Charlie Patton, mieux connu sous le nom de Charley Patton, né à Bolton dans le Mississippi en 1891 et mort à Indianola, également dans le Mississippi, le est un guitariste et chanteur de Delta blues américain. Patton est aujourd’hui considéré comme le « père du delta blues » et est une des figures les mieux connues de la musique populaire américaine.

Des études récentes s'intéressent aux origines choctaw de Charley Patton et à l'influence des musiques amérindiennes sur sa propre musique...

Biographie Enfance Élevé parmi ses onze frères et sœurs, Charley Patton vit l'essentiel de sa jeunesse à Hinds County (Mississippi) avec ses parents, Bill et Annie Patton. En 1900, alors qu'il a neuf ans, la famille de Charley Patton déménage dans la plantation Will Dockery, dans le delta du Mississippi. C’est là que Patton développe son amour pour la musique. En 1905, à l’âge de 14 ans, Patton commence à prendre des leçons de guitare auprès d’Earl Harris., qui lui apprend la chanson You Take My Woman and Maggie. En peu de temps, il commence à jouer du blues. À Dockery, Patton tombe sous le charme du musicien , qui avait un style peu commun, considéré aujourd’hui comme la première forme de blues. Patton suit Henry Sloan en tournée. En grandissant, Patton décide de quitter le Sud et son racisme, thème récurrent dans ses paroles. Dans ses chansons, Patton évoque souvent les conditions brutales et difficiles dans lesquelles vivaient les Noirs dans le Sud des États-Unis.

Ses débuts thumb|250px|Certificat de mariage de Charley Patton et Gertrude Lewis (1908).

Patton ne cesse de voyager de ville en ville tout au long du Mississippi, gagnant difficilement sa vie. Il traverse la Géorgie, le Texas, le Tennessee, le Missouri et l'Illinois, et commence à devenir populaire. En 1910, Patton est reconnu en tant qu'interprète et compositeur de chansons, ayant déjà à son actif Down the Dirt Road Blues, Banty Rooster Blues et sa chanson fétiche Poney Blues.. Il fait la connaissance de Willie Brown, un guitariste qui deviendra plus tard un personnage récurrent dans sa carrière et dans ses enregistrements. Par ailleurs, le jeune guitariste Tommy Johnson apprend à jouer au contact de ces deux musiciens. et, peu après, s'étant déplacé du côté de Dockery, Johnson y joua du Delta blues mais également la chanson emblématique de Patton Poney Blues. En 1914, Patton travaille musicalement avec des membres de la famille Chatmon, notamment les piqués et le slide (bottleneck). Il est à noter que Bo, Sam, Lonnie Chatmon et le guitariste connurent plus tard le succès sous le nom de Mississippi Sheiks. Patton continue à jouer autour du Delta, allant au nord à Memphis, dans l'Arkansas ainsi qu'en Louisiane. En 1928, il travaille dans la plantation Will Dockery, près de Ruleville. C'est là qu'il rencontre le jeune Chester Arthur Burnett, le futur Howlin' Wolf, à qui il enseigne la guitare..

Sa carrière de bluesman Patton fait son premier enregistrement en à Richmond (Indiana)., avec quatorze chansons sur des 78 tours pour H. C. Speir, un propriétaire de magasins de disques qui est aussi un dénicheur de talents de la maison de disques Paramount pour ce qu’on appelait « ». Grâce au succès de sa session initiale, il est invité quatre mois plus tard au nouveau studio de Paramount à Grafton, Wisconsin, où il enregistre vingt-huit chansons supplémentaires. Le finger-picking polyrythmique de Patton, accompagnée par le tapping du corps de la guitare, crée une mélodie complexe de danse que le musicien est capable de jouer pendant plus de trente minutes.

Son House, qui enregistra une session de 1930 avec Patton et Brown se rappela que Patton rigolait avec le public en jouant la guitare derrière son dos ou entre ses genoux. Patton a inclus des symboles régionaux dans ses chansons, des endroits auxquels les acheteurs de disques locaux étaient familiarisés, y compris une chanson inspiré de Moorehead (Mississippi) intitulée Where the Southern Crosses The Do et une chanson inspirée de la ferme Parchman intitulé A Spoonful Blues. Contrairement à d’autres artistes de son temps comme Leadbelly, Patton avait de la difficulté à venir chercher le public blanc. Ses enregistrements étaient donc plutôt dirigés vers les acheteurs du pop rural contemporain afro-américains. La dernière session d’enregistrement de Patton eut lieu à New York en , deux mois avant sa mort.

Sa mort Le , Charley Patton meurt d'une crise cardiaque, à la plantation Heathman-Dedham près d’Idianola (Mississippi). Son net penchant pour l'alcool et un tempérament bagarreur ne l'auraient probablement pas aidé à vivre beaucoup plus longtemps. L’homme qui a été marié huit fois durant sa courte vie, est reconnu aujourd’hui comme le premier grand Delta blues man. Sa tombe se situe à Holly Ridge Mississippi, et l’inscription de sa pierre tombale rappelle son rôle primordial dans le développement du Delta blues.

Style musical Composition Artiste rugueux, de style comme de caractère, Charley Patton s'affirme comme le fondateur du delta blues en influençant les grandes figures du genre comme Big Joe Williams, Bukka White ou Robert Johnson. Son style varié y compris le blues, le gospel, le ragtime, la country, le folk et les chansons populaires. Il a un don pour le récit personnel et a composé plusieurs ballades décrivant des évènements de l'époque. Sa chanson High Water Everywhere décrit une inondation du Mississippi, et évoque la souffrance éprouvée par les citoyens du Delta. Le pouvoir de sa voix est souvent plus évident dans sa musique plus gospel. La musique de Patton reflète la technique et l’esprit des spirituals de la période de l’esclavage (Mean Cat Blues), la danse country (Revenue Man Blues) les prédécesseurs du blues et l’influence du ragtime (Hang it on the Wall) et la musique populaire (Some These Days I’ll be Gone). La musique de Patton montre les similarités essentielles entre le blues et la musique religieuse afro-américaine.

Chant La langueur de sa voix, accompagnée par sa guitare, produisait des contrepoints rythmiques.

Jeu de guitare Ses techniques de guitare étaient très variées : il utilisait de nombreux accordages, tonalités, le bottleneck et différentes techniques de picking. Les techniques de guitare de Patton nous offrent un regard sur les débuts de la guitare country-blues et aussi en fonction de son répertoire et du son de sa guitare. Son approche à la guitare provient de l’influence populaire du banjo et du piano. En jouant, il n’était jamais pressé et son pouvoir rythmique était accentué par des variations constantes et des accents surprenants. Il faisait souvent des pauses en jouant, créant des moments de tension qui se transformaient avec une emphase complètement différente.

Jeu de scène Ses prestations publiques, dynamiques et extravagantes, accentuées par un chant brut et un jeu de guitare percutant contribuèrent à son succès. Charley Patton sur scène ne se contentait pas de jouer des morceaux de musique mais il offrait à son auditoire un spectacle total où il n'hésitait pas à faire le clown, jongler avec sa guitare et interpeler les spectateurs. Ainsi lui arrive-t-il de frapper violemment sa guitare en s'écriant « C'est ainsi que je frappe mon épouse. » pour faire rire ses spectateurs masculins..

Héritage Sa vie, sa musique et sa mort en ont fait une légende pour plusieurs générations de bluesmen et de rockeurs. Les chansons hypnotiques à trois accords de Patton ont profondément influencé John Lee Hooker de Clarksdale, qui a enregistré sa propre version de la chanson Pea Vine Blues de Patton. Bukka White a déjà cité son « désir de devenir un homme aussi célèbre que Charley Patton » et a aussi démontré un penchant similaire pour jouer des chansons de danse pour des périodes prolongées. Robert Palmer considère Charley Patton comme un des musiciens américains les plus importants du . Bob Dylan a dédié sa chanson High Water (For Charley Patton) à Charley Patton sur son disque Love and Theft, de 2001. Il stipula : « If I made records for my own pleasure, I would only record Charley Patton songs. » Le chanteur français Francis Cabrel fait référence à Charley Patton dans sa chanson Cent Ans de plus sur son disque Hors-Saison de 1999. Cabrel cite Patton comme une de ses principales influences blues, avec aussi Son House, Blind Lemon Jefferson, Robert Johnson, Howlin' Wolf, Blind Blake, Willie Dixon et Ma Rainey. En 2005, le chorégraphe Ralph Lemon s'inspire de Charley Patton pour la production de la troisième partie de Geography Trilogy, intitulée Come home Charley Patton. Cette pièce documente les injustices et la violence raciale de l’histoire américaine. Le groupe de rock indépendant Gomez a enregistré une chanson sur leur album de 2006 How We Operate, intitulée Charley Patton Songs. Il y a une photographie de Charley Patton dans le studio d’enregistrement du groupe The White Stripes pour leur album Icky Thump. Jule Brown a enregistré un arrangement de Green River Blues de Patton, sur son album Smoke and Mirrors en 2006. Mountain Men reprennent en 2017 sur leur dernier album Some of these Days.

Exemples thumb|150px|Banty Rooster Bluesthumb|150px|Bird Nest Boundthumb|150px|Dry Well Bluesthumb|150px|Down the Dirt Road Bluesthumb|150px|High Water Everywhere Ithumb|150px|High Water Everywhere IIthumb|150px|Elder Green Bluesthumb|150px|Going to Move to Alabamathumb|150px|High Sherriff Bluesthumb|150px|It Won’t Be Longthumb|150px|Mississippi Bo Weavilthumb|150px|Moon Going Downthumb|150px|Pony Bluesthumb|150px|Poor Methumb|150px|Shake It and Break Itthumb|150px|Screamin’ and Hollerin’thumb|150px|Spoonful Bluesthumb|150px|When Your Way Gets Darkthumb|150px|Green River Bluesthumb|150px|Hammer Blues

Discographie Disques 78 tours originaux (dans l'ordre chronologique) TitreNuméro de catalogueDate de publicationAnnotationParamountPony Blues/Banty Rooster Blues Paramount 12792Juillet 1929Prayer Of Death Pt.1/Prayer Of Death Pt. 2Paramount 12799Pseudonyme: Elder J. HadleyScreamin’ And Hollerin’ The Blues/Mississippi Bo Weavil BluesParamount 12805Aussi pseudonyme: The Masked MarvelDown The Dirt Road Blues/It Won’t Be LongParamount 12854A Spoonful Blues/Shake It And Break It But Don’t Let It Fall MamaParamount 12869Pea Vine Blues/Tom Rushen BluesParamount 12877Lord I’m Discouraged/I’m Going HomeParamount 12883High Water Everywhere Pt. 1/High Water Everywhere Pt. 2 Paramount 12909Avril 1930Rattlesnake Blues/Running Wild BluesParamount 12924Magnolia Blues/Mean Black Cat BluesParamount 12943Juillet 1930Mean Black Moan/Heart Like Railroad Steel Paramount 12953août 1930Green River Blues/Elder Greene BluesParamount 12972Septembre 1930Jesus Is A Dying-Bed Maker/I Shall Not Be MovedParamount 12986Octobre 1930Hammer Blues/When Your Way Gets DarkParamount 12988Novembre 1930Moon Going Down/Going To Move To AlabamaParamount 13014Décembre 1930Some Happy Day/You're Gonna Need Somebody When You DieParamount 13031Circle Round The Moon/Devil Sent The Rain BluesParamount 13040 Fin d'année 1930 / 1931Dry Well Blues/Bird Nest Bound Paramount 13070Printemps 1931Some Summer Day Pt. 1/Jim Lee Blues Pt. 1Paramount 13080Printemps / Été 1931Frankie And Albert/Some These Days I’ll Be GoneParamount 13110Début 1932Joe Kirby/Jim Lee Blues Pt. 2Paramount 13133Début 1932Vocalion34 Blues/Poor MeVocalion 02651High Sheriff Blues/Stone Pony BluesVocalion 0268015 avril 1934Love My Stuff/Jersey Bull BluesVocalion 02782 septembre 1934Oh Death/Troubled 'Bout My MotherVocalion 02904Avec Bertha LeeHang It On The Wall/Revenue Wall BluesVocalion 0293115 avril 1935

Compilations 1929-1934 Spoonful Blues. 15 titres, chez Night Records (2018) Complete Recordings 1929 - 1934. intégrale 97 titres, chez . (2010)

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Cleary, Beth. Performance Review: "Come Home Charley Patton": Part 3 of the "Geography Trilogy" Theatre Journal, 2005. Harrison, Max. The Musical Times, vol. 112, n° 1536 (fév. 1971), .