Minute est un hebdomadaire diffusé en France de 1962 à 2020, satirique et classé politiquement à l'extrême droite.

Histoire Centre-droit Créé le par Jean-François Devay, ancien directeur de L’Aurore, le journal est domicilié au 12 de la rue du Croissant dans le arrondissement de Paris. Il publie au cours de ses premières années un grand nombre d'échos consacrés au showbiz et de dessins humoristiques.

Lors de sa « grande époque » (environ vendus par semaine entre 1962 et les années 1970), la rédaction du journal était invitée tous les dimanches au Club de la presse — émission télévisée et radiophonique sur la politique. Le ton est d'emblée très critique envers le président de la République de l'époque, Charles de Gaulle, le journal comptant de nombreux lecteurs dans les rangs des déçus de la guerre d’Algérie, à laquelle a mis fin Charles de Gaulle

François Brigneau, un journaliste engagé à l'extrême droite, intègre la rédaction et signe de nombreux éditoriaux, à la tonalité très antigaulliste. En 1965, le journal contribue à l’éclatement du scandale de l’affaire Ben Barka. L'écrivain Jean Bourdier assure la rubrique littéraire alors célèbre : « Sous ces couvertures ». Il en devient le rédacteur en chef. En 1969, le journal appelle à voter Alain Poher à l’élection présidentielle, .

Le professeur Choron (Georges Bernier), fondateur (1960) d’Hara-Kiri, de Charlie Hebdo (1970) et ami de Devay, collabora à cette époque à Minute, hebdomadaire très anti-gaulliste mais dont la ligne va du centre à la droite.

Beaucoup plus tard, .

Années 1970, l'arrivée de l'extrême-droite Jean-François Devay meurt d’un cancer du poumon en . Il est remplacé comme directeur de publication par Jean Boizeau et de nombreux journalistes quittent bientôt Minute, où la direction commence à mettre un frein aux enquêtes, au point que plusieurs d'entre eux écrivent aussi pour le Canard Enchaîné, comme Jean Montaldo« Le vrai canard », par Karl Laske et Laurent Valdiguié . En , l'extrême droite tente de prendre le contrôle de Minute, constate Jean Montaldo, qui cesse alors d'y collaborer pour ne pas se « retrouver dans un combat politique qui n'était pas le [s]ien ».

Dans son numéro du , le journal appelle à voter pour Valéry Giscard d'Estaing contre le candidat se réclamant du gaullisme, Jacques Chaban-Delmas. La même année, Ilich Ramírez Sánchez (Carlos) revendique une série d’attentats à Paris : explosions à la voiture piégée devant les locaux parisiens de L'Aurore, de Minute et de L'Arche. Au cours des années 1970, le journal adopte une ligne d'extrême droite. François Brigneau assume un temps la rédaction en chef, mais le ton extrêmement politique qu’il imprime au journal conduit à son remplacement et il retourne à ses fonctions d’éditorialiste.

Dans la deuxième partie des années 1970, le journal adopte une ligne d'extrême droite marquée par le soutien affiché au Front national, auquel sont consacrés de nombreux articles.

Les affaires François Duprat et Jacques Mesrine Serge de Beketch qui revient au journal avec du galon en 1974, est nommé chef des informations générales et recrute comme journaliste un ancien inspecteur de la DST, Jacques Tillier. Ce dernier organise , impulsés par Lucien Aimé-Blanc, nommé patron de l'OCRB en 1977, qui reconnaît dans un livre de souvenirs de 2002 sa celle d'être « un flic tordu, mais un bon flic », qui cumule cependant "L'ancien commissaire Lucien Aimé-Blanc raconte son combat personnel contre Jacques Mesrine", par Piotr Smolar dans Le Monde le 03 octobre .

Minute publie ainsi des informations de source policière anonyme qui tiennent parfois de la manipulation. Après l'assassinat de François Duprat le , il publie une liste de personnalités visées parmi lesquelles Alain Madelin en laissant entendre que l'auteur pourrait être Pierre Goldman. En , le journal est le premier à révéler des éléments de l'Affaire Jacques Dugué.

En , Jacques Tillier a tenté d'obtenir une interview de Jacques Mesrine peu après la fin en juillet du rapt contre rançon de l'industriel Lelièvre, la police tentant par ce biais de retrouver le malfaiteur et son complice présumé Charlie Bauer. Mais le journaliste Jacques Tillier est torturé et laissé pour mort par Mesrine puis quitte le journal. Un mois et demi après, Mesrine est repéré et tué, dans un épisode qui a inspiré La Guerre des polices, film français de Robin Davis, sorti en 1979.

Serge de Beketch qui avait débuté à Minute, avant d'y revenir en 1974, est alors le chef des informations générales. Il devient le rédacteur en chef au cours de cette même année 1979. Il quitte le journal en 1986 : Jean-Marie Le Pen le désigne pour diriger National-Hebdo.

Serge De Bekech est le seul journaliste de droite et d'extrême-droite à dénoncer avec virulence l'éditeur de gauche Gérard Lebovici lorsque ce dernier sera assassiné en 1984, au moment où il projetait de rééditer les œuvres de Mesrine"Les jours obscurs de Gérard Lebovici', par Jean-Luc Douin aux Editions Stock en 2004 .

À l’approche des années 1980, les ventes de Minute, qui paie son soutien affiché à Jean-Marie Le Pen et le départ de journalistes d'investigation comme Jean Montaldo, démissionnaire en 1972, commencent à baisser.

En , Jean Boizeau meurt à son tour et Jean-Claude Goudeau lui succède. En 1980, Minute relaie les enquêtes de l’hebdomadaire L’Express sur Georges Marchais, à qui il est reproché d’avoir été volontaire pour travailler en Allemagne, à l'usine d'aviation Messerschmitt AG, durant la Seconde Guerre mondiale. Au cours de l’été, Jean-Claude Goudeau est remplacé par Patrick Buisson, historien de l’OAS et futur conseiller de Nicolas Sarkozy.

À la suite de l'élection de François Mitterrand en 1981, l'hebdomadaire fait figurer à la « une » le sous-titre « hebdomadaire d'opposition nationale ». Le journal se fait l’apôtre de l’union de toutes les droites sans cacher sa préférence pour le Front national. Cette stratégie visant à concilier un lectorat de droite et d'extrême droite vire à l'échec.

Outre les révélations, les sujets favoris de Minute sont l'immigration, la violence, l'insécurité, l'immoralité, l'école libre, les PME. Le lectorat remonte et la publication atteint les en 1982« Minute, journal d’extrême droite » sur guichetdusavoir.org..

Années 1980

Les années 1987/1988 sont marquées par la scission de la rédaction entre Minute et Le Chardon. Le Chardon, lancé par Jean-Claude Goudeau, ne dure que quelques mois, avant que la rédaction ne se reforme, fusionnant les deux journaux sous le nom de Minute - Le Chardon.

Années 1990 En 1990, le titre est racheté par Serge Martinez (alors député du Front national qui fut plus tard le second et un des financiers de Bruno Mégret). Serge Martinez transforme le journal en news et le titre en La France, Minute n'apparaissant plus qu'en sous-titre, ou en surtitre en fonction des numéros. L'hebdomadaire est alors couramment désigné du nom de Minute - La France. Serge Martinez revend le titre à Gérald Penciolelli en 1993. Celui-ci a l'intention d'en refaire l'hebdomadaire original en abandonnant la présentation de type news, avant une transformation du format en taille type Canard enchaîné, avec pour slogan : « Tous les canards ne sont pas de gauche ».

En , Nicolas Miguet tente, sans succès, d'acheter le titre, alors en difficulté financière. En avril de la même année, la société éditrice de Gérald Penciolelli, en cessation de paiement, est liquidée par le tribunal de commerce. Dans le numéro daté du , la direction de l'hebdomadaire appelait ses plus fidèles lecteurs à « sauver Minute ». Le journal interrompt sa parution durant quelques mois. Nicolas Miguet, dans l'intervalle, lance une feuille titrée L’Hebdo et sous-titrée Le Nouveau Minute. L’équipe rédactionnelle, en conflit avec Gérald Penciolelli, annonce son intention d'acheter le titre et, entre-temps, sort le pastiche Un Faux Minute, distribué sur le parvis du tribunal de commerce, qui dénonce les agissements de Gérald Penciolelli, ainsi que ceux de Nicolas Miguet. Finalement, en , le tribunal de commerce attribue le titre à Catherine Barnay, pourtant proche de Gérald Penciolelli.

Années 2000 et 2010

En , Jean-Marie Molitor, toujours exploitant, rachète le titre. , en seraient diffusés chaque semaine.

Le journal, en cessation de paiements, est mis en liquidation judiciaire le . Jean-Marie Molitor continue à exploiter le titre via la société éditrice de Monde et Vie« Minute n'a plus la banane : le journal est en liquidation judiciaire » sur streetpress.com..

En , Minute est placé en redressement et n'est désormais vendu plus que par abonnement ou en ligne. Le vice-procureur de la République explique que .. Le , la liquidation de la société est prononcée par le tribunal de commerce de Paris. Le dernier numéro publié en kiosque est le numéro 2931 daté du . Le dernier numéro paru sur internet est le 2959, du .

Attentats

Le journal Minute a été à plusieurs reprises la cible d'attentats : , un incendie criminel dévaste ses locaux« Minute papillon ».. , une bombe et deux cocktails Molotov sont jetés dans les locaux par la Nouvelle résistance populaire (NRP), branche combattante de la Gauche prolétarienne« Liberté de la presse : selon que vous serez ».. , un paquet déposé devant le domicile de François Brigneau, éditorialiste du journal, est ramassé par un éboueur algérien, Saïd Mekki. La bombe qui y était dissimulée explose prématurément, le laissant aveugle et manchotIls ont tué Pierre Overney, Morgan Sportès.. , explosion d’une 4L piégée par des terroristes pro-palestiniens devant le journal à 2 heures du matinEncyclopedia of Terrorism [2 volumes], Peter Chalk, 2012 , attentat à la bombe revendiqué par Action directeGuide du Paris des faits divers - nouvelle édition: Du Moyen Âge à nos jours, Rémi GARDEBLED, Valérie MAURO, Serge GARDE, 2013De Le Pen à Le Pen: une histoire des nationaux et des nationalistes sous la République, Francis Bergeron, Philippe Vilgier, 1985. , attentat à la bombe revendiqué par Action directe« Chronique des actes terroristes d'Action directe ».

Attaque informatique , le site internet du journal est victime d'une attaque informatique à la suite d'un article sur Christiane Taubira. Il devient alors inaccessible pendant plusieurs jours« Une de "Minute" sur Christiane Taubira : l'excuse "Charlie Hebdo fait pareil" ne tient pas »..

Disparition L'hebdomadaire Minute a cessé définitivement sa parution après le à la suite de la liquidation judiciaire de sa société éditrice, la SEJMV, par le tribunal de commerce de Paris, prononcée le . Au moment de sa disparition, Minute ne diffusait plus qu'à moins de 10 000 exemplaires.

La SEJMV avait été placée en redressement en . Peu avant son placement en redressement, l’hebdomadaire Minute avait été retiré de la vente en kiosques et des magasins de presse, n’étant plus disponible que par abonnement et à l’achat en ligne.

Orientation politique Dans les dernières années précédant sa disparition en 2020, Minute, journal toujours proche de l'extrême droite, se voulait rassembleur de la droite conservatrice et nationaliste.

Position dans la presse

Minute n'appartenant pas à un grand groupe de presse, il est très dépendant du produit de ses ventes. Peu à peu, Minute a disparu d’un certain nombre de points de vente où il n’avait qu’un ou deux acheteurs. Selon le journal, il s'agirait d'un « boycott » visant la presse à faible tirage. Il affirme aussi que les autres organes de presse « pillerai[en]t sans citer ». Il a notamment été le premier journal à révéler que François Mitterrand avait une fille naturelle.

Lors de la guerre du Kosovo (-), Minute a soutenu le régime serbe et son leader Slobodan Milošević (1941-2006). Ainsi, la une du numéro daté du titrait :