Le Pirate (The Pirate) est un roman historique de l'auteur écossais Walter Scott, paru en sous la signature « par l'auteur de Waverley, Kenilworth ». Il s'inspire librement du retour aux Orcades en 1725 du pirate et de sa romance avec une jeune fille fortunée de ces îles. En tentant de cerner les deux êtres, en explorant notamment à travers le personnage de Minna l’isolement, la crédulité, le romanesque, les superstitions d’une jeune femme d’îles éloignées, Scott essaie de comprendre comment une telle liaison a été possible.
Il déplace l'histoire aux Shetland à la fin du , au temps de l'Écosse indépendante. Il se propose de faire découvrir au lecteur les mœurs, les coutumes et les superstitions qui étaient celles des Shetlandais avant que les Écossais ne réussissent à imposer les leurs.
Dans le dernier quart du livre, l’action se transporte aux Orcades.
Genèse
Scott s'est lié avec son éditeur Constable pour les cinq romans qui vont suivre Kenilworth. En , la parution du premier de ces livres est projetée pour juin de l'année suivante. On n'en connaît encore ni le titre ni le sujet. Comme pour Kenilworth, c'est à Constable que revient l'idée du thème du roman. Le , deux jours avant que Scott ne termine Kenilworth, Constable lui propose un titre et un sujet. Le prochain roman s'appellerait The Bucanier. Il s'inspirerait de l'histoire de trois régicides qui, à la Restauration, se réfugièrent en Nouvelle-Angleterre où ils furent capturés par des pirates. Scott retient le thème de la piraterie, mais pas le sujet proposé par Constable « The Pirate », sur walterscott.lib.ed.ac.uk, 19 décembre 2011 (consulté le 9 avril 2017).. Il a une autre idée.
En 1814, il accompagnait dans un tour des îles écossaises Robert Stevenson (le grand-père de Robert Louis Stevenson), ingénieur du service des phares, les Commissioners of Northern Light Houses « The Lord of the Isles », sur walterscott.lib.ed.ac.uk, 19 décembre 2011 (consulté le 10 avril 2017).. Aux Orcades, il a entendu parler d'un pirate nommé qui, revenu dans ces îles sous l'identité d'un commerçant respectable, avait séduit une jeune fille. Écrire un roman à partir de cette histoire serait pour Scott une occasion d'approfondir sa connaissance des îles du nord de l'Écosse.
Sources
Durant son voyage, il a tenu un journalOn trouve ce journal dans John Gibson Lockhart, [https://books.google.fr/books/about/Memoirs_of_the_Life_of_Sir_Walter_Scott.html?id=g2MVAAAAQAAJ&redir_esc=y Memoirs of the Life of Sir Walter Scott, Bart., sur books.google.fr], Édimbourg, Black, 1852.. Les notes prises aux Orcades et aux Shetland vont lui servir.
Il découvre les mœurs des pirates dans le livre de Charles Johnson et , Pirates, the Lives and Adventures of Sundry Notorious Pirates, et dans celui d'un anonyme, History and Lives of the Most Notorious Pirates and their Crews. L'historien orcadien Malcolm Laing — dont le grand-père a contribué à la capture de Gow — lui fournit des précisions sur ce pirate.. Mais Scott va faire de Gow un personnage romantique à la Byron. Sa documentation va lui servir plutôt pour peindre l'horrible Goffe et ses comparses.
Par ailleurs, il travaille sur une biographie de Tobias Smollett. C'est, pour lui, l'occasion de relire The Adventures of Peregrine Pickle (1751), dont il s'inspire pour la vie en mer.
Écriture
Scott a un rythme de production élevé. Les sept années précédentes, il a écrit onze romans. Les quatre années suivantes, il va en écrire six. Dans l'année 1821, il n'écrit que Le Pirate, car il est pris par toutes sortes d'activités extra-littéraires ou para-littéraires.
Il commence le livre le 18 ou le . Il ne termine le premier des trois volumes que le . En septembre, il reçoit chez lui son vieux camarade d'école, . Celui-ci l'accompagnait lors du voyage aux Orcades et aux Shetland. Il est maintenant shérif de ces îles. Il apporte à Scott le précieux concours de ses connaissances. Le livre est terminé fin octobre.
Publication
The Pirate. By the Author of Waverley, Kenilworth (Le Pirate, par l'auteur de Waverley, Kenilworth) paraît en trois volumes le ou le à Édimbourg chez Archibald Constable and Co., et le à Londres chez Hurst, Robinson and Co.. L'année de publication figurant dans le livre est 1822.
Contexte historique Les Shetland et l'Écosse
Conquises par les Vikings au , les îles Shetland restent norvégiennes durant cinq siècles. En 1472, pour une affaire de dot impayée (mariage de d'Écosse et de la fille de de Danemark et de Norvège), l’Écosse annexe les Shetland.
Comme souvent dans ses romans historiques, Walter Scott saisit le moment où l’ordre ancien (les vieilles coutumes norvégiennes, incarnées dans Magnus Troil) s’apprête à laisser la place à l’ordre nouveau (le féodalisme écossais, représenté par Yellowley).
À la fin du , l'Écosse est toujours indépendante. Mais des divisions l'affaiblissent : les Highlanders s’arment contre les Lowlanders, les (partisans de ) contre les jacobites (partisans de ), les whigs contre les tories. Et l’Angleterre s’arme contre l’Écosse. Dans ce roman, la crise est donc double : les traditions norvégiennes rechignent à se fondre dans les exigences écossaises, tandis qu'en toile de fond la Glorieuse Révolution prépare l'absorption de l'Écosse dans la Grande-Bretagne.
John Gow thumb|alt=Dessin en couleur. Portrait. Large et rude face rougeaude, longues moustaches tombantes, tricorne vert.|right|upright=1|John Gow, vu par un artiste inconnu en 1888.
Scott s'inspire librement de l'histoire du pirate , qui a grandi à Stromness, aux Orcades. Il sévit dans les eaux françaises, espagnoles et portugaises. Voulant se faire oublier un moment, il revient aux Orcades. Il renomme son bateau et se fait passer pour un commerçant respectable du nom de Smith Sigurd Towrie, « John Gow - The Orkney pirate », sur orkneyjar.com, 2017 (consulté le 10 avril 2017).. Il séduit miss Gordon, une jeune fille fortunée. Un jour, son bateau est reconnu. Gow reprend la mer, mais reste dans les parages. Le , il attaque une maison de maître, le Hall of Clestrain, à Orphir« John Gow », sur goldenageofpiracy.org, d'après Charles Johnson, Claud Lovat Fraser, Pirates, the Lives and Adventures of Sundry Notorious Pirates, New York, Robert M. McBride and Company, 1922. Mis en ligne en 2017 (consulté le 10 avril 2017).. Il emporte des objets de valeur et enlève deux servantes. Voulant attaquer la maison de son ancien condisciple James Fea, sur l'île d'Eday, il échoue son bateau sur l'île de Calf of Eday. Le , James Fea réussit à capturer les pirates. Ils sont transférés à Londres pour y être jugés.
La jeune fille que Gow a séduite se rend à Londres, mais n'arrive qu'après l'exécution. Elle obtient de voir le cadavre. Elle lui touche la main, reprenant ainsi la foi qu’elle lui a donnée — pour s’épargner d’être visitée par le fantôme pour avoir engagé par la suite, auprès de quelque vivant, une foi déjà promise.
Dates et lieux du récit Dates
John Gow revient aux Orcades au début de l'année 1725. Mais, à cette époque, les particularismes norvégiens ont été supplantés. Scott trouve plus intéressant de transposer son récit au temps de l'indépendance écossaise, à la fin du , à une période où les tensions sont vives entre les autochtones d'origine norvégienne et les colonisateurs écossais. Mark Weinstein et Alison Lumsden Éditeurs de Walter Scott, The Pirate, Edinburgh University Press, 2001. situent le récit en juillet-, à l'époque de la Glorieuse Révolution.
Lieux thumb|alt=maison isolée, en ruine, dans le brouillard, au bord de la mer|right|upright=1|Jarlshof (Iarlshof dans la traduction de Defauconpret), où débute le récit. Au centre, le « château ».
thumb|alt=Carte du sud de l'île de Mainland.|right|upright=1|Sud de Mainland, aux Shetland. Lieux réels ou imaginaires du roman, d'après les indications de l'auteur.
Pour Henri Suhamy, ce qui caractérise d'emblée ce livre, et qui imprègne pour longtemps la mémoire, c'est l'atmosphère : Le livre évoque
La plus grande partie du récit se déroule aux Shetland, dans le sud de Mainland, l'île principale. Certains lieux du roman se trouvent sur toutes les cartes… Lerwick, sur la côte est de Mainland, est depuis 1708 la capitale des Shetland. Scalloway, sur la côte ouest de Mainland, est l'ancienne capitale. Le est une longue péninsule formant le sud de Mainland. À trois ou quatre miles du « château » de Basile Mertoun, Scott situe l’église Saint-Ringan (ou Saint-Ninian). Elle se trouve sur la presqu’île Saint-Ninian. Jarlshof se prononce YARLZ-hoff Anne Burgess, « Moray-L Archives », sur archiver.rootsweb.ancestry.com , 24 février 2006 (consulté le 22 avril 2017).. Le traducteur Defauconpret écrit Iarlshof pour se rapprocher de la prononciation. Ce nom est créé par Scott dans Le Pirate, puis adopté par géographes, archéologues et administration « Jarlshof », sur scottish-places.info, 2016 (consulté le 21 avril 2017). « Jarlshof », sur undiscoveredscotland.co.uk, 2017 (consulté le 21 avril 2017).. Il signifie en norvégien « le château du comte ». Scott s'est basé sur le nom the laird's house (« la maison du laird ») donné par les Écossais à la ferme fortifiée « Jarlshof », sur traveling-savage.com, 2017 (consulté le 22 avril 2017).. Ce « château » (ou « vieille maison de Sumburgh », ou « maison de Jarlshof ») est en ruine, mais il existe toujours. En 1925, plus d’un siècle après le passage de Scott, un important site archéologique (maisons circulaires de l’Âge du bronze) a été mis au jour à Jarlshof. Le cap de Sumburgh forme la pointe sud-est de l’île.
D’autres lieux des Shetland sont incertains. On ne peut se fier qu'aux indications données par l'auteur : Scott situe Burgh-Westra à près de de Jarlshof. Le nom, la position et la description évoquent l’île de Burra Ouest, reliée par une série de ponts à deux autres îles et à Mainland. L’île Paba peut être Papa, tout près de Burra OuestOn trouve aussi, mais bien plus au nord, Papa Stour et Papa Little.. Au , elle est habitée. La ferme de Stour-Burgh (ou Harfra), peut-être imaginaire, est sur Mainland. Scott la situe à une dizaine de milles de Jarlshof. Elle pourrait être à hauteur de l’île de South Havra. Le lac Vert n’est pas désigné sur les cartes. Scott en donne seulement la taille : pas plus d’un mile de circuit. On trouve de petits lacs près de Skelberry. Fitful Head est un cap formant la pointe sud-ouest de Mainland. Scott le situe au nord-ouest de l’île. Dans la description vertigineuse qu’il en fait, il s'inspire peut-être du Fraw-Stack (ou rocher de la Vierge) de l’île Papa, auquel il le compare. D’autre noms de lieu sont peut-être forgés par Scott, comme l’halier de Swaraster.
Dans le dernier quart du livre, le récit se transporte aux Orcades. Kirkwall, sur la côte nord de Mainland, est la ville principale de l'archipel. L'île de Hoy se trouve au sud-ouest de Mainland. Les pierres levées de Stenness sont sur Mainland, au sud-ouest.
Résumé
Aux Shetland thumb|alt=maison en ruine|right|upright=1|Mordaunt et son père vivent dans le « château » d'Iarlshof, ferme médiévale fortifiée au , abandonnée à la fin .
Sur le promontoire désolé de Sumburgh, près du hameau d'Iarlshof, le mystérieux Basile Mertoun et son fils Mordaunt vivent en location depuis trois ou quatre ans, dans un « château » délabré appartenant au vieux Magnus Troil.
Durant les de son père, Mordaunt fait de longues escapades sur la mer et dans l’île. Il profite notamment de l’hospitalité de leur propriétaire, qui vit une vingtaine de miles plus au nord, dans son château de Burgh-Westra. Magnus Troil a deux filles, la brune et grave Minna, et l’enjouée Brenda : Mordaunt en est très proche, mais il n’a pas fait son choix.
thumb|alt=vue de la campagne, sur l’île|left|upright=1|L’île de Burra Ouest pourrait être le Burgh-Westra du livre.