Didier-Georges Gabily, né à Saumur le et mort à Paris le , est un écrivain et homme de théâtre français : romancier, auteur dramatique, metteur en scène, directeur du Groupe T'chan'G!. Ses romans et ses pièces, son journal et ses notes de travail sont publiés aux éditions Actes Sud. Les inédits (théâtre, roman, poésie, cinéma, et autres textes) sont consultables à l'IMEC (Institut Mémoire de l'Édition Contemporaine, Abbaye d'Ardenne).

Son nom est souvent associé à ceux de Jean-Luc Lagarce et Bernard-Marie Koltès, morts prématurément comme lui à la quarantaine.

Comme celles d’Heiner Müller, les grandes pièces de Gabily sont des réécritures contemporaines d'anciens mythes ou de figures de la culture européenne : Hölderlin, Don Juan, Ulysse, Phèdre.

Biographie Didier-Georges Gabily est né le à SaumurRelevé des fichiers de l'Insee.. Il passe son enfance et son adolescence à Tours. Il interrompt volontairement ses études secondaires en 1971 ; exerce divers métiers, acquérant en autodidacte une culture littéraire, philosophique, picturale et cinématographique ; débuts d'une activité d'écriture régulière. Il est acteur au début des années soixante-dix. Il joue notamment dans le Nuage amoureux de Nâzım Hikmet mis en scène par Mehmet Ulusoy, dans La Périchole mise en scène au Théâtre de l'Unité par Jacques Livchine, et dans Si l’été revenait d’Arthur Adamov sous la direction de Gilles Chavassieux. C'est là qu'il rencontre Bernard Dort, à qui il fait lire son premier texte de théâtre, Chute du rien : "une pièce pléthorique avec quarante personnages, une pièce sur le rêve, sur l'impossibilité de rêver le monde, une pièce qui se demandait ce que l'on pouvait bien faire avec le théâtre en dehors de ce foutu théâtre du quotidien omniprésent à l'époque". B. Dort reconnaîtra immédiatement en D.-G. Gabily "un des artisans les plus aigus et les plus exigeants de notre temps".

En 1974, il rencontre le directeur du Centre Dramatique de Tours, André Cellier, qui lui confie une partie du travail avec les acteurs. Et en 1978, il met en scène Tambours dans la nuit de Brecht, à Paris, au Dix-Huit Théâtre. Il sort très endetté d'un travail qu'il a, dit-il, peu aimé… Par ailleurs, ses pièces commencent à intéresser Théâtre Ouvert. L'une d'elles, L'Emploi du Temps, est mise en scène par le Théâtre de l'Est Lyonnais. Ce qu'il voit de la mise en scène (il sort au bout de dix minutes) est pour lui une véritable déception : il juge la mise en scène , et il ne reconnaît pas le texte qu'il a écrit. Première grande coupure, motrice, fondamentale. Années d'errance.

En 1982, au Mans, il rencontre Le Théâtre du Radeau et François Tanguy (à qui il dédicacera plus tard Enfonçures). André Cellier est nommé au Centre Dramatique du Maine et lui propose de s'y intégrer. D.-G. Gabily acceptera ses commandes d'écriture (Scarron, 1983, Le Jeu de la commune, 1986), et exprimera le souhait de travailler essentiellement sur un atelier. Il repartira quelques mois plus tard, en désaccord artistique et ne trouvant pas sa place dans ce type d'institution.

Les années suivantes, il organise régulièrement des rencontres avec des acteurs sur des périodes de quatre ou cinq mois. Il pose ainsi les premiers jalons d'une expérience limite et souvent radicale. Le premier Groupe T'chan'G naîtra de ces rencontres régulières.

En 1986, il monte L'Échange de Claudel dans le garage souterrain du Centre Dramatique du Maine, prêté par A. Cellier. C'est le premier travail dont il est fier, avec des acteurs qu'il aime.

Si ce n'est par l'intermédiaire des acteurs de L'Échange qui, entrés dans les écoles nationales (TNS, Chaillot) continueront à fréquenter l'atelier qu'il dirige, il n'entretient presque plus aucun contact avec le théâtre. Entre pièces de commande (Événements, 1988), scénarios et petits métiers, il se consacre à l'écriture (son premier roman, Physiologie d'un accouplement, paraît chez Actes Sud en 1988) et à la formation d'acteurs. Il organise régulièrement des stages tous les étés, le groupe d'acteurs s'étoffe de gens qui lui sont présentés par les acteurs de L'Échange.

Après les Travaux Orestiens (d'après L'Orestie d'Eschyle, traduction Paul Claudel), en 1989, ceux-ci lui proposent de monter Scarron. Il refuse tout en leur promettant d'écrire un texte pour eux, une pièce . Dans ce but, il leur demande de travailler avec lui encore deux ans sans organiser de représentation publique. Le Groupe T'chan'G! est créé. Gabily dirige toujours l'atelier de formation pendant que le premier groupe d'acteurs s'engage avec lui dans un long travail sur cinq Phèdre(s) et Hippolyte(s) (Euripide, Sénèque, Garnier, Racine, Ritsos) entre 1990 et 1991, pendant qu'il écrit Violences. Dans le même temps, il a terminé l'écriture dOssia, variations à la mémoire d'Ossip et Nadejda Mandelstam, pour A. Cellier et H. Roussel, qui lui ont commandé la pièce ; Gabily la met en scène au Théâtre Poche Montparnasse en 1990, puis au TNS en 1991. Il a également achevé l'écriture d'un nouveau roman, À trois voix. L'éditeur refuse le manuscrit dans son intégralité mais publie un des récits : Couvre-feux (Actes Sud, 1990).

Enfin Violences (un diptyque) est créé au Théâtre de la Cité internationale, en . C'est la première manifestation publique du groupe T'chan'G!, d'une durée de plus de sept heures.

Tandis que la guerre du Golfe éclate, il écrit Enfonçures, Cinq Rêves de Théâtre en Temps de Guerre (Oratorio-Matériau), un texte de théâtre qui questionne la possibilité même de faire du théâtre dans un monde en proie aux guerres et aux massacres (en l'occurrence dans les Balkans). Dans un même temps, il écrit L'Au-delà (roman) qui paraît en 1992. Il écrit une pièce sur le mythe de Dom Juan, commandée par Anne Torrès : Chimère et autres bestioles, traversée, elle, par la guerre des Balkans. En 1992 et 1993, le Groupe T'chan'G! dans son entier (l'atelier de formation d'acteurs ET le groupe d'acteurs professionnels) est accueilli au Théâtre de la Bastille et au Festival d'Avignon pour deux créations : Des Cercueils de zinc, d'après le recueil de témoignages sur la guerre d'Afghanistan de Svetlana Alexievitch, et Enfonçures, qui entremêle le récit des derniers jours de la vie de Hölderlin avec les premiers jours de la guerre du Golfe. À deux reprises, en 1993, puis en 1995, le Théâtre National de Bretagne propose à D.-G. Gabily de faire travailler les élèves de l'école. L'occasion pour lui de poursuivre l'atelier : "Qu'est-ce qu'une écriture? Comment se fabrique un texte? Qu'est-ce que la poétique?" sont pour lui des questions essentielles. Il s'agit de "tenter de faire accéder les acteurs à la poétique du texte avant même de les faire accéder au sens". Ils travaillent sur l'alexandrin, la langue de Garnier, de Müller, d'Eschyle… Un des deux ateliers sera présenté à La Passerelle, Scène Nationale de Saint-Brieuc : "Les Juifves", de Robert Garnier ().

Il écrit "TDM3 (Théâtre du Mépris 3)" en 1994, en réponse à une commande de Christian Colin, en référence au film de Jean-Luc Godard et au roman d'Alberto Moravia. "Je vais parler d'amour au théâtre", note-t-il, "Ce sera l'acte des bêtes / C'est le voyage d'Ulysse que je vais raconter".

En 1994, il fait partie, avec Michel Azama, Eugène Durif, Roland Fichet, Philippe Minyana, Jean-Marie Piemme et Noëlle Renaude, du comité de rédaction qui fonde la revue Prospero, qui devient Les Cahiers de Prospero, publiée par le Centre National des Écritures du Spectacle. Il y publiera plusieurs textes. Il n'a pas les moyens pour monter les cinq "Phèdre(s) et Hippolyte(s) dont il avait déjà présenté une ébauche en 1990 (au Mans, dans la salle prêtée par le Théâtre de l'Enfumeraie), et il est contraint d'écrire ce qui s'appellera (à juste de titre, puisqu'il doit écrire au fur et à mesure de la création, la nuit pour les répétitions du lendemain) "Gibiers du Temps" : "un texte générique sur ce que nous sommes, comment nous sommes dans le monde à travers le mythe de Phèdre." Gibiers du temps est créé en 1994-1995..., variation sur le thème mythologique de Phèdre et Hippolyte, avec ses trois « époques » : Thésée, Voix et Phèdre, fragments d'agonie, où Gabily évoque des figures de la mythologie grecque : Phèdre, Thésée, la Pythie, Hercule, Hermès, les Amazones… et les confronte à notre époque, à la brutalité de notre monde.. Chaque pièce a été montée dans un théâtre différent partenaire du projet, où le Groupe T'chan'G était en résidence.

Dominique Pitoiset lui commande une suite à "La Dispute" de Marivaux, ce sera "Contention, un baisser de rideau" (1995). Le texte ne sera pas monté, et sera édité après sa mort.

Didier-Georges Gabily meurt à Paris le , des suites d’une opération, alors qu’il est depuis juillet en répétition au théâtre des Amandiers à Nanterre avec le Groupe T'chan'G d’un diptyque associant sa propre pièce Chimère et autres bestioles au Dom Juan de Molière... Le Groupe T'chan'G décide de poursuivre ce travail de création et joue en au Théâtre National de Bretagne le spectacle Dom Juan / Chimère., avant de se dissoudre.

Les archives de Didier-Georges Gabily sont déposées à l’IMEC en 2005 ; ce fonds a ensuite été complété par des enregistrements d'émissions radiophoniques sur l'auteur.

Œuvres Théâtre Pièce Date Création ÉditionChute du Rien, adapté du Voyage d'Urien d'André Gide1977Festival d’Avignon, Théâtre Ouvert, m.e.s. Didier-Georges Gabily, 1978La Maison sans jardin1979Création radio : Nouveau Répertoire Dramatique France Culture, 1980L'Emploi du temps1980Lyon, Théâtre de l'Est Lyonnais, m.e.s. Bruno Carlucci, 1980Scarron, trois traces improbables, deux fragments cannibales1983Strasbourg, Théâtre National de Strasbourg, mise en voix par Gabily, 1983Zoologie1984 Le Jeu de la commune, un voyage de plein air1986Le Mans, Centre dramatique du Maine, m.e.s. André Cellier, 1986Lalla, ou la terreur. Théâtre-roman.1987 Le Mans, La Fonderie, m.e.s. Jean-François Matignon - Compagnie Fraction, 1998 Actes Sud, coll. « Papiers », 1998Événements1988Le Mans, Théâtre de l'Enfumeraie, m.e.s. Pascal Larue, 1988Ossia, Variations à la mémoire d'Ossip et Nadejda Mandelstam1989Paris, Théâtre de Poche Montparnasse, m.e.s. Didier-Georges Gabily, 1989Actes Sud, coll. « Papiers », 2006.Violences (un diptyque) : Corps et tentations (1990) ; Âmes et demeures (1991)1990-1991Paris, Théâtre de la Cité internationale, Groupe T'Chan'G, m.e.s. Didier-Georges Gabily, 1991Actes Sud, coll. « Papiers », 1991Enfonçures. Cinq rêves de théâtre en temps de guerre suivis de trois chansons à deux voix. Oratorio1991Villeneuve-lès-Avignon, La Chartreuse, Groupe T'Chan'G, m.e.s. Didier-Georges Gabily, 1993Actes Sud, coll. « Papiers », 1993Chimère et autres bestioles (une féerie)1992Villeneuve-lès-Avignon, La Chartreuse, mise en lecture, 1992 ; Paris, Conservatoire national supérieur d'art dramatique, m.e.s. Anne Torrès, 1995 Actes Sud, coll. « Papiers », 1994TDM3 - Théâtre du mépris 31994 Actes Sud, coll. « Papiers », 1999Harangue berceuse avec chambre la nuit, télévision et un enfant (malade)1994Paris, Centre National du Théâtre, m.e.s. Frédérique Duchêne et Didier-Georges Gabily, 1995Actes Sud, coll. « Papiers », 1994Contention.1994Théâtre contre l'oubli, Actes Sud, coll. « Papiers », 1996Gibiers du temps - Première époque : Thésée1994Brest, Le Quartz, Groupe T'Chan'G, m.e.s. Didier-Georges Gabily, Actes Sud, coll. « Papiers », 1995Gibiers du temps - Deuxième époque : Voix1995Montluçon, Centre Dramatique National, Groupe T'Chan'G, m.e.s. Didier-Georges Gabily, Actes Sud, coll. « Papiers », 1995Gibiers du temps - Troisième époque : Phèdre, fragments d'agonie1995Rennes, Théâtre National de Bretagne, Groupe T'Chan'G, m.e.s. Didier-Georges Gabily, Actes Sud, coll. « Papiers », 1995Gibiers du temps. Triptyque (intégralité)1994-1995Gennevilliers, Théâtre de Gennevilliers, . ; Lille, Théâtre La Métaphore, Actes Sud, coll. « Papiers », 1995

Romans Physiologie d'un accouplement, Actes Sud, Arles, 1988. Couvre-feux. Récit, Actes Sud, Arles, 1990.