Aharon Appelfeld (en ), né Ervin Appelfeld le à Jadova, près de Czernowitz (alors Cernăuți en royaume de Roumanie) et mort le à Petah Tikva en Israël, est un romancier et poète israélien. Il est considéré comme un des plus importants écrivains israéliens de langue hébraïque de la fin du . Il a reçu de nombreux prix littéraires, dont le prix Israël en 1983 et le prix Médicis étranger en 2004.
Biographie
L'enfance et la guerre Aharon Appelfeld est né le en Roumanie de parents juifs assimilés germanophones influents, parlant aussi le ruthène, le français et le roumain. Il vit d'abord une petite enfance heureuse, entre une mère tendre, un père plus lointain, et des séjours à la campagne auprès de ses grands-parents qui lui apprennent le yiddishEléonore Sulser « Amoureux du silence et de la vie, Aharon Appelfeld s'en est allé », Le Temps, 4 janvier 2018 . Sa mère est tuée en 1940 alors que le régime roumain commence sa politique meurtrière envers les Juifs. Le nord de la Bucovine, dont Czernowitz, est annexé en par l’Union soviétique à la suite du pacte Molotov-Ribbentrop, avant d’être occupé par la coalition germano-roumaine en 1941. Aharon Appelfeld connaît le ghetto, puis la séparation d'avec son père et la déportation dans un camp à la frontière ukrainienne, en Transnistrie, en 1941. Aharon Appelfeld parvient à s'évader à l'automne 1942. Il se cache alors dans les forêts d'Ukraine pendant trois ans, en compagnie de marginaux de toutes sortes. Il trouve refuge pour l'hiver chez des paysans qui lui donnent un abri et de la nourriture contre du travail, mais il est obligé de cacher qu'il est juif. Une atmosphère et des événements qui continueront à l'habiter toute sa vie, comme il l'explique dans Histoire d'une vie :
La Palestine En 1945, il est recueilli par l'Armée rouge pendant neuf mois et il traverse ensuite l’Europe des mois durant avec un groupe d’adolescents orphelins, avant d'arriver en Italie d'où, grâce à une association juive, il s’embarque clandestinement en 1946 pour la Palestine. Là, le jeune garçon est pris en charge par l’ (Alya de la jeunesse) — mouvement sioniste fondé en 1933 en Allemagne et dont l'objectif est de sauver de jeunes juifs en les envoyant en Palestine — et se retrouve dans un camp de jeunesse, puis dans une école agricole. Il doit faire ensuite son service militaire en 1949. Il tient épisodiquement pendant ces années un journal qui reflète sa difficulté à se reconstruire. Il se heurte aussi au problème du rapport à la langue : il est en effet passé, sans espoir de retour, de l'allemand et du yiddish, à l'hébreu.
C'est principalement en recopiant des passages de la Torah qu'il apprend à écrire et parler l'hébreu, alors même que ses parents n'étaient pas religieuxBaudouin Eschapasse , « L'inestimable legs d'Aharon Appelfeld », Le Point, 4 janvier 2018 . Il a déclaré à propos de l'apport de la Bible, ainsi que de son rapport à l'hébreu :
En 1957, il retrouve son père qui a lui aussi survécu à la Shoah.
Études, diplômes De 1952 à 1956, il étudie à l'université hébraïque de Jérusalem, où il étudie les littératures yiddish et hébraïque, ainsi que la mystique juive, auprès de Martin Buber, Gershom Scholem, Ernest Simon, dont il suit les cours, et qui ont, comme lui, une double culture. Ses études dans le département de yiddish lui permettent de renouer avec sa culture d'origine.
Le choix de la littérature, et l'enseignement Sa rencontre avec Samuel Joseph Agnon le convainc que « le passé, même le plus dur, n’est pas une tare ou une honte mais une mine de vie ». À la fin des années 1950, il choisit l'écriture et la littérature et se met à écrire en hébreu, sa « langue maternelle adoptive ». Il enseigne la littérature à l'université Ben Gourion du Néguev de 1979 jusqu'à sa retraite. Homme de gauche, de tout temps ancré dans le Parti travailliste, il voit s'élargir les failles dans la société israélienne et observe avec amertume l'impasse d'un certain sionisme et le rejet du monde arabe qui veut supprimer son pays.
En 2005, il reçoit le Prix Nelly-Sachs.
Vie privée Il épouse Judith, Juive argentine, et le couple a trois enfants, Meir, Yitzak et Batya. Il meurt le à l’âge de .
Œuvre Aharon Appelfeld a écrit plus de quarante livres, principalement des recueils de nouvelles et des romans. De langue maternelle allemande, Il a appris l'hébreu à l'adolescence qu'il appellera sa . L'apprentissage fut ardu (c'était dira-t-il), et Appelfeld fera souvent ce cauchemar : Mais parallèlement, la littérature l'a sauvé:
La plupart de ses ouvrages concernent la vie de la population juive en Europe avant et pendant la Seconde Guerre mondiale. Il livre à chaque fois un pan de sa propre vie. Ses héros sont des Juifs assimilés. Pour montrer l'écroulement du monde autour de ses personnages il décrit un univers d'inquiétante étrangeté, avec des espaces qui se rétrécissent, des horaires qui se dérèglent, des trains sordides qui roulent dans des paysages indistincts. Il évoque en particulier sa propre expérience de survie dans la forêt de Bukovine, alors qu'il n'était âgé que d'une dizaine d'années. Cette expérience apparaît notamment dans Tsili et dans L'Amour, soudain. Aharon Appelfeld décrit aussi des rescapés incapables de se libérer d’un passé douloureux qui les poursuit, incapables de se forger une vie nouvelle. Il refuse cependant d'être considéré comme un écrivain de la Shoah :
Appelfeld est également l'ami de l'écrivain américain Philip Roth, et il apparaît dans un des romans de ce dernier, Opération Shylock. Pour Roth, l'œuvre d'Appelfeld, par ce qu'elle nous apprend de la nature humaine, s'élève à la hauteur de celles de Franz Kafka et de Bruno Schulz. Les écrivains qui ont influencé Appelfeld sont d'ailleurs Kafka, ainsi que Proust et Tchekhov et, sur le plan stylistique surtout, la Bible.
Autour d'Appelfeld
Valérie Zenatti est la traductrice des romans d'Appelfeld en français. Elle noue une relation amicale forte avec l'auteur et publie en 2019 un essai sur celle-ci : Dans le faisceau des vivantsParis, Points, 2020 , 168 p. écouter aussi : .. La traductrice italienne d'Appelfeld est ..
Sous la dir. de Renée Adjiman et Valérie Pera Guillot, contributions de Laure Adler, Meir Appelfeld, Nurith Aviv, Hervé Castanet, Emmanuel Finkiel, Amos Gitaï, Claudia Iddan, , Clotilde Leguil, Valérie Pera Guillot, Michèle Tauber, Ygal Schwartz, Valérie Zenatti) : Rencontres avec Aharon Appelfeld, 2025, Éd. IMAGO, .
Œuvres Fumée, Ashan, (nouvelles), Achshav, 1962 Dans la vallée fertile, Ba-Gai Ha-Poreh, (nouvelles), Schocken, 1963 Gel sur la terre, Kfor Al Ha-Aretz, (nouvelles), Massada, 1965 Au rez-de-chaussée, Be-Komat Ha-Karka, (nouvelles), Daga, 1968 Les Piliers du fleuve, Adanei Ha-Nahar, (nouvelles), Hakibbutz Hameuchad, 1971 La Robe et la Peau, Ha-Or Ve-Ha-Kutonet, (roman), Am Oved, 1971 Comme la prunelle de son œil, Ke-Ishon Ha-Ayin, (nouvelle), Hakibbutz Hameuchad, 1973 Cent témoins, Ke-Meah Edim, (recueil de nouvelles), Hakibbutz Hameuchad, 1975 Des années et des heures, Shanim Ve-Shaot, (nouvelles), Hakibbutz Hameuchad, 1975 Le Temps des prodiges, Tôr hap-pêlaôt, (roman), Hakibbutz Hameuchad, 1978 ; éditions Belfond en 1985 ; réédition Seuil, 2004 Premiers Essais d'une personne, Masot Be-Guf Rishon, (essais), WZO, 1979 Badenheim 1939, Badenheim Ir Nofesh, (roman), Hakibbutz Hameuchad, 1979. Tr. fr., Paris, Belfond 1989 ; Paris, Le Seuil, 2004. Lumière incandescente, Makot Ha-Or, (roman), Hakibbutz Hameuchad, 1980 Tsili, Ha-Kutonet Ve-Ha-Pasim, (nouvelle), Hakibbutz Hameuchad, 1983 En même temps, Be-Et U-Be-Ona Ahat, (roman), Hakibbutz Hameuchad, 1985 Langue de feu, Ritzpat Esh, Keter, 1988 Katerina (roman), Keter, Paris, Gallimard, 1989. Le Chemin de fer (roman), Mesilot Ha-Shahar, Keter, 1991 L'Immortel Bartfuss, 1983, Paris, Gallimard, 1983 ; Paris, Le Seuil, 2005. Laish, Keter, 1994 Perdu, Timion, Keter, 1995 Jusqu'à la lumière de l’aube, Ad She-Ya'ale Amud Ha-Shahar, Keter, 1995 La Mine de glace, Michreh Ha-Kerah, Keter, 1997 Tout ce que j’ai aimé, Col Asher Ahavti, Keter, 1999 Histoire d'une vie, סיפור חיים, Keter, 1999. Tr. fr., Paris, L’Olivier, 2004 – Prix Médicis étranger 2004. Floraison sauvage, roman, 2005 L'Héritage nu, Penser/rêver , Retours sur la question juive (essais), printemps 2005 L'Amour, soudain, Paris, L'Olivier, 2004. La Chambre de Mariana, Paris, L'Olivier, 2008. Et la fureur ne s’est pas encore tue, Paris, L'Olivier, 2009Appelfeld a présenté cet ouvrage en 2009, à Lausanne, au Centre de Traduction Littéraire (à l'occasion des 20 ans du centre). V. Eléonore Sulser « Amoureux du silence et de la vie, Aharon Appelfeld s'en est allé », Le Temps, 4 janvier 2018 . Le Garçon qui voulait dormir, האיש שלא פסק לישון, Paris, L’Olivier, 2011. Les Eaux tumultueuses, Paris, L’Olivier, 2013. Mon père et ma mère (2013), Paris, L'Olivier, 2020. Adam et Thomas, Paris, L'École des loisirs, 2014. Les Partisans, עד חוד הצער, Paris, L'Olivier, 2015. De longues nuits d’été, לילות־קיץ ארוכים, Paris, L'École des loisirs, 2017. La Couronne de fer, כתר־הברזל, inédit en France, publié en 2016 en Israël. Des jours d'une stupéfiante clarté, Paris, L’Olivier, 2018. La Stupeur (2017), Paris, L’Olivier, 2022. La Ligne (1991), Paris, L'Olivier, 2025.
Notes et références
Annexes
Articles connexes Littérature de la Shoah Liste de romans sur la Shoah
Vidéo Michèle Tauber, L’écriture d’Aharon Appefeld ou la réincarnation d’une mélodie, 2017, 24 min. Voir en ligne
Liens externes
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