Le château du Haut-Koenigsbourg ou parfois juste Haut-Koenigsbourg (en allemand Hohkönigsburg) est un château fort alsacien du , profondément remanié au et restauré avant la Première Guerre mondiale sous le règne de Dominique Allios, Architecture des châteaux forts, Architecture et patrimoine, Ouest-France, 2014, , .. Le château se dresse sur le ban de la commune française d'Orschwiller, dans le département du Bas-Rhin et sur le territoire de la collectivité européenne d'Alsace. Le château du Haut-Koenigsbourg est l'un des plus importants sites visités en Alsace.
Dénomination Le nom actuel — le château du Haut-KoenigsbourgMinistère de la culture – (Monuments historiques) ; (Domaine national du Haut-Koenigsbourg).Carte topographique officielle (1/25e) : Château du Haut Koenigsbourg (Institut national de l'information géographique et forestière)Cadastre municipal d’Orschwiller : Château du Haut Koenigsbourg (Parcelle n° 9 - Feuille 000 11 01).Collectivité européenne d’Alsace (service de presse) ; (Alsace Destination Tourisme) ; (Château du Haut-Koenigsbourg)Conseil départemental du Bas-Rhin (Château du Haut-Koenigsbourg). — est le résultat de l'adaptation du nom allemand Hohkönigsburg qui se traduit par « haut-château du roi ».
Situation géographique Le château est situé dans le massif des Vosges à une altitude de à à Orschwiller dans le Bas-Rhin, à l'ouest de Sélestat d'où il est visible. Il se trouve également à au nord de Colmar d'où il est également visible par temps clair et à au sud de Strasbourg. thumb|Vue aérienne de l'ensemble du château|alt=
Historique Les Hohenstaufen En 774, Charlemagne fait don du Stophanberch ou Staufenberg (nom du col où le Haut-Koenigsbourg a été construit) et des terres attenantes au prieuré de Lièpvre, dépendant de la basilique Saint-Denis.
En 1079, est nommé duc de Souabe par l'Empereur du Saint-Empire romain germanique . Il fait construire le château Stauf sur le mont Hohenstaufen près de Göppingen, d'où le nom de la famille.
Afin de renforcer le pouvoir des Hohenstaufen en Alsace, Frédéric le Borgne crée une ligne de défense. Pour cela, il fait construire de nombreux châteaux, dont certains d'entre eux sur des terres qui ne lui appartiennent pas. On dit de lui qu'il a constamment un château accroché à la queue de son cheval. Il aurait fait construire en toute illégalité le château du Haut-Koenigsbourg sur les terres confiées aux moines de l'abbaye de Lièpvre.
En 1147, Eudes de Deuil, moine de Saint-Denis, presse d'intervenir auprès du roi afin de réparer cette injustice. C'est la première mention du château dans un document écrit. À cette date, le site comportait déjà deux tours permettant de surveiller la route d'Alsace du nord au sud, l'une appartenant à de Hohenstaufen, l'autre à son neveu de Hohenstaufen, futur empereur du Saint-Empire romain germanique. Le nom de Königsburg (château du roi) apparaît dès 1157.
Les ducs de Lorraine Dans la première moitié du , profitant de l'affaiblissement des Hohenstaufen, les ducs de Lorraine auraient pris possession du château. Celui-ci est confié aux sires de Rathsamhausen puis aux HohensteinLe château du Haut Koenigsbourg, sur kastel.elsass.free.fr/Notice Historique et Chronologique. qui y régnèrent jusqu'au .
Devenu un repaire de chevaliers brigands, le château est conquis et incendié en 1462 par une coalition regroupant les villes de Colmar, Strasbourg et Bâle, fortes de et de pièces d'artillerie.
Les Thierstein Les restes du Haut-Koenigsbourg sont alors confiés à la famille de Thierstein. Ils font bâtir, sur le côté ouest, un bastion formé de deux tours d'artillerie et d'un mur-bouclier, doté de murs puissants. La basse-cour est protégée par deux tours en fer à cheval et des courtines avec des murs épais. Le château est entouré d'un premier mur de protection afin de gêner la mise en batterie de l'artillerie ennemie.
En 1517, le dernier des Thierstein, croulant sous les dettes, s'éteint. La famille n'ayant pas de descendance, Maximilien rachète le château. Ni l'empereur ni les propriétaires successifs ne feront face aux coûts d'entretien, d'autant que le premier ne finance pas les seconds pour ces réalisations.
Destruction En 1633, l'Alsace est ravagée durant la guerre de Trente Ans, qui a vu, entre autres, les Suédois s'opposer à l'Autriche. En juillet, les Suédois assiègent le Haut-Koenigsbourg qui n'est plus qu'une forteresse délabrée, est commandée par le capitaine Philippe de LiechtenauLe château construit sur la "Montagne du Stophanberch". Forts de canons et de mortiers, ils prennent le château après cinquante-deux jours de siège. Peu de temps après, la forteresse est détruite par un incendie. Le château est alors laissé à l'abandon.
Repéré par Viollet-le-Duc La ruine est repérée par Eugène Viollet-le-Duc en 1854 et des travaux de consolidation sont entamés en 1856..
Acquisition par la commune de Sélestat Classé monument historique en 1862, le site et ses ruines sont rachetés trois ans plus tard à divers propriétaires par la commune de Sélestat.
Cadeau au Kaiser et reconstruction Depuis 1871 et le traité de Francfort, l'Alsace est devenue allemande. Le , le château, alors en ruine, et les terres sommitales l'entourant sont offerts par la ville de Sélestat à l'empereur de Hohenzollern... Il souhaite y créer un musée promouvant la germanité de l'Alsace et, plus généralement, le monde germanique. La municipalité conserve la centaine d’hectares de forêt, économiquement rentables.
La direction de la restauration de ce château fort est confiée en 1900 à Bodo Ebhardt.., architecte et archéologue berlinois âgé de . Il commence par le déblaiement du site et les relevés des anciennes constructions. La restauration s'étalera de 1901 à 1908. L'objectif de Bodo Ebhardt est de le restaurer tel qu'il se présentait aux alentours de l'an 1500. En l’absence d’indices archéologiques, d’archives ou d’éléments de comparaison avec d’autres monuments contemporains, « la part d’interprétation, inévitable en pareille circonstance a été réduite au minimum et elle n’est en aucune façon l’objet d’un quelconque détournement ludique » (François LoyerFrançois Loyer, Historien de l'Architecture, sur www.compagnie-acmh.fr, cf. bibliographie ci-dessous). , qui demeure au Palais du Rhin à Strasbourg, vient régulièrement visiter le chantier, il est logé dans la gare de Saint-HippolyteMaquette de la gare du Kaiser. reconstruite spécialement pour l'accueillir en 1903..
Le nouvel édifice du Haut-Koenigsbourg est inauguré le , mais les finitions et achats de collections se poursuivirent jusqu'en 1918.
Pour le Kaiser, ce château marquait la limite occidentale de l'Empire allemand, comme le château de Marienbourg, aujourd'hui en Pologne, en marquait la limite orientaleCorinne Albaut, Le château du Haut-Koenigsbourg, Monum, éd. du Patrimoine, 2005..
Galerie
De nos jours À l'issue de la Première Guerre mondiale en 1919, le château, bien privé de l'ancien empereur assimilé à une propriété de l'Empire allemand, entre en possession de l'État français lors de la restitution de l'Alsace-Lorraine, en application de l'article 56 du traité de Versailles.
Cependant, le blason de Guillaume II est toujours visible au sein du château. Il reste ainsi un des symboles en Alsace de la présence allemande entre 1871 et 1918, partagé entre la restauration majoritairement crédible de l'architecte et la vision romantique du Moyen Âge de Guillaume II.
vignette|La station de pompage du château. Le Haut-Koenigsbourg, devenu propriété de l'État français, acquiert le statut de Palais national en 1919Haut-Koenigsbourg., dont l'entretien et la restauration ont été réalisés sous la maîtrise d'œuvre de l'architecte des bâtiments civils et palais nationaux du Bas-Rhin jusqu'en 1991, puis par l'architecte des bâtiments de France pour les travaux d'entretien et l'architecte en chef des monuments historiques territorialement compétent pour les travaux de restauration.
Ses abords sont classés par arrêté du . Mais alors que les ruines avaient été classées dès 1862, il faudra attendre le pour voir l’inscription de la station de pompage (ou pavillon de la source) construite en 1903.. Le , un arrêté ministériel procède au classement au titre des monuments historiques de l'intégralité du monument, y compris des parties restituées. Les ruines du château de l'Oedenbourg ou Petit-Koenigsbourg bénéficieront, elles aussi, d’une inscription puis du classement aux mêmes dates.Plans des édifices du Bas-Rhin, Orschwiller (Bas-Rhin), conservés à la Médiathèque du patrimoine et de la photographie : Château du Haut-Koenigsbourg..
Dans le même temps, une attention particulière était portée à l’amélioration de l’accueil du public au château du Haut-Koenigsbourg, dont la priorité a été l’assainissement et l’alimentation en eau.
La propriété du château du Haut-Koenigsbourg est transférée de l'État au conseil général du Bas-Rhin en . Il s'agit du premier bien patrimonial transféré par l'État à une collectivité territoriale parmi une liste de transférables arrêtée en 2004 ..
Le , la toiture du château du Haut-Koenigsbourg subit des dommages lors du passage de la tempête Joachim.
Ce monument historique bénéficie d'une très forte fréquentation touristique, avec près de annuelsChiffres donnés par Tourisme Alsace et France 3 Alsace dans un reportage du 23 novembre 2011..
+ Évolution du nombre de visiteurs par an 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 . 561 354. . 518 541596 706
Controverse sur une restauration vignette|redresse|La porte d'honneur du château, un des points de polémique.
Cette cession historique à et les intentions de ce dernier sont sans doute, en partie, à l'origine des polémiques autour de cette restauration engagée sous la direction de Bodo Ebhardt.
Si aujourd'hui la reconstitution de Bodo Ebhardt est admise comme plausible, la rénovation du château était néanmoins sujette à polémique à l'époqueJean-Marie Le Minor, Le Haut-Koenigsbourg, , Éditions Alan Sutton.. Les détracteurs de la reconstruction, préférant de loin le charme des ruines au château reconstruit, notèrent que certains éléments furent imaginés par l'architecte, car ils étaient complètement détruits. De nombreux ensembles étaient alors considérés comme fantaisistes : le donjon carré. En effet dans une gravure ancienne, il est présenté comme rond mais les fondations prouvent bien que la vision de l'architecte était exacteCorinne Ibram et Jean-Luc Marino, L'Empereur, la ruine et le château, Documentaire. ; la salle du Kaiser et ses dimensions originelles non restituées. En effet, l'architecture en pierre et la présence du poêle et de la cheminée montrent qu'à l'origine cette pièce était composée de deux étages et plusieurs pièces. L'état actuel de cette pièce était une exigence de pour montrer la force et l'importance de l'État allemand ; l'escalier d'honneur hexagonal , considéré comme trop décoré pour un élément du Moyen Âge ; la porte d'honneur, entrée du château, et ses bas-reliefs. Lors de la restauration du château, cette porte était complètement détruite et absente ; la présence du moulin à vent sur une tour d'artillerie et de la forge dans la cour basseJean-Robert Zimmermann, Haut Koenigsbourg La sentinelle de l'Alsace, Éditions Place Stanislas..
Cependant, aujourd'hui, on considère que Bodo Ebhardt, au travers de cette restauration « est en tout cas resté dans les limites de la vraisemblance, ayant toujours eu le souci de s'inspirer des nombreux édifices qu'il avait étudiés avant d'élaborer son projet »Roger Lehni, Le château du Haut-Koenigsbourg, Ouest France, 1996..
Les caricaturistes de l'époque s'en donnèrent à cœur joie comme Henri Zislin ou Jean-Jacques Waltz qui réalisa plusieurs planches sur ce sujet. Elles sont actuellement visibles au musée de Hansi à Riquewihr.