vignette|Les quatre fils de l'empereur Taisho en 1921 : Hirohito, Takahito, Nobuhito et Yasuhito vignette|Séisme de 1923 de Kantō.
L' est l'ère du Japon qui couvre la période allant du au qui correspond au règne de l'empereur TaishōNussbaum, Louis-Frédéric. (2005). "Taishō" in ; n.b., Louis-Frédéric est le pseudonyme de Louis-Frédéric Nussbaum, voir Deutsche Nationalbibliothek Authority File.. La santé déficiente de l'empereur a pour conséquence le déplacement du pouvoir politique du vieux groupe oligarchique composé de politiciens âgés (ou genrō) vers la Diète du Japon et les partis démocratiques. Cette époque est ainsi considérée comme la période du mouvement libéral connu sous le nom « démocratie Taishō » au Japon. Il est habituel de la distinguer de l'ère Meiji précédente et de la première partie militariste de l'ère Shōwa qui lui succède.
Postérité de l'ère Meiji Quand l'empereur Meiji meurt le , le prince héritier Taishō Tennō devient le nouvel empereur du Japon et lui succède sur le trône, inaugurant ainsi l'ère Taishō. La fin de la période Meiji est marquée par d'énormes investissements publics nationaux et à l'étranger et des programmes de défense, des crédits presque épuisés et un manque de réserves en devises pour payer les dettes.
L'influence de la culture occidentale vécue durant l'ère Meiji continue à s'étendre. Kobayashi Kiyochika adopte les styles de peintures de l'Occident tout en continuant à peindre des ukiyo-e. Okakura Kakuzō maintient son intérêt pour la peinture japonaise traditionnelle tandis que Mori Ōgai et Natsume Sōseki étudient en Europe et introduisent au Japon une vision plus moderne de la vie.
Les événements découlant de la restauration de Meiji en 1868 ont non seulement permis la réalisation de nombreux objectifs politiques et économiques tant au niveau national qu'à l'étranger — sans que le Japon subisse le sort colonial d'autres nations asiatiques — mais aussi suscité un nouveau ferment intellectuel, à une époque où dans le monde entier l'intérêt pour le socialisme s'accroît et où se développe le prolétariat urbain. Le suffrage universel masculin, la notion d'État providence, les droits des travailleurs et les protestations non violentes sont des idéaux des premiers mouvements de gauche. Cependant, la suppression par le gouvernement des activités de gauche entraîne une radicalisation des actions de ces mouvements et la répression qui s'ensuit aboutit à la dissolution du , un an seulement après sa fondation en 1906. De nombreuses revues et mouvements socialistes, communistes et féministes fleurissent à cette époque, notamment la revue Seitō de Raichô Hiratsuka ou Tanemakuhito de Kenzō Imano.
Le début de l'ère Taishō est marqué par la crise politique Taishō de 1912–13 qui interrompt la politique antérieure de compromis. Lorsque Saionji Kinmochi essaye de réduire le budget militaire, le ministre de l'armée démissionne, faisant chuter le cabinet Rikken Seiyūkai. Yamagata Aritomo et Saionji refusent de reprendre leurs fonctions et le genrō est incapable de trouver une solution. L'indignation publique contre la manipulation militaire du Cabinet et le rappel de Katsura Tarō pour un troisième mandat entraînent des exigences encore plus fortes pour la fin de la politique Genro. Malgré l'opposition de la vieille garde, les forces conservatrices forment leur propre parti en 1913, le Rikken Dōshikai qui remporte la majorité à la Chambre face au Seiyūkai à la fin 1914.
Le , Yamamoto Gonnohyōe succède à Katsura comme Premier ministre du Japon. En , Ōkuma Shigenobu remplace Yamamoto.
Première Guerre mondiale et hégémonie en Chine
Profitant de ce que l'empire allemand est tout à la Première Guerre mondiale et souhaitant étendre sa sphère d'influence en Chine, le Japon déclare la guerre à l'Allemagne le et occupe rapidement les territoires sous contrôle allemand dans la région du Shandong en Chine ainsi que les îles Mariannes, Carolines et Marshall dans l'océan Pacifique. Le , Jiaozhou se rend au Japon.
Tandis que ses alliés occidentaux sont particulièrement impliqués dans la guerre en Europe, le Japon cherche à consolider plus encore sa position en Chine et présente ses à la Chine en . Outre l'expansion de son contrôle sur les possessions allemandes, Mandchourie et Mongolie-Intérieure, le Japon demande également la propriété conjointe d'un important complexe minier et métallurgique dans le centre de la Chine, l'interdiction à la Chine de la cession ou de la location d'une quelconque zone côtière à une tierce puissance, et divers autres contrôles politiques, économiques et militaires, qui, s'ils sont mis en place, réduisent la Chine à un protectorat japonais. La longueur des négociations avec le gouvernement chinois, un profond sentiment antijaponais en Chine et la condamnation internationale contraignent le Japon à retirer le dernier groupe d'exigences et les traités sont signés en .
L'hégémonie du Japon dans le nord de la Chine et d'autres parties de l'Asie est facilitée par d'autres accords internationaux. L'un avec la Russie en 1916 permet de sécuriser davantage l'influence du Japon en Mandchourie et en Mongolie intérieure, et des accords avec la France, le Royaume-Uni et les États-Unis en 1917 reconnaissent les gains territoriaux du Japon en Chine et dans le Pacifique. Les prêts Nishihara (du nom de Nishihara Kamezo, le représentant de Tokyo à Beijing de 1917 à 1918), tout en aidant le gouvernement chinois, endettent encore plus profondément la Chine envers le Japon. Vers la fin de la guerre, le Japon reçoit de plus en plus de commandes de matériel nécessaire à la guerre de ses alliés européens, contribuant ainsi à diversifier l'industrie du pays, à augmenter ses exportations et à faire passer pour la première fois le Japon du statut de nation débitrice à celui de nation créancière.
La puissance du Japon en Asie croît avec la chute du régime tsariste en Russie et les désordres liés à la Révolution d'Octobre de 1917 en Sibérie. Voulant profiter de l'occasion, l'armée japonaise prévoit d'occuper la Sibérie à l'ouest jusqu'au lac Baïkal. Pour ce faire, le Japon doit négocier un accord avec la Chine pour permettre le transit des troupes japonaises à travers le territoire chinois. Bien que le niveau des forces ait été revu à la baisse pour ne pas indisposer les États-Unis, plus de troupes japonaises se joignent aux unités beaucoup plus petites de la Force expéditionnaire alliée envoyée en Sibérie en 1918.
La Première Guerre mondiale permet au Japon, qui a combattu du côté des alliés de la Première Guerre mondiale, d'étendre son influence en Asie et ses possessions territoriales dans le Pacifique. Agissant presque indépendamment du gouvernement civil, la marine impériale japonaise se saisit des colonies allemandes de Micronésie.
Le , Terauchi Masatake succède à Ōkuma Shigenobu au poste de premier ministre. Le , l'accord Lansing-Ishii prend acte de la reconnaissance des intérêts du Japon en Chine et s'engage à maintenir une . En est lancée l'intervention en Sibérie qui voit le déploiement de troupes japonaises. En , des émeutes du riz éclatent dans des villes et agglomérations de tout le Japon.
Le Japon après la Première Guerre mondiale : la démocratie Taishō vignette|Jeunes scouts japonais à l'entraînement avec des fusils. vignette|upright=0.5|Écolière japonaise de l'ère Taishō.
L'après-guerre apporte une prospérité sans précédent au Japon qui se rend à la conférence de paix à Versailles en 1919 comme l'une des grandes puissances militaires et industrielles du monde et y reçoit une reconnaissance officielle comme l'un des « Cinq Grands » du nouvel ordre internationalJohn W. Dower, Embracing Defeat: Japan in the Wake of World War II. New York: W.W. Norton & Co., 1999. .. Tokyo obtient un siège permanent au Conseil de la Société des Nations et le traité de paix confirme le transfert au Japon des droits de l'Allemagne dans Shandong, disposition qui conduit à des émeutes anti japonaises et à un mouvement politique de masse dans toute la Chine. De même, les îles du Pacifique, anciennes possessions de l'Allemagne, sont placées sous mandat japonais. Le Japon est également impliqué dans l'intervention d'après-guerre des Alliés en Russie et est la dernière puissance alliée à se retirer (en 1925). Malgré son rôle secondaire dans la Première Guerre mondiale (et le rejet des puissances occidentales de sa demande d'une clause d'égalité raciale dans le traité de paix), le Japon émerge comme un acteur majeur de la politique internationale à la fin de la guerre.
Le système à deux partis politiques qui se développe au Japon depuis le début du siècle arrive enfin à maturité après la Première Guerre mondiale, faisant naître le surnom de « démocratie Taisho » pour désigner cette période.
En 1918, Hara Takashi, un protégé de Saionji et une influence majeure dans les cabinets Seiyūkai d'avant-guerre, devient le premier roturier à servir comme premier ministre. Il profite des relations de longue date qu'il entretient au sein du gouvernement, obtient le soutien de ce qui reste du genrō et de la Chambre des pairs, et fait entrer dans son cabinet comme ministre des Armées, Tanaka Giichi qui a eu une meilleure appréciation des relations civiles-militaires que ses prédécesseurs. Néanmoins, Hara est aux prises avec des problèmes majeurs : l'inflation, la nécessité d'adapter l'économie japonaise aux circonstances d'après-guerre, l'afflux d'idées étrangères et un mouvement ouvrier naissant. Le cabinet applique des solutions d'avant-guerre à ces problèmes d'après-guerre et peu est fait pour réformer le gouvernement. Hara s'applique à assurer une majorité Seiyūkai par des méthodes éprouvées par le temps, telles que de nouvelles lois électorales et le redécoupage électoral et engage d'importants travaux publics financés par le gouvernement.
La déception de l'opinion publique augmente face à la dette nationale croissante et aux nouvelles lois électorales qui conservent les niveaux minimum de taxation requis pour l'obtention du droit de vote. Un mouvement se fait jour en faveur du suffrage universel et du démantèlement de l'ancien réseau des partis politiques. Les étudiants, les professeurs d'université et des journalistes, soutenus par les syndicats et inspirés par diverses écoles de pensée occidentales démocratique, socialistes, communistes, anarchistes et autres organisent en 1919 et 1920 de grandes manifestations publiques pacifiques en faveur du suffrage universel masculin. De nouvelles élections apportent une fois encore - mais de peu - une majorité Seiyūkai. Le milieu politique de l'époque connaît une prolifération de nouveaux partis, y compris les partis socialistes et communistes.
Au milieu de cette effervescence politique, Hara est assassiné en 1921 par un travailleur de chemin de fer désabusé. Une série de premiers ministres sans-parti et de cabinets de coalition succède à Hara. La peur d'un électorat plus large, d'un gouvernement de gauche et le changement social croissant engendré par l'afflux de la culture populaire occidentale conduit ainsi à l'adoption en 1925 des lois de préservation de la paix qui interdisent tout changement dans la structure politique ou l'abolition de la propriété privée.
Les coalitions instables et les divisions au sein de la Diète amènent le et le à fusionner dans le en 1927. Le programme du Rikken Minseitō est en faveur du système parlementaire, d'une politique démocratique et de la paix mondiale. Par la suite, et jusqu'en 1932, le Seiyūkai et le Rikken Minseitō alternent au pouvoir.