est un genre fossile de dinosaures théropodes ayant vécu durant l'étage Barrémien du Crétacé inférieur, il y a entre d'années, dans l'actuel Angleterre. L'unique espèce connue est , premièrement décrite en 1986 par Alan Charig et Angela Milner à partir d'un squelette fossile partiel ayant été découvert trois ans plus tôt dans le Surrey, au sein de la formation de Weald Clay. Le nom générique Baryonyx signifie « griffe lourde », faisant allusion à sa grande griffe portée par le premier doigt, tandis que l'épithète spécifique walkeri honore son découvreur qu'est le collectionneur de fossiles amateur William J. Walker. Le spécimen holotype du taxon compte parmi les squelettes de théropodes les plus complets ayant été découverts au Royaume-Uni et incarne également le spinosauridé le plus complet connu, sa découverte ayant suscité l’attention des médias. Des spécimens découverts par la suite dans d’autres régions du Royaume-Uni et de la péninsule Ibérique ont également été attribués à Baryonyx, bien que beaucoup aient depuis été réassignés à de nouveaux genres.
Le spécimen holotype, probablement pas encore adulte, est estimé avoir mesuré entre de long pour une masse corporelle comprise entre . Baryonyx possède un museau long, bas et étroit, comparable à celui d’un gavial. L’extrémité du museau s’élargit latéralement pour former une rosette, et la mâchoire supérieure présente une encoche s’emboîtant dans la mâchoire inférieure, qui se courbe vers le haut à cet endroit. Une crête triangulaire orne le sommet des os nasaux. L’animal porte de nombreuses dents coniques finement dentelées, les plus grandes étant situées à l’avant. Son cou en forme de « S » soutient un crâne allongé, tandis que les épines neurales de ses vertèbres dorsales augmentent de hauteur vers l’arrière. Une épine particulièrement longue suggère qu’il aurait pu posséder une crête ou une bosse dorsale. Ses membres antérieurs, très robustes, portent une grande griffe d’environ de long sur le premier doigt.
Actuellement reconnu comme un membre de la famille des Spinosauridae, les affinités phylogénétiques de Baryonyx furent débattues au moment de sa découverte. Certains chercheurs ont proposé que Suchosaurus cultridens en soit un synonyme plus ancien, et que Suchomimus tenerensis appartienne au même genre, bien que les travaux ultérieurs les maintiennent séparés. Baryonyx est le premier dinosaure théropode démontré comme étant piscivore, grâce à la présence d’écailles de poisson retrouvées dans la région stomacale du spécimen holotype. Il pouvait également avoir été un prédateur actif de proies plus grandes ou un charognard, puisque des os d’un iguanodontidé juvénile ont également été retrouvés à proximité. L’animal attrapait et manipulait probablement ses proies principalement à l’aide de ses membres antérieurs puissants et de ses grandes griffes. Baryonyx aurait eu un mode de vie semi-aquatique, partageant son environnement fluvial avec d’autres dinosaures théropodes, ornithopodes et sauropodes, ainsi qu’avec des ptérosaures, des crocodiliens, des tortues et des poissons.
Historiques des recherches Holotype et dénomination vignette|gauche|upright=1.4|alt=Carte des sites à spinosauridés du sud-est de l’Angleterre.|Carte indiquant les localités à spinosauridés du sud-est de l’Angleterre ; le numéro 1 correspond à la carrière d’argile de Smokejack, où Baryonyx a été découvert.
En , William J. Walker, plombier et collectionneur amateur de fossiles britannique, explore la carrière d’argile de Smokejack, près d’Ockley, dans le Surrey (Angleterre), où il découvre un bloc de roche contenant une grande griffe fossile issue de la formation de Weald Clay. Après avoir reconstitué cette trouvaille chez lui, il remarque que son extrémité manque. Walker retourne alors sur le site quelques semaines plus tard et, après une heure de fouilles, retrouve le morceau manquant, ainsi qu’une phalange et une portion de côte. Son gendre apporte ensuite la griffe au musée d'histoire naturelle de Londres, où elle est examinée par les paléontologues Alan Charig et Angela Milner, qui l’identifient comme appartenant à un dinosaure théropode. Les paléontologues découvrent davantage de fragments osseux sur le site en février, mais les conditions météorologiques dans la carrière retardent les fouilles, si bien que l’ensemble du squelette n’est collecté qu’en mai et juin. Une équipe de huit employés du musée, assistée de plusieurs bénévoles, extrait environ deux tonnes de roche réparties en au cours de trois semaines de fouilles. Walker fait don de la griffe au musée, tandis que la Ockley Brick Company, propriétaire de la carrière, offre le reste du squelette et met à disposition le matériel nécessaire aux excavations.. La région, pourtant explorée depuis près de deux siècles, n’avait jusque-là livré aucun reste fossile comparable..
La majorité des ossements découverts sont emprisonnés dans des nodules de siltite entourés de sable fin et de limon, tandis que le reste repose directement dans l’argile. Les os sont désarticulés et dispersés sur une surface d’environ 5 mètres sur 2, bien que la plupart demeurent proches de leur position anatomique d’origine. Certains éléments ont toutefois été déplacés par un bulldozer, et d’autres endommagés par des engins mécaniques avant leur collecte. La préparation du spécimen s’avère particulièrement difficile en raison de la dureté de la matrice de siltite et de la présence de sidérite. Une préparation à l’acide est d’abord tentée, mais la majeure partie de la matrice est finalement retirée mécaniquement. Il faut six années de travail quasi continu pour dégager l’ensemble des os du bloc rocheux, les préparateurs devant finir à l’aide d’outils dentaires et de maillet sous microscope. Le spécimen représente environ du squelette complet et comprend des éléments crâniens partiels : les prémaxillaires (premiers os de la mâchoire supérieure), le maxillaire gauche, les deux os nasaux, le lacrymal gauche, le préfrontal gauche, le postorbitaire gauche, ainsi que la boîte crânienne incluant l’occiput. On y retrouve également les deux dentaires (os antérieurs de la mâchoire inférieure), divers os provenant de l’arrière de cette dernière, des dents, des vertèbres cervicales, dorsales et caudales, des côtes, un sternum, les deux omoplates, les deux coracoïdes, les deux humérus, le radius et l’ulna gauches, des phalanges et griffes, des os du bassin, l’extrémité supérieure du fémur gauche, l’extrémité inférieure du droit, la fibula droite, ainsi que plusieurs os du pied dont une griffe terminale. Le numéro d’inventaire d’origine du spécimen fut BMNH R9951, mais il a été par la suite recatalogué sous la référence NHMUK PV R9951..
En 1986, Charig et Milner nomment un nouveau genre et une nouvelle espèce sur la base du squelette servant d’holotype : Baryonyx walkeri. Le nom générique dérive du grec ancien , « lourd » ou « fort », et de , « griffe », le tout donnant « griffe lourde », en référence à la grande griffe portée par le premier doigt de l'animal. L'épithète spécifique honore Walker, le découvreur du spécimen. À cette époque, les auteurs ne savaient pas encore si la grande griffe appartenait à la main ou au pied (comme chez les droméosauridés, avec lesquels elle était alors comparée.). Cet animal est présenté plus tôt la même année lors d’une conférence sur la systématique des dinosaures à Drumheller, au Canada. En raison des travaux encore en cours sur les os (seulement 70 % ayant été préparés à ce moment-là), les auteurs qualifient leur publication de préliminaire et annoncent une description plus détaillée à paraître ultérieurement. Baryonyx constitue alors le premier grand théropode du Crétacé inférieur ayant été découvert dans le monde.. Avant la découverte de Baryonyx, la dernière trouvaille majeure de théropode au Royaume-Uni remontait à Eustreptospondylus en 1871. Lors d’une entrevue en 1986, Charig qualifie Baryonyx de en Europe. Baryonyx connaît alors une large couverture médiatique internationale et obtient même le surnom de « » (« griffes ») par les journalistes, en clin d’œil au titre du original du film Les Dents de la mer (). Sa découverte fait l’objet d’un documentaire diffusé par la BBC en 1987, et un moulage de son squelette est aujourd’hui exposé au musée d’histoire naturelle de Londres.. En 1997, Charig et Milner publient une monographie décrivant en détail le squelette holotype.. Le spécimen holotype demeure d'ailleurs le squelette de spinosauridé le plus complet connu à ce jour..
Spécimens attribuées
Des fossiles provenant d’autres régions du Royaume-Uni et de la péninsule Ibérique, principalement des dents isolées, furent par la suite attribués à Baryonyx ou à des taxons apparentés. Des dents et os isolés provenant de l’île de Wight, en Angleterre, notamment des os de la main signalés en 1998 et une vertèbre rapportée par le paléontologue américain Stephen Hutt et sa collègue britannique Penny Newbery en 2004, sont attribués à ce genre.. Un fragment de maxillaire provenant de La Rioja, en Espagne, est attribué à Baryonyx par les paléontologues Luis I. Viera et José Ángel Torres en 1995., bien que l'américain Thomas R. Holtz Jr. et ses collègues suggèrent en 2004 qu’il pourrait appartenir au genre apparenté Suchomimus.. En 1999, un postorbitaire, un squamosal, une dent, des restes vertébraux, des métacarpiens et une phalange découverts dans le gisement de Salas de los Infantes, dans la province de Burgos, sont attribués à un individu juvénile de Baryonyx par la paléontologue espagnole Carolina Fuentes Vidarte et ses collègues, bien que certains de ces éléments ne soient pas connus chez l’holotype... Des traces de pas de dinosaures découvertes près de Burgos sont également suggérées comme appartenant à Baryonyx ou à un théropode apparenté..
vignette|upright=1.2|alt=Dessin d'un squelette fragmentaire d'un dinosaure théropode (montré en rouge), tracé sur sa silhouette corporelle hypothétique.|Schéma squelettique montrant en rouge les os du spécimen portugais ML1190 ; celui-ci fut initialement considéré comme un spécimen de Baryonyx, mais a depuis été rattaché à Iberospinus.
En 2011, un spécimen catalogué ML1190 au , découvert dans la formation de Papo Seco à Boca do Chapim, au Portugal, comprenant un fragment de dentaire, des dents, des vertèbres, des côtes, des os des hanches, une omoplate et un os de phalange, est attribué à Baryonyx par le paléontologue Octávio Mateus et ses collègues. Il s’agit des restes ibériques les plus complets connus de ce type animal. Les éléments squelettiques de ce spécimen sont également représentés dans l’holotype, plus complet mais de taille similaire, à l’exception des vertèbres du milieu du cou. En 2019, le paléontologue britannique Thomas M. S. Arden et ses collègues concluent que le squelette portugais n’appartiendrait pas à Baryonyx, car l’extrémité antérieure de son os dentaire n’est pas fortement recourbée vers le haut.. C'est sur la base de ces doutes que Mateus et son collègue Darío Estraviz-López décident en 2022 de désigner le spécimen comme base pour ériger le nouveau genre et espèce Iberospinus natarioi.. Plusieurs études concluent que d’autres restes de spinosauridés découverts dans la péninsule Ibérique pourraient appartenir à des taxons autres que Baryonyx, tels que Vallibonavenatrix et Protathlitis, ou demeurent simplement indéterminés..... Un article de 2024 dirigée par le paléontologue espagnol Erik Isasmendi et ses collègues passe en revue le registre fossile des spinosauridés de la péninsule Ibérique et conclut qu’aucun spécimen de cette région ne peut être attribué à Baryonyx. Les auteurs réattribuent par ailleurs un spécimen de La Rioja auparavant assigné à Baryonyx à un nouveau genre et espèce, nommé Riojavenatrix lacustris..