vignette|Drapeau de l'anarcho-syndicalisme, du socialisme libertaire et de l'anarcho-communisme. vignette|Le , lors de la manifestation . vignette|Le logo de l'organisation socialiste libertaire norvégienne .

Le socialisme libertaire est un courant de l'anarchisme qui vise l'instauration d'une société la plus égalitaire et coopérative possible, par l'abolition ou la mitigation du rôle descendant de l'État et de la propriété privée des moyens de production et des institutions financières. Il promeut l'autogestion politique et économique, la solidarité et une forte dimension de responsabilité individuelle.

La mise en place de l'autogestion économique repose alors essentiellement sur le remplacement de l'ensemble des institutions financières par des mutuelles et sur celui des autres entreprises non individuelles par des coopératives.

L'autogestion politique s'appuie quant à elle principalement sur la démocratie directe, le remplacement du mandat représentatif par le mandat impératif et, quand c'est nécessaire, la nomination d'une assemblée par tirage au sort d'un échantillon large et représentatif plutôt que par l'élection de représentants élus. Au niveau des instances démocratiques, le socialisme libertaire peut se rapprocher notamment du conseillisme ("communisme de conseils").

L'organisation administrative repose sur un fédéralisme décentralisé dont la structure de base est généralement la commune, parfois élargie et étendue au bassin de vie d'une population.

Le communalisme est une doctrine théorisée par Murray Bookchin, et se réclamant du socialisme libertaire.

Définitions Le socialisme libertaire est principalement théorisé par Mikhaïl Bakounine et se sépare à sa mort entre communistes libertaires et collectivistes libertaires.

thumb|Michel Bakounine (1814-1876).

Le socialisme libertaire regroupe un ensemble de philosophies politiques qui visent à établir une société libre de toute hiérarchie politique, sociale et économique – une société d'où toute institution coercitive, répressive, autoritaire ou violente soit exclue, et dans laquelle toute personne aurait un accès libre et égal à toutes les ressources d'information et de production – ou encore une société dans laquelle de telles institutions seraient réduites au minimum.

Dwight Macdonald définit ainsi le socialisme libertaire : , une société qui ..

Cette égalité et cette liberté seraient réalisées principalement à travers l'abolition des institutions d'autorité d'une part, et de la propriété privée d'autre part, afin que le contrôle direct des moyens de production soit détenu par l'ensemble de la classe laborieuse.

Le socialisme libertaire prône en cela l'identification, la critique et le démantèlement pratique de toute autorité, conçue comme illégitime dans tous les aspects de la vie sociale.

Influence et histoire Pierre-Joseph Proudhon : ouvrier, théoricien et point de bifurcation

Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865) occupe une place singulière dans l'histoire du socialisme Libertaire. Ouvrier typographe, prote d'imprimerie, issu du peuple, il est le seul théoricien socialiste majeur du XIXe siècle à avoir été lui-même un travailleur manuel. Cette expérience directe de la misère et du labeur imprègne toute son œuvre : « Je sais ce que c'est que la misère, écrivait-il, j'y ai vécu. » C'est cette condition qui donne à sa critique de la propriété et de l'État une tonalité concrète, étrangère aux constructions systématiques de ses contemporains.

En 1840, dans "Qu'est-ce que la propriété ?", il revendique le premier le terme « anarchie » pour désigner une société sans domination étatique, organisée par le contrat et la fédération des producteurs. Son "Système des contradictions économiques, ou Philosophie de la misère" (1846) provoque la réponse de Marx, "Misère de la philosophie" (1847). Cette polémique n'est pas un simple épisode : elle est le moment fondateur de la rupture entre deux socialismes. Marx y reproche à Proudhon de vouloir réformer la société sans révolution, de rester «ballotté entre le Capital et le Travail». Mais cette critique, célèbre, masque un fait essentiel : c'est contre Proudhon que Marx et Engels ont construit leur propre doctrine. La notion de conquête du pouvoir d'État, la priorité donnée à la lutte des classes violente, l'idée même de «dictature du prolétariat» se définissent par opposition au refus proudhonien de l'autorité et de l'action politique centralisée.

Il faut souligner ici un contraste que l'histoire officielle du marxisme tend à effacer: Proudhon était un ouvrier; Marx et Engels étaient des bourgeois. Engels était le fils d'un riche industriel du textile, destiné au commerce avant de devenir révolutionnaire. Marx, fils d'avocat, n'a jamais travaillé de ses mains. Leur socialisme s'est élaboré dans les bibliothèques et les salles de rédaction, non dans l'atelier. Proudhon, lui, parlait depuis l'établi. Cette différence de position n'invalide pas leurs apports respectifs, mais elle éclaire la nature du conflit : ce n'est pas seulement une divergence théorique, c'est aussi deux expériences sociales irréductibles qui se heurtent.

Ainsi, Proudhon est le point de bifurcation à partir duquel le socialisme s'est divisé entre un courant libertaire, fédéraliste, mutuelliste et anti-étatiste, et un courant autoritaire, centralisateur et révolutionnaire .

Au xxe siècle

L'anarchisme espagnol a donné de nombreux exemples d'organisations fédératives abouties et opératoires. Des exemples contemporains de socialisme libertaire organisationnel et des modèles décisionnaires pratiques incluent un certain nombre de mouvements anti-capitalistes et anti-globalisation incluant l'Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) et ses « Conseils de bon gouvernement », et le Réseau Global Indymedia - qui couvre 45 pays sur 6 continents. Pour les libertaires, la diversité des pratiques à l'intérieur d'un cadre de principes communs est une preuve de la vitalité de ces principes, de leur flexibilité et de leur force.

Dans un chapitre portant sur l'anarchisme socialiste, l'économiste radical Robin Hahnel présente ainsi la plus grande période d'influence du socialisme libertaire comme s'étendant de la fin du jusqu'aux quatre premières décennies du : « Au début du , le socialisme libertaire était une force aussi puissante que la social-démocratie ou le communisme. L'Internationale anarchiste de Saint-Imier fondée au congrès de Saint-Imier quelques jours après la séparation entre « marxistes » et « anarchistes » au congrès de La Haye de 1872 perdura comme force active, avec les communistes et les sociaux-démocrates (à l'époque anticapitalistes), en fédérant durablement les énergies diverses d'activistes anti-capitalistes, de révolutionnaires socialistes, de syndicats de travailleurs et de partis politiques pendant plus d'un demi-siècle. Les socialistes libertaires auront ainsi joué un rôle majeur dans les révolutions russes de 1905 et 1917. Les socialistes libertaires ont également joué un rôle prépondérant dans la révolution mexicaine de 1911, et dans la révolution sociale qui se déroula en Espagne en 1936 et 1937 ».

Fin et thumb|upright|Dans une manifestation à Londres le 9 novembre 2011 : . Selon le politologue Francis Dupuis-Déri : « Les principes du socialisme libertaire trouveront à s’incarner au fil des années 1970 et 1980 dans des mouvements sociaux de sensibilité antiautoritaire et antihiérarchique, qui pensent l’organisation militante elle-même comme un espace libre, autonome et autogéré par ses membres, et dans lequel se développe par la délibération un sens du bien commun, de l'égalité et de la liberté. Cette sensibilité continue de s’affirmer dans le mouvement altermondialiste, qui émerge vers la fin des années 1990, à travers ses manifestations de rue spectaculaires, de la bataille de Seattle en 1999 aux mobilisations contre le G8 en Allemagne pendant l’été 2007, ainsi que dans sa structure globale, ses médias alternatifs, sa production artistique et ses camps radicaux en marge des Forums sociaux ».

Idées Anarchisme et économie Le socialisme libertaire est une idéologie sujette à différentes interprétations, mais dont le fond commun vise à une distribution des ressources entre les travailleurs dans une perspective foncièrement différente de celle du capitalisme. La théorie économique anarchiste procède de la conjonction optimale des libertés individuelles et la concentration minimale du pouvoir ou de l'autorité. Les socialistes libertaires ayant une forte aversion pour la coercition sous toutes ses formes, ils prônent l'anarchisme comme seule forme constitutionnelle envisageable dans un cadre démocratique véritable. Les options politiques sont conçues pour décentraliser au mieux le pouvoir économique et politique, en général en impliquant la collectivisation à grande échelle des moyens de production. Les socialistes libertaires récusent la légitimité de la plupart des formes de propriété privée économiquement signifiante autant qu'ils considèrent les relations de propriétés et de capitaux comme des formes de domination contraires au principe d'une liberté individuelle conçue comme souveraine.

Anticapitalisme thumb|La pyramide du système capitaliste, selon l'organisation syndicale Industrial Workers of the World, 1911.

Les anarchistes socialistes posent que lorsque le pouvoir s'exerce, en termes d'une influence économique, sociale ou physique d'un individu sur un autre, sa légitimation échoit à l'autorité détentrice du pouvoir qui devra dès lors justifier de ses actions en tant qu'elles contreviennent à la liberté individuelle.

Les socialistes anarchistes considèrent que toute structure sociale devrait être développée par des individus ayant une part égale de pouvoir décisionnaire, l'accumulation du pouvoir économique ou politique dans les mains de quelques-uns nuisant nécessairement au libre exercice de la liberté individuelle de la majorité des individus d'un groupe donnéBrown, Susan. The Politics of Individualism Black Rose Books (2003) p. 117.

Pour le dire autrement, quand les principes capitalistes (tout comme ceux du libertarianisme nord-américain) concentrent le pouvoir économique dans les mains de qui possède le plus grand capital, l'anarchisme socialiste vise a contrario à redistribuer équitablement le pouvoir, et partant la liberté, entre les différents membres du corps socialLe socialisme libertaire, enfin, incarné par Fournière et Malon, refuse à la fois l’économie marxiste et l’économisme libéral, la propriété coopérative permettant le développement des individualités., Célia Poulet, « Édouard Jourdain, L’anarchisme », Lectures (en ligne), Les comptes rendus, 2013, 7 février 2013, lire en ligne.. Selon Noam Chomsky, la différence clef entre libertariens et anarchistes de gauche serait que « ceux-ci considèrent que le degré de liberté de chacun est affecté par le pouvoir économique associé, quand les premiers estiment que la liberté n'existe qu'en terme entrepreneurial et réduisent la créativité politique à la liberté d'entreprendre au sens purement économique ».