Nicolas-Félix Desportes, né le à RouenLa notice de l'ouvrage de Germain Sarrut et B. Saint-Edme (voir la bibliographie) le fait cependant naître à Saint-Martin-du-Vivier, à de Rouen. et mort le à Paris, est un homme politique, diplomate et préfet français.

Premier maire de la commune de Montmartre, il assura des missions diplomatiques pour les différents régimes issus de la Révolution française et joua un rôle décisif lors de la « réunion » de Genève à la France. Sous le Consulat puis l'Empire, il fut nommé préfet du Haut-Rhin et reçut le titre de baron. Élu membre de la Chambre des représentants pendant les Cent-Jours, où il siégea parmi les libéraux, il dut s'exiler après la Seconde Restauration. De retour en France, il renonça à la carrière politique après 1830 mais devint un fidèle partisan de Louis-Napoléon Bonaparte.

Biographie Maire de Montmartre (1790 - 1792) vignette|Félix Desportes (photographie ancienne d'une miniature de la fin du ). Fils du négociant rouennais Jacques-Félix Desportes et de Marie Madeleine Barbe Lamirault, petit-neveu de Philippe Desportes, Nicolas-Félix Desportes fait ses premières études à l'école militaire de Gonesse et termine ses études de droit à Paris, au collège de Lisieux, avant d'entrer comme stagiaire au service d'un notaire parisien. Le , en l'église Saint-Gervais, il épouse une riche héritière, Victoire Berryer (1772-1857), « qui passe pour la plus grande beauté de Paris »« Lettre de Wollzogen à Von Bühler », 22 mai 1793, cité dans Wilhelm von Wollzogen, Journal de voyage à Paris (1788-1791), suivi du Journal politique (1793) et de la Correspondance diplomatique (1793), Lille, Presses universitaires du Septentrion, 1998, p. 272., et qui lui donnera plusieurs enfants, dont deux filles, LucileLucile Desportes est la mère d'. Née en 1813, cette dernière sera impliquée en 1847 dans l'affaire Choiseul-Praslin. et Flore Pierrette de Montmartre (née le , future baronne de Boucheporn)Flore Pierrette de Montmartre Desportes (1791-1824) épouse en 1808 Anne-François-Louis Bertrand, baron de Boucheporn (1771-1823), maréchal de la cour du roi de Westphalie, Jérôme Bonaparte, et fils de Claude-François Bertrand de Boucheporn, intendant de Corse en 1775 - 1785 . Leur fils aîné, René Charles Félix Bertrand de Boucheporn (1812-1857), polytechnicien, ingénieur, membre de l'Académie de Bordeaux, chevalier de la Légion d'honneur en 1845, s'illustrera par ses travaux scientifiques ( A. Geffroy, « Notice sur feu M. Félix de Boucheporn », Recueil des actes de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux, 1859, p. 241). Un autre fils, Victor Charles Bertrand de Boucheporn (1819-1880), également polytechnicien, fera une carrière militaire sous le Second Empire et participera en tant que chef d'escadron à la guerre franco-prussienne de 1870-71 (chevalier de la Légion d'honneur en 1859, officier de la Légion d'honneur en 1871)., et deux garçons, Louis-Benjamin-Félix (né en ) et Victor (né le ).

Desportes s'installe à Montmartre (village indépendant de Paris jusqu'en 1860) juste après son mariage. Il est donc proche de l'épicentre des événements lorsque la Révolution française, à laquelle ce fils de bourgeois est favorable, éclate. Ayant réussi à éviter que la concentration de plusieurs milliers de miséreux parisiens dans les ateliers de charité de Montmartre soit une cause de désordre, il est élu maire de Montmartre le . La mairie est installée à côté de son domicile, au premier étage de l'ancien presbytère, situé au de la place du Tertre. La commune nouvellement créée compte alors moins de 400 habitants car elle ne comprend que la partie extra-muros de l'ancienne paroisse de Montmartre, c'est-à-dire le Haut-Montmartre situé à l'extérieur du mur des Fermiers généraux. Le Bas-Montmartre, intra-muros, est quant à lui rattaché à Paris à partir de Jacques Hillairet, Connaissance du Vieux Paris, Le Club Français du Livre, 1956, p. 554.. Assumant son mandat municipal pendant deux ans, Félix Desportes parvient à assurer l'ordre public malgré les vives tensions sociales propres à la période révolutionnaire. Prodigue de déclarations révolutionnaires (il jure de « vivre libre ou de mourir pour la Liberté ») et d'actes symboliques (il fait de sa commune la marraine de sa fille Flore Pierrette « de Montmartre »), il est cependant critiqué par les révolutionnaires les plus radicaux pour ses bonnes relations avec l'abbesse de Montmartre, Marie-Louise de Montmorency-Laval, ou encore pour la particule et le titre à consonance aristocratique qu'il apporte à son patronyme en se faisant appeler « Desportes de Blinval ». Cette allure aristocratique ainsi que son train de vie fastueux lui valent des inimitiés qui lui seront préjudiciables sous la Terreur.

Après la fusillade du Champ-de-Mars, il prend la défense, avec Collot d'Herbois, des pétitionnaires qui ont été arrêtés. Il est alors membre du Club des Jacobins, dont il ne sera radié qu'en , après l'éviction des Girondins.

Diplomate (1791 - 1801) Remarqué pour ses qualités d'administrateur, Desportes met à profit le réseau de connaissances qu'il s'est tissé aux Jacobins en se voyant confier des missions diplomatiques en Suisse et en Allemagne.

Ministre plénipotentiaire en Allemagne (1792 - 1793) puis victime de la Terreur (1794) Après une première mission à Berne, où il a été envoyé par De Lessart (fin 1791), il est envoyé par Dumouriez comme secrétaire de légation auprès du duc de Palatinat-Deux-Ponts (1792). Officiellement chargé de régler l'indemnisation des princes possessionnés, il exposera plus tard qu'en réalité il devait négocier secrètement le retour d'émigration du comte de Provence, du comte d'Artois et de leurs partisans, mais cette affirmation est sujette à cautionCette mission secrète au service du roi n'a été révélée par Desportes à ses électeurs alsaciens qu'en 1820, pendant la Restauration : il pourrait donc s'agir d'un mensonge électoral destiné à atténuer le passé jacobin de l'ancien préfet.. Malgré la journée du 10 août 1792 et la proclamation de la République française, il poursuit avec entrain sa mission après la victoire de Valmy (septembre) et l'entrée des troupes françaises sur le territoire allemand (). Il déclare, en , qu'il souhaite vivement la continuation de la guerre, la négociation par Lebrun d'une paix séparée avec les Prussiens, la défaite des Autrichiens, et qu'« avec du courage, de la persévérance et de l'union, nous conquerrons tout l'univers à liberté »Lettre de Félix Desportes à Custine, Deux-Ponts, novembre 1792, citée dans Révélations historiques et politiques sur les hommes et les choses, Barrois l'aîné, Paris, 1830, pp. 126-129.. Le projet d'isolement de l'Autriche par la négociation d'une paix séparée avec la Prusse fait de Desportes un précurseur de la diplomatie de l'an III et du traité de Bâle de 1795Albert Sorel, L'Europe et la Révolution française, , Paris, Plon, ..

À la suite du coup d'État jacobin de , Desportes est suspecté en raison de sa radiation des Jacobins, de ses liens avec certains hommes politiques (Dumouriez, Lebrun, Danton) et de ses missions à l'étranger. Des rumeurs prétendent qu'il aurait ôté la cocarde tricolore de son chapeau, tandis que le conventionnel Philippe Rühl l'accuse d'avoir soutenu la répression d'un mouvement révolutionnaire (révolte du bailliage de Bergzabern) lors de sa mission à Deux-Ponts. De passage à Metz, sur le chemin d'une mission qui devait l'amener à Stuttgart, Desportes est contraint de rentrer à Paris. Cherchant à obtenir un certificat de civisme () auprès du comité révolutionnaire de Montmartre, auquel appartient son frère Benjamin (1766-1840)Benjamin Desportes (1766-1840) devient, en 1800, administrateur des hospices civils (ou hôpitaux civils) de Paris. Son fils Félix aura une carrière d'avocat auprès du tribunal de commerce de Paris., il est finalement arrêté en puis incarcéré pendant plusieurs mois, à la prison des Petits-Pères puis à celle du Plessis. Ayant échappé à la guillotine grâce à l'intercession d'un geôlier qu'il avait autrefois aidé, il est libéré après Thermidor avant d'être à nouveau employé comme diplomate par le Directoire.

L'artisan de la « réunion » de Genève à la France (1794 - 1798) thumb|Genève à la fin du . thumb|Médaille commémorative offerte par les citoyens de la ville de Genève à Desportes à l'occasion du départ de ce dernier (3 octobre 1798). Ayant pour mission officielle de renouer des relations avec la Bavière, la Sardaigne et d'autres puissances européennes en vue d'une ligue anti-autrichienneAlbert Sorel, L'Europe et la Révolution française, t. 4, Plon, Paris, pp. 268-269., Desportes est envoyé comme résident de France à Genève (de à , puis de à ). Il y rencontre ainsi les émissaires sardes, proposant au Directoire un projet d'alliance conditionné par la cession de la Savoie et de Nice à la France, et la cession au Piémont de la Lombardie et du Milanais, provinces qui seraient conquises par les deux puissances alliées contre l'Autriche (1795). Outre la négociation de ce projet (qui n'aura pas de suite, mais préfigure assez étroitement l'accord de Plombières conclu 63 ans plus tard), Desportes a également été envoyé à Genève pour y surveiller des personnalités telles que les frères Lameth (1795) ou Germaine de Staël (1796)Raymond Guyot, « Madame de Staël et la police du Directoire », Bibliothèque universelle et Revue suisse, , Genève-Lausanne, 1904, . et, surtout, pour jouer un rôle décisif dans la « réunion » de ce territoire à la République française.

Le Directoire compte en effet sur Desportes pour obtenir une demande de rattachement à la France de la part des autorités genevoises, ou, à défaut, un prétexte légitimant une annexion. Exploitant habilement les tensions révolutionnaires qui parcourent la cité de Calvin depuis une quinzaine d'années, il joue au conciliateur (comme le , lors d'une émeute opposant « jacobins » et réactionnaires genevois) tout en soutenant secrètement des désordres révolutionnaires qu'il pourrait utiliser pour justifier une ingérence française. De moins en moins patient à partir de 1797, Desportes tente d'obtenir la réunion en maniant aussi bien les promesses et les amabilités que les menaces, les moyens de pression (instauration d'un quasi-blocus sur la frontière de l'Arve, incursions des troupes françaises sur le territoire genevois, fermeture du club extrémiste de la Grille, demande d'arrestation de Carnot réfugié à GenèveCette demande d'arrestation est adressée au syndic président le 26 janvier 1798. Édouard Chapuisat, « Carnot à Genève », dans Alphonse Aulard (dir.), La Révolution française : revue historique contemporaine, 1908|01, pp. 334 et sq.) et les subterfuges. Ainsi, pour accréditer l'existence de conspirations et créer un incident diplomatique qui culpabiliserait les Genevois, il aurait secrètement jeté de l'encre sur le drapeau français signalant sa résidence du Grand-Mézel (nuit du 27 au ) avant de tirer parti de cet acte de vandalisme anonyme en le dénonçant comme un affront envers la République française. Grâce au travail de sape exercé par ces différents procédés, la « réunion », présentée a posteriori comme un acte spontané, est finalement obtenue le Louis Sordet, Histoire des résidents de France à Genève, Genève, Gruaz, 1854, ., après l'irruption en ville des troupes du général Girard. Ce dernier a été envoyé par le général Brune, à la demande du résident. Nommé Commissaire de la République, Desportes organise ensuite le nouveau département du Léman né de cette annexion.

Secrétaire et conseiller de Lucien Bonaparte (1800 - 1801) thumb|Lucien Bonaparte, ministre de l'Intérieur (1799-1800) puis ambassadeur de France en Espagne (1800-1801). Après le Coup d'État du 18 brumaire, il mène une mission de renseignement au service du Premier consul Napoléon Bonaparte (qu'il avait accueilli, avec Marmont, à Genève, le ), parcourant la France pour repérer les hommes susceptibles de servir l'administration du Consulat.