Les Inuit (ou Inuits) sont un groupe de peuples autochtones partageant des similitudes culturelles et une origine ethnique commune, car ils vivent tous à l'origine dans l'Arctique, l'Amérique du Nord et la Sibérie. Quelque vivent au Groenland, au Canada, aux États-Unis et en Russie.
Bien que le Conseil circumpolaire inuit regroupe également les Yupiks de l'Alaska et de la Sibérie, ceux-ci ne sont pas des Inuit dans le sens d'une descendance thuléenne. Les Inuit ne sont pas considérés comme des Amérindiens puisque leurs ancêtres seraient venus en Amérique plusieurs millénaires après l'arrivée des Paléoasiatiques, les ancêtres des Amérindiens.. En fait, les Inuit sont davantage similaires aux peuples habitant les régions arctiques asiatiques qu'aux peuples amérindiens.. Il ne faut pas non plus confondre les Inuit avec les Innus qui sont un peuple autochtone vivant dans la forêt boréale canadienne du Nord-Est du Québec et du Labrador.
Historiquement, les Inuit étaient un peuple de chasseurs nomades. De nos jours, si la plupart des Inuit sont devenus sédentaires, une grande partie vit encore de la chasse et la pêche.
Plusieurs questions politiques se posent au sujet des Inuit, principalement des revendications territoriales. Au Canada, ils sont représentés par l'Inuit Tapiriit Kanatami. En fait, le processus de revendication territoriale dans l'histoire du Canada a mené, en 1999, à la création du Nunavut, un nouveau territoire conçu comme patrie d'une grande partie des Inuit du Canada et dont le nom signifie en inuktitut, la langue principale des Inuit canadiens. De plus, afin de répondre aux revendications des Inuit de la région du Nunavik dans le Nord-du-Québec, le gouvernement québécois a créé l'Administration régionale Kativik dans le cadre de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois.
Étymologie Le terme signifie « gens », « humains » ou « personnes » en inuktitut et en groenlandais, et est l'autonyme par lequel ce peuple se désigne aujourd'hui. Puisque ce sont les deux langues inuites les plus parlées, c'est le terme qui a été retenu. Il s'agit en fait d'un nom pluriel dont la forme singulière est et la forme duelle est (un inuk, deux inuuk, plusieurs inuit)Hessel, Ingo. Arctic Spirit: Inuit Art from the Albrecht Collection at the Heard. Vancouver: Douglas and McIntyre, 2006: x. ..
Si l'Office québécois de la langue française approuve l'utilisation du terme « Inuits » au pluriel, il reconnaît également la graphie « Inuit » au pluriel.. Les communautés autochtones ont cependant tendance à revendiquer l'utilisation du terme « Inuit » (sans s), pour des questions de respect de la langue inuktitut. C'est d'ailleurs cette graphie qui est retenue par le Gouvernement du Québec sur ses pages officielles.
En français, le mot « inuit » est cependant utilisé en tant qu'adjectif et accordé de manière standard. Les autres langues inuites ont un terme ayant la même racine étymologique pour ce mot, par exemple inughuit en tunumiit et en tunumiisut.
Certains peuples de l'Arctique étaient auparavant communément désignés sous le nom d'Esquimaux ( en anglais). Ce terme ne désigne pas exclusivement l'ethnie inuite puisqu'il inclut également un autre peuple autochtone vivant dans l'Arctique : les Yupiks. Les Inuit de l'Alaska sont appelés Iñupiat. En Alaska, le terme , littéralement « natifs d'Alaska », est préféré pour désigner l'ensemble des peuples autochtones de la région incluant les Iñupiat et les Yupiks puisque ces derniers n'appartiennent pas à l'ethnie inuite. Les eskimologues, aujourd'hui inuitologues, ont adopté au , le terme « eskimo », invariable dans l'orthographe danoise, pour désigner traditionnellement le groupe linguistique..
Depuis la fin du , en français, le terme « Inuit » est généralement préféré à celui d'« Esquimaux », surtout au Canada, où ce dernier peut même être considéré comme péjoratif. Cette perception très répandue s'explique par le fait que dans les langues algonquiennes le terme « Eskimau » est censé signifier alors que, en fait, ce terme proviendrait d'une langue proto-algonquienne signifiant . : il signifie le peuple.
Le Renvoi sur les Esquimaux de la Cour suprême du Canada de 1939 a déterminé que les inuit étaient légalement Indiens, ce qui permit de combler différents vides juridiques quant à leur statut constitutionnel.
Au Groenland, les Inuit se désignent comme Groenlandais ou Kalaallit en groenlandais.
L'ethnologue danois William C. Thalbitzer a rapproché les Inuit et leur nom des Aïnous, une ethnie du Japon et de la Russie, et de leur nom sur le radical innu, d'autant que les mythes fondateurs des deux communautés sont très semblablesWilliam C. Thalbitzer, 1873 - 1958, spécialiste des Inuit à l'université de Copenhague, a vécu au Groenland: , Eskimology and Arctic Studies et Æresdoktor ved Københavns UniversitetChez les Inuit comme chez les Aïnous, une fois le monde sorti du chaos originel, le genre humain serait issu de l'union entre le chien Innu et la première femme, ..
Préhistoire
Cultures néolithiques du Nord-Est de la Sibérie
Vers 8000 et durant les qui ont suivi, au moment où le détroit de Béring était envahi par la banquise, des petits groupes de chasseurs arrivent en Alaska. Il y a de fortes chances que ces gens l'aient traversé sur la banquise pour aller de l'Ancien au Nouveau Monde. Dans cette partie du détroit de Béring, d'après la situation géographique des îles Diomède, il n'y a qu'une vingtaine de kilomètres tout au plus entre deux terres. Donc, seulement trois ou quatre jours de marche ont été nécessaires pour faire le voyage. D'après les fouilles des plus vieux sites alaskans, ces gens étaient de la tradition microlithique de l'Arctique qui est très similaire aux groupes du Néolithique de Sibérie. Ces chasseurs n'ont jamais atteint la côte sud de l'Alaska et les îles Aléoutiennes. Ils se sont plutôt répandus rapidement dans l'Arctique canadien et au Groenland à la poursuite de bœufs musqués et de mammifères marins. Ils apportèrent avec eux une technique d'outils en pierre taillée qui était totalement inconnue en Amérique, principalement des micro-lames qui sont des petites lamelles de pierre obtenues par percussion. De plus, de minuscules lames triangulaires servant de pointes de projectile constituaient très probablement le premier indice de l'usage de l'arc et de la flèche en Amérique du Nord.
L'origine des peuples anciens peut être retracée par l'étude des langues utilisées par ces derniers et par les caractéristiques physiques des populations concernées. Tous les groupes d'Inuit nord-américains ont des langues apparentées. De plus, les langues inuites ont d'importantes affinités avec celle des Aléoutes, laissant croire qu'elles ont possiblement une même origine. De plus, les langues inuites et aléoutiennes ont un lointain lien de parenté avec les Tchouktches, les Koriaks et les Kamtchadales du Nord-Est de la Sibérie. Les Esquimaux et les Aléoutes ont des phénotypes similaires avec les gens des péninsules Tchoukotka et Kamtchatka. Ils sont désignés comme étant des . Le terme est employé pour identifier ces groupes de chasseurs d'un lointain passé, mais la relation de descendance avec les diverses cultures inuites qui ont suivi n'est pas aussi claire que ce qui était cru lors des premières découvertes archéologiques.
Il semble que plusieurs nappes de peuplement venues d'Asie se soient succédé ou se soient côtoyées en Amérique boréale. Ainsi, les des cultures de Saqqaq et de l'Indépendance I, documentés par des vestiges archéologiques dans le Nord du Canada et du Groenland, représentent la plus ancienne expansion humaine dans l'extrême Nord du Nouveau Monde. Toutefois, leur origine et leur relation génétique avec les cultures postérieures ne sont pas connues. Un génome mitochondrial d'un Paléoesquimau a été séquencé en utilisant des cheveux gelés âgés de à excavés d'une installation saqqaq du Groenland. L'échantillon est distinct de ceux des Amérindiens et des Esquimaux modernes. Ce résultat suggère que les premiers migrants dans l'extrême Nord du Nouveau Monde provenaient des populations dans la zone de la mer de Béring et n'étaient pas directement liés aux Amérindiens ou Esquimaux postérieurs, qui les ont remplacésM. Thomas, P. Gilbert et al., « Paleo-Eskimo mtDNA Genome Reveals Matrilineal Discontinuity in Greenland », dans Science, vol. 320, , 27 juin 2008, .. L'échantillon paraît par contre très proche de celui des Aléoutes de la région du détroit de Béring et des de Sibérie.
Paléoesquimaux anciens D'après les dates d'ancienneté analogues des sites de la Tradition des outils microlithiques, allant de l'Alaska au Groenland, il est supposé que les Paléoesquimaux anciens ont envahi les territoires polaires avec rapidité. Ils étaient habiles à exploiter un nouveau territoire au-delà des migrations saisonnières. Ces derniers étaient des chasseurs des forêts nordiques de la Sibérie qui se sont adaptés aux régions de toundra et de banquise. C'était la première phase d'extension territoriale d'une bonne partie de l'Arctique canadien et du Groenland, encore inhabité à cette époque. La similarité de la technologie du Paléoesquimau ancien est frappante d'une région à l'autre. Un degré de cohésion culturelle et de conservatisme est remarqué dans le temps et dans l'espace. Les Paléoesquimaux anciens ont été les premiers à réussir une certaine adaptation malgré les contraintes climatiques de l'Arctique nord-américain, c'est-à-dire un froid glacial, une pauvreté en nourriture d'origine végétale, une disponibilité saisonnière des protéines animales, un nombre limité d'espèces disponibles ainsi qu'une rareté du combustible et des matières premières essentielles.
Au départ, ils ont peut-être été attirés par les troupeaux de caribous et, une fois sur place, ils auraient découvert les bœufs musqués et les phoques des côtes arctiques. La défensive en ligne ou en cercle utilisée par ces bêtes se transformait en avantage pour des chasseurs qui possédaient des chiens. L'immobilité du troupeau ainsi pris au piège permettait aux hommes de s'approcher des bêtes, facilitant l'utilisation de l'arc ou de la lance. Une fois la viande débitée, elle était empaquetée dans les peaux et transportée vers les campements. En fait, la chasse au bœuf musqué était très possiblement beaucoup plus facile que la chasse à la baleine et au morse. Durant l'été, la diète était complétée avec des oiseaux migrateurs, des œufs, des lièvres arctique et des poissons anadromes. Rien ne laisse croire qu'ils possédaient des bateaux et des traîneaux à chien, ils se seraient donc déplacés à pied sur cet immense territoire de d'ouest en est et du sud au nord. De plus, l'igloo et la lampe à huile en stéatite (pierre à savon) étaient absents à cette époque, ce qui devait rendre la vie assez rude et précaire.