Une saga moscovite (en russe : ) est un roman de l'écrivain russo-américain Vassili Axionov (1932-2009) publié en 1994. Le roman décrit la vie d'une famille d'intellectuels russes, les Gradov, pendant la période stalinienne. L'ouvrage est écrit dans la même veine que Guerre et Paix de Léon Tolstoï

Structure du roman et publication

Le roman se déroule en trois parties :

La génération de l'hiver () ; Guerre et prison () ; Prison et paix ().

Comme l'indique le titre, l'intrigue se déroule principalement à Moscou, dans les ministères, au Kremlin, ou encore au « Bois d'Argent », nom de la demeure familiale. L'action se déroule aussi à Gorelovo (région de Léningrad), et en Extrême-Orient russe.

Personnages La famille Gradov Le professeur de médecine réputé Boris GradovIl est né en 1876., marié avec Mary Goudiachvili, d'origine géorgienne, a trois enfants : Nikita Gradov, très jeuneNé en 1900. général de division de l'Armée rouge, marié à Véronika (Nika)Née en 1903., laquelle est aimée secrètement par Vadim Voïnouvitch ; Kirill Gradov, jeune communisteNé en 1902. enthousisate, célibataire ; Nina Gradova, adolescente plein d'avenirElle est née en 1907., célibataire.

Les méchants l'arriviste Sémione Stroïlo, de la Guépéou (devenue NKVD en 1934) ; le sinistre Nougzar Lamadzé, de la Guépéou (devenue NKVD en 1934).

Autres personnages Townsend Reston est un journaliste américain, étroitement surveillé par la Guépéou/NKVD. Kevin Tagliafero, diplomate américain. Professeur Poulkovo, convoqué à la Direction politique d'État. Ami de Boris Gradov.

La génération de l'hiver ()

Vivre en Union soviétique durant la NEP puis pendant la dékoulakisation Le roman débute à l'automne 1925.

Moscou vit sous la NEP : pour les Russes aisés qui ont fait le « bon choix » du communisme, la vie est douce. Le roman débute à un moment où le bonheur de la famille Gradov est total, et où la situation commence à se dégrader, avant de devenir épouvantable.

Boris Gradov est appelé pour soigner Mikhaïl Frounze, un chef militaire important de l'Armée rouge ; le patient meurt dans des circonstances étranges (sans doute assassiné par ses médecins, ce que va vite comprendre Gradov, qui refuse « d'entrer dans la combine »).

Nikita Gradov exerce son commandement à Moscou. Avec Véronika, il a un premier enfant en 1926, Boris, puis une fille en 1934, prénommée Véroulia (Véra). Pour différencier le petit Boris de son grand-père, on parlera de Boris III (le médecin) et de Boris IV (l'enfant). Rien de notable ne se passe pour Nikita, son épouse et leurs deux enfants de 1925 à 1935.

Kirill, durant les années 1925-1930, pourchasse les trotskistes. En 1930, est envoyé en mission de « dékoulakisation » à Gorelovo. Il y rencontre Tsilia Rosenblum, comme lui marxiste convaincue. Ils sont les témoins de la déportation brutale de paysans terrorisés. Ils sauvent de la déportation un enfant de huit ans, MitiaSon prénom est Dmitri ; il est né en 1923.. Ils se marient et adoptent Mitia. Ils reviennent vivre à Moscou de 1931 à 1935.

Nina devient une poétesse reconnue. Alors qu'elle est en vacances en Géorgie, elle découvre qu'un membre de sa famille, communiste et chef de la commission du contrôle du Parti en Géorgie, mais détestant Staline, Lado Kakhabidzé, a été assassiné par la Guépéou. Ce meurtre a été décidé par Lavrenti Beria, chef de la Guépéou du Caucase, et a été réalisé par Nougzar Lamadzé, un cousin de Nina.

Au demeurant Nina, après une vie sentimentale agitée, notamment un mariage (qui est un échec) avec le poète Stépane Kalistratov, et une liaison d'un soir avec Nougzar, se marie avec le sympathique Savva Kitaïgorodski, médecin et collègue de son père.

Savva et elle auront une fille, ElénaNée en 1933., appelée communément dans les parties 1 et 2 par le diminutif Iolka, et Eléna dans la troisième partie.

En 1935, Nikita est envoyé au quartier général des forces soviétiques en Extrême-Orient russe, à Khabarovsk.

Début 1937, alors qu'il est avec son chef le général Blücher bloqué à un passage à niveau, il voit passer un train à bestiaux transportant des condamnés à la déportation : l'un d'eux laisse tomber une lettre en lui criant de la faire remettre à sa famille. Nikita prend cette lettre, et la garde. Quinze ans après, cette lettre sera récupérée par Vadim Vouïnovitch, qui la remettra au fils de Nikita, Boris IV.

Le drame des Grandes purges La vie de la famille est gravement perturbée en 1937-1938, lors des Grandes Purges staliniennes : Nikita est déchu de son commandement et incarcéré comme étant traître à la patrie ; peu de temps après, son épouse Véronika est arrêtée en tant qu'épouse d'un traître ; Kirill lui aussi est incarcéré, pour le même motif, au grand désespoir de Tsilia ; Vadim Vouïnovitch, amoureux secret de Véronika, est aussi arrêté ; Mitia est menacé de partir en déportation comme étant fils biologique de koulak (mais ce sort lui sera évité).

Les membres de la famille réagissent de manière différente : le patriarche Boris Gradov est en plein désarroi ; son épouse Mary se rend en Géorgie : elle y découvre une République fédérative sous la Terreur ; la pharmacie de son oncle Galaktion a été réquisitionnée puis nationalisée, tandis que Galaktion a été arrêté, avant d'être torturé par Nougzar Lamadzé ; Mitia (le fils de Kirill et de Tsilia), adolescent de 15 ans, devient violemment anticommuniste ; sa mère Tsilia, qui n'a pas compris les motifs de l'arrestation de son époux, a fait une dépression nerveuse, puis écrit courrier sur courrier au Comité central.

Pour sa part, Nina et Savva ne souffrent pas personnellement de cette situation. Néanmoins, Nina constate qu'à son travail, plusieurs personnes ont été arrêtées pour trotskisme.

La première partie se termine par l'annonce faite au professeur Gradov qu'il a été choisi par le « Comité de district de la Presnia Quartier de Presnia rouge » comme député auprès du Soviet Suprême. Interloqué, il est forcé d'accepter, ne comprenant pas que le régime lui fasse un tel honneur alors que deux de ses enfants sont emprisonnés.

On apprend surtout que trois mois auparavant, Gradov a été appelé auprès de Staline, qui souffrait d'une constipation sévère : Gradov l'a soigné efficacement, ce qui explique sans doute sa nomination au Soviet Suprême. Ses deux fils ne sont pas libérés pour autant.

Guerre et prison () Changements de vie : la Russie est en guerre contre l'Allemagne depuis six semaines.

Mitia, 19 ans, part au front. Il se lie avec un autre appelé, Gochka. Son régiment et les hommes qui le composent est rapidement encerclé puis capturé par les Allemands.

Le vieux Boris Gradov est promu général-major aux services de santé de l'Armée rouge.

Le mari de Nina, Savva, est nommé chirurgien militaire dans un hôpital de campagne près de Moscou. Lors des combats qui ont lieu en , l'hôpital dans lequel Savva travaille est attaqué par la Wehrmacht. Savva, prisonnier, doit désormais travailler pour l'armée allemande. Plus personne n'a de ses nouvelles, on le croit mort (y compris les membres de sa famille) et on ne parlera plus de Savva dans le roman.

Nina espérera longtemps le revoir et gardera espoir ; néanmoins après la Guerre elle refera sa vie avec un peintre juif, Sandro Pevsner. Elle n'aura pas d'autre enfants que Iolka.

Nikita Gradov, prisonnier du Goulag de la Kolyma, est soudainement libéré : physiquement rétabli et soigné par une infirmière accorte prénommée Tassia, il est rétabli dans ses anciennes fonctions de général de division. Le QG lui attribue le commandement de l'Armée spéciale de choc, chargée de dégager Moscou de la menace allemande.

Guerre et Amour Nikita, qui a pu faire libérer Vadim Vouïnovitch, parvient, par une série de contre-attaques astucieuses, à desserrer l'étreinte allemande autour de la capitale. Pour ce haut fait, il est convié au Kremlin début 1942, où Staline lui décerne la médaille de Héros de l'Union soviétique.

Véronika, de même, est libérée du camp de travail dans lequel elle était prisonnière.

Par sa valeur militaire, Nikita enchaîne victoires sur victoires. Il s'oppose même à Staline lorsqu'un combat décisif doit avoir lieu : faut-il scinder les troupes (Nikita) ou les faire attaquer d'un seul bloc (Staline) ? Le dictateur se laisse convaincre. L'attaque a lieu et la victoire est complète : Nikita est récompensé en étant nommé Maréchal de l'Union soviétique.

Toutefois ses relations avec sa femme Véronika restent froides : leurs incarcérations respectives ont détruit leur amour, et il vit désormais une liaison sentimentale avec son ancienne infirmière, Tassia.

Véronika a revu Vadim Vouïnovitch : ils passent une nuit ensemble, mais elle comme lui constatent qu'aucune attente réciproque ne les relie, que tout désir charnel a disparu. Par la suite, Véronika se lie d'amitié avec un colonel américain, Kévin Tagliafero. Leur liaison est d'abord platonique, secrète et timide ; elle gagne en intensité et en profondeur au fur et à mesure que les liens de Véronika et de Nikita se dissolvent.

Son fils Boris, âgé de 17 ans, s'enfuit de la maison familiale et s'engage dans un Corps franc : Boris part en Pologne, où il combat à la fois la Wehrmacht et les patriotes polonais non-communistes. Il contribue notamment à faire massacrer des parachutistes anglais...

Mitia et Gochka, pour leur part, se sont engagés dans un régiment de volontaires antibolcheviques organisé par les nazis. Néanmoins, l'avancée des troupes russes et le fait que les nazis massacrent des milliers de juifs désarmés font changer d'avis Mitia et son camarade. Au hasard d'un combat, ils quittent leurs habits allemands et revêtent des vêtements russes. Ils sont par la suite capturés par des partisans pro-russes. Hélas pour eux, ils sont démasqués : après plusieurs interrogatoires, ils sont envoyés au peloton d'exécution.

Nikita mène son corps d'armée jusqu'en Pologne. Là, début 1945, il doit gérer ses troupes qui pillent et violent sans vergogne, et tente de traiter avec humanité un régiment de nationalistes polonais promis à la mort par Béria.

Alors qu'il est sur le point d'être arrêté par le NKVD, son quartier général est la cible d'une attaque au bazooka : ses principaux adjoints, Sémione Stroïlo et lui-même sont tués. Sa dépouille est ramenée à Moscou, où des funérailles nationales sont célébrées en son honneur.

Véronika, devenue veuve, envisage de se marier avec Tagliafero.

Cette seconde partie se termine par la narration de la vie de Kirill (que le narrateur n'avait pas évoqué jusque-là) au Goulag. Il subit la vie éprouvante des camps de travail ; il est devenu ami avec un homme qui se révèle être l'époux de la meilleure amie de sa femme Tsilia (les deux hommes comme les deux femmes ignorent cet état de fait) ; enfin lui, l'ancien marxiste convaincu, se convertit au christianisme mystique.

Prison et paix ()

L'histoire commence en 1949, au moment où la Guerre froide bat son plein.

Kirill, Tsilia et Mitia en Extrême-Orient Tsilia a traversé l'URSS de part en part : elle débarque à Magadan et retrouve Kirill qui, ayant purgé sa peine, est assigné à résidence en Extrême-Orient. Ce dernier ne s'attendait pas à l'arrivée de son épouse qu'il n'a plus vue depuis fin 1937. Les retrouvailles sont assez tristes.

Kirill et Tsilia vivent dans les environs de Magadan ; après la libération de Kirill, ils se sont réinsérés dans une vie banale. Kirill est devenu profondément chrétien et écoute La voix de l'Amérique sur un vieux poste de radio ; Tsilia, pas encore vieille, montre d'évidents signes de déchéance physique et psychologique.