ses proches. « Jean » est son troisième prénom (le deuxième étant « Charles »). À ses débuts, l'écrivain signait « Pierre- J. Jouve », puis il a signé avec son nom complet. Jouve a toujours été très attentif à ce qu'on ne mette pas de trait d'union entre les deux prénoms, erreur assez fréquente. est un poète, romancier et critique français né à Arras le et mort dans le le Archives départementales du Pas-de-Calais, commune d'Arras, année 1887, acte de naissance , avec mentions marginales de mariage et de décès. vignette|Maison où a vécu l'écrivain à Arras.
Biographie Pierre Charles Jean Jouve a eu « plusieurs vies ». Il est né en 1887 à Arras. Avant 1914, il est un des écrivains de l'unanimisme, ce mouvement créé par Jules Romains. Il épouse avant 1914 Andrée Charpentier, enseignante et militante de mouvements féministes et pacifistes. Ils ont un fils. Pendant la Première Guerre mondiale, il devient infirmier volontaire dans un hôpital militaire à Poitiers. Mais, menacé de tuberculose, il est envoyé en Suisse en 1915, pour y être soigné. Il y devient un membre actif du mouvement pacifiste animé par Romain Rolland pendant la Première Guerre mondiale.
À partir de 1921, une profonde rupture a lieu grâce à sa rencontre avec la personne qui va devenir en 1925 sa seconde épouse, la psychanalyste Blanche Reverchon, traductrice de Sigmund Freud en 1923 et amie de Jacques Lacan (le divorce entre Andrée Charpentier et Pierre Jean Jouve est prononcé en 1924). Blanche Reverchon fait de lui l'un des premiers écrivains à affronter la psychanalyse et à montrer l'importance de l'inconscient dans la création artistique — et cela dès le milieu des années 1920. Cette période est également marquée par une recherche spirituelle et religieuse. Ceci le conduit en 1924 à renier toutes les œuvres créées précédemment. On peut citer parmi les œuvres nouvelles les recueils de poèmes : Les Noces (1925-1931), Sueur de Sang (1933-1935), Matière céleste (1937), et les romans : Le Monde désert (1927), Hécate (1928), Vagadu (1931), La Scène capitale (1935), et le plus connu Paulina 1880, paru en 1925Adapté au cinéma en 1972 par Jean-Louis Bertuccelli...
Il a été aussi, dès 1938 et pendant son exil en Suisse, un important acteur de la résistance intellectuelle contre le nazisme, avec ses poèmes apocalyptiques de Gloire et de La Vierge de Paris. Avec quelques difficultés, il obtient en Suisse le statut de réfugié politique.
Jouve a été le compagnon de route de nombreux artistes, d'écrivains (Romain Rolland, Stefan Zweig, Joë Bousquet, Jean Paulhan, Henry Bauchau…), de peintres (André Masson, Balthus, Joseph Sima, Gaston Thiesson…), de philosophes (Jean Wahl, etc.), de psychanalystes (Jacques Lacan, etc.) et de musiciens (Michel Fano, etc.) : il a d'ailleurs beaucoup écrit sur l'art et la musique.
Cet écrivain souvent perçu comme un marginal hautain, refusant les embrigadements des « mouvements » a su toucher beaucoup d'écrivains et d'artistes dont certains peuvent être considérés comme ses disciples, par exemple les poètes Pierre Emmanuel, Salah Stétié ou Yves Bonnefoy.
Récompenses et distinctions Grand prix national des Lettres décerné par le ministère de la Culture en 1962 Grand prix de poésie de l'Académie française le Commandeur de la Légion d'honneur ().
Pierre Jean Jouve, un panorama Reniements Pierre Jean Jouve a renié toute son œuvre publiée avant 1925, année où il fait commencer sa vita nuova. On a donc peu commenté sa vie antérieure pour ne commenter que son œuvre postérieure à cette date, où il publie les poèmes de Mystérieuses Noces et le roman Paulina 1880 (quatre voix au prix Goncourt). C'est ce qu'il a fait lui-même dans En Miroir, son "Journal sans date" de 1954 où il ne décèle de sa vie que certaines grandes lignes soigneusement choisies. C'est aussi ce qui a été fait dans des ouvrages de référence, souvent écrits par des amis du poète, comme René Micha ou Robert KoppCahier de l'Herne Pierre Jean Jouve, dirigé par Robert Kopp et Dominique de Roux, 1972. Cependant la biographie de Daniel LeuwersDaniel Leuwers, Jouve avant Jouve ou la naissance d'un poète, Klincksieck, 1984 et les notes et commentaires de Jean Starobinski pour son édition de ŒuvrePierre Jean Jouve, Œuvre, tomes 1 et 2, édition de Jean Starobinski, Mercure de France, 1987, ont révélé des pans méconnus de sa vie et l'importance de sa première œuvre pour sa formation et son évolution. La récente biographie de Béatrice BonhommeBéatrice Bonhomme, Pierre Jean Jouve ou la quête intérieure, éditions Aden, 2008 a apporté un nouvel éclairage sur la « crise » de Jouve entre 1921 et 1927. Cette crise a profondément marqué sa vie et orienté son écriture. Pierre Jean Jouve est l'homme des ruptures, d'avec son père (puis d'avec son fils) ; d'avec sa première épouse Andrée, grande militante de mouvements féministes et pacifistes ; d'avec ses amis pacifistes (Romain Rolland, Georges Duhamel, Charles Vildrac, Frans Masereel) qui au moment de la rupture créaient la revue Europe (1923), toujours vivante ; d'avec ses amis artistes (même Joseph Sima en 1954) ; d’avec ses éditeurs, Jean Paulhan et Gaston Gallimard (en 1945). Et donc d'avec sa première œuvre.
On peut aussi considérer que la réédition de ses romans et de ses poèmes, avec peu de modifications mais beaucoup de coupures, que Jouve a effectuée de 1959 à 1968, est une nouvelle réécriture de sa vie et de son œuvre.
« Plusieurs vies » Pierre Jean Jouve a donc eu « plusieurs vies ». Jouve pourrait être considéré comme un des écrivains de l'unanimisme, ce mouvement créé par Jules Romains, ou de l'Abbaye de Créteil (Groupe de l'Abbaye). Ou comme un membre actif du mouvement pacifiste animé par Romain Rolland pendant la Première Guerre mondiale.
Grâce à sa seconde épouse, la psychanalyste Blanche Reverchon, traductrice de Freud (1923) et amie de Jacques Lacan, il fut l'un des premiers écrivains à affronter la psychanalyse et à montrer l'importance de l'inconscient dans la création artistique, et cela dès le milieu des années 1920, avec ses poèmes de Noces (1925-1931), de Sueur de Sang (1933-1935) et de Matière céleste (1937), ou avec des romans, Hécate (1928), Vagadu (1931) et La Scène capitale (1935). Il montra aussi l'enrichissement que la lecture des grands mystiques, Thérèse d'Avila, Catherine de Sienne, Jean de la Croix, François d'Assise, peut apporter à l'écriture poétique. À ces mystiques il associa étroitement des poètes précurseurs, Hölderlin, Gérard de Nerval, Charles Baudelaire, Stéphane Mallarmé. thumb|Tombe de Pierre Jean Jouve au cimetière du Montparnasse.
Ce fut aussi, dès 1938 et pendant son exil en Suisse, un important acteur de la résistance intellectuelle contre le nazisme, avec ses poèmes apocalyptiques de Gloire et de La Vierge de Paris.
Parmi ses essais sur l'art et sur la musique, on notera pendant la guerre un important Don Juan de Mozart (1942, avec l'aide du musicien Fernand Drogoul) et ensuite un essai sur Wozzeck d'Alban Berg (écrit avec le compositeur Michel Fano, 1953).
Après guerre, son art rencontra ceux de Saint-John Perse et de Victor Segalen, et il émigra vers la sérénité de sa « Chine intérieure »Voir : Béatrice Bonhomme, Pierre Jean Jouve — La Quête intérieure, Éditions Aden, 2008, chapitre 7..
Artistes et écrivains Jouve fut aussi le compagnon de route d'artistes, d'écrivains, de philosophes. Les artistes : le peintre cubiste Albert Gleizes (qui illustra Artificiel) ; le graveur expressionniste belge Frans Masereel, avec qui il fit de nombreux livres avant 1925 ; le grand artiste surréaliste André Masson (qui illustra la de Sueur de Sang, 1933) ; le peintre tchèque Joseph Sima qui fit avec lui quelques-uns des plus importants livres illustrés d'avant guerre (Beau Regard, 1927 et la de Paradis perdu, 1938) ; l'éditeur typographe Guy Lévis Mano ("GLM") qui réalisa quelques-uns de ses plus beaux livres ; le paysagiste Philippe Roman ; et enfin le grand Balthus, qu'il avait connu adolescent et sur qui il écrivit des textes importantsVoir le catalogue de l'exposition Balthus du centre Pompidou, 1983. Il a accompagné, par des collaborations, des correspondances et des traductions, des écrivains amis comme Pierre Klossowski (traduction de Hölderlin, 1930), Romain Rolland, Stefan Zweig, Albert Béguin, Jean PaulhanCorrespondance publiée en 2006 : Pierre Jean Jouve : Lettres à Jean Paulhan, 1925-1961, Édition établie, préfacée et annotée par Muriel Pic, Éditions Claire Paulhan, 2006., Joë BousquetJoë Bousquet publia sur lui nombre d'essais actuellement réédités : Lumière, infranchissable pourriture, Fata Morgana, 1987, Bernard Groethuysen, Gabriel BounoureCorrespondance entre Jouve et Bounoure, publiée en 1989 : Pierre Jean Jouve entre abîme et sommets, Fata Morgana, Jean Wahl (qui l'initia à Kierkegaard), Eugenio Montale et Giuseppe Ungaretti (qu'il traduisit), Catherine Pozzi. Cet écrivain souvent perçu comme un marginal hautain, refusant les embrigadements des "mouvements" a su toucher beaucoup d'écrivains et d'artistes, dont certains peuvent être considérés comme ses disciples (mais Jouve n'avait absolument pas la tournure d'esprit d'un maître d'école), Pierre Emmanuel (qui lui rendit hommage dans Qui est cet homme, 1947), Yves Bonnefoy, Salah Stétié, Henry Bauchau, Jules Roy, David Gascoyne, Fernand Ouellette, Heather Dohollau, Gérard Engelbach.
Pierre Jean Jouve a créé de puissants « mythes » féminins qui ont une place originale parmi les figures de l’amour dans la littérature : Paulina, Baladine du Monde désert, Catherine Crachat (l'héroïne d' Hécate et de Vagadu), et tout particulièrement Lisbé et Hélène (La Rencontre dans le carrefour, La Scène capitale, Matière céleste), enfin Yanick, la chaste prostituée (Diadème, En Miroir).
Les vies et les œuvres de Pierre Jean Jouve
De 1905 à 1921 : La première vie de Pierre Jean Jouve : symbolisme, unanimisme, pacifisme Dans son autobiographieSur le site de la Société des Lecteurs de Pierre Jean Jouve, une nouvelle biographie, En miroir, Jouve donne une image triste de son enfance, entre un père tyranneau domestique, et une mère musicienne effacée. Une grave appendicite vers ses seize ans entraîne une longue dépression. Il obtient le baccalauréat en 1905 et commence simultanément à Lille des études scientifiques et juridiquesD'après : Jouve avant Jouve ou la naissance d'un poète de Daniel Leuwers, Klinsieck, 1984..
En 1906, un ami belge, Pierre Castiaux, l'initie à la littérature symboliste : il découvre Rimbaud, Mallarmé et Remy de Gourmont dont Le Livre des masques lui fait découvrir les poètes qui comptent depuis Baudelaire.
Avec des amis, Paul Castiaux, Théo Varlet et Edouard Charpentier, il crée à la fin de 1906 une revue, Les Bandeaux d'or. Il y publie ses premiers poèmes où règnent l'influence de Gourmont, Maeterlinck et Verhaeren. On y décèle des thèmes qui se déploieront plus tard, ainsi la recherche de l'expression de sa vie intérieure.
Jouve est à la recherche d'une nouvelle poétique qui lui permettra de dire ce qu'il voit en imagination, et grâce à Paul Castiaux, il entre en relation avec les écrivains et artistes de l'abbaye de CréteilSur cette période, quelques références rassemblées dans un florilège sur un site consacré à Jouve: Site consacré à Jouve : citations sur l'abbaye de Créteil : Georges Duhamel, Charles Vildrac, Alexandre Mercereau, Albert Gleizes, René Arcos. Une grave maladie nerveuse le conduit à se faire soigner en Suisse en 1908. En 1909, il publie son premier recueil, Artificiel, illustré par Albert Gleizes. Il fait la connaissance du peintre cubiste, Henri Le Fauconnier qui fait son portrait.