Zoé PorphyrogénèteDu grec , « né dans la pourpre », ce surnom était attribué aux princes et princesses nés alors que leur père était empereur. (en grec : , : la vie), née vers 978 et morte en , est une impératrice byzantine de 1028 à 1050 aux côtés de trois époux, de son fils adoptif et de sa sœur Théodora Porphyrogénète ; elle règne en son nom propre pendant quelques semaines d' à .

Elle était la seconde fille de (), co-empereur aux côtés de son frère (). Lorsque mourut sans laisser d’héritier, demeura seul empereur. Il avait trois filles : Eudoxie, Zoé et Théodora. L'aînée, Eudoxie, ayant souffert de petite vérole dans son enfance et s'étant réfugiée dans un couvent, le trône revint à Zoé, que força peu avant sa mort à épouser un sénateur de Constantinople, Romain Argyros, lequel devint empereur () aux côtés de son épouse.

Très tôt l'empereur délaissa Zoé, qui s'éprit follement d'un jeune homme de trente ans son cadet venant de Paphlagonie, prénommé Michel. Cinq ans après le mariage de Zoé et de , ce dernier trouva la mort dans une piscine du palais. Le jour même de son décès, Zoé épousait son amant qui fut couronné le lendemain sous le nom de (). Épileptique et de santé fragile, devait mourir à la suite d’une campagne victorieuse contre les Bulgares, non sans avoir persuadé Zoé d'adopter son neveu qui prit le nom de ().

Une fois empereur, exila sa mère adoptive, provoquant la colère de la population de la capitale, très attachée à la dynastie macédonienne dont Zoé et sa sœur Théodora étaient les dernières représentantes. Le , une révolte populaire chassa du trône et y installa les deux sœurs qui régnèrent conjointement pendant trois mois jusqu'à ce que Zoé décide d’épouser un de ses anciens amants, Constantin Monomaque, à qui elle transférera le pouvoir, celui-ci devenant (). Huit ans plus tard, Zoé décédait à l'âge de soixante-douze ans.

Biographie De la naissance au premier mariage (978-1028)

thumb|left|Les souverains de l’Empire byzantin au selon la Chronographie de Michel Psellos.

Zoé dut naître vers 978, car Michel Psellos nous dit qu'elle avait soixante-douze ans lors de son décès en 1050. Elle était la deuxième fille de et de son épouse Helena Alypios. Sa sœur aînée, Eudoxie, était entrée très jeune dans un monastère après avoir été défigurée par la petite vérole dans son enfance ; elle devait y demeurer jusqu'à sa mort avant 1042. La plus jeune, Théodora, réputée plus intelligente que Zoé mais d'apparence moins attrayante, fut envoyée dans un couvent par son père lorsqu'elle refusa d'épouser Romain Argyros qui était déjà marié ; elle devait en sortir lorsque la foule vint l'y chercher pour la faire régner aux côtés de Zoé lors de la déposition de .

L'enfance de Zoé se passa dans le gynécée impérial avec sa sœur Théodora jusqu'à ce qu'en 996 une ambassade vienne demander à la main de l'une de ses trois filles pour le jeune , roi des Romains depuis 983 et devenu en 996 empereur du Saint-Empire romain. Rêvant d'Empire universel et faisant de Rome sa nouvelle capitale, le jeune souverain désirait une épouse byzantine comme son père, lequel avait épousé la princesse arméno-byzantine Théophano Skleraina. Malheureusement, les ambassadeurs byzantins accompagnant ceux d' au retour pour négocier les détails du mariage ne trouvèrent pas l'empereur qui avait quitté Rome pour l'Allemagne et revinrent bredouilles à Constantinople. Une deuxième ambassade fut envoyée en 1001 conduite par l'archevêque de Milan, , avec pour mission cette fois de ramener la future épouse. Eudoxie étant déjà dans un couvent et Théodora n'ayant pas les charmes de sa sœur, le choix se porta sur Zoé qui, l'année suivante, partit pour l'Italie. Malheureusement, sitôt fut-elle arrivée à Bari qu'elle apprit que son futur époux venait de succomber d'une fièvre intense le . Elle dut retourner à Constantinople par le bateau sur lequel elle était arrivée.

Zoé avait donc regagné le gynécée impérial avec sa sœur Théodora lorsqu'en 1028, alors qu'elle approchait la cinquantaine, une nouvelle ambassade arriva du Saint-Empire romain germanique avec une proposition d'union matrimoniale : l'empereur voulait donner une épouse à son fils, le jeune Henri. Le projet tourna court lorsque l'on comprit que le jeune Henri n'avait que dix ans.

Entre-temps, avait succédé à son frère. Ayant toujours vécu dans l'ombre de , l'empereur ignorait tout des affaires de l'État. Frivole et indolent, il confia le gouvernement aux eunuques du palais et destitua les hauts fonctionnaires civils et militaires qui avaient contribué au succès de son frère. Le , il tomba mortellement malade. Ce ne fut qu'alors qu'il songea à sa succession. La question se posa de savoir quel époux donner à Zoé, héritière du titre en l'absence d'un enfant mâle. Son premier choix se porta sur le patricien Constantin Dalassène, doux (gouverneur depuis 1024) d'Antioche et membre d'une famille alliée depuis toujours à la dynastie régnante. Toutefois ce choix se heurta aux protestations de la bureaucratie civile de Constantinople et l'empereur dut accepter le choix de celle-ci : un sénateur déjà sexagénaire du nom de Romain Argyros, éparque de ConstantinopleSelon Zonaras, Constantin aurait initialement voulu marier Romain à sa plus jeune fille Théodora, plus intelligente et encore en âge d’avoir des enfants. Mais celle-ci aurait refusé tout net prétextant soit des liens de consanguinité (ils étaient cousins au septième degré), soit parce qu’Hélène n’avait pas vraiment eu la liberté de quitter son mari, le mariage demeurant ainsi valide ( ; ; ; ).. Toutefois, celui-ci était déjà marié. Fidèle à sa réputation de brutalité et d'accès de colère, Constantin fit venir l'épouse de Romain qui eut à choisir : le divorce immédiat ou l'aveuglement de Romain. Pour sauver son mari, Helena accepta d'entrer dans un couvent et de prendre le voile, libérant ainsi son époux des liens du mariage Voir sur la dissolution d’un mariage, .. Le lendemain, , Romain épousait Zoé dans la chapelle du palais impérial ; le 11, Romain était au chevet de l'empereur qui rendait son dernier souffle ; le 13, il était couronné empereur sous le nom de aux côtés de son épouse radieuse .

Épouse de (1028-1034)

thumb|right|Le « meurtre » de dans son bain d'après une miniature du Skylitzès de Madrid.

Une fois passée du gynécée à la cour proprement dite, Zoé s'assura que sa sœur ne lui porterait pas ombrage. Elle convainquit son époux de nommer un de ses hommes responsable de la maison de Théodora avec mission de la surveiller étroitement. Peu après, Théodora fut accusée de comploter pour s'emparer du trône, d'abord avec de Bulgarie en 1030, puis avec Constantin Diogène, gouverneur de Sirmium en 1031 . fit exiler celle-ci au couvent de Petron tout en lui laissant toutefois certains privilèges et la gardant sous sa protection. Si Michel Psellos affirmait qu'elle avait une haute conscience de sa stature impériale, il semblerait que cette décision de relégation de sa sœur fut sa seule véritable action politique sous le règne de Romain.

Le premier souci du couple impérial était de perpétuer la dynastie. Zoé ayant atteint la cinquantaine, Romain tout comme Zoé utilisèrent charmes, amulettes et talismans pour aider la conception, le tout sans résultat. Rapidement, Romain perdit tout intérêt pour l'impératrice, manifestant ouvertement son mépris. Il lui retira d'abord sa liberté de mouvement, et, pire encore pour cette femme qui dépensait sans compter, il lui interdit l'accès au trésor public, lui imposant de vivre sur des émoluments fixes .

Zoé en conçut un dépit profond à l'endroit de l’homme qui n'était devenu empereur que grâce à elle. Aussi, lorsque le parakimomèneLe parakimomène (en grec , « celui qui couche auprès [de l'empereur] ») était un titre porté par un haut dignitaire du palais des empereurs byzantins, généralement un eunuque. Chargé tout particulièrement d'assurer la protection du souverain pendant la nuit (portant d'ailleurs une arme), le parakimomène devait jouir de la confiance totale de l’empereur. Jean l'Orphanotrophe, parce que l'empereur l'avait nommé responsable de l'orphelinat Saint-PaulÉdifié autour de l'église Saint-Paul, cet orphelinat était une véritable cité. De nombreuses maisons logeaient des pauvres et des infirmes : vieillards, nourrissons, impotents, paralytiques, aveugles, estropiés, au nombre de plusieurs milliers. Tellement grand qu’il « fallait une journée pour en faire le tour », cet orphelinat était doté d'immenses revenus., introduisit à la cour son frère Michel, alors dans la vingtaine et d'une grande beauté physique. Zoé en tomba immédiatement amoureuse et l'attira dans ses appartements.

D'abord résistant aux avances de l'impératrice, Michel réalisa rapidement l'intérêt d'une telle liaison pour lui et sa famille : bientôt leur relation devint évidente, Zoé embrassant son jeune partenaire aux yeux de tous. Romain qui avait dix ans de plus que l'impératrice ferma d'abord les yeux sur cette idylle, attachant même Michel à son service personnel. Lorsque le scandale éclata au grand jour grâce aux ragots de la sœur de l'empereur, Pulchérie, l'empereur confronta Michel qui jura sur de saintes reliques qu'il ne s'agissait que de calomnies. Amadoué par ces paroles et sensible à la terrible maladie qui frappait Michel depuis sa jeunesse (celui-ci était épileptique), Romain préféra fermer les yeux. Zoé n'en était du reste pas à sa première liaison et déjà les noms de Constantin Catepane et Constantin Monomaque circulaient à son sujet.

Bientôt, une maladie aussi subite que douloureuse frappa l'empereur. Sa face s'enfla, son souffle se fit court, il perdit l'appétit et le sommeil. Il n'en fallait pas moins pour qu'au palais on parle d'empoisonnement, montrant du doigt l'impératrice ZoéPsellos lui-même semble accréditer la thèse de l’empoisonnement, car ayant eu l’occasion de voir l’empereur dans son cercueil, il décrit le cadavre comme « rappelant plutôt celui des corps gonflés et pâlis par l’absorption de poisons » ().. Le Jeudi saint 1034, alors qu'il se préparait pour les cérémonies du lendemain, l'empereur mourut dans une des piscines du palais. Crise cardiaque ou assassinat par les serviteurs du palais ? Le récit de Michel Psellos ne le dit pas. Une chose est certaine toutefois : accourue sur les lieux, Zoé jeta un regard sur son époux et, assurée de sa mort prochaine, courut rejoindre son amant. Dès le lendemain (le Vendredi saint), le patriarche Alexis fut convoqué au palais pour unir Zoé et Michel, de trente ans plus jeune qu'elle, et oindre celui-ci comme empereur. Choqué par la vision de l'impératrice et de son amant revêtus tous deux des habits impériaux, le patriarche ne consentit selon Jean Skylitzès à cette union et au couronnement qui suivit qu'après avoir reçu de l'impératrice la promesse d'une somme de cinquante livres d’or pour lui et de cinquante autres pour son clergé. Le même soir, les hauts dignitaires de l'Église et de l'État venaient à la fois rendre leurs hommages à la fois au nouveau couple impérial et se recueillir devant l'empereur décédé dont le cercueil fut conduit à l'église de la Vierge Peribleptos qu'il avait fait construire . Selon Evelyne Patlagean, le choix de l'union avec , au-delà de la passion évidente de Zoé à son égard, pouvait aussi relever d'un choix politique. En épousant le membre d'une famille modeste, elle pouvait éviter ou retarder l'émergence d'une dynastie concurrente à la sienne et garder son rôle pivot dans le jeu politique byzantin.

Épouse de (1034-1041)

thumb|left|Le mariage de Zoé et de selon une miniature du Skylitzès de Madrid.