vignette|250px|Maisons de style néerlandais, bâties au début du sur William Street au bas de Manhattan, rappelant les origines néerlandaises de la ville. De la colonie du , il ne reste que des vestiges archéologiques à la suite du Grand Incendie de New York de 1776 et de celui de 1835...

La Nouvelle-Amsterdam (, ; , ) est un établissement néerlandais implanté au sur l’île de Manhattan par la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales.

Véritable tête de pont et capitale administrative de la colonie de la Nouvelle-Néerlande, elle est rebaptisée New York par les Anglais lors de son acquisition en 1664 ou brièvement La Nouvelle-Orange () de 1673 à 1674. La colonie ne devient définitivement anglaise qu'en 1674 avec le traité de Westminster.

Histoire Premières implantations Giovanni da Verrazzano est le premier Européen à découvrir le site de la future Nouvelle-Amsterdam (aujourd'hui New York), en 1524. Ce navigateur florentin était armé par le roi de France François , de la maison Valois-Angoulême (né à Cognac, François est fils du comte d'Angoulême). Capitaine du vaisseau La Dauphine de la Royale française, Verrazano donne le nom de « La Nouvelle-Angoulême » à la baie formée à l'embouchure du fleuve que Verrazano baptise « VendômeCf. . », et qui deviendra plus tard le fleuve Hudson.

À la recherche d'un passage maritime vers l’Asie par le Nord-Ouest au service des Néerlandais, l’explorateur anglais Henry Hudson visite la future baie de New York en 1609 et remonte l'Hudson, qui portait, et ce jusqu'au milieu du le nom néerlandais de (« fleuve du Nord »). À son retour, il indique aux financeurs de son expédition le fort potentiel du site, notamment en matière de castors dont la peau constituait une marchandise très prisée, entre autres pour fabriquer des chapeaux imperméables, et les convainc d'y installer une colonieSite jemesouviens.biz, page sur le 11 septembre 1609, consulté le septembre 2021... En 1614, l'explorateur Adriaen Block reste sur place plus d’un an. thumb|320px|left|La Nouvelle-Néerlande en 1664.

Pendant les quinze premières années, l’ile de Manhattan est peu utilisée par les colons de la Nouvelle-Néerlande (, Nouveaux-Pays-Bas). Les explorateurs préfèrent s’enfoncer dans les forêts giboyeuses, où ils pratiquent le troc des produits européens bon marché contre les fourrures rapportées par les chasseurs amérindiens. Une des monnaies d’échange utilisée était le wampum, ceintures ornées de coquillages et de perles. L'ornement des wampums codifiait les relations politiques entre les différents clans, aussi leur lecture était-elle une pierre angulaire pour les négociations, le marchandage et les alliances. Les wampums étaient au départ fabriqués par les tribus habitant près du rivage, et les Européens approvisionnaient celles qui ne pouvaient en fabriquer à l’intérieur des terres. Disposant d’outils de métal, les Néerlandais lancent la production de tels articles sur l’île de Long Island. L'offre dépasse toutefois rapidement la demande, et ce marché s'effondre.

En 1624, les premières familles de colons, appelées pour gérer les comptoirs de commerce, sont en majorité envoyées en amont dans la vallée de l’Hudson. Sur l’île de Manhattan, on ne trouve alors que quelques plantations et un peu d’élevage.

La fortification (1625) Le , sous la menace grandissante d’une attaque provenant d’autres puissances coloniales, les dirigeants de la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales décidèrent de protéger l’embouchure du fleuve Hudson, et de regrouper les activités des comptoirs commerciaux dans une enceinte fortifiée, sur l'île de Manhattan, appelée « La Nouvelle-Amsterdam ».. Dès 1620, une lettre de l’architecte anglais Inigo Jones, probablement contacté par la compagnie, préconise de construire un ouvrage en maçonnerie, selon un plan en forme d’étoile traditionnellement utilisé à cette époque.

Le directeur de la compagnie, Willem Verhulst, et l’ingénieur Cryn Fredericks choisirent un site approprié au sud de l’île, à l’emplacement actuel d’un bâtiment des douanes américaines (Alexander Hamilton U.S. Custom House), près de Battery Park.

1626-1673 Les premiers gouverneurs vignette|Sur le plan Castello, une carte de 1660 de New Amsterdam ; le fort a donné son nom à The Battery, la grande rue allant du fort au-delà du mur est devenue Broadway et le mur de la ville (à droite) a peut-être donné son nom à Wall Street. vignette|200px|Première vente d'esclaves 1655 à la Nouvelle-Amsterdam par Howard Pyle, 1895.|gauche Willem Verhulst était un directeur impopulaire, qui traitait les colons comme de simples employés et ne gérait pas correctement les finances de la colonie. En 1626, il est remplacé par Pierre Minuit, qui négocie l'achat de l'île de Manhattan (« Manhatte » à l'époque en français) aux Indiens Lenapes, pour 60 florins de marchandises. Cet acte est devenu légendaire (New York fut achetée aux Indiens pour ), mais il peut être soulevé que les Lenapes ne connaissaient pas le concept de propriété foncière permanente (ils étaient semi-sédentaires), ce qui diminue la portée du geste.

Lors de la construction du fort, la guerre entre les Agniers et les Mohicans contraint la compagnie à précipiter le déplacement des colons à l’intérieur de Fort Amsterdam. L’urgence et le manque de moyens (la compagnie était déficitaire), entraînent une révision à la baisse des plans de fortification initiaux. On se contenta d’un simple fortin entouré d’une palissade de bois. Une scierie fut installée sur l’île qui s’appelle actuellement Governors Island. La colonie compte alors , enfants compris. En 1992, on a retrouvé dans les archives de la bibliothèque nationale autrichienne, une aquarelle représentant la colonie de La Nouvelle-Amsterdam vers le milieu du .

Les premiers travailleurs noirs

droite|vignette|325x325px|Les bains publics Asser Levy, partie de la Asser Levy Recreation Center, sur la à Manhattan, portent le nom d', un des premiers citoyens importants de la ville, défenseur des droits civiques. La Nouvelle-Amsterdam établit le premier système de lutte contre les incendies en 1647Maria Mudd-Ruth, Scott Sroka, Firefighting: Behind the Scenes, Houghton Mifflin Harcourt, 1998, p. 7..

vignette|Document de 1624 de Pieter Schaghen indiquant l'achat de Manhattan pour 60 gulden. L’esclavage à la Nouvelle-Amsterdam ne s’est développé que dans le dernier tiers du et sans lois définies"Slavery and Freedom in New Amsterdam", par Edna Greene Medford, Emilyn L. Brown, Linda Heywood, et John Thornton, dans"Historical Perspectives of the African Burial Ground: New York Blacks and the Diaspora" par Edna Greene Medford, Howard University Press en 2009 .

Une dizaine d'Africains était apparue dans la colonie au cours de la première décennie ou la suivante, mais leur statut d'esclave n'est pas reconnu par les historiens, comme c'est aussi le cas pour les rescapés noirs de Virginie, arrivés eux en 1619 en terre anglaise, auxquels a été appliqué un statut d'engagé, car ils ont aux aussi été pris par des corsaires à un navire négrier, portugais dans le cas de ceux amenés à New-York, puis libérés et transférés au service de la WIC, au service de laquelle ils ont les premières décennies un statut de travailleur engagé. Les Africains de Manhattan font reconnaître ce statut en 1644, même si la confirmation ne prend la forme que d'une liberté conditionnelle. Leur origine transparaît dans des noms comme « Paulo Angola », « Grand Manuel » ou « Simon Congo ». Dans les premières décennies de la colonie, ils avaient droits de propriété et d'action devant les tribunaux, pouvaient se marier légalement, avoir des armes et apprendre à lire.

De nombreux historiens jugent plausible la date de 1626 ou 1627 pour leur arrivée, car dans leur procédure de 1644, ils ont affirmé avoir été présents dans la colonie pendant 18 à 19 ans. Selon les historiens, ils pourraient ainsi être arrivés le à bord du Bruynvis, navire de course de la WIC spécialisé dans l'attaque des vaisseaux espagnols et portugais, qui était parti d'Amsterdam dans ce but. Il avait arraisonné un bâtiment portugais transportant 150 captifs en plus d'une cargaison de tabac, seule cette dernière ayant été conservée par les corsaires, en vertu de la règle voulant que les esclaves ainsi récupérés soient libérés, leur trafic faisant alors l'objet d'une prohibition dans le monde hollandais. Le Bruynvis a ensuite transporté plus tard 50 esclaves à Pavonia (New Jersey), également récupérés sur un négrier ennemi. Dans les années 1630, la WIC s'engage dans un document à ce que d'autres Africains pris sur les navires ennemis soient amenés dans cette colonie peu peuplée"The Quest for Labor: From Privateering to Legitimate Trade" par Edna Greene Medford, Emilyn L. Brown, Linda Heywood, et John Thornton, dans "Historical Perspectives of the African Burial Ground: New York Blacks and the Diaspora" par Edna Greene Medford, Howard University Press en 2009 , mais en 1635, cinq Africains exigent auprès d'elle, par écrit des arriérés de salaires car ils ont participé à la construction de Fort Amsterdam, terminé la même année, démarche qui ne semble alors pas inhabituelle. En 1638, le très influent théologue Godefridus Cornelisz Udemans estime que l'esclavage doit être réservé aux païens, déjà victimes de l'esclavage spirituel de la superstition et de la sorcellerie. Selon lui, un chrétien n'a pas le droit de réduire en esclavage un autre chrétien.

La guerre de Kieft (1643-1645) contre les Amérindiens a ensuite durci la situation. Le gouverneur William Kieft obtient en 1644 le renfort d'une partie des 450 soldats hollandais du Brésil qui avaient dû se réfugier, après avoir été battus par la révolte du Mahrano, sur l'île de Curaçao, alors dirigée par Pieter Stuyvesant. William Kieft réclame en plus, en 1644, des esclaves pour l'agriculture. Du coup, en , le Tamandare arrive du Brésil et en amène, mais dans un effectif non précisé : le gouverneur précise juste n'en avoir pas reçu assez. Dans cette colonie hollandaise, comme probablement dans les autres, l'achat d'esclaves africains est alors strictement limité à l'Angola, dans un texte de 1650, complété par un autre qui interdit explicitement d'importer des esclaves de la Côte de l'Or, sous peine de pénalités. Cette précaution, visant à garantir la stabilité des relations hollandaises avec les populations africaines de la Côte de l'Or, sera maintenue quasiment jusqu'à la fin de l'ère hollandaise de la colonie en 1664.

Une première évolution a lieu en 1644 avec la décision ne donnant aux travailleurs noirs qu'une liberté relative, soit un début de statut inférieur, bien que beaucoup moins marqué qu'ensuite dans la période anglaise, selon l'historien Edgar McManus. En 1641 encore, Manuel Gerrit de Reus est pendu pour le meurtre collectif d'un Africain.

Dès 1638, le directeur de la WIC Wouten Van Twiller avait « prêté » 5 ou 6 Africains salariés de la WIC, au moment de la location de lopins de terres à tabac à des fermiers. La colonie en compte alors une centaine. Plusieurs lots de terre sont attribués par le gouverneur Willem Kieft, l'année de son départ, en 1647, à des Africains arrivés dans les années 1620, dans le secteur où ils créeront aussi un cimetière. La colonie constituait alors un simple village disséminé d’à peine mille habitants. Mais la croissance démographique débute : de 1644 à 1664, le nombre de Noirs et métis dans la colonie triple, passant de 120 à 375. Parmi eux, une petite soixantaine est baptisée au milieu des années 1650"New Netherland and the Dutch Origins of American Religious Liberty" par Evan Haefeli, Éditions University of Pennsylvania Press, en 2013 .