Shippagan (anglais: Shippagan ou parfois Shippegan, latin: Cibaguensi, micmac (orthographe Francis-Smith): Sipakun) est une ville portuaire et universitaire canadienne située dans la région de la péninsule acadienne et le comté de Gloucester, dans le Nord-Est du Nouveau-Brunswick. Elle est la capitale de la pêche commerciale au Nouveau-Brunswick.
Toponyme
Le toponyme Shippagan vient du micmac Sepakunjíj (prononcez sépakountchiitche), qui signifie « passage des canards ». Ce nom serait composé de trois racines principales: sebaase (passer), owokun (portage ou passage) et chiche (canard). Le nom micmac actuel est Sipakun. Le nom ferait allusion à la région et non au lieu précis. Il se prononce Chipagan et non Chipagane.
Le nom de la ville eut différentes orthographes. Malgré le fait que Jacques Cartier, Samuel de Champlain et Nicolas Denys aient tous exploré la région, aucun n'a mentionné le nom Shippagan. Le nom est mentionné pour la première fois en 1656 lorsque Ignace de Paris, un missionnaire capucin, propose dans une lettre à ses supérieurs d'établir des postes de missionnaires en quatre ou cinq lieux de l'Acadie, dont Miscou et Cibaguensi, une version en latin du toponyme.
Au , la forme la plus courante du nom était Chipagan et quelques variantes. Certains anglophones utilisaient l'orthographe française mais celle anglaise s'imposa à partir du début du , avec quelques variantes, dont Shipagan, Ship-a-gang, Shipegan, Shippegan, Shippigan et ShippaganDonat Robichaud, Le Grand Chipagan - Histoire de Shippagan, chez l'auteur, Beresford, 1976. .. Le nom officiel de la ville, qui était auparavant Town of Shippagan, fut changé en Shippagan le ..
Un village du situé sur le site de l'actuel Bas-Caraquet s'appelait Chipagan.
Géographie
thumb|left|Carte topographique de Shippagan et des environs. Géographie physique Situation Shippagan est situé à à vol d'oiseau et à de route à l'est de Bathurst, dans la Péninsule acadienne. La ville a une superficie de .
Shippagan est limitrophe de Pointe-Sauvage à l'est, du Goulet au sud-est, de Baie-du-Petit-Pokemouche puis de la paroisse de Shippagan au sud-ouest, de Haut-Shippagan à l'ouest et de la Pointe-Brûlée au nord-ouest.
Shippagan est généralement considérée comme faisant partie de l'Acadie..
Topographie Shippagan est situé sur une presqu'île longue d'environ et large d'au plus . Cette presqu'île est délimitée au nord-ouest par la baie de Shippagan, au nord par le havre de Shippagan, à l'est par le golfe du Saint-Laurent et à l'ouest par la baie Saint-Simon. Tous ces plans d'eau communiquent entre eux, sauf que le havre se déverse dans le golfe à travers une dune par l'étroit goulet de Shippagan. Le havre de Shippagan sépare également la presqu'île de l'île de Lamèque. La ville de Shippagan occupe quant à elle une partie du littoral du havre de Shippagan et de la baie Saint-Simon.
Le terrain est plat et l'altitude moyenne est de . Il n'y a en fait aucune pente importante ni de zones instables.
Il y a le lac du Goulet au sud-est mais aucun cours d'eau important. Le terrain est très plat. Le reste du territoire est partiellement boisé.
Géologie Le sous-sol de Shippagan est composé principalement de roches sédimentaires, surtout du grès gris, datant du Pennsylvanien (entre 300 et 311 millions d'années) Carte géologique du Nouveau-Brunswick.
Le sol de Shippagan est organique sur 33 % de la superficie et acide, signifiant qu'il ne peut pas supporter des cultures comme les céréales mais qu'il est au contraire très bon pour les petits fruits et certains légumes. L'agriculture est par contre presque inexistante en ville.
Climat
Faune et flore La forêt recouvre à peine 25 % du territoire de la ville Commission d'aménagement de la péninsule acadienne, Présentation des études préliminaires de la ville de Shippagan, 2007 .. Cette forêt est dominée par l'épinette noire, le pin gris, l'épinette blanche, l'épinette rouge et l'érable rouge. La forte concentration de conifères cause un sol pauvre et le sous-bois n'est pas garni bien qu'on y trouve des espèces caractéristiques de ce milieu comme le cornouiller du Canada et la clintonie boréale. Dans les sols acides des tourbières se trouvent du mélèze et de l'épinette noire. Le couvert forestier n'a pas changé entre 1996 et 2002 bien qu'une carrière et une coupe à blanc soient maintenant recouverts d'arbres.
Shippagan compte une tourbière de 605 hectares au sud-est, dite la tourbière de Shippagan, ainsi qu'une toute petite au sud de la ville. La tourbière de Shippagan fut exploitée jusque dans les années 1970 par la compagnie Fafard. Elle appartient aujourd'hui à Sun Gro qui ne l'exploite pas mais qui depuis 2004 opère une ferme expérimentale de culture de sphaigne sur une surface d'un hectare, en collaboration avec le ministère des Ressources naturelles du Nouveau-Brunswick et l'Université Laval. Une troisième tourbière, située quant à elle sur le territoire de Haut-Shippagan, aurait pu nuire aux habitants de l'ouest de la ville mais de toute façon ne représente pas d'intérêt commercial.
Des balbuzards vivent dans la région.
Géographie humaine Transport Shippagan est située le long de la route 113.
Flexi Mobilité rurale dispose d'une flotte d'autobus, offrant depuis 2015 un service gratuit pour une période limitée, du lundi au vendredi. Dès le , il comptera trois trajets, reliant Shippagan, Caraquet et Tracadie via Pokemouche. Des services de taxi desservent aussi la ville. Flexi Déplacement Péninsule offre un service sur demande à travers la province. Il y a de plus un service de taxi longue distance, le Taxi Cormier, qui relie la région à Montréal.
Morphologie urbaine
thumb|Le boulevard J.D.-Gauthier. La rue principale de la ville porte le nom de Boulevard J.D Gauthier, du nom du Joseph Dominique Gauthier. Sur cette rue se trouvent la plupart des commerces et l'université. Au nord du boulevard se trouve le port de Shippagan. Ce quartier comprend un centre sportif, le collège, l'aquarium, un restaurant, un phare historique, l'église, quelques résidences, une marina, un port de pêche, des usines et des magasins d'agrès de pêche. Du côté sud du boulevard se trouvent plutôt des résidences, les autres usines, les écoles et l'hôtel de ville.
La ville s'est développée à partir du rivage, à l'époque où la population se déplaçait en voilier ou au moyen des portages établis par les Micmacs. Des sentiers se sont ensuite développés parallèlement au rivage entre les maisons et qui sont devenus les rues. Par la suite, la construction de routes vers Pokemouche et Haut-Shippagan ont entraîné un développement linéaire. Par contre, la tourbière représente un obstacle au développement, ce qui donne à Shippagan un aspect compact, fait rare dans la Péninsule acadienne. Il y a tout de même un problème d'étalement urbain à l'extérieur du centre-ville.
Logement
La ville comptait 1242 logements privés en 2006, dont 1120 occupés par des résidents habituels.. Parmi ces logements, 63,8 % sont individuels, 3,6 % sont jumelés, 2,2 % sont en rangée, 4,5 % sont des appartements ou duplex et 21,0 % sont des immeubles de moins de cinq étages. Enfin, 4,9 % des logements entrent dans la catégorie autres, tels que les maisons-mobiles.. 65,6 % des logements sont possédés alors que 34,4 % sont loués. 78,6 % ont été construits avant 1986 et 8,9 % ont besoin de réparations majeures. Les logements comptent en moyenne 6,4 pièces et aucun logement ne compte plus d'une personne habitant par pièce. Les logements possédés ont une valeur moyenne de , comparativement à pour la province.
Histoire
Préhistoire
Shippagan est situé dans le territoire historique des Micmacs, plus précisément dans le district de Sigenigteoag, qui comprend l'actuel côte Est du Nouveau-Brunswick, jusqu'à la baie de Fundy.
Explorations et colonisation européenne
Selon ce que rapporte Donat Robichaud, la région est visitée par des pêcheurs Normands et Bretons dès la fin du Donat Robichaud, Le Grand Shippagan, 1976. p. 33-37. Les Bretons sont en fait bien établis avant 1536. Les Basques chassent la baleine en Europe à partir du ou plus tôt mais, à la suite de l'effondrement de la population de ces cétacés, commencent à les chasser au sud du Labrador au , en plus de pêcher la morue. Ces pêcheurs viennent surtout du Pays basque espagnol mais sont ceux du Pays basque français deviennent de plus en plus nombreux. Ils sont déjà bien installés vers 1540 et, contrairement à une idée répandue, les Basques n'ont pas chassés la baleine de plus en plus loin jusqu'à atteindre l'Amérique. Vers 1632, les pêcheurs de morue basques se déplacent dans des endroits plus reculés, dont Caraquet, Paspébiac et Shippagan, notamment pour éviter les attaques des Inuits et des pirates anglais ou danois, mais aussi à cause de la baisse de la population de baleine et de l'ouverture de la pêche au Svalbard. La pêche basque à Shippagan dure sans encombre jusque vers la fin du .
Jacques Cartier passe à proximité de Shippagan en juillet 1534. Les Jésuites ont une mission à Miscou de 1634 à 1662.. Nicolas Denys établit un poste de traite au même endroit en 1645. Le secteur est cartographié pour la première fois en 1686.
Le , le Conseil souverain donne la concession de Pokemouche à Philippe Hesnault, de Nipisiguit, lui ajoutant trois lieues de largeur de chaque côté de la vallée, pour un total de huit lieues par quatre« Philippe Hesnault », dans Revue d'histoire de la Société historique Nicholas Denys, Vol. XXXIV, no. 3, sept.-déc. 2006, ., un territoire qui inclut le site de Shippagan. Michel Degrez, qui possédait auparavant la seigneurie, devait 200 livres à Hesnault, ce qui explique probablement cette décision. Hesnault ne s'établit pas sur les lieux et d'autres marchands en profitent pour chasser sur ses terres. Il porte plainte au Conseil et obtient gain de cause le contre le directeur général de la Compagnie de Mont-Louis, Jean de Clarmont. On ne sait pas avec précision ce qui est arrivé au fief de Pokemouche après la mort d'Hesnault.
Des corsaires américains fréquentent les lieux en 1777, durant la Révolution américaine. Les pêcheurs et marchands de passage signalent la présence d'habitations dès 1759 mais les premières familles à s'établir de façon permanente sont des Normands de Gaspésie, en 1790, suivis par les familles acadiennes Duguay, Mallet et Robichaud, en 1791. Les deux groupes se mélangent rapidement.
thumb|Une rue de Shippagan en 1900.
Les marchands Witzell et Topham développent l'industrie du bois. La première église est consacrée le par l'abbé Thomas Cooke, de Caraquet. Shippagan est séparé de la paroisse catholique de Caraquet en 1824, pour devenir la paroisse Saint-Jérôme. La compagnie de pêche jersiaise William Fruing & Cie s'installe dans le port en 1830 et domine l'économie pendant plusieurs décennies. Une route en bois est construite en 1832 entre Shippagan et Pokemouche. La première école ouvre ses portes en 1833. La deuxième église de la ville est inaugurée en 1858. La première compagnie de pêche à la morue fondée par un néo-brunswickois est la W.S.Loggie & Co. Ltd. de Shippagan, en 1876. Le chemin de fer est inauguré en novembre 1887, permettant de se déplacer une fois par semaine vers Bathurst.
Le premier quai du port est construit en 1906. L'église est agrandie en 1909. Le réseau de téléphone de Shippagan est relié au reste de la province en 1914.
La ville est durement touchée par la Grande Dépression des années 1930. Le nombre de familles recevant une aide financière passe ainsi de 175 en 1933 à 475 en 1936. Cette situation est due à la méthode de paiement utilisée par les compagnies de pêche. La Caisse populaire de Shippagan est fondée en 1937. La première route est pavée en 1938. L'électricité est disponible à partir de 1939, au moyen d'une ligne partant de Bathurst.