La Comtesse Mircalla von Karnstein est un personnage de fiction créé par Sheridan Le Fanu dans son roman Carmilla en 1871.

Biographie fictive La Comtesse Mircalla von Karnstein est une vampire styrienne, âgée de plus d'un siècle. Elle descend d'une très ancienne famille hongroise de la haute noblesse de Styrie () et/ou Tchécoslovaque. Le château familial, aujourd'hui en ruines, est situé non loin de celui où réside Laura :

"Une vue s'ouvrait dans la forêt ; nous étions tout à coup sous les cheminées et les pignons du village ruiné, et les tours et les créneaux du château démantelé, autour duquel se groupent des arbres gigantesques, nous surplombaient d'une légère éminence. Dans un rêve effrayé je descendis de voiture, et en silence, car nous avions chacun matière à réflexion en abondance ; nous montâmes bientôt l'ascension et fûmes parmi les chambres spacieuses, les escaliers en colimaçon et les couloirs sombres du château."

– Voici donc l’antique résidence des Karnstein ! dit enfin le général tandis que, par une grande fenêtre, il contemplait le village et la vaste étendue de la forêt. C’est ici que cette effroyable famille a rédigé ses chroniques sanglantes. Il est vraiment pénible que ces monstres continuent, après leur mort, à tourmenter la race humaine par leurs abominables appétits. Leur chapelle se trouve là-bas. Il montrait du doigt les murs gris d’une construction gothique bâtie à mi-pente,partiellement dissimulée dans le feuillage.

– Pourquoi ce village a-t-il été abandonné ? demanda le général. – Parce qu’il était hanté par des revenants, monsieur. Plusieurs ont été suivis jusque dans leurs tombes, reconnus coupables de vampirisme, et exterminés selon la coutume établie : c’est-àdire qu’on les a décapités, transpercés d’un pieu, et brûlés. Mais ils avaient eu le temps de tuer un grand nombre de villageois. « D’ailleurs, après que l’on eut pris toutes ces mesures légales, que l’on eut ouvert plusieurs tombes et privé plusieurs vampires de leur vie empruntée, le village ne fut pas délivré pour autant.

– Il y a près d’un siècle que la famille Karnstein est éteinte, dit-il. Ma chère femme en descendait par sa mère, mais le nom et le titre n’existent plus depuis longtemps. Le château est en ruine, et le village, abandonné. La dernière cheminée a cessé de fumer il y a cinquante ans au moins. À l’heure actuelle, il ne subsiste plus un seul toit.

Voici une toile que je n’ai encore jamais vue, dit mon père. Dans un des coins du haut se trouvaient un nom : « Marcia Kamstein » (autant que j’aie pu le déchiffrer) et une date : « 1698 ». Je suis curieux de voir ce qu’elle est devenue. Je m’en souvenais fort bien. C’était un petit tableau sans cadre, presque carré, d’un pied et demi de long, tellement noirci par l’âge que je n’avais jamais pu y distinguer quoi que ce fût.

L’artiste mit le portrait en pleine lumière, avec un orgueil manifeste. Merveilleusement belle, extraordinairement vivante, cette toile était l’effigie de Carmilla!

– Ma chérie, dis-je à ma compagne, nous assistons à un véritable miracle. Te voilà en personne sur ce tableau, vivante, souriante, prête à parler. N’est-ce pas que ce portrait est magnifique, papa ? Regardez : rien n’y manque,même pas le petit grain de beauté sur sa gorge.

– Maintenant, poursuivis-je, on peut très bien lire le nom qui figure dans le coin, on dirait qu’il a été tracé en lettres d’or. Ce n’est pas Marcia, mais Mircalla, comtesse Karnstein ; il est surmonté d’une petite couronne, et, au-dessous, il y a une date : A.D. 1698. Je descends des Karnstein par ma mère. – Ah ! fit ma compagne d’un ton languissant, j’appartiens, moi aussi, à cette famille, mais par des ancêtres très lointains. – Existe-t-il encore des Karnstein de nos jours ? – Il n’y en a plus aucun qui porte ce nom, autant que je sache. La famille a perdu tous ses biens, me semble-t-il, au cours de certaines guerres civiles, il y a très longtemps ; mais les ruines du château se dressent encore à moins de trois milles d’ici.

Chapitre 5 du roman Carmilla par Sheridan Le Fanu

On ne sait pas grand chose sur le bref passé humain de la Comtesse Karnstein. C'est lors de la nuit de son premier bal qu'elle fut visitée par un vampire. On lui prête un amour non partagé que lui porte un gentilhomme styrien de naissance, morave de titre, établi en Moravie.

« Entre autres choses, il en vint à conclure que, tôt ou tard, sa Mircalla bien-aimée serait soupçonnée de vampirisme, et il fut horrifié à l’idée que ses restes seraient profanés par une exécution posthume. Il a laissé un curieux écrit où il prouve que le vampire, une fois expulsé de son existence amphibie, se trouve projeté dans une vie beaucoup plus affreuse. C’est pourquoi il résolut d’épargner ce destin à celle qui avait été son idole. « À cet effet, il adopta le stratagème de ce voyage à Karnstein, où il feignit d’enlever la dépouille de Mircalla et se contenta de cacher l’emplacement de son tombeau. Sur la fin de sa vie, quand il contempla du haut de son grand âge les scènes qu’il allait laisser derrière lui, son acte lui apparut sous un jour tout différent, et il fut saisi d’horreur. Alors, il rédigea les notes et traça le plan qui m’ont guidé jusqu’à l’endroit exact où se trouvait le tombeau ; puis il fit un compterendu écrit de sa supercherie. En admettant qu’il ait eu l’intention de faire autre chose, la mort l’en a empêché. Et c’est la main d’un de ses lointains descendants qui, trop tard pour beaucoup d’infortunés, a guidé les recherches jusqu’à la tanière du monstre."

Description Physique Mircalla est de type hongroise caucasien, aristocratique, gracieuse et extrêmement belle.

La Carmilla de Sheridan Le Fanu a l'âge de Laura (environ 19 ans au moment de l'histoire). Elle prend l'apparence de l'âge correspondant à celle de ses victimes ; de façon à faciliter leur approche. Ainsi, lors de sa première rencontre avec Laura qui a alors six ans (« Une nuit, alors que j’avais à peine six ans… »), elle en a six également (« J’avais six ans à peine quand je m’éveillai, une nuit… »). Pour la suite de l'histoire, elles ont chacune 12 ans de plus. Pour la filleule du général Spielsdorf, elle paraît avoir un âge quasi identique lors du bal.

Dans le livre, elle est décrite comme suit par Laura (narratrice et personnage principal) devenue adulte :

Lors de sa première apparition dans le chapitre Terreur d'enfant, Carmilla paraît avoir 6 ans.

Lors de sa seconde apparition, 12 ans plus tard, dans le chapitre Échange d'impression, elle a alors 19 ans.

Son visage :

L'impression qu'elle dégage :

Portrait général :

Traits du vampire :

Personnalité Mircalla éprouve une inclination certaine pour les jeunes filles dont elle se nourrit exclusivement. Du fait de sa nature de vampire et de son grand âge, elle reste prudente et secrète sur elle-même, son histoire et sa (non)vie.

Calculatrice et rusée, et avec l'aide d'une ingénieuse et mystérieuse dame plus agée, qui se fait faussement passer pour sa mère, Carmilla met au point des scénarios élaborés afin d'atteindre son objectif. Elle trompe ses victimes par de fausses apparences. Pour Bertha Rheinfeldt, la nièce du général Spielsdorf, aux bal masqué, avec l'aide de sa complice, Millarca a monté une histoire invraisemblable auprès du général Spielsdorf. Histoire, de laquelle résultat son séjour plus ou moins contraint, auprès de Bertha. Pour Laura, Carmilla mit en scène un accident…Ses plans sont raffinés, loin des rapts sauvages et des assassinats sans considération.

Elle n'éprouve aucun remords car considère la mort comme une chose de naturelle. Quelque chose auquel elle-même n'a pas droit.

Plus encore, l'acte de mise à mort représente sa seule possibilité d'union avec les personnes qu'elle choisit () et c'est peut-être pour cette raison qu'elles durent souvent plus d'une semaine.

L'ardeur de sa soif se confond avec son désir. Elle a des crises où, sortie d'elle-même, elle exprime ses sentiments de façon véhémente entre autres par une respiration saccadée, des paroles litaniques (souvent de même type).

Religion

Dans son passée humain, la comtesse Mircalla fut baptisée et était chrétienne. Cependant étant désormais vampire, elle éprouve de facto une antipathie viscérale pour ce qui a trait à la religion.

Elle croit désormais ou tente de se convaincre que tout est rapport à la nature. Elle se définit désormais elle-même et les êtres humains comme enfant de la nature.

"Nous sommes entre les mains de Dieu; rien ne peut arriver sans sa permission, et tout finira bien pour ceux qui l'aiment. Il est notre fidèle créateur; Il nous a tous créés et prendra soin de nous."

« Créateur ! Nature ! » dit la demoiselle en réponse à mon gentil père. « Et cette maladie qui envahit le pays est naturelle. La nature. Toutes les choses procèdent de la nature, n'est-ce pas ? Toutes les choses dans le ciel, sur la terre et sous la terre, agissent et vivent comme la nature l'ordonne ? "

Chapitre 4 du roman Carmilla par Sheridan Le Fanu

Attitude

Son esprit ne s’accordait point à cette langueur corporelle, car sa conversation était toujours très animée et très intelligente.

Habitudes

Le matin, elle descendait de sa chambre longtemps après nos oraisons familiales ; le soir, elle ne quittait pas le salon pour passer dans la grand-salle et s’associer à notre courte action de grâces.

Elle descendait généralement très tard, vers une heure de l’après-midi, et prenait alors une tasse de chocolat sans rien manger. Ensuite nous allions faire une promenade, un simple petit tour, mais elle semblait épuisée presque immédiatement : ou bien elle regagnait le château, ou bien elle restait assise sur un des bancs placés çà et là parmi les arbres.

Traits du Vampire

Elle déteste les chants sacrés.

Création du personnage Sheridan Le Fanu s'est peut-être inspiré de la bien réelle comtesse Élisabeth Báthory pour son roman Carmilla, l’un des premiers de la littérature vampirique, puisqu’il parait en 1871, 26 ans avant le Dracula de Bram Stoker. Tout comme ce dernier, Le Fanu est irlandais d’ascendance protestante, a étudié au Trinity College de Dublin, et fréquenté les salons mondains. C’est dans un de ces salons qu’un soir, Carmilla fut lu à Stoker, par Mrs Wilde elle-même. Ce texte influencera Stoker au point que celui-ci fera apparaître sa tombe, par l’entremise du tombeau colossal d’une comtesse vampire, dans le premier chapitre de sa première version de Dracula. Son éditeur, n’appréciant guère cette référence à une œuvre aussi sulfureuse, lui fera supprimer ce passage (passage qui sera ultérieurement réutilisé dans la courte nouvelle de Stoker L'Invité de Dracula).

Quand Le Fanu écrit Carmilla, à la fin de sa vie, il est déjà un auteur confirmé. Il s’est essayé à tous les genres : romans, articles et essais, théâtre, poésie, nouvelles.

Carmilla s’inscrit dans la grande tradition du roman gothique irlandais. Il en possède la plupart des caractéristiques archétypiques : naïveté de l’héroïne, forme du journal intime, cadre médiéval sombre et mélancolique, références aux anciens romans légendaires médiévaux.

L’histoire de Carmilla semble avoir été inspirée à Le Fanu par les Dissertations sur les apparitions des anges, des démons et des esprits, et sur les revenants et vampires de Hongrie, de Bohême, de Moravie et de Silésie (1751), un ouvrage du bénédictin Dom Augustin Calmet qui est traduit en anglais dès 1850. Le Fanu en reprend nombre d’anecdotes (la commission officielle autrichienne, l’histoire du bûcheron, ainsi que les ouvrages traitant des vampires cités à la fin de Carmilla et qui figurent aussi dans le livre de Calmet…).