La est une ligne de chemin de fer française longue de qui suit la vallée de la Moselle sur sa rive droite de Thionville à Apach, à la frontière franco-allemande, en région Grand-Est (anciennement Lorraine). Elle se poursuit en direction de Trèves à travers le land de Rhénanie-Palatinat par la ligne de Coblence à Perl-Frontière. Ouverte en 1878 par la Direction générale impériale des chemins de fer d'Alsace-Lorraine, elle assure aujourd'hui un trafic presque exclusivement constitué de fret transfrontalier.
Elle constitue la ligne du réseau ferré national.
Histoire
Chronologie
1878 : mise en service de la ligne à voie unique ; 1893 : mise à double voie ; : électrification en 25 kV – 50 Hz monophasé ; : mise en service du block automatique lumineux (BAL) de Thionville à Apach.
Un maillon entre la Lorraine et l'Allemagne
La ligne est ouverte en 1878 par la Direction générale impériale des chemins de fer d'Alsace-Lorraine (Kaiserliche Generaldirektion der Eisenbahnen in Elsaß-Lothringen), l'Alsace et une partie de la Lorraine étant sous domination allemande depuis la défaite de 1871. Elle fait partie de la Kanonenbahn Berlin - Metz, une ancienne ligne de chemin de fer stratégique allemande. La ligne, originellement à voie unique, est mise à double voie en 1893. Son trafic de marchandises est important, avec le transport des pondéreux provenant de la Ruhr vers les usines sidérurgiques lorrainesBernard Collardey, « Thionville - Apach, un itinéraire mosellan », dans Rail Passion , février 2002, 58.
En 1918, avec la fin de la Première Guerre mondiale, la ligne devient française et est alors exploitée par la nouvelle Administration des chemins de fer d'Alsace et de Lorraine (AL), jusqu'à la création de la SNCF en 1938 où elle devient la ligne 71 de la nouvelle région Est. Le réseau de l'AL l'équipe du block manuel jusqu'à la gare de Kœnigsmacker, mais maintient l'usage du cantonnement téléphonique au-delà. En 1937, dernière année d'existence de l'AL, la gare d'Apach voit transiter de marchandises à l'import, constituées de charbon et de coke de la Ruhr pour les usines métallurgiques lorraines, et seulement de marchandises à l'exportBernard Collardey, « Thionville - Apach, un itinéraire mosellan », dans Rail Passion , février 2002, 59.
Avec la débâcle de l'armée française en 1940, la ligne passe sous le contrôle de la Reichsbahndirektionen (RbD) Saarbrücken. Celle-ci l'utilise afin d'assurer ses besoins militaires, avec notamment des trains de troupes, de matériel et de ravitaillement en direction de la France occupée et, en sens inverse, des trains de marchandises confisquées en France (de minerai lorrain, bauxite, phosphates ou encore des produits de consommation courants) mais également le transport de permissionnaires allemands. Les importants bombardements de l'été et de l'automne 1944 visant le carrefour ferroviaire de Thionville empêchent tout trafic jusqu'en , avec la mise en route exclusive de trains militaires alimentant le front des Alliés vers Trèves et Coblence.
En 1946, la ligne est renumérotée 37 et ne tarde pas à retrouver son important trafic de marchandises d'avant-guerre, toujours avec de forts tonnages de coke et de charbon de la Ruhr vers les usines sidérurgiques lorraines. La mise en place d'une zone d'occupation militaire française couvrant les bassins de Trèves et de Coblence en Allemagne occasionne un fort trafic supervisé par la direction des transports militaires par voie ferrée (DTMVF). Il concerne le transport des recrues, centralisées au centre de Metz avant d'être envoyées vers les divers régiments situés en Allemagne, et à l'inverse celui des libérables ainsi que les trains de permissionnaires, à cette époque groupés au moment des fêtes de Pâques, de la Pentecôte, de Noël et du jour de l'an, et enfin le transport de matériel depuis les unités des Forces françaises en Allemagne (FFA) lors de manœuvres se déroulant sur le territoire français. Durant les années 1950, l'importance des effectifs, qui atteignent près de cinquante mille hommes, entraine la mise en route de batteries de trains affectés aux acheminements massifs, avec jusqu'à dix trains par sens certains jours.
En 1959, les postes AL d'Apach, devenus totalement anachroniques, sont remplacés et dotés d'un tableau mécanique unifié 45 (MU 45), poste d'aiguillage standardisé de la SNCF. L'artère, qui achemine jusqu'à cent circulations quotidiennes certains jours, devient une enclave à traction autonome au sein d'un réseau électrifié ; elle est en conséquence dotée d'une caténaire 25 kV – 50 Hz monophasé, mise sous tension le . Parallèlement, le block manuel de double voie type Alsace-Moselle est mis en service de Kœnigsmacker à Apach.
Un axe essentiellement consacré au fret
En 1961, les transports accélérés ferroviaires Trans-Europ-Express-Marchandises (TEEM)Rixke Rail's Archives - Les trains teem font leur apparition, pendants des Trans-Europ-Express (TEE) en service voyageurs. Des trains de fruits et légumes (oranges d'Espagne, raisins, pêches et abricots de la vallée du Rhône ou du Languedoc-Roussillon, choux-fleurs de Bretagne) à destination de l'Allemagne et de la Scandinavie transitent par Apach, où le volume d'exportation atteint cette année de marchandises et à l'importation. En 1970, ces volumes atteignent respectivement et . Un trafic assez particulier mais important s'effectue à cette époque, avec l'importation de chevaux de Pologne destinés aux abattoirs français, après soins aux animaux dans la halle d'importation d'ApachBernard Collardey, « Thionville - Apach, un itinéraire mosellan », dans Rail Passion , février 2002, 60.
thumb|alt=Vue du bâtiment des voyageurs de la gare d'Apach.|Le bâtiment des voyageurs de la gare d'Apach.
Parallèlement, en 1964, la Moselle est entièrement canalisée de Nancy à Coblence et permet la navigation de chalands de . Pour contrecarrer cette concurrence accrue, la Deutsche Bundesbahn, qui avait différé l'électrification de Coblence à la frontière française pour privilégier d'autres axes, met en œuvre l'équipement de la ligne. En , la caténaire 15 kV – 16 2/3 Hz est mise sous tension, la transition avec le 25 kV SNCF s'effectuant par le biais d'une section neutre entre Perl et Apach.
La fin des années 1970 et surtout les années 1980 restent marquées par la crise de la sidérurgie lorraine. Les importations de charbon de la Ruhr à destination des hauts-fourneaux de Hayange, Joeuf, Moyeuvre et Pompey déclinent irrémédiablement. Le transport de denrées périssables s'effondre également jusqu'à disparaître, très fortement concurrencé par le transport routier ; en 1985, Apach ne traite plus que de marchandises à l'importation. Ce chiffre n'atteint plus que deux ans plus tard, avec en revanche une grande diversité de marchandises, constituées de produits sidérurgiques et chimiques, de conteneurs, de voitures et de machines agricoles, de carton. La même année, les exportations n'atteignent plus que , constituées de voitures neuves, de craie, de talc, d'argile, de bois et d'engraisBernard Collardey, « Thionville - Apach, un itinéraire mosellan », dans Rail Passion , février 2002, 61.
Sur le plan de l'équipement, le , la ligne est dotée du block automatique lumineux (BAL) de Thionville à Apach, où le block manuel par circuits de voie est maintenu entre les postes 1 et 2. Le , les formalités douanières et sanitaires sont transférées du site d'Apach au triage de Woippy, ce qui permet d'accélérer les acheminements par réduction des arrêts. Seuls les changements de machines sont encore effectués à Apach. En 1993, la ligne atteint le creux de la vague en matière de fret avec seulement de marchandises à l'importation.
En l'an 2000, le trafic fret connaît un léger redressement avec à l'importation et à l'exportation, composé de marchandises très diversifiées, à l'exception de pondéreux, avec la circulation d'une douzaine de trains de fret par jour et par sens, formés par le triage de Woippy et expédiés vers les triages d'Ehrang (Trèves), Gremberg (Cologne) et Maschen (Hambourg). Les installations d'Apach, devenues pléthoriques, servent au garage de matériels vides ; la halle d'importation de marchandises, devenue inutile, est démolieBernard Collardey, « Thionville - Apach, un itinéraire mosellan », dans Rail Passion , février 2002, 63.
Caractéristiques
Tracé
La ligne quitte Thionville par le nord-est et traverse l'ample plaine de la Moselle avec un tracé rectiligne. Toujours située sur sa rive droite, elle s'en rapproche à hauteur de Malling où le cours devient enserré entre des collines boisées et impose un tracé sinueux. De Sierck-les-Bains à la gare frontière d'Apach, la ligne est établie en bordure de la rivière et dominée par des vignobles en terrasses. Au-delà, en Allemagne, la voie ferrée reste située sur la rive droite jusqu'à Trèves.
Équipement
La ligne, à double voie, possède un excellent profil, les déclivités ne dépassent pas . Elle est électrifiée en 25 kV – 50 Hz monophasé RFF - Carte des lignes électrifiées (consulté le 8 mars 2014) côté français et en – au-delà de la frontière, équipée du block automatique lumineux (BAL) RFF - Carte des modes d’espacement des trains (consulté le 8 mars 2014), du contrôle de vitesse par balises (KVB) RFF - Carte des lignes équipées de contrôle de vitesses (consulté le 8 mars 2014) et d'une liaison radio sol-train GSM-R RFF - Cartes des lignes équipées de liaisons avec les trains (consulté le 8 mars 2014). La circulation des trains est gérée depuis le poste d'aiguillage à relais à commande informatique (PRCI) de Thionville.
Anciennement située dans la zone annexée par l'Allemagne de 1871 à 1918, elle a pour particularité, comme toutes les lignes de cette zone, de voir les trains circuler à droite et non à gauche comme partout ailleurs en FranceRenseignements techniques SNCF/RFF, version de novembre 2013.
Vitesse limite
La vitesse limite de la ligne en 2014 pour tous les types de trains est fixée à de Thionville à Apach et à la frontière franco-allemande (PK 22,1) mais les trains de certaines catégories, comme les trains de marchandises, sont soumis à des limites plus faibles.
Exploitation Durant les premières années d'existence de la ligne, la Direction générale impériale des chemins de fer d'Alsace-Lorraine (EL) fait circuler un train de luxe de Metz à Berlin afin de légitimer son rang de grande artère impériale. Toutefois, hormis la circulation de trains de permissionnaires et quelques rares trains internationaux de grandes lignes, la ligne est tout au long de son histoire principalement utilisée pour le fret, le service local des voyageurs restant marginal.
vignette|Un élément X 4500 marque un arrêt en gare frontière d'Apach le 10 juin 1991. Lors de la création de la SNCF en 1938, la trame issue de l'ancien réseau d'Alsace-Lorraine ne change pas, avec neuf allers-retours de desserte locale dont quatre sont prolongés à Perl, la gare frontière allemande. Hormis un autorail De Dietrich, la traction, fournie par le dépôt de Thionville, repose sur des locomotives à vapeur 230 F et 230 G pour les trains de voyageurs, et 150 B, 150 C et 040 D pour les marchandises. Après la guerre, s'ajoutent les 150 X et 150 Y, prises de guerre, et les 141 R. La gare d'Apach reçoit la visite des séries allemandes DB 44, 50 et 52. Hormis les nombreux trains de permissionnaires, les besoins de transport des militaires français en Allemagne motivent la mise en marche d'une relation nocturne quotidienne Paris-Est – Metz – Trèves – Coblence – Cologne transitant par la ligne, avec relève traction des 230 B par des 38 de la DB en gare d'Apach. À la fin des années 1950, cinq omnibus assurent la desserte locale de la ligne, dont quatre assurés par des autorails De Dietrich ; un se rend jusqu'à Perl et un à Trèves.