thumb|Cendrillon, image d'Épinal thumb|Rouget de Lisle chantant La Marseillaise, lithographie de Wentzel

L'imagerie populaire est l'ensemble des productions d's destinées à être vendues à un prix très modique aux populations tant rurales qu'urbaines, au cours des siècles passés, à des fins diverses : religieuses, éducatives, divertissantes, décoratives. Il s'agit de la première méthode de communication de masse par l'image. La première forme a été celle des estampes produites pour être vendues sur les marchés, dans les boutiques et par des colporteurs« [...] fournir à bas prix sur une feuille unique un objet imprimé pouvant être compris par tous. » récapitule Christophe Beauducel dans L'imagerie populaire en Bretagne aux XVII et XVIII siècles, Presses universitaires de Rennes, Rennes, 2009, p. 44..

L'imagerie populaire recouvre un grand nombre de domaines. Le terme d'image concerne ici le sens « matériel » de reproduction imprimée d'un dessin ou, plus tard, d'une photographie.

L'image

Structure-type d'une image Longtemps destinée à des populations ne sachant pas lire, la partie vive de l'image populaire est le dessin qui en occupe le centre, voire la totalité dans les formes les plus anciennes. Cette image est habituellement agrémentée de quelques couleurs appliquées au pochoir dans les premiers siècles. Cette image proprement dite est complétée par certains éléments textuels, comme : un titre ; un ou plusieurs textes brefs « en chapeau », latéraux ou sous-jacent ; des informations sur l'origine : imprimeur ou fabricant, adresse, mention de dépôt légal.

Le format de l'image dépend des techniques disponibles, des besoins de l'éditeurs, éventuellement d'effets de mode. Sous l'Ancien Régime, les formats courants en France étaient le petit Jésus (28 × 38 cm) ; le Pot (21 × 40) ; le Tellière (34 × 44) ; le petit Raisin (49 × 64) ; le grand Raisin (51 × 66)Données pour la Bretagne, Christophe Beauducel, L'imagerie populaire en Bretagne aux , Presses universitaires de Rennes, Rennes, 2009, p. 142..

Techniques de fabrication Les premières images imprimées l'ont été par xylographie, le seul procédé d'impression disponible alors et qui sera longtemps employé après que l'impression typographique aura pris le relais pour le texte (voir les débuts de l'estampe populaire, puis les illustrations de la Bibliothèque bleue dès le ). C'est le mode de fabrication privilégié jusqu'au milieu du , puis le cliché, moulage en plomb du bois gravé, les images d'Épinal exploitant la lithographie à partir de 1820Christophe Beauducel, L'imagerie populaire en Bretagne aux XVII et XVIII siècles, Presses universitaires de Rennes, Rennes, 2009, p. 41..

L'association de la xylographie et de la destination populaire de l'imprimé tend à faire assimiler avant le à une image populaire toute feuille unique produite par ce procédé, mais à y regarder de plus près, il existe plusieurs contre-exemples, comme la carte à jouer qui n'était pas destinée exclusivement aux éléments les plus humbles de la société.

Une fois le bois d'impression gravé, par le cartier-imagier ou plus souvent par un des ouvriers en ayant la capacité, l'impression pouvait se faire à l'aide d'une presse, mais aussi par simple application manuelle du frotton, forçant en quelques coups le rapide encrage de la feuille seulement posée sur le bois une fois humidifiée. L'image était ensuite mise à sécher sur une corde tendue dans l'atelier ou pièce attenante, avant que les couleurs en petit nombreRouge, bleu, jaune, brun, principalement, accessoirement d'autres par mélange. Christophe Beauducel, L'imagerie populaire en Bretagne aux XVII et XVIII siècles, Presses universitaires de Rennes, Rennes, 2009, p. 146. soient appliquées à l'aide de patron ou pochoir.

La gravure sur cuivre — taille douce — s'est développée au cours du , puis l'emploi de la lithographie.

La gravure sur bois — cormier ou poirier — conserva longtemps plusieurs avantages sur la taille-douce, tout particulièrement en termes quantitatifs : le cuivre ne pouvait aisément aller au-delà de deux à trois mille tirages quand le bois supportait ordinairement quelques dizaines de milliers, au besoin en regravant aisément la planche en fonction de l'usure ou de besoins de retouches graphiquesChristophe Beauducel, L'imagerie populaire en Bretagne aux XVII et XVIII siècles, Presses universitaires de Rennes, Rennes, 2009, p. 137..

Sans qualification particulière, le travail des ouvriers était peu rémunéré, leur journée fort longue : 12 sous pour l'impression des cinq cents feuilles d'une rame ; 9 sous pour appliquer une couleur, etc., sous l'Ancien Régime. Au milieu du siècle suivant, le revenu mensuel a été estimé plus précisément en 1868 à une cinquantaine de francs, donc équivalent à la rémunération moyenne d'un fonctionnaire soit 58 francsChristophe Beauducel, L'imagerie populaire en Bretagne aux XVII et XVIII siècles, Presses universitaires de Rennes, Rennes, 2009, p. 132..

Imprimés présentant des traits de l'image populaire En partie en raison du procédé de fabrication unique dans les premiers siècles, plusieurs imprimés présentent à ces époques des similitudes avec les images populaires, au point d'en autoriser parfois l'assimilation, dans le cadre plus général des impressions populaires, sans qu'ils en soient vraiment en raison d'une différence essentielle ou d'une autre : les illustrations des ouvrages savants : non populaire par essence ; les en-têtes et vignettes : aux finalités bien différentes ; les cartes à jouer : produites en nombre, elles ne sont pourtant pas destinées à être avant tout accessibles aux pauvres ; les images de confrérie : public limité ; les almanachs en feuille unique (émanant pour la France de la rue Saint-Jacques à Paris) : place de l'image restreinte ; les canards (feuille d'actualité non périodique) : encore différent de l'image populaire en raison de son sujet spécifique, un fait divers, et par le volume du texte qui réserve sa production à un imprimeurJean-Pierre Seguin, « L'Illustration des feuilles d'actualité non périodiques en France aux et siècles », in: Gazette des beaux-arts, 52, juillet-août 1958, . ; les placards mortuaires affichés, entre autres, aux portes des églisesChristophe Beauducel, L'imagerie populaire en Bretagne aux , Presses universitaires de Rennes, Rennes, 2009, p. 43..

Proximité des cartes et des images en France« L'histoire de l'imagerie populaire bretonne est indissociable de celle de la carte à jouer. » Christophe Beauducel, L'imagerie populaire en Bretagne aux XVII et XVIII siècles, Presses universitaires de Rennes, Rennes, 2009, p. 49.

Produites avec les mêmes procédés, souvent par les mêmes personnes, cartes à jouer et images différaient pourtant en France par plusieurs aspects, au-delà de leur format et usage différents : les cartes sont taxées alors que le seul impôt affectant l'image relève des droits d'octroi sur le papier (leur exportation étant également taxée) ; les cartes et leur usage sont mal considérés par le pouvoir, les élites, et à ce titre elles sont l'objet d'une notable législation. Ce n'est qu'au cours du que les images jusque-là seulement surveillées du point de vue de la bienséance seront soumises à une autorisation préalable dans le cadre du contrôle général de ce qui s'imprime et s'exprime. À la même époque, l'obligation faite aux colporteurs de posséder un livret de colportage (entre 1816 et 1877 en Bretagne) permet un contrôle efficace de ce qui se diffuseChristophe Beauducel, L'imagerie populaire en Bretagne aux XVII et XVIII siècles, Presses universitaires de Rennes, Rennes, 2009, p. 71.. Les images devaient être l'objet d'un dépôt légal via la préfectureChristophe Beauducel, L'imagerie populaire en Bretagne aux XVII et XVIII siècles, Presses universitaires de Rennes, Rennes, 2009, p. 37-38.. techniquement les cartes étaient constituées de plusieurs couches de papier (carton).

À mesure que l'image se complète d'un texte de plus en plus important, elle perd sa proximité avec la carte à jouer pour se rattacher à la typographie et au métier d'imprimeur. Très tôt, en proportion du développement du texte en longueur et en nombre de liseurs potentiels, cette partie de l'image dut obligatoirement être imprimée par sous-traitance d'un imprimeur-typographeChristophe Beauducel, L'imagerie populaire en Bretagne aux XVII et XVIII siècles, Presses universitaires de Rennes, Rennes, 2009, p. 68..

Datation des images La datation d'une image populaire peut se faire à différents plans : la période d'activité de la fabrique et autres informations présentes comme l'adresse en bas de l'image ; l'impression : la technique (le « bois » éventuellement, planche unique ou emplois de pièces de rapport sous l'Ancien Régime exclusivement) ; le papier, vergé jusqu'en 1840 ou cellulosique, son éventuel filigraneLes filigranes étaient très rares en Bretagne. Christophe Beauducel, L'imagerie populaire en Bretagne aux XVII et XVIII siècles, Presses universitaires de Rennes, Rennes, 2009, p. 141. ; l'iconographie et le style selon l'histoire de l'art, la place du texte, toujours présent au en France.

Identification des éditeurs d'images en France vignette|redresse| La Terrible et Espouventable Comete, pièce gothique (dite aussi « feuille volante ») imprimée à Paris en 1528. Servant à colporter l'actualité, elles sont l'ancêtre de la presse d'informationMarion Pouspin, Publier la nouvelle. Les pièces gothiques, histoire d'un nouveau média (), Paris, Publications de la Sorbonne, 2016, .. Sous l'Ancien Régime, les images, comme les cartes à jouer et bien d'autres produits, étaient vendues par un grand nombre de petits commerçants pourvu qu'il y ait une demande au moins locale. Il est donc difficile de déduire l'importance de la création et diffusion des images à l'existence des seuls professionnels se déclarant sous un nom ou un autre comme marchand d'images. L'attention de l'historien se concentre alors, parmi ceux-ci, sur les seuls producteurs d'images, ceux qui sont la source même du média et peuvent l'instruire sur son importance. Seulement, pour les mêmes motifs liés aux sources historiques, leur identification est aussi malaisée que celle des diffuseurs en général.