de Foix-Béarn dit FébusOn rencontre parfois les graphies Phébus et Phœbus, qui n'étaient pas employées par . est un prince pyrénéen, écrivain et poète en béarnais et en langue française, né le à Orthez (probablement au château de Moncade) et mort le à L'Hôpital-d'Orion.
Comte de Foix, seigneur de Béarn, est vicomte ou seigneur d'une dizaine de territoires situés entre la Gascogne et le Languedoc. Il profite de la guerre de Cent Ans pour asseoir sa domination sur le piémont nord pyrénéen, jouant sur les conflits entre monarchies française et anglaise. Il est l'auteur du Livre de chasse, célèbre manuscrit illustré sur la vénerie.
Unique enfant légitime de Gaston II de Foix-Béarn et d'Aliénor de Comminges, hérite, à la mort de son père au siège d'Algésiras, d'un territoire morcelé, dépendant pour partie des rois de France, et pour l'autre des rois d'Angleterre, ducs d'Aquitaine. Jouant du conflit entre les deux couronnes, il revendique la souveraineté du Béarn le , pays dans lequel il tient sa cour à Orthez. se révèle être un fin tacticien, alliant diplomatie, stratégie et art militaire. Il remporte des victoires décisives face à l'ennemi héréditaire s'assurant la jonction entre Béarn et pays de Foix. est également un communicant habile, il se choisit le surnom Fébus à partir de 1358, après une croisade en Prusse, un surnom qui fait référence au mythe solaire associé au dieu antique Phoibos. En 1380, son unique fils et héritier Gaston participe à un complot pour l'empoisonner ; démasqué, il est assassiné, probablement de la main de son père.
Fébus est décrit comme l'un des plus grands chasseurs de son temps, une passion prise avec le plus grand des sérieux, car préparant à la guerre. Il renforce et fait construire plusieurs forteresses pour mener à bien son désir d'indépendance. Doté d'un immense trésor, Fébus fait notamment construire le château de Montaner qu'il veut voir devenir un palais-forteresse, symbole de la réunion entre Béarn et Foix. Le prince des Pyrénées fait preuve d'un despotisme éclairé dans sa pratique du pouvoir, jouant le rôle du seigneur protecteur pour son peuple. Fébus occupe une place particulière dans l'histoire pyrénéenne, bénéficiant de son œuvre politique et militaire, mais aussi de l'impact des récits de plusieurs chroniqueurs contemporains, dont Jean Froissart dans ses Chroniques.
Biographie Héritage et jeunesse L'héritage vignette|centré|alt=Carte géographique en couleurs.|En 1343, de Foix-Béarn hérite d'un territoire morcelé entre Béarn et Foix. Fils de Gaston II de Foix-Béarn et d'Aliénor de Comminges, le futur Fébus est l'héritier de la dynastie des Foix-Béarn. Cette maison apparaît sous Gaston VII de Béarn, qui choisit de marier sa fille Marguerite avec le comte de Foix . Avec la mort de en 1290, la nouvelle dynastie est à la tête d'un territoire morcelé le long de la chaîne des Pyrénées. À l'ouest, les pays de Béarn, du Marsan, du Gabardan et de Captieux font partie d'une Aquitaine dont les ducs sont devenus rois d'Angleterre. Ce territoire occidental est particulièrement varié, entre hautes vallées montagnardes au sud et landes marécageuses au nord. Il est néanmoins relativement cohérent, car continu et marqué par des échanges économiques réguliers. L'autre partie du domaine se trouve plus à l'est, dans un territoire relevant directement du roi de France. Le comté de Foix est la pièce majeure de ce territoire, dans lequel est intégré le Donezan, tandis qu'au sud les comtes de Foix sont co-seigneurs d'Andorre en compagnie des évêques d'Urgell. Ce territoire oriental est accompagné, depuis , par le Lautrécois et les Basses Terres d'Albigeois. Exigu et dans une position centrale isolée, le Nébouzan constitue néanmoins une région stratégique sur l'axe menant d'Orthez à Foix.
L'enfance et la jeunesse vignette|droite|alt=Photographie en couleurs d'une tour d'un ancien château.| de Foix-Béarn naît probablement au château de Moncade à Orthez. (prononcé en langue d'oc) naît le , très probablement à Orthez dans le château de Moncade. Le Béarn à l'ouest et le comté de Foix à l'est représentent les deux points forts de son héritage, mais le maintien de la cohésion entre ces deux territoires distants constitue un défi de taille, tout comme la gestion du conflit avec la maison d'Armagnac au sujet de la Bigorre, tout cela dans le contexte du début de la guerre de Cent Ans. Avec un territoire relevant en partie des rois d'Angleterre, et de l'autre des rois de France, les Foix-Béarn se trouvent en situation délicate au déclenchement de ce conflit. se range immédiatement du côté du camp français, mais de nombreux chevaliers béarnais se trouvent alors dans le camp adverse ; la noblesse béarnaise ne peut être coupée des ports de Bordeaux et Bayonne. L'enfance de ne laisse que peu de traces, hormis cette description faite par , qui se décrit plus tard comme un enfant ingrat, un adolescent tourmenté par le désir de la chair et peu doué pour les armes. Il faut attendre la mort de son père, le durant une croisade en Andalousie, pour voir prendre le devant de la scène. Il a alors mais doit attendre ses pour commencer son règne, sa mère Aliénor assurant la régence.
vignette|redresse|alt=Illustration en couleurs d'un homme sur son trône royal.|Fébus refuse de prêter hommage au roi de France pour le Béarn le . Notes du procès de Robert d'Artois (vers 1336), BNF, Fr.18437, .
Dès , Aliénor entraîne son fils dans une tournée d'hommage dans tous les territoires familiaux. La tournée débute en Béarn jusqu'en , le jeune souverain y réalise . Il y rencontre seigneurs, humbles paysans et bourgeois des localités, promettant à chaque occasion de respecter les libertés et coutumes contenues dans les fors de Béarn. La tournée du jeune prince dure plus d'un an, jusqu'en . Arrivant à la majorité de le , prend le relais de sa mère. Le début de son règne est marqué, dès , par la reprise des affrontements entre les rois de France et d'Angleterre, après une trêve de cinq années. L'équilibre précaire de la maison Foix-Béarn entre les deux couronnes devient donc le premier enjeu du règne de , qui manifeste dans un premier temps la volonté de poursuivre la politique de son père, c'est-à-dire de servir le roi de France. Dans les actes, toutefois, le jeune prince se montre particulièrement modéré dans son soutien. Le , les troupes françaises sont écrasées à Crécy. profite de cet événement pour revoir sa politique dans ce conflit. Il ne répond pas à la convocation du roi de France le , lorsqu’il réunit ses vassaux à Amiens. Le , un représentant de se rend à Orthez dans le but de remettre un message à . Celui-ci confirme alors son allégeance au roi pour ses territoires relevant du comté de Foix, mais impose la neutralité du Béarn dans le conflit franco-anglais, une terre qu'il « tient de Dieu et de nul homme au monde ». Âgé de , le prince donne ainsi naissance à la souveraineté du Béarn.
La manœuvre de 1347 illustre la ligne de conduite suivie par tout au long de son exercice politique : toujours laisser une porte de sortie à son adversaire pour éviter les réactions trop violentes. , dans une situation très délicate après Crécy, ne prend pas ombrage de cette déclaration d'indépendance et poursuit son rapprochement avec , de peur de le voir basculer définitivement vers le camp anglais. Le à Pamiers, prête hommage au roi de France pour ses terres situées dans les sénéchaussées d'Agen, de Toulouse et de Carcassonne ; nul n'évoque alors le Béarn, confirmant de manière implicite sa souveraineté. Une trêve survient dans le conflit à cause des ravages causés par la peste noire, ce qui donne l'occasion à d'entrer dans la parenté des têtes couronnées par un mariage : le , il épouse Agnès de Navarre à l'église du Temple de Paris.
Gaston III devient Fébus vignette|droite|alt=Photographie en couleurs d'un château au bord d'une rivière.|Fébus est fait chevalier de l'ordre Teutonique au château de Marienbourg en 1358. Peu de temps après le mariage de , décède le et , son fils, prend la succession sur le trône de France. Ce prince est qualifié d'impulsif et d'indécis. Les hostilités entre roi de France et roi d'Angleterre recommencent dès , ramenant de nouveau l'instabilité au nord des Pyrénées. En , les capitouls de Toulouse demandent à de protéger le pays toulousain contre les troupes du roi d'Angleterre postées aux portes de Lafrançaise. accepte et signe un type d'accord qui marquera son action politique et militaire ; il se place ainsi comme un véritable entrepreneur de guerre. Durant ses nombreuses absences, le Béarn est gouverné par son demi-frère Arnaud-Guilhem. Ce dernier doit faire face à une révolte du petit peuple d'Orthez en , une occasion pour d'affirmer son autorité à l'intérieur de ses domaines. Tandis qu'Arnaud-Guilhem fait rétablir l'ordre, punit les coupables d'une forte amende financière, respectant ainsi l'esprit des fors de Béarn et montrant fermeté et souplesse dans la gestion de cette crise.
Mandaté par son père , roi d'Angleterre, pour mener sa politique sur le continent, le Prince Noir débarque à Bordeaux en 1355. Il mène alors une terrible chevauchée à travers l'Armagnac et le pays toulousain. L'attitude complaisante de envers le Prince Noir, peu appréciée par , est suivie en 1356 par des intrigues contre le roi de France auxquelles participent en compagnie de Charles II de Navarre. Cet épisode et le refus de de prêter hommage à pour le Béarn entraînent son emprisonnement durant plusieurs mois au Petit Châtelet. Devant l'imminence d'une nouvelle chevauchée du Prince Noir de Bordeaux vers Calais, et ne pouvant se permettre de voir se ranger du côté du roi d'Angleterre, Jean II le relâche sans qu’il ait eu à prêter hommage pour le Béarn.
vignette|droite|alt=Illustration en couleurs d'une scène de combat autour d'un château et d'une rivière.|Fébus mate la Jacquerie de Meaux lors de son retour de croisade en 1358. Il lance pour la première fois son cri de guerre Febus aban. Miniature de Loyset Liédet, tirée des Chroniques de Froissart, BnF, Fr.2643, .
Après Crécy en 1346, les troupes françaises connaissent une nouvelle débâcle lors de la bataille de Poitiers le . est fait prisonnier et une trêve est signée entre les deux partis. Cette période plus stable permet à de s'engager dans une croisade en Prusse. Au côté de l'État monastique des chevaliers teutoniques, il embarque à Bruges, effectue des escales en Norvège et Suède, pour arriver à Königsberg le . Les croisés mènent plusieurs assauts dans la tradition de l'Ordre, avant d'être faits chevaliers dans le château de Marienbourg. C'est durant cette croisade que se dote de son surnom Fébus, de son cri de guerre Febus aban et de sa devise Toquey si gauses. Le prince de Béarn a vite l'occasion de mettre en pratique ces nouveaux outils de communication. Lors du retour des croisés à cheval durant le , ces derniers viennent en aide à la dauphine de France Jeanne de Bourbon lors du siège de Meaux. La jacquerie est matée dans le sang et y aurait pour la première fois lancé son cri Febus aban.
Le Prince des Pyrénées La bataille de Launac