thumb|260px|L'Annonciation par Guido Reni, 1621.
La conception virginale est la doctrine chrétienne et coranique selon laquelle Marie a conçu Jésus de Nazareth tout en restant vierge.
Les orthodoxes et les catholiques étendent cette notion avec la virginité perpétuelle de Marie (virginité miraculeusement conservée après la naissance de Jésus), non retenue par certaines Églises d'orient et les protestants, d'où les vives polémiques herméneutiques sur les passages bibliques où il est question des frères et sœurs de Jésus..
Il faut distinguer cette doctrine du dogme catholique de l'Immaculée Conception, selon lequel Marie a été préservée du péché originel.
La conception virginale est une croyance commune aux chrétiens et aux musulmans, même si tous ne l'interprètent pas de la même façon.
Contexte culturel Le contexte culturel des auteurs des évangiles de Matthieu et de Luc, les deux sources qui rapportent la naissance virginale de Jésus, est le judéo-christianisme des années 80-90 de notre ère. La famille de Jésus est quant à elle une famille juive pieuse et observante des lois de Moïse ainsi que l'indiquent les récits de circoncision et de présentation au temple () et l'intention de Joseph de répudier Marie () conformément à la règle établie dans la Loi ().
Le monde antique ne savait pas que le sperme masculin et l'ovule féminin étaient tous deux nécessaires à la formation d'un fœtus ; il pensait plutôt que la contribution masculine à la reproduction consistait en une sorte de principe de formation ou de génération, tandis que les fluides corporels de la femme fourniraient toute la matière nécessaire à la forme corporelle de l'enfant, y compris son sexe masculin. Ce milieu culturel était propice aux histoires de naissances miraculeuses - elles étaient courantes dans la tradition biblique remontant à Abraham et Sarah. Cependant certains estiment qu'une conception virginale était aussi peu crédible à l'époque qu'aujourd'hui.
Les récits de fécondation des femmes mortelles par des divinités et de naissance virginale étaient bien connus dans le monde gréco-romain du .. Les écrits juifs contenaient également des récits d'apparitions d'anges et de naissances miraculeuses pour d'anciens héros tels que Melchisédech, Noé et Moïse. L'histoire de la naissance virginale, racontée par Luc, reprend des éléments narratifs classiques des écritures juives, comme les scènes d'annonciation pour Isaac et pour Samson, dans lesquelles un ange apparaît et provoque la frayeur, puis rassure et annonce la naissance à venir, à la suite de quoi la mère soulève une objection et l'ange donne un signe.. Par ailleurs, s'il est en général accepté qu'un lien avec le zoroastrisme se manifeste au travers de l'histoire des rois mages qui remonte à des sources persanes, l'idée selon laquelle le zoroastrisme constituait l'arrière-plan des récits de l'enfance de Jésus n'est pas communément admise.
Pour André Gounelle, l’annonce faite à Marie comme les textes de l'Ancien Testament évoqués plus haut se distinguent de la plupart des légendes antiques comparables qui font en général allusion à un acte sexuel entre un dieu et une femme, alors que les textes bibliques se réfèrent sans ambiguïté à l'action de l'Esprit, ce qui renvoie au récit de la Création. Le récit de la naissance virginale pointe donc vers un acte créateur de Dieu qui initie une nouvelle création dont Jésus est l’Adam ou le premier-né. André Gounelle relève que c'est là l'interprétation que l'on trouve dans le Coran (sourate 3, v.59 : « Pour Allah, Jésus est comme Adam qu'Il créa de poussière, puis Il lui dit "Sois": et il fut. »)
Historicité La question de l'historicité de la naissance virginale n'a de sens que si l'on croit que Jésus est davantage qu'un hommeFrederick Bruner, "Matthew: The Christbook, Matthew 1-12", . Le consensus spécialiste moderne est que la doctrine de la naissance virginale « repose sur des bases historiques très minces ». Quelques auteursGeoffrey Bromiley, 1995, International Standard Bible Encyclopedia Eerdmans Publishing page 991Craig S. Keener, The Gospel of Matthew (Eerdmans 2009 , p. 83Donald A. Hagner, Matthew 1-13 (Paternoster Press 1993 , , cited in the precedingMillard Erickson, Christian Theology, Baker Academic 1998 , Fritz Allhoff, Scott C. Lowe, Christmas, Wiley-Blackwell 2010 , retiennent comme preuve le fait que deux évangiles attestent indépendamment la naissance virginale, bien que leurs récits détaillés diffèrent. Selon eux, la conception virginale et la naissance constituent une tradition qui est confirmée par le critère d'attestation multipleL'attestation multiple : plus un élément est attesté par des sources multiples et indépendantes les unes des autres, plus son ancienneté est probable, le présupposé herméneutique étant « plus c'est ancien, plus c'est vrai » quoiqu'un texte puisse être authentique sans pour autant que son contenu soit vrai., les récits de Matthieu et de Luc étant considérés comme des témoignages indépendantsFrederick Bruner, "Matthew: The Christbook, Matthew 1-12", . Les spécialistes ont attiré l'attention sur le fait que l'indépendance des deux attestations est corroborée par les différences entre les récits de Matthieu et de Luc concernant la naissance de JésusSamuel Lachs, 1987, A rabbinic commentary on the New TestamentKTAV Press, page 5Geoffrey Ashe, 1988 The Virgin Routledge Press page 49. Mais il s'agit à l'évidence de récits théologiques qui n'ont pas de souci d'historicité.
Parmi les autres hypothèses qui ont été proposées comme explication de l'origine des récits dans Matthieu et Luc sur la naissance de Jésus provenant d'une vierge est celui de Stephen Harris, qui suggère qu'ils ont été écrits pour répondre à des calomnies juives sur la naissance illégitime de Jésus Harris, Stephen L., Understanding the Bible. Palo Alto: Mayfield. 1985., calomnies dont il existe des attestations datant du , mais elles ont peut-être été créées comme une réponse juive polémique postérieure aux récits de Matthieu et de Luc Brown, Raymond E., The Birth of the Messiah. Doubleday & Company. 1977, Appendix V: The Charge of Illegitimacy, .. Helmut Köster considère les récits de la naissance virginale de Jésus comme ayant des racines dans la mythologie grecque Köster, Helmut Ancient Christian gospels: their history and development, Edition 7, Trinity Press, 2004, pg 306..
Les premières prédications chrétiennes au sujet de Jésus concernent sa mort et sa résurrection : le christianisme primitif a tourné son attention vers la chronologie du reste de la vie de Jésus plus tardRaymond E. Brown, in The Birth of the Messiah, pages 26-28Robert J. Karris (editor), Collegeville Bible Commentary 1992, . Les premiers chrétiens étaient sévèrement monolithiques dans leurs prédications, et les récits de la Nativité des évangiles peuvent avoir divergé par la suite, mais une comparaison des histoires de la Nativité de Luc et de Matthieu montre des éléments communs : la naissance virginale, la naissance à Bethléem et l'éducation à NazarethThe new Westminster dictionary of church history, Volume 1 by Robert Benedetto 2008 page 351The Origins of the Gospel According to St. Matthew by George Dunbar Kilpatrick 2007 page 54..
Point de vue chrétien vignette|L'Annonciation par Fra Angelico. Sources bibliques La conception virginale du Christ par Marie s'appuie sur divers passages de l'Ancien et du Nouveau Testament : Mt 1, 18+ : Mt 1, 20+ : Lc 1, 34, : Is 7, 14 (version de la Bible de Jérusalem)] : La tradition chrétienne voit également dans le « porche fermé » de la vision d’Ezéchiel (Ez 44, 1-3) le symbole de la virginité de Marie : 1 2 3
L'interprétation virginale de la prophétie d'Isaïe est contestée par certains, qui opposent à la Bible des Septante (traduite de l'hébreu ancien en grec entre le et le avant Jésus-Christ), la Bible Massorétique (traduite de l'hébreu ancien (mots écrits sans les voyelles ce qui ouvrait le champ aux erreurs d'interprétation) en hébreu moderne (mots écrits avec l'ajout de voyelles afin d'éviter lesdites erreurs) par un groupe de Juifs appelés les Massorètes entre le et le après Jésus-Christ). Dans la version massorétique, la traduction du prophète Isaïe concernant la naissance du Messie dit que celui-ci naîtrait d'une jeune femme (עלמה - almah), ce mot ne précisant pas si cette jeune femme serait mariée ou non, vierge ou non, mais seulement sa qualité de primoparturiente (femme qui met au monde son premier enfant). La version des Septante traduit le même passage d'Isaïe en disant que le Messie naîtrait d'une παρθενος (parthenos = vierge). Ceci est conforme à l'Évangile selon Matthieu qui a été rédigé (~80-85), car la Bible des Septante est celle que les Juifs de langue grecque (tel Paul de Tarse) utilisaient et qui fut donc adoptée par les premiers Chrétiens.
Symbole de Nicée-Constantinople et pères de l’Église La conception virginale est proclamée dans le Symbole de Nicée-Constantinople, adopté par le concile de Constantinople de 381 : καὶ σαρκωθέντα ἐκ πνεύματος ἁγίου καὶ Μαρίας τῆς παρθένου, καὶ ἐνανθρωπήσαντα, traduit dans la liturgie catholique : « par l'Esprit-Saint, il a pris chair de la Vierge Marie et s'est fait homme ».
Plusieurs pères de l'Église, dans leur exégèse et commentaires de l'Évangile selon Matthieu ont écrit que Joseph a le premier reconnu, dans son épouse enceinte, la conception virginale de l'enfant, futur messie d'Israël (). Se sentant indigne d'être considéré comme père d'un tel enfant, il aurait décidé de répudier sa fiancée. Ils ajoutent que Joseph se sentait également indigne de vivre avec MarieOrigène, 2 homélie sur plusieurs passages de saint Matthieu, GCS Origène 12,3,1 ., Eusèbe de Césarée., Éphrem le Syriaque., Jean Chrysostome. ou Jérôme de Stridon..
Quelques siècles plus tard Bernard de Clairvaux a synthétisé leur pensée dans ses écrits..
Point de vue musulman
thumb|Selon le Coran, les douleurs de l'accouchement ont ramené Marie au tronc d'un palmier. La voix de Gabriel ou de Jésus la consola et lui dit que Dieu donne miraculeusement à boire de l'eau et des dattes pour manger.
La tradition musulmane souligne le caractère miraculeux de la naissance virginale de Jésus sans père connu, Joseph étant considéré comme un cousin de Maryam. Dans le Coran, Îsâ est en effet créé par le kun (le « Sois ! »), l'« impératif divin », et conçu par un rûh de Dieu, souffle divin intemporel donné à Maryam, le même souffle qui anime Adam et transmet la révélation à MahometMarie-Thérèse Urvoy, article « Jésus », op. cit., 440Ainsi la sourate IV.169, dit : « Le Messie, Jésus fils de Marie, est l'Apôtre de Dieu et son verbe qu'il jeta dans Marie : il est un esprit venant de Dieu. Croyez donc en Dieu et en ses apôtres, et ne dites point : II y a Trinité. Cessez de le faire. Ceci vous sera plus avantageux. Car Dieu est unique. Loin de sa gloire qu'il ait eu un fils. À lui appartient tout ce qui est dans les cieux et sur la terre. Son patronage suffit ; il n'a pas besoin d'un agent. ». La sourate XIX.35 : « Il ne convient pas à Dieu de S'attribuer un fils. Gloire et Pureté à Lui ! Quand Il décide d'une chose, Il dit seulement : “Sois ! ” et elle est. ».
Sourate III, "La famille de 'Imran", 37-42.