L'art des steppes, ou art animalier des steppes, est un art produit par les peuples nomades ou semi-nomades, depuis l'Ukraine et la Russie moderne au nord de la mer Noire jusqu'au nord de la Chine en passant par l'Asie centrale, le sud de la Sibérie et la Mongolie. Il correspond à des populations nomades ou semi-nomades très variées : Scythes, Xiongnu, Sakas, Yuezhi, Parthes, Kuchans, Sassanides, Sogdiens, Göktürk (Tujue), Khitans (Qidan) et Jürchens (Nüzhen, , ou Mandchous) et enfin Mongols. L'art des steppes se concrétise par la décoration des armes et des objets constituant l'équipement du cavalier, dont les éléments du harnachement des chevaux, mais aussi dans la joaillerie.

Origines et essor

L'art des steppes se serait formé au nord du Caucase et aurait des origines assyro-babylonienne, avec des influences réciproquesJu. A. Zadneprovskij, Action réciproque des nomades et des civilisations anciennes et histoire ethnique de l'Asie centrale, dans Nomades et sédentaires en Asie centrale, Paris, Éditions du CNRS, 1990, p 235-240.. Puis, il se serait exporté à l'est. L'art assyrien a apporté le goût du réalisme et du naturalisme. L'art des steppes, au cours des divers contacts et invasions, contribue ainsi à introduire le réalisme dans l'art chinois .

Vers l'an 1000, il aurait subi de profondes transformations dans l'aire sibéro-turkestanienne (région de Minoussinsk) au contact de l'art géométrique préexistant. Dans la culture Karassouk (1300-700), les animaux sont représentés de manière assez sommaire et grossière alors que dans la culture de Tagar (700-300), l'art des steppes a atteint son apogée. Au , la migration des Scythes d'Asie en Europe à travers l'Oural et la Volga conduit à son retour dans la Russie méridionale. Ce va-et-vient culturel a pu s'opérer à plusieurs reprises entre la Sibérie et les confins de la Chine. On voit ainsi apparaître plusieurs écoles régionales dans l'Ordos, autour du Ienisseï, en Ukraine. Le correspond à un vaste syncrétisme culturel s'étendant depuis les berges du fleuve Amour et celles du Fleuve Jaune jusqu'à la Mer Caspienne et la mer Noire. La grande expansion des Turcs aux conduit à son effacement progressif mais l'art des steppes influence aussi le répertoire iconographique du monde musulman. D'une manière générale, l'essor des religions anthropomorphiques (islam, christianisme, bouddhisme) conduit à sa disparition progressive.

Répertoire iconographique

Les peuples des steppes étaient des peuples de cavaliers, souvent nomades ; ils ne pouvaient s’encombrer d’objets volumineux. L'art des steppes se manifeste sur des pièces de harnachement, des bijoux, des armes, des miroirs, de la vaisselle d'apparat (rhytons, cratères, coupes, vases), sur des embouts que l'on fixait au sommet des étendards et par des plaques et appliques qui servaient sans doute de décorations pour les boucliers, les caparaçons, les vêtements (boucles de ceintures, épingles) et les rares meubles (trônes, sièges, lits). La plupart de ces objets ont une fonction utilitaire et décorative.

Si les objets qui sont parvenus sont essentiellement métalliques, les découvertes archéologiques réalisées dans des tombes exceptionnellement bien conservées (Pazyryk, Chibe, Noin Ula) grâce à des conditions climatiques exceptionnelles ont permis de savoir que l'art des peuples cavaliers s'exprimaient aussi sur le bois, le feutre les tapis et même les tatouages humains.

L’art des steppes se caractérise par un abondant bestiaire réel ou imaginaire : cervidés, caprinés, équidés, fauves, bovidés et dans une moindre mesure sangliers, chiens, loups, rapaces, lièvres et même semble-t-il des animaux marins (dauphins, hippocampes). Le chameau est rarement représenté.

Les peuples nomades représentent de nombreuses scènes de chasse et de « combat » entre animaux, généralement par paires, représentés dans une étroite union où cornes et queues s'enroulent dans d'invraisemblables contorsions des corps. Le thème du fauve, un félin ou un ours se jetant sur sa proie, est très fréquent. Des scènes quotidiennes d'élevage des chevaux et des moutons sont également représentées.

Les animaux, souvent représentés et plus ou moins stylisés ont donné ses traits caractéristiques à ce style animalier, où les jeux de courbes manifestent l'énergie de ces corps, leur puissance voire leur caractère sacré. Ces représentations religieuses évoquent à la fois le lien entre les hommes et les dieux, les hommes entre eux (vassaux et dominants) et des unions sexuelles. Les nomades respectent et portent une grande attention aux animaux car ces derniers leur permettent de survivre, de se déplacer, de se vêtir. Ils étaient même considérés comme supérieurs à l’homme, car ils possèdent des capacités que l’homme n’a pas : le flair, l’instinct.…

Par ailleurs la steppe est aussi le lieu où se rencontrent d'innombrables pétroglyphes, dont le relevé, dans l'Altaï, permet de percevoir toute la richesse. Le motif du cerf, des femelles élan, motifs récurrents, si ce n'est clairement majoritaires sur ces pétroglyphes, permet de penser à une tradition de mythes liés aux rivières et à la régénération, laquelle est associée à l'Est : "The Mother of Animals"..

Notes et références

Annexes

Bibliographie

. 25 cm, noir et blanc.

Articles connexes Liste non exhaustive. Steppe eurasienne, Eurasie, Asie centrale, histoire de l'Asie centrale, Asie intérieure Domestication du cheval, peuple cavalier

Origines Culture de Sredny Stog, v. 4500-3500 av. J.-C. Culture de Botaï, v. 3700 et 3100 av. J.-C. (plus ancienne domestication du cheval attestée) Culture de Yamna, v. 3500-2300 av. J.-C. (apparition des stèles anthropomorphes et des kourganes, et possibles locuteurs de l’indo-européen commun) Culture des catacombes, v. 2800-2200 av. J.-C. Culture de Sintachta, v. 2100-1800 av. J.-C. (apparition du char de combat léger, avec les premières roues à rayons, et de l'arc composite) Culture d'Andronovo, v. Culture Sroubna, v. - av. J.-C. Cultures de Seima-Turbino v. 1500 av. J.-C Tianshanbeilu, vers 2000-1550 av. J.-C. Culture de Xiajiadian inférieur, vers 2000 à 1400 av. J.-C. Culture de Zhukaigou, v. 2000-1400, sur le plateau d'Ordos, Mongolie-Intérieure Culture du Karassouk, vers 1200-700 av. J.-C. (développement de l'art animalier des steppes)

Apogée Empire nomade Scythes, - Sarmates, - Culture de l'Ordos, - Huns et successeurs , - Xiongnu, - Xianbei, -

Traits culturels Kourgane, - Stèle anthropomorphe, jusqu'au début du Moyen Âge Pierres à cerfs, fin du - début du

Liens externes Collection d'art des steppes Art des steppes sur l'Encyclopédie Universalis Rapport critique de l'exposition L'or des Scythes de 1975 au Grand Palais, à Paris. Rapport établi par Véronique Schiltz, sur Persée. . . . Mission archéologique française en Asie centrale (MAFAC) Mission archéologique française « Ajakagytma » sur la Néolithisation en Asie centrale (MAFANAC) Mission archéologique franco-chinoise au Xinjiang (MAFCX)

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