LIndonésie, en forme longue la république d'Indonésie (en indonésien et ), est un pays transcontinental situé principalement en Asie du Sud-Est, avec certaines parties de son territoire s’étendant en Océanie. Avec , dont 922 habitées, il s'agit du plus grand archipel au monde. Dotée d’une population estimée à de personnes, composée de plus de ethniques et parlant plus de régionales, c'est le quatrième pays le plus peuplé au monde et le premier pays à majorité musulmane pour le nombre de croyants. Java, l’île la plus peuplée du monde, abrite plus de la moitié de la population du pays. L'Indonésie est une république dont la capitale est Jakarta. Une nouvelle capitale, nommée Nusantara, est en cours de développement pour la remplacer.

Dans les premiers siècles av. J.-C., l'archipel indonésien est une importante région d'échanges avec l'Inde et la Chine au cœur d'un réseau centré sur le Fou-nan. Les chefs de ces cités portuaires indonésiennes adoptent des modèles culturels, religieux et politiques hindou-bouddhiques. À partir du , le centre des échanges se déplace vers le royaume de Sriwijaya dans le sud de Sumatra. Le voit se développer dans le centre de Java une culture du riz prospère qui permet à différents royaumes de bâtir de grands monuments religieux. C'est le début de la période classique indonésienne.

Avec le déclin de la route de la soie, le détroit de Malacca devient un carrefour maritime majeur pour le commerce entre l'Indonésie et la Chine d'une part, et l'Inde et le Moyen-Orient d'autre part. L'archipel indonésien est intégré à un réseau commercial international bientôt dominé par des marchands musulmans. Les princes des ports se convertissent progressivement à l'islam.

Au , l'âge des Grandes découvertes, les puissances européennes essayent d'accéder directement aux Moluques, région productrice d'épices. En 1511, les Portugais de Goa conquièrent Malacca et s'y établissent. Les Néerlandais les chassent en 1605. Et toujours au , ils éliminent leur rival dans l'Est de l'archipel, dans ce qui deviendra le royaume de Gowa, et s'établissent à Java. L'île est minée par les guerres de succession du royaume de Mataram qui cède peu à peu une partie de ses territoires aux Néerlandais. Au , les colonisateurs peuvent commencer l'exploitation économique de l'île et imposer leur loi au reste de l'archipel. Un mouvement national naît au début du . En , Soekarno et Mohammad Hatta proclament l'indépendance de l'Indonésie. Les années 1950 sont marquées par de nombreux mouvements séparatistes. À la suite des événements de 1965-66, le général Soeharto prend le pouvoir. Il démissionne en 1998, ce qui permet au pays d'entamer le début d'un processus de démocratisation.

À travers ses nombreuses îles, l'Indonésie comprend de nombreux groupes distincts culturellement, linguistiquement et religieusement. Les Javanais forment la population la plus représentée sur le plan du nombre et de l'influence politique. En tant qu'État unitaire et nation, l'Indonésie a su développer une identité commune en définissant une langue nationale appelée « indonésien » (qui est une des formes du malais), et en respectant sa diversité et le pluralisme religieux au sein de sa majorité musulmane.

Malgré sa forte population et ses régions densément peuplées., l'Indonésie comporte de vastes zones sauvages, ce qui donne au pays une grande biodiversité même si ce patrimoine régresse à cause d'activités humaines en forte augmentation.

Étymologie

Le nom « Indonésie » est un néologisme tiré des mots grecs Indos, signifiant « Indien », et nêsos, signifiant « île »Louis Deroy et Madeleine Mulon, Dictionnaire de noms de lieux, Éditions Le Robert, Paris, 1992.. Ce nom date du , bien avant la formation de l'Indonésie indépendante Irfan Anshory, Asal Usul Nama Indonesia, Pikiran Rakyat, 16 août 2004.. En 1850, l'ethnologue anglais George Earl crée le terme « Indu-nesians » pour désigner les habitants des archipels indonésien et philippin ainsi que ceux de la péninsule de Malacca. Un de ses étudiants, James Richardson Logan, utilise le nom « Indonésie » comme synonyme d'« archipel indien », page 119., pages 252-347.. Néanmoins, les universitaires néerlandais écrivant sur les Indes orientales néerlandaises n'étaient pas très enclins à utiliser le nom « Indonésie ». Ils utilisent plus volontiers les termes d'« Archipel malais » (Maleische Archipel), « Indes orientales néerlandaises » (Nederlandsch Oost Indië raccourci par Indië de Oost, « l'Est ») ou encore Insulinde (terme introduit en 1860 dans le roman Max Havelaar de Multatuli où le colonialisme néerlandais est critiqué), pages 166-171..

À partir de 1900, le nom « Indonésie » est utilisé de manière commune par les universitaires aussi bien étrangers que néerlandais et également par les groupes nationalistes indonésiens. Adolf Bastian, de l'université de Berlin, popularisa le nom dans les milieux universitaires néerlandais à travers son livre Indonesien oder die Inseln des Malayischen Archipels, 1884-1894. Le premier Indonésien à utiliser le nom « Indonésie » est le journaliste Ki Hajar Dewantara lorsqu'il établit un bureau de presse aux Pays-Bas sous le nom dIndonesisch Pers-bureau en 1913.

Histoire

Préhistoire

Des restes fossilisés d’Homo erectus, connus sous le nom d’homme de Java, suggèrent que l’archipel indonésien était peuplé il y a environ 2 millions d’années G. Pope, Recent advances in far eastern paleoanthropology, Annual Review of Anthropology vol. 17, 1988, pages 43-77.. J.P. de Vos et P.Y. Sondaar, Dating hominid sites in Indonesia, Science vol. 266 , 9 décembre 1994.. Plus tard, les fossiles d’Homo floresiensis (L'homme Hobbit), trouvés à Flores, datent d’environ 700 000 à 60 000 avant notre ère, tandis que l’Homo sapiens est arrivé vers 43 000 avant notre ère. Sulawesi et Bornéo abritent les plus anciennes peintures rupestres connues au monde, datant de 40 000 à 60 000 ans.. Des sites mégalithiques tels que Gunung Padang à l’ouest de Java, Lore Lindu à Sulawesi, ainsi que Nias et Sumba à Sumatra reflètent les premiers établissements humains et leurs pratiques cérémonielles.

À l'époque de la glaciation de Würm, le niveau des mers est plus bas qu'aujourd'hui et la partie occidentale de l'archipel indonésien, qui fait partie du plateau continental appelé "Sunda", est à cette époque reliée au continent asiatique. L'Indonésie est alors le lieu de passage des migrations qui, de avant le présent, vont de l'Asie vers l'Australie. Plus tard, d'autres migrations ont lieu d'Australie vers ce qui est aujourd'hui la Nouvelle-Guinée, car les deux forment un plateau continental appelé "Sahul".

Les migrations de population de langues austronésiennes, qui forment la majorité de la population moderne, commencent vers 2000 depuis Taïwan vers les Philippines. Vers 1500 , d'autres migrations austronésiennes commencent vers l'Indonésie et le PacifiqueTaylor (2003), pages 5-7..

Premiers royaumes

vignette|La navigation et le commerce façonnèrent l'histoire de l'Indonésie (bas-relief à Borobudur réalisé aux alentours de l'an 800).

La position stratégique de l'Indonésie comme carrefour maritime favorise les liens entre les îles et le commerce avec l'Inde et la Chine, pages 15-18.. Au de notre ère, l'ouest de l'Indonésie fait partie d'un réseau d'États portuaires qui commercent entre eux et avec l'Inde et la Chine. C'est ainsi que le clou de girofle, apporté en Inde par des commerçants de l'archipel indonésien et de là, acheminé au Moyen-Orient, est connu dès l'Antiquité. Le centre de réseau est alors le royaume du Fou-nan, situé dans le sud de l'actuel Viêt Nam. Le déclin du Fou-nan déplace le centre de ce réseau vers le sud de Sumatra. Au , la cité de Sriwijaya connaît un essor important grâce à son contrôle du commerce maritime dans le détroit de MalaccaTaylor (2003), pages 22-26.Ricklefs (1991), page 3.. Le commerce a depuis cette époque fondamentalement façonné l'histoire indonésienneTaylor (2003), pages 3, 9, 10-11, 13, 14-15, 18-20, 22-23.Vickers (2005), pages 18-20, 60, 133-134..

Dans le centre de Java, des conditions idéales pour l'agriculture et la maîtrise de la technique des rizières dès le permettent le développement d'une riziculture prospère, pages 8-9.. Entre les , les souverains du centre de Java, dont les plus connus sont les dynasties Sailendra, bouddhiste, et Sanjaya, hindouiste, parviennent à la fois à respecter l'autonomie des villages et à construire de grands monuments religieux comme le temple bouddhiste de Borobudur et le complexe religieux hindouiste de Prambanan. On est dans ce que l'on appelle la « période classique indonésienne ».

À la fin du , le centre du pouvoir s'est déplacé du centre à l'est de Java. Là aussi, une agriculture prospère fait de l'île le grenier à riz de l'archipel, assurant la puissance des royaumes successifs de Kediri, Singasari et finalement Majapahit, fondé à la fin du . Sous le règne de Hayam Wuruk (règne 1350-89), ce dernier est la puissance dominante de l'archipel. Cette période est souvent mentionnée comme étant « l'âge d'or » de Java Peter Lewis, « The Next Great Empire », Futures vol. 14 , 1982, pages 47-41..

Royaumes musulmans

Les marchands musulmans de Perse, d'Inde et de Chine abordent dans les ports de l'archipel indonésien. Sans doute au , des princes du nord de Sumatra se convertissent à l'islam, désireux de s'intégrer dans ce réseau commercialRicklefs (1991), pages 3-14.. Majapahit commerçait avec des royaumes musulmans indiens, comme celui de Gaur. Des tombes musulmanes datées du , situées dans un cimetière sur le site de Trowulan et portant un symbole du royaume hindou-bouddhique de Majapahit surnommé "Soleil de Mahapahit", suggèrent que des personnages importants du royaume, sans doute membres de la famille royale, se convertissent à l'islam. L'essor du commerce à l'intérieur même de l'archipel se traduit par la diffusion de l'islamRicklefs (1991), pages 12-14.. Les voient ainsi l'essor des États côtiers musulmans, dont le plus prospère est Malacca sur la péninsule malaise, qui devient le plus grand port d'Asie du Sud-Est. À Java, les principautés de la côte nord, le Pasisir, certaines fondées par des Chinois musulmans, s'affranchissent peu à peu de leurs suzerains hindou-bouddhiques de Majapahit. Le plus puissant d'entre eux est Demak.

À la fin du , une nouvelle puissance du centre de Java, le royaume de Mataram, entreprend la conquête de ces cités portuaires musulmanes. Il oblige les cités côtières à détruire leur flotte et interdit le commerce maritime. Ce royaume se proclame l'héritier de Majapahit. Sous Mataram s'épanouit une culture de cour dont les références continuent d'être les modèles représentés par les grandes épopées indiennes du Mahabharata et du Ramayana. Dans la partie orientale de Java, la principauté de Blambangan échappe au contrôle de Mataram et est vassale de Bali. Ces princes, hindouistes, seront contraints en 1770 de se convertir à l'islam par les Hollandais, soucieux de soustraire l'est de Java à l'influence balinaiseRicklefs (1991), page 99.. Au , dans le nord de Sumatra, sous le règne d'Iskandar Muda, le sultanat d'Aceh entreprend la conquête des régions côtières de l'île, aussi bien de l'est sur le détroit de Malacca, que de l'ouest sur l'océan Indien. Dans l'est de l'archipel, sous le sultan Hasanuddin, le royaume de Gowa, dont les souverains se sont convertis à l'islam en 1605, soumet l'une après l'autre chaque principauté du sud de Sulawesi.

Déclin des royaumes indonésiens et essor de la puissance néerlandaise vignette|Batavia, Indes orientales néerlandaises, 1661.