L'expression « État dans l'État » (imperium in imperio) désigne une institution ou un groupe au sein d'un État disposant d'une autonomie et de moyens lui permettant de fonctionner indépendamment de l'État de droit. Ce groupe est public et identifiable. Il peut correspondre à un groupe social ou à une partie du territoire d'un État officiellement reconnu. Il dispose, de manière plus ou moins réelle ou officielle, de pouvoirs régaliens vis-à-vis de lui-même, ce qui lui permet de limiter l'action du droit public en son sein.

Concept Le concept est utilisé .

Cette expression est généralement péjorative. Elle est souvent utilisée pour pointer du doigt ou dénoncer le fonctionnement indépendant, archaïque voire antidémocratique d'une administration publique ou d'une institution. Par extension, cette expression qualifie parfois certaines organisations non étatiques (groupes religieux, entreprises…) qui parviennent à s'affranchir des lois et devoirs pour favoriser leurs intérêts.

Les interactions d'un État dans l'État avec l'État de droit peuvent s'apparenter à la manipulation, l'infiltration ou le conflit. Mais, contrairement à l'État profond, il ne s'agit que de moyens pour pouvoir s'en émanciper.

Au , le terme n'a pas toujours de connotation négative. La Revue des revues de droit écrit par exemple en 1841 que .

Typologie Groupes religieux L'Église catholique locale pendant le Moyen Âge, dont les nombreux pouvoirs temporels seront combattus par Henri II.

En 1838, à propos d'une fusion de l'église protestante et de l’État en Suisse : .

Voltaire qualifie l’Église catholique, , en utilisant l'expression.

L'Inquisition, disposant d'une panoplie juridique complète.

En France, durant les rébellions huguenotes, les protestants français, pour se protéger du pouvoir royal catholique, tentèrent d'établir un « État dans l'État ». Ils y arrivèrent partiellement avec l'Édit de Nantes qui leur accorda des places fortes et la capacité de lever une armée pour les défendre.

Entité géographique Le Duché de Bourgogne ou le Duché de Bretagne, dont la soumission au roi de France n'a été que formelle.

Armée et organisations militaires L’Armée française, notamment pendant l'affaire Dreyfus.

Le Fatah en Jordanie dans les années 1960 puis l'organisation de libération de la Palestine au Liban dans les années 1970, situation consacrée par les accords du Caire (1969).

Du temps de l'Allemagne nazie, la SS constituait un exemple d'« État dans l'État » (caractéristique des États totalitaires : voir aussi le rôle graduellement réduit de la Phalange dans le régime franquiste en Espagne).

Le Hezbollah au Liban depuis sa création dans les années 1980. Certains analystes géopolitiques le considèrent avec ironie comme un , faisant allusion à la faillite de l'État libanais, plus faible économiquement et militairement que l'organisation chiite. Dans la Syrie voisine, le groupe islamiste rebelle Hay’at Tahrir al-Cham installe en 2015 une gouvernance qualifiée d'« État dans l'État » dans le gouvernorat d'Idlib au nord-ouest du pays, d'où il lance une grande offensive en fin d'année 2024 qui conduit au renversement du régime de Bachar el-Assad.

Le Corps des gardiens de la révolution islamique en Iran, combinant puissance militaire, réseau de renseignement et puissance économique dont l'objectif officiel est de maintenir le système islamique iranien, qui n'est en fait que l'écosystème nécessaire à sa survie.

Organisations politiques Au début du , le Parti social-démocrate d'Allemagne, avec .

Notes et références

Annexes

Articles connexes État profond État polonais clandestin

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