Alphonse Maeder (parfois orthographié Alphons Maeder ou Alphonse Mäder), né le à La Chaux-de-Fonds, en Suisse romande, et mort le à Zurich, en Suisse alémanique, est un psychiatre et psychothérapeute suisse affilié à la psychologie analytique. Ses contributions concernent surtout le rêve et sa fonction prospective, mais aussi la relation entre le patient et l'analyste, ainsi que le processus de guérison.
Après ses études de médecine, Maeder devient un pionnier de la psychanalyse. Très proche de Sigmund Freud au début (ce dernier lui donne en effet la charge de traduire en français les avancées de la psychanalyse), il s'en sépare pourtant en 1913, suivant la conduite de Carl Gustav Jung, duquel il est très proche. En effet, lorsque Maeder formule sa conception d'une 32., dès 1912, Freud le critique sévèrement puis le met en garde contre des dérives mystiques.
Maeder continue ses travaux sur les capacités régulatrice et thérapeutique de la psyché et publie nombre d'ouvrages. Il s'intéresse au symbolisme du rêve, aux capacités d'autoguérison de la psyché, au transfert analytique, à la glossolalie et au lien entre la religion et la psychologie.
Biographie Premières années et études de médecine Fils de Louis Alphonse Maeder, un horloger suisse francophone, et de Louise Therese Bosing, une Allemande., bilingue donc, Maeder entreprend des études de médecine, spécialité psychiatrique, à Berne, en 1901, et qu'il poursuit à Zurich puis BerlinEntrée « Maeder Alphonse », 648-649.Entrée « Maeder, Alphonse E. » 949, par Kaspar Weber..
Il obtient le doctorat de psychiatrie à Zurich et publie sa thèse en 1909. En 1903 il se lie d'amitié avec le zoologue et philosophe Hans Driesch894.. Ses travaux, qui conduisent à la réintégration, dans sa philosophie néovitaliste, du concept aristotélicien d'« entéléchie », influencent Maeder. La conception de Driesch est en effet le prélude théorique à l'idée que toute activité du corps évolue vers une finalité et n'est pas simplement le résultat d'un mécanisme dénué de sens. Maeder s'appuie par la suite sur ces travaux pour élaborer la fonction prospective du rêve, expliquant que l'activité onirique vise une finalité, celle de l'anticipation des évolutions de la personnalité.
Le Burghölzli et la psychanalyse thumb|upright=1.5|left|La clinique psychiatrique du Burghölzli vers 1890
De 1908 à 1909, Maeder travaille à la clinique psychiatrique universitaire de Zurich surnommé le « Burghölzli », comme médecin assistant du professeur Eugen Bleuler et du jeune psychiatre Carl Gustav Jung319.. Ce dernier l'initie à la psychanalyse naissante. Maeder obtient son diplôme de médecin en 1911, puis il décide de devenir psychanalyste et, à partir de 1906, il publie des travaux psychanalytiques en français et en allemand. Par la suite, après le départ de Jung de la clinique, en , Maeder travaille avec Ludwig Binswanger, un autre médecin et psychanalyste suisse228..
C'est au Burghölzli, dans le contexte de l'essor de la nouvelle psychiatrie dynamique, d'inspiration bleulérienne, qu'Alphonse Maeder se passionne pour les thèses freudiennes puis les popularise en Suisse et en France par la suite. Très vite, il se livre, comme Freud, à une auto-analyse et pratique la technique de la cure thérapeutique, en interprétant ses rêves et actes manqués. Cependant, des divergences d'avec la théorie freudienne apparaissent et ses articles de 1907, en français, concernant la doctrine psychanalytique, récusent le primat de la sexualité, pilier pourtant fondamental du freudisme.
Le Burghölzli jouit à cette époque d'une renommée internationale, étant à la pointe des méthodes psychiatriques. En plus d'être le témoin de l'affrontement intellectuel entre le jeune Jung et le professeur mature Bleuler, qu'il décrit comme Maeder, cité 232., Maeder dépeint l'établissement, dirigé par Bleuler d'une main de fer, comme un 125.685. :
En 1907, Alphonse Maeder initie les lecteurs suisses des Archives de psychologie de Genève à l'interprétation des rêves de Freud8.. Il s'agit d'exposés didactiques des thèses de Freud, avec des analyses tirées de la vie quotidienne et des éléments de l'auto-analyse de Maeder90.. C. G. Jung, qui est, selon Maeder, 141., créé ensuite, à Zurich, l'Association freudienne de Zurich, surnommée la « Société suisse de recherche freudienne » (ou « groupe Freud »), en langue allemande, réunissant : Eugène Bleuler (comme président), Carl Gustav Jung, Ludwig Binswanger, Franz Riklin, Edouard Claparède et Alphonse Maeder, ainsi que d'autres médecins suisses198.. Ce groupe se réunit la première fois à Zurich, le , sur l'initiative de Jung110..
Très vite, cette Société prend de l'importance et rivalise avec Vienne, le berceau de la psychanalyse. Ce groupe a en effet inspiré le premier congrès psychanalytique, celui de Salzbourg, qui se tient en 109.. Les membres ont pour habitude de se réunir à l’hôpital du Burghölzli régulièrement, mais le groupe est dissout en 1913 à la suite de la rupture de Jung et de Maeder avec Freud.. Maeder note par la suite qu'à cette époque, les psychanalystes zurichois ont toujours bénéficié d'une totale liberté vis-à-vis de Vienne688..
C'est en 1907, avec son article « Essai d'interprétation de quelques rêves » (publié dans les Archives de Psychologie) que Maeder se fait connaître en tentant une exégèse de la conception freudienne du rêve et de son interprétation. L'ouvrage présente un exposé sur « La théorie de Freud », puis Maeder délivre sa conclusion sur « L'Analyse des rêves », enfin il met en lumière « Quatre analyses de rêves » (deux de femmes et deux d'hommes)92.. La réception de cet article en France est assez critique.. Jean Paulhan en fait un compte-rendu simplifié dans le Journal de psychologie., mettant l'accent sur la clé des songes proposée et non sur la méthode, novatrice, proposée par Maeder93., puis le docteur Jean Philippe, dans La Revue philosophique.. Selon Élisabeth Roudinesco, Maeder joue un rôle d'importance pour à ce moment-là. En , dans son article « Une voie nouvelle en psychologie (Freud et son école) », Maeder, enthousiaste, explique l'innovation que constitue la psychanalyse. Il est dès lors considéré comme un pionnier du mouvement psychanalytique et est de surcroît un intime de Freud avec qui il entretient une abondante correspondance, dès 1909.
Après la fondation, en 1909, de la première revue de psychanalyse, la se traduit par « Annales de recherches psychanalytiques et psychopathologiques »., avec Bleuler et Freud comme directeurs et Jung comme rédacteur en chef, les divers psychanalystes peuvent développer leurs conceptions et les partager. Maeder publie ainsi dans le premier numéro de la revue un article intitulé « Sexualité et épilepsie » (). Il est le premier psychanalyste à s'intéresser à l'épilepsie. Se référant aux Trois essais sur la théorie de la sexualité de Freud, il tente d'expliciter le lien qui existe entre cette maladie et la sexualité infantile.
Dès lors, la participation de Maeder au mouvement psychanalytique est notable. Il assiste en au second congrès de psychanalyse, à Nuremberg. Ce rôle pionnier a été également salué en son temps par Freud lui-même, 103..
De 1911 à 1918, il est thérapeute au sanatorium du Dr Bircher-Benner. Devenu spécialiste des maladies mentales et nerveuses organiques, il ouvre un cabinet privé de psychothérapie en 1908, à Zurich, dans lequel il officie jusqu'à sa mort.
Maeder commence à publier des ouvrages de psychanalyse en langue allemande dès 1906 tels : (La Sexualité de l'épileptique, 1909), (La Psychologie du schizophrêne, 1910) et en particulier des articles sur le symbolisme des rêves, considéré dans sa relation à la notion psychanalytique de projection avec (Sur la symbolique du rêve, 1910-1911) et la fonction onirique avec (La Fonction du rêve, 1912). Il a notamment étudié la capacité prospective du rêve, notion proche de celle d'entéléchie élaborée par Hans Driesch. Celui-ci suppose l'existence d'une force vitale dont l'autonomie s'explique par l'intermédiaire de l'entéléchie. La réaction, lors de sa présentation à une conférence psychanalytique, du public averti est sans appel : Maeder est violemment critiqué, alors qu'il n'a cherché qu'à compléter la théorie freudienne selon ses mots. Il explique qu'il lui a été opposé 836Freud revient sur cette divergence de Maeder, expliquant : , 47..
La psychanalyse et la France thumb|Le psychiatre suisse Carl Gustav Jung en 1910, au Burghölzli. Ce sont les psychanalystes suisses, Maeder et Jung en tête, qui s'insurgent les premiers contre la résistance française à la psychanalyse, raillant son retard224.. Maeder a en effet joué un rôle d'importance dans la sensibilisation puis la diffusion de la psychanalyse en Suisse romande, puis dans l'Hexagone. Il a publié en 1906 un résumé introductif à L'Interprétation des rêves de Freud et sur lequel les Français s'appuient pour connaître l'œuvre de Freud. Maeder ne dispose alors que de la première version de L'Interprétation des rêves. Il commet des erreurs de réception de l'ouvrage de Freud, ainsi que des erreurs de traduction. Il présente ainsi l'inconscient sous le terme de « subconscient ». Enfin, selon Alain de Mijolla, il pratique la « clé des songes », comme beaucoup de premiers psychanalystes. La présentation de Maeder va constituer le précédent de multiples erreurs et biais de réception en France, car . C'est finalement avec Angelo Hesnard et Emmanuel Régis que la psychanalyse est correctement présentée en France, dès 1913p. 142..
Les psychologues et psychiatres français le critiquèrent cependant vivement. Il est en effet , selon ses mots, pour avoir présenté le rêve dans une perspective différente de celle d'Henri Bergson, faisant alors autorité. Le Dr Bernard-Leroy, lors de la séance mensuelle de la Société de Psychologie d' fustige le pansexualisme des interprétations de rêves proposées par Maeder dans « Essai d'interprétation de quelques rêves ». Maeder est accusé de rechercher fanatiquement dans chaque rêve . Il ajoute que l'interprétation de Maeder bascule rapidement dans .
Dans « Sur le mouvement psychanalytique », Maeder reprend la thèse du retard français mais explique que la France est pourtant à recevoir la psychanalyse, car , avec la figure d'Alfred Binet notamment. Il pense que c'est de la Suisse romande que viendra la vulgarisation de la psychanalyse dans les pays latinsLettre de Maeder à Claparède, du 31 octobre 1915, rapportée 165.. Il explique ainsi que Freud est en continuité avec les grands esprits français (Alfred Binet, Eugène Azam, George Guinon, Pierre Janet), puis il cherche une proximité entre la psyché dynamique de Freud et le subconscient statique de Janet et enfin réaffirme l'avancée de la psychanalyse dans l'étude de l'étiologie de la psychose et dans le phénomène onirique. Pour le psychanalyste Sandor Ferenczi, Maeder aurait pu permettre un rapprochement de Janet avec FreudLettre de Ferenczi rapportée par Mijolla, 137..
Cependant, Maeder passe sous silence la sexualité (il parle avec euphémisme de ) ainsi que la notion de transfert. Selon Elisabeth Roudinesco, Maeder donne une vision psychiatrique de la psychanalyse, parce qu'il est proche de Jung227.. Par ailleurs, les Français, Théodule Ribot en tête, utilisent le — Maeder, Bleuler et Jung — notamment son pansexualisme, pas du tout accepté en France233.. Enfin, les travaux de Maeder ont influencé, dans une mesure relative, ceux des psychiatres français ou francophones. Pierre Janet, dans La Psychoanalyse des névroses et des psychoses (1914), a en effet lu et compris les articles de Maeder245.839., ainsi qu'Henri F. Ellenberger. pour qui Maeder est une figure de l'étude du processus de guérison.
Rupture avec Freud et la psychanalyse