Le cheval limousin est une ancienne race de chevaux de selle, originaire de la région française du Limousin. Désormais disparu, ce cheval de luxe de taille moyenne et de type montagnard était proche du Barbe. Il est élevé au moins depuis le . Il possède une grande réputation jusqu'à l'époque de la Révolution française, en particulier durant le Grand Siècle, où il remonte les armées de Louis XIV. La Guérinière et Buffon le considèrent, en leur temps, comme le meilleur cheval de France.
Très apprécié pour la chasse, il est également une excellente monture de manège, dont l'élevage est principalement aux mains de nobles, de bourgeois, puis du haras de Pompadour à partir de 1760. Ses bons services militaires entraînent de fréquentes réquisitions sous la République et le Premier Empire, en particulier pour la guerre de Vendée et les différentes guerres napoléoniennes. Cela cause une raréfaction de la race. Croisé à l'Arabe et au Pur-sang durant le , puis reconverti dans les courses hippiques, le cheval limousin disparaît avant le , en étant remplacé par l'Anglo-arabe.
Sources En 2006, les historienne Nicole de Blomac et Bernadette Barrière ont dirigé un ouvrage académique collectif consacré à l'élevage des chevaux dans le Limousin, et à la race du cheval limousin....
Contenant de nombreuses illustrations, cet ouvrage confirme aussi que le cheval limousin a eu très tôt le statut d'une race de chevaux bien définie. Dès le , les spécificités du cheval limousin sont clairement identifiées, et également au . Selon l'historien Daniel Roche, bien que ce cheval local soit antérieur à la notion de « race », il est suffisamment bien défini par différents spécialistes pour être désigné comme tel, étant forgé à la fois par le marché du cheval de selle, par la sélection à partir du cheval oriental, et pour le profit des éleveurs à partir de la demande de ses amateurs. Roche ajoute que, de toutes les régions françaises, . Le cheval limousin acquiert en effet une réputation internationale, même à l'époque où son élevage est quantitativement réduit.
Histoire vignette|gauche|Paysage typique du Limousin : étang, forêt et végétation.|alt=Des herbes et des arbes se reflètent dans l'eau d'un étang. Le Limousin est une région favorable à l'élevage, grâce à la pousse abondante de l'herbe, et malgré un climat souvent froid et rude. Celui des chevaux est surtout l'apanage des nobles. La région bénéficie d'une extension régulière de ses terrains de pâturage, ainsi que de la demande croissante des militaires et de la noblesse pour le cheval de selle.
Origine Le cheval limousin est à la fois ancien et très réputé comme cheval de selle. La présence du cheval domestique en Limousin est possible depuis l'Antiquité, comme le prouve la stèle de la déesse Épona retrouvée à Jabreilles-les-Bordes.
L'existence de cet élevage est documentée essentiellement du Moyen Âge jusqu'au . Il s'adapte aux demandes de chaque époque, son prestige n'étant quasiment jamais remis en cause. Le cheval limousin pourrait être influencé par des croisements avec les chevaux Arabe et Barbe ramenés des croisades et de l'Espagne vers le Limousin, de nombreuses sources médiévales attestant de l'arrivée de chevaux orientaux dans cette région. Toutefois, il n'existe aucune information fiable concernant les lieux dans lesquels ces animaux étaient élevés, ni pour attester la croyance populaire répandue selon laquelle ils proviennent de chevaux confisqués par Charles Martel aux armées arabes, ou récupérés après les invasions arabes (ce récit populaire est entre autres rapporté par Eugène Gayot, Alexandre-Bernard Vallon, André Sanson et Félix van der Meer).
Moyen Âge En 506, l'évêque Ruricius de Limoges envoie une lettre à celui de Nîmes, dans laquelle il lui décrit la monture qu'il lui offre dans des termes flatteurs.. L'évêque de Nîmes lui répond que l'animal ne répond pas du tout à ses attentes. Cet échange épistolaire ne permet pas de conclure à l'existence d'un élevage dans le Limousin à l'époque. Les chroniques, cartulaires et la littérature courtoise des et font état d'échanges de chevaux de selle de valeur, celle de la moitié d'un petit domaine. En 1063, le vicomte d'Adémar, propriétaire de l'abbaye Saint-Martial de Limoges, la cède à l'ordre de Cluny en échange, entre autres, d'un cheval d'une valeur de « mille écus ». En 1153, l'échange d'un cheval du Limousin contre cinq serfs laisse à supposer que la région fait naître des montures de luxe.
La Chanson d'Antioche, rédigée sur demande de l’évêque de Limoges à propos de la bataille d'Antioche, mentionne des destriers et chevaux intelligents, habiles et vifs. Quelques chevaux sont cités dans les biographies des troubadours du , particulièrement par Bertran de Born. Prieurés et établissements religieux du Limousin en acquièrent et en détiennent, sans doute pour le transport des moines et des marchandises. Les croisades permettent aux nobles de la région de s'emparer de chevaux turcs, à la fin du . Par ailleurs, les hippologues du estiment que c'est à l'influence de chevaux ramenés d'Orient (et en particulier des croisades) que la race du Limousin doit son caractère et sa morphologie.
Quand arrive la fin du Moyen Âge, les chevaux du Limousin ne sont plus seulement aux mains des aristocrates, mais plutôt possédés par des bourgeois, ce qui atteste d'une extension de leur emploi. Ils restent, en revanche, absents dans les campagnes. Au , un cheval limousin se vend en moyenne quatre livres et demi, avec de grandes variations de prix. Sa valeur a nettement diminué depuis le , ce qui permet à des populations moins riches d'en acquérir. C'est certainement une conséquence des guerres, qui en ont développé l'élevage.
Temps modernes Un grand nombre d'auteurs considèrent le cheval limousin, du au , comme le meilleur cheval de selle qui soit en France, voire supérieur aux meilleures races européennes. En particulier, Georges-Louis Leclerc de Buffon et l′Encyclopédie de Diderot et d'Alembert le placent au premier rang des chevaux de France :
Les nobles établissent plusieurs haras dans la région. Le cheval est logé dans les palais curiaux, qui servent à la fois d'écurie et de remise. Le cheval limousin obtient une haute réputation en raison de son allure distinguée et de son liant, qui en fait la monture favorite de la cour et des seigneurs.. Le roi Henri IV acquiert un étalon limousin pour un prix très important, en 1603 ; né près d'Eymoutiers, il devient l'un de ses chevaux favoris. Le célèbre écuyer Antoine de Pluvinel (1555-1620) considère les chevaux du Limousin comme excellents par leur beauté et leur bonté. Jérôme de Pontchartrain ajoute que ce sont les plus beaux et plus fins chevaux de France.., un avis que rejoint le comte de Buffon. Jacques de Solleysel considère l'élevage limousin comme un modèle dans son œuvre Le parfait mareschal. Cet avis sur le cheval limousin est partagé en dehors du pays, puisque le directeur de l'école vétérinaire de Turin et l'agronome anglais Arthur Young (le ) déclarent que le Limousin est la meilleure race de chevaux de selle française, ce dernier précisant qu'il soutient la comparaison avec le Pur-sang. Young a visité le Limousin depuis Paris et le juge comme l'une des plus belles régions de France, ce qui a pu alimenter ses réflexions.
vignette|gauche|Un cheval limousin vu par Johann Elias Ridinger au .|alt=Un jeune homme tient un cheval à la robe foncée par les rênes ; on aperçoit en arrière plan du paysage, à gauche, des maisons. L'établissement des haras nationaux par Jean-Baptiste Colbert entraîne l'arrivée d'étalons étrangers dans le Limousin. En 1717, le règlement très contraignant pour les éleveurs locaux, en faveur des garde-étalons royaux, réduit l'élevage du cheval jusqu'au milieu du . Les garde-étalons sont chargés de veiller à la qualité de l'élevage local. Au milieu du , les trois quarts de ces chevaux appartiennent au clergé, à la noblesse ou à la bourgeoisie. Les rares paysans qui en détiennent figurent parmi les plus riches.
Le maréchal de Turenne est réputé pour avoir possédé une jument limousine nommée « La Pie », qui aurait participé à vingt batailles. Dans les années 1760, le haras de Pompadour devient le plus grand dépôt d'étalons du Limousin. Il reçoit des Pur-sangs dès la décennie suivante, et un grand nombre d'étalons arabes qui influencent la race limousine, également croisée à des chevaux espagnols, ce qui tend à la modifier. L’état de la race est parfois jugé négativement, peut-être en raison d'essais de croisements peu réussis pour augmenter sa taille. Un éleveur limousin écrit vers 1836 que . D'après Bourgelat (en 1770), la race a perdu ses caractères distinctifs.
Durant les vingt dernières années de l'Ancien Régime, l'élevage du cheval limousin passe sous la tutelle du Grand écuyer de France. L’action du haras de Pompadour est favorablement accueillie, et ses chevaux sont réputés excellents et très résistants. Selon Éphrem Houël, le cheval limousin atteint son apogée à la fin du règne de Louis , où une centaine d'éleveurs le font naître. Durant la dernière décennie du , la concurrence du mulet (vendu plus cher) et les troubles de la Révolution française en réduisent un peu l'élevage. La Révolution française est un désastre pour le cheval limousin. Le haras de Pompadour est fermé en 1791 et ses animaux dispersés, tandis qu'un grand nombre de bons chevaux sont réquisitionnés à partir de 1790 dans la région, pour soutenir la guerre de Vendée. Pendant la République et le Premier Empire, le Limousin fournit de nombreux chevaux de troupe de cavalerie.
: extinction du cheval limousin vignette|Gravure d'un cheval limousin, en 1898.|alt=Gravure représentant un homme avec un tricorne retenant un cheval noir fougueux, tandis qu'un autre personnage tient un cheval à la robe claire en arrière-plan. Les guerres napoléoniennes entraînent une forte demande.. Après 1800, la peur de nouvelles réquisitions freine l'élevage. La race conserve néanmoins son excellente réputation :
Les éleveurs de chevaux sont toujours présents sous le Premier Empire, une enquête en l'an III révélant adultes dans les trois départements du Limousin. Le Limousin reste une terre d’élevage chevalin. En 1806, avec la réouverture du haras de Pompadour viennent des tentatives pour relancer la race, par croisement avec le cheval arabe. Cette arrivée massive du cheval arabe à Pompadour sous le Premier Empire jouera un rôle ensuite essentiel dans l'essor de l'Anglo-arabe du Limousin.
L'écuyer Charles-Alexandre Thiroux du Plessis, qui reprend la gestion du haras, énonce aussi sa volonté de conserver la race limousine . Le haras retrouve l'un de ses anciens étalons limousins, Le Derviche. Une jument limousine alezane, nommée L'Embelle, est réputée pour avoir appartenu aux écuries personnelles de de 1806 à 1814 : il lui aurait donné la préférence pour chasser à Fontainebleau. Il monte aussi un demi-limousin, Le Roitelet, un alezan de père anglais et de mère limousine. Les chevaux de selle des écuries de Napoléon sont à prédominance limousine, basque et gasconne. Napoléon fait envoyer en Limousin des étalons arabes ramenés d’Égypte ; plus généralement, il applique la doctrine anglaise du croisement avec le cheval oriental, en limousin aussi bien qu'ailleurs. Au début du , un petit groupe d'éleveurs limousins aisés, proches du pouvoir politique, parvient à faire fortune dans l'élevage équin, tandis que les autres trouvent la production des mules plus lucrative. Parallèlement, la forte demande en chevaux de cavalerie ne s'accorde pas avec les choix des garde-étalons des haras, qui privilégient le Pur-sang.