thumb|Ech goblin d'après un dessin au crayon retouché sous GIMP Les chevaux légendaires du Pas-de-Calais sont des animaux fabuleux et diaboliques de couleur blanche, mentionnés dans le folklore de l'Artois, du Ternois et du Boulonnais sous divers noms. La blanque jument apparaissait, dit-on, à la tombée du jour ou au milieu de la nuit pour tromper les enfants et les hommes. Elle tentait ces derniers pour la monter, et son dos pouvait s'allonger pour accueillir, en général, jusqu'à sept cavaliers. Dès qu'ils étaient bien installés sur son dos, elle les entraînait dans des pièges ou les jetait à l'eau. Cet animal est mentionné sous le même nom à Samer. Ils sont similaires aux kelpies.
Ech goblin et le qu'vau blanc de Saint-Pol-sur-Ternoise, qui portait un collier à clochettes pour attirer ses victimes, jouent le même rôle, tout comme ch'blanc qu'vo de Maisnil, ou encore l'animal de Vaudricourt, cheval blanc ou âne gris qui emporta vingt enfants et finit par les noyer. Toutes ces légendes propres à la région rejoignent un folklore français où abondent les chevaux blêmes et maléfiques en relation avec la nuit, l'eau, et leurs dangers.
Étymologie et terminologie Les noms de blanque jument (blanche jument), qu'vau blanc (cheval blanc), ech goblin (le gobelin) ou encore ch'blanc qu'vo (le cheval blanc) sont tous mentionnés dans le département du Pas-de-Calais, généralement vers le C'est le cas de la blanque jument (1805) et d'ech goblin., dans leurs tournures originales en picard.
Légendes
thumb|Les chevaux maléfiques du Pas-de-Calais sont toujours d'apparence blanche, et se manifestent la nuit La région du Nord-Pas-de-Calais regorge de légendes, qu'elles soient attachées à des arbres, des pierres, des monts, des fantômes, au diable, aux géants, aux saints ou aux animaux fantastiques. Selon Bernard Coussée, . Parmi les animaux fantastiques, le cheval est mentionné plusieurs fois dans le département du Pas-de-Calais. Ces légendes partagent plusieurs points communs quant à la vision de ces chevaux blêmes, à la symbolique négative, au dos qui s'allonge et qui finissent tous par se débarrasser de leurs cavaliers, généralement en les jetant à l'eau.
Blanque jument du Boulonnais et de Samer
Selon Bernard Coussée et la société de mythologie française, la blanque jument apparaît pendant les nuits de pleine lune dans la région du Boulonnais. Son dos peut s'allonger pour permettre à sept cavaliers de s'y asseoir, mais l'animal fabuleux finit toujours par s'en débarrasser dans l'eau. Cette légende est également fréquente en Artois, et particulièrement dans le Ternois. La blanque jument est mentionnée en détail dans la lettre d'un médecin, M. Vaidy, destinée à M. Eloi Johanneau, le à Samer. Elle est consignée par l'Académie celtique :
Cette histoire est reprise par Paul Sébillot, dans son ouvrage inachevé, Le folklore de France. Elle est mentionnée rapidement par Henri Dontenville, créateur de la Société de mythologie française (Histoire et géographie mythiques de la France). (Mythologie française).. Le lieu-dit est situé au sud de Samer, près du Breuil, et semble mentionné sous ce nom dès 1504.
Bien qu'aucun lien ne soit établi avec la légende, la blanque jument partage sa couleur avec la race locale des chevaux Boulonnais.
Ech Goblin, qu'vau blanc ou ch'gvo blanc de Saint-Pol-sur-Ternoise
thumb|Ech goblin, sous la forme d'un cheval blanc portant un collier à clochettes autour du cou. Dessin au crayon Ech goblin, également connu sous le nom de qu'vau blanc ou ch'gvo blanc, est une créature très proche de la blanque jument, mentionnée au comme un genre de lutin, plus précisément un gobelin capable de prendre la forme d'un mammifère fantastique possédant un long pelage blanc, et portant autour du cou un collier garni de clochettes. Le son mélodieux de celles-ci pousse les gens et surtout les enfants à chevaucher l'animal dès qu'ils l'entendent. Le dos d'ech goblin s'allonge au fur et à mesure que des personnes l'enfourchent. Lorsqu'il en porte suffisamment, il court à toute vitesse vers la rivière la plus proche pour y noyer ses cavaliers. Le soir, cette créature se cacherait dans des carrières ou des excavations le long de routes qui mènent vers la forêt.
Jusque dans les années 1830, Ech goblin était évoqué pour effrayer les enfants désobéissants, auxquels on disait , essentiellement dans la région de Saint-Pol-sur-Ternoise, près de Béthune. Ech goblin était aussi le nom donné à la voiture des ramasseurs de boues dans la région, à laquelle était attelé un cheval ou un âne muni de grelots.
Ch'blanc qu'vo de Maisnil
Ch'blanc qu'vo est mentionné par l'elficologue Pierre Dubois dans son Encyclopédie des fées comme un cheval fabuleux propre à Maisnil, dont la crinière est garnie de grelots. Leroy rapporte dans l'ouvrage d'Henri Dontenville, La France mythologique, que selon un folkloriste artésien, ch 'blanc qu'vo se confond avec ech goblin Mlle Leroy dans .
Âne gris ou cheval blanc de Vaudricourt
Deux créatures similaires sont mentionnées à Vaudricourt, l'une comme un âne gris et l'autre comme un cheval blanc.
Claude Seignolle parle dans ses Évangiles du Diable d'un âne gris qui apparut sur la place de Vaudricourt pendant la messe de Minuit et se laissa docilement chevaucher par les enfants qui fuyaient l'église, tout en allongeant son dos pour que vingt d'entre eux puissent s'y placer. Lorsque la messe s'acheva, il s'élança à toute vitesse et plongea dans un abreuvoir : toutes ses victimes furent noyées. Depuis, ce cheval réapparaît à chaque nuit de Noël en portant les enfants damnés, fait le tour du village, rejoint son point de départ à minuit et rentre dans l'abreuvoir d'où il est sorti.
Pierre Dubois mentionne la même histoire dans son Encyclopédie des fées, mais il s'agit d'un qui noie ses jeunes cavaliers dans une mare sans fond, et disparaît dans un gouffre après chacune de ses réapparitions le jour de Noël 102-103.
Origine et symbolique thumb|Le cheval Bayard, issu des chansons de gestes et du folklore ardennais, possède lui aussi une échine extensible
La blanque jument et ses équivalents dans l'ouest du Pas-de-Calais présentent des caractéristiques très similaires à celles d'autres chevaux fabuleux du folklore populaire, français et allemand notamment. Le Dictionnaire des symboles cite un grand nombre de . L'origine exacte de ces légendes n'est pas connue. Dès l'époque romaine, Tacite évoque des chevaux blancs dans des bocages sacrés, qui fascinent les populations. Ces chevaux fabuleux pourraient être issus du souvenir de sacrifices rituels de chevaux pratiqués par les Gaulois, qui les effectuaient le plus souvent dans l'eau, comme ou en l'honneur du Soleil. Quelques éléments sont à rapprocher du cheval Bayard, que Charlemagne tenta de noyer en lui attachant une meule autour du cou. Bayard présente la particularité d'avoir une échine qui s'allonge pour porter les quatre frères Aymon, tout comme la blanque jument. Henri Dontenville voit dans Bayard un mythe issu du cheval sacré des Germains, qui aurait lui-même donné la blanque jument et le bian cheval, mais Bayard est clairement décrit d'une couleur brun-rouge.
L'échine qui s'allonge chez la blanque jument, et que l'on retrouve dans bon nombre d'autres légendes à propos de chevaux-fées, serait selon Bernard Coussée un ajout postérieur, influencé par d'autres légendes. Des histoires de chevaux blancs qui noient les imprudents circulaient dans le Pas-de-Calais depuis longtemps, et avaient pour fonction d'éloigner les enfants des zones dangereuses en les effrayant. Ce serait selon Henri Dontenville une caractéristique serpentine, du moins reptilienne. En effet, .
Il existe beaucoup d'autres chevaux dans le folklore français dotés d'une croupe et d'un dos extensibles ou d'un lien avec l'eau, comme le mentionne Pierre Dubois dans son Encyclopédie des fées en citant le cheval Mallet, Bayard (l'un des rares qui ne soient pas mentionnés comme maléfiques), le cheval de Guernesey, ou encore celui de l'Albret, aux côtés de la blanque jument. La plupart de ces noint leurs cavaliers après les avoir tentés de les enfourcher. Pierre Dubois dit que . L'histoire est souvent très similaire, mettant en scène un beau cheval blême au milieu de la nuit, qui se laisse gentiment chevaucher, avant d'échapper au contrôle de son ou ses cavaliers. L'un des moyens de s'en débarrasser est d'effectuer un signe de croix, ou de réciter trois Notre Père.
Couleur blanche thumb|L'apparition d'un cheval blanc n'est pas toujours bon signe. Ici, une peinture de James Ward (1769-1869). La couleur blanche de ces animaux est celle des chevaux maudits. Plusieurs ouvrages, comme le Dictionnaire des symboles, s'attachent à ces chevaux , dont la symbolique est inverse aux chevaux blancs ouraniens, comme le Pégase. Selon Jean-Paul Clébert, il s'agit d'animaux à la blancheur . Comme un suaire ou un fantôme, ils évoquent le deuil, à l'instar de la monture blanche d'un des quatre cavaliers de l'Apocalypse, qui annonce la mort 226. Henri Gougaud attribue la même symbolique à la blanque jument, . Il s'agit d'une inversion de la symbolique habituelle à la couleur blanche, une et une . Plusieurs y voient aussi un archétype des chevaux de la mort, la blanque jument partage la même symbolique que le Bian cheval des Vosges ou le Schimmelreiter allemand, animal de la catastrophe marine qui rompt les digues pendant les tempêtes, dont elle est un négatif et sinistre. En Angleterre et en Allemagne, rencontrer un cheval blanc est signe de mauvais augure ou de mort.
Nature et fonction
thumb|left|Duendecitos, illustration de gobelins par Francisco Goya, en 1799. Ces créatures équines du Pas-de-Calais sont toutes plus ou moins assimilées à la transformation d'un esprit, d'un lutin ou du Diable lui-même. L'Académie celtique assure que la blanque jument du Boulonnais est la manifestation d'un esprit. Claude Seignolle assimile l'âne gris de Vaudricourt à une transformation du Diable en animal. Édouard Brasey voit dans la blanque jument et le Schimmelreiter des esprits follets ou des croque-mitaines chargés d'effrayer les enfants désobéissants, par opposition au cheval Mallet qui serait une forme du Diable lui-même. Ech Goblin est assimilé à un gobelin qui se transforme pour effrayer les enfants. Ch'qu'vau blanc est ce même gobelin, qui prend alors la forme d'un animal blanc.
Une analyse scientifique consacrée aux changelins fait remarquer qu'. Selon une autre étude sur le nain au Moyen Âge, il existe entre les lutins et les chevaux fantastiques (ou chevaux-fées) des liens très étroits car, dans les chansons de gestes comme dans le folklore plus moderne, lorsque le petit peuple adopte une forme animale, c'est le plus souvent celle d'un cheval. L'auteur japonais Yanagida y voit une transformation rituelle du cheval dans l'élément liquide, et note que dès le Néolithique, les génies des eaux sont en rapport avec les équidésChiwaki Shinoda dans .
Annexes Articles connexes Cheval blanc dans la culture Folklore du Pas-de-Calais Chevaux légendaires du Jura Bäckahäst
Liens externes
Bibliographie
Ouvrages universitaires
Ouvrages de conteurs
et notamment
Études de folkloristes
Société de mythologie française
Notes et références Notes
Références
Catégorie:Créature maléfique Catégorie:Créature nocturne Catégorie:Cheval fantastique du folklore français Catégorie:Saint-Pol-sur-Ternoise Catégorie:Cheval légendaire