Marc-Guillaume-Alexis Vadier, surnommé le Grand Inquisiteur ou le Bourreau de l'Ariège, né le à Pamiers et mort le à Bruxelles, est un homme politique français, qui exerce pendant la période de la Révolution française.

Montagnard influent de la première partie de la Révolution française et particulièrement de la Terreur, il est surtout connu pour avoir créé le département de l'Ariège et dirigé le Comité de sûreté générale d'une main ferme, étant ainsi un des personnages essentiels de la période de la Terreur et le . Entre autres, il préside la Convention nationale lors du vote de l'abolition de l'esclavage et participe, le , à la chute de Robespierre, avec qui il entretient une rivalité de longue date.

Il survit à la Révolution, participant dans un relatif anonymat à la période du Premier Empire. Il est ensuite exilé par la loi visant les régicides, sous . Il meurt à Bruxelles en 1828 à un âge avancé après avoir exprimé des remords pour sa participation au . Comme pour Robespierre, Barère ou Billaud-Varenne, son rôle exact pendant la Terreur est encore débattu par les historiens.

Biographie

Enfance et formation Marc Guillaume Alexis Vadier est né le , au domicile de ses parents rue des Nobles à Pamiers. L'enfant étant chétif, le chanoine et curé Marast l'ondoie. Il est baptisé, le , à la collégiale Notre-Dame-du-Camp, son parrain est son oncle Lefèvre, avocat au parlement et sa marraine sa tante Catherine Vadier. Son père, Guillaume Vadier, est bourgeois et receveur des décimes du clergé de la ville, et sa mère, prénommée , est née de Massot. La famille Vadier est originaire de Montières, près d'Amiens, en Picardie. C'est son grand-père Pierre Vadier qui, avec son frère Guillaume, est venu à Pamiers en accompagnant leur employeur François de Camps nommé dans cette ville. Pierre Vadier s'est marié le avec Anne de Traversier, d'une famille de petite noblesse sans grande fortune. À la mort de son oncle Guillaume, son père hérite de ses biens et notamment de la maison, dite Peyroulet, située à Montaut, qu'il avait acquise pour le .

Après avoir appris à lire et compter à la , il entre, en 1745 à , au collège des Jésuites de Pamiers.. Son père meurt avant ses . Dans cet établissement, seul le latin est en usage, le français et le gascon étant interdits.. Il a tout juste lorsqu'il termine ses humanités et reçoit le prix de métrique latine.. L'ouvrage offert porte une dédicace du préfet des études, le père Arnald Puyjalon :

À , il est envoyé à Toulouse pour poursuivre ses études comme interne au collège de l'Esquile, tenu par des prêtres de la congrégation cléricale des doctrinaires, qui débute l'année scolaire, le . Il y poursuit ses études pendant trois ans. La première année est consacrée à la rhétorique et les deux suivantes à la philosophie, logique et physique. Cet éloignement alors qu'il y avait la possibilité de suivre ce niveau d'études à Pamiers ne peut venir que d'un choix de lui-même et, ou, de son entourage adulte.

Militaire (1753-1757) vignette|alt=Nombreux vallons envahis de panaches de fumée occupés par des régiments. Au premier plan des cavaliers au corps à corps.|Bataille de Rossbach, huile sur toile, auteur inconnu, format , du musée du château d'Augustusburg. Sans raisons connues, il est engagé volontaire, en 1753, sous le nom de , au régiment de Piémont infanterie qui, à cette époque, dispose d'une compagnie stationnée à Toulouse. Homme de troupe, il a un comportement qui le fait remarquer par ses chefs. Vadier est promu, à , lieutenant du régiment le .

En , il est à Cherbourg avec son régiment. Au , le régiment de Piémont fait partie de l'armée du prince de Soubise, qui rentre en Allemagne et remonte la vallée du Main pour rejoindre les troupes impériales. Son régiment atteint Landau le , puis il passe à Gotha le avant de s'établir, le lendemain, au . Le , le régiment est engagé dans la bataille de Rossbach près de la petite ville de Braunsbedra. C'est une lourde défaite pour l'armée de Soubise, le régiment de Piémont est décimé, sans compter les prisonniers, il compte et de nombreux fuyards. Ensuite les restes de l'armée de Soubise prennent leur cantonnement d'hiver à Heiligenstadt, avant de se rapprocher de Cologne, Neuss et Düsseldorf fin décembre. Quarante-neuf officiers du régiment de Piémont reçoivent des récompenses, une majorité d'entre eux ont été blessés. Vadier, qui n'est ni blessé, ni récompensé

Bourgeois et notable à Pamiers

Propriétaire terrien et famille vignette|redresse|alt=Lithographie noir et blanc figurant la façade et un côté d'une collégiale.|La collégiale Notre-Dame-du-Camp au , lithographie d'Adrien Dauzats. Ayant démissionné de l'armée, en Allemagne, fin , on ne retrouve Vadier que le , à Pamiers. Il a , lorsque sa mère lui donne ses biens en échange d'une pension alimentaire et l'usage d'une petite maison jouxtant la sienne.

Le , Vadier se marie avec Jeanne-Marie Lavigne dans la collégiale Notre-Dame de Camp de Pamiers. Jeanne-Marie est membre d'une famille bourgeoise originaire de Pamiers, elle apporte en dot comme l'indique le contrat de mariage signé, à Pamiers, chez le notaire Conferon. De cette union vont naître huit enfants, six garçons et deux filles, mais seuls quatre garçons vont survivre à la petite enfance. Il s'agit de Jacques-Roger, dit Carpe, de Marc (?-1791), de Jean-Baptiste, dit Nicol et de Montaclar .

Le , il achète la seigneurie du Carla : composé d'un bourg, ancienne place fortifiée située sur un piton rocheux, et de terres dans la vallée. Cet achat ne doit pas le satisfaire car il l'échange, le , contre un domaine, dénommé Nicol, constitué uniquement de terres et situé en limite de sa propriété de Peyroutet. La propriétaire est Rose-Victor Lavaise épouse de Laurent Angliviel de La Beaumelle. La transaction, entre Vadier et Lavaise, a lieu dans la propriété de celle-ci, dite métairie de Nogarède.

Vadier, fait défricher sur ses domaines de Peyroutet et Nicol, entre le mois d' et le mois de . L'ensemble des terres de ses domaines de Peyroutet, de Nicol et de Belpech, à la limite de l'Ariège et de l'Aude, forment un ensemble de , dont la valeur totale est estimée à .. La surface de ses domaines place Vadier, après Cazes et Dardigna, à la troisième place des grands propriétaires résidant sur place...

Conseiller à la sénéchaussée et au présidial vignette|alt=Phototyoie d'un bâtiment de deux étages du début du . Au centre fronton au-dessus de deux fenêtres, deux ailes de trois fenêtres et à chaque extrémité surélévation d'un étage au-dessus d'un corps de bâtiment à deux fenêtres.|Le tribunal de Pamiers, vers 1900. Phototypie Labouche Frères. En 1768, la mort de Jean-Baptiste Daliot de Lafage entraîne la vacance d'une charge de conseiller à la sénéchaussée et présidial de Pamiers. Vadier est intéressé, mais il lui manque les titres universitaires. Il travaille en auditeur libre et il est reçu bachelier à l'université de Toulouse, le . Il s'inscrit comme avocat et il rachète cette charge toujours vacante à la famille du défunt.

Le , il obtient du roi les provisions de la charge de conseiller. Néanmoins, son installation est retardée à cause de l'opposition du parlement de Toulouse, où le premier avocat, François Darmaing, s'oppose à la remise des arrêts la permettant. Ce refus plusieurs fois exprimé provoque une plainte de la chambre du Conseil auprès du parlement, argumentant sur le fait que l'exécution des ordres du roi sont exécutoires et ne peuvent être retardés. Après une mise en demeure du parlement de Toulouse, la cérémonie d'enregistrement a finalement lieu le .

Les affaires à traiter sont le plus souvent de petite importance. Vadier est aimable et attentif aux avis de ses collègues, il présente le sien mais accepte facilement d'en changer si les arguments présentés lui paraissent valables. Cette attitude fait qu'on le choisit souvent pour être syndic. Néanmoins, il fait également attention au bon déroulement des procédures : lorsqu'en 1777 un greffier ajoute dans un jugement des notes pouvant contredire ses décisions, il porte plainte. En 1778, il est choisi pour être l'un des accompagnateurs du juge-mage pour représenter le présidial pour exprimer des condoléances auprès du fils de François Armand d’Usson marquis de Bonnac qui vient de mourir.

En 1788, Vadier jouit d'une popularité certaine dans le comté de Foix du fait qu'il a, dans le cadre de sa fonction au présidial, défendu avec ardeur les déshérités et qu'il a avec la même force poursuivi les . Il est « frère vénérable » de la franc-maçonnerie..

États généraux de 1789 Élections à Pamiers Le roi , accédant à la demande de Loménie de Brienne promet, le , de réunir les états généraux le . Cette décision agite la population du comté de Foix car la dernière réunion de ces États date de 1614 et le roi est populaire. Jean-Baptiste de Marquié-Cussol, président du présidial depuis le , et Vadier, qui partage ses idées, adressent, au nom du présidial dont ce n'était pas la fonction, un mémoire au roi. Ils demandent que la représentation du comté ne soit pas du même ordre que celle des états de Foix argumentant sur le fait que le territoire de la sénéchaussée est différent de celui du comté. Puis ils ajoutent une nouvelle revendication qui est que le tiers doit avoir autant de représentants que ceux de la noblesse et du clergé réunis.

Après l'échec d'un coup de force de l'évêque de Pamiers, Joseph-Mathieu d’Agoult, qui voulait se faire nommer représentant aux états généraux avant la réunion des états généraux, celle des états de Foix ouvre à Pamiers le . Les échanges sont houleux et les discussions sur le mode de représentation se poursuivent jusqu'au , date de la décision de sur l'organisation électorale. Pour Pamiers, l'avis de Marquié-Cussol et Vadier a été entendu, il faut élire quatre députés dont deux du tiers. Par ailleurs c'est Marquié-Cussol qui est mandaté pour organiser les élections.

Vadier est élu, à le , député du tiers représentant de la sénéchaussée de Pamiers aux états généraux de 1789.. Le , il prête serment, avec les trois autres députés, le deuxième représentant du tiers Georges Bergasse de Laziroules, le représentant du clergé Jean Bernard Font et celui de la noblesse Mathieu Louis Armand d'Usson, devant plus de , dans l'église des Frères-Prêcheurs. Ce serment précise que ces députés doivent à leurs mandants

Député aux états généraux à Versailles Les députés Vadier et Bergasse-Laziroule rejoignent Versailles pour l'ouverture de la session des états généraux le . Ils participent Le , le procès-verbal du serment du Jeu de paume enregistre la présence des députés du tiers état de Pamiers qui sont Bergasse-Laziroule, qui signent « Laziroule », et Vadier..

Député à l'Assemblée constituante (1789-1791) vignette|redresse|alt=Portait de face de Vadier, inclus dans un cadre gravé.|Vadier, conseiller au présidial de Pamiers, député du comté de Foix aux états généraux de 1789, estampe de Nicolas François Le Vachez (collection Bibliothèque nationale de France)

Premières actions Après la création de l'Assemblée nationale constituante, on retrouve les députés du tiers, Vadier et Bergasse-Laziroule, dans la nuit du , lorsqu'ils votent l'abandon des privilèges de leur province et des communautés. Ce vote allant à l'encontre des avis du cahier de leurs mandants, ils envoient une lettre-circulaire pour en demander l'approbation aux communautés du territoire. Le « conseil politique de Foix », réuni le , approuve ce vote. Il est suivi par la majorité des communautés du comté de Foix, seules quelques villes ne répondent pas. Les « patriotes » créent un comité pour relancer les retardataires. La ville d'Ax approuve le mais le conseil politique de Pamiers demande des avis et fait des démarches qui repoussent sa réponse.